Censure : pourquoi Pierre-Emmanuel s'est barré de la télé
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« ça a été annoncé la suppression de la redevance »
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« l'État vous file 4 milliards par an ? »
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« C'est pas que de la faute du service public si les programmes sont tout pourris ! Ils les achètent directement à Banigier ! »
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« il dénonçait une censure, et visiblement, il était en train de préparer une chronique sur l'épouse d'Emmanuel Macron, Brigitte Macron »
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« Cyril Hanouna détient 1,5% des parts dans Banidjaï et siège au Conseil d'administration »
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« 1,5% de 3 milliards d'euros, je vous laisse faire le calcul »
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« ce qui est arrivé à Pierre-Emmanuel Barré n'est pas un cas isolé »
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« France Inter avait été condamné pour le licenciement abusif de Stéphane Guillon »
Temps de parole
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Ça quand même interroge vraiment sur la question de la liberté de la presse finalement et qui, à mon avis, ne va pas s'améliorer dans l'audiovisuel public puisque ça a été annoncé la suppression de la redevance et donc tous les ans, les dirigeants de l'audiovisuel public vont devoir aller négocier leur budget et ça ne présage rien de bon pour la préservation de l'indépendance de l'audiovisuel public. Salut Thomas ! Salut Gemil ! Comment tu vas ? Ça va très bien et toi ? Très bien, merci ! Oui, c'est vrai que t'es parfaitement très très beau aujourd'hui. Alors aujourd'hui, tu es venu nous parler d'un événement qui a secoué le petit monde médiatique ce week-end.
Alors l'humoriste Pierre-Emmanuel Barré a claqué la porte de l'émission C'est l'Ebdo sur Fransac. Il n'aura tenu que trois émissions. Alors tout va très bien pour la liberté de la presse. Ça va, la France qui aime à longueur de journée se proclamer la patrie des droits de l'homme, quand même se retrouve, on aime bien le rappeler, 26e au classement Reportage sans frontières de la liberté de la presse, notamment parce que des grands milliardaires contrôlent les grands titres de presse. Mais là, on parle du service public. Alors ces derniers jours, on a beaucoup parlé du déjeuner entre Macron et des éditorialistes.
Les éditorialistes qui après ont transmis les éléments de langage du président dans les grands médias. Et bien là, on va parler des vilains petits canards et notamment Pierre-Emmanuel Barré qui osent défier notre grand mamamouchie nationale Macron Ier. Alors c'est quand même inquiétant parce que même au Moyen Âge et à la Renaissance, les fous du roi, les bouffons, comme on les appelait de manière un peu dévalorisante, avaient le droit de critiquer le souverain. On se souvient d'un triboulé qui critiquait François 1er. Et là, visiblement, au XXIe siècle, en l'an de grâce 2023, ça devient de plus en plus compliqué.
On ne peut pas trop critiquer le gouvernement d'Emmanuel Macron sur le service public et les proches d'Emmanuel Macron. Et là, Pierre-Emmanuel Barré, finalement, a tenu trois émissions. La semaine dernière, il avait quand même fait fort puisqu'il avait fait une chronique au vitriol sur Cyril Hanouna, en critiquant notamment les saïds toujours très profonds et très philosophiques de Cyril Hanouna contre le service public. Et justement, nos amis camarades de Caisse de Grève sur Twitter ont réalisé un petit montage. On regarde.
Et ouais, vous croyez que j'avais raté la polémique de la semaine avec Cyril Hanouna ? Alors comme ça, l'État vous file 4 milliards par an ? Et ça, c'est sans les pubs ! C'est sans les pubs ! 4 milliards ! Et ça, c'est sans les pubs ! Parce qu'ils ont les pubs toute la journée aussi. Et en plus, ils ont les pubs. Ça, c'est hors pub. C'est 4 milliards plus la pub qu'ils ont parce qu'ils ont la pub. Vous imaginez le nombre de voitures là ? Avec 4 milliards, on peut en acheter des autos pour la police. Mais il a raison, Cyril ! C'est honteux ! 4 milliards pour se retrouver avec Fort Boyard ! Tout le monde a son mot à dire et n'oubliez pas les paroles ! Bravo la direction !
On dirait qu'on a laissé la carte bleue de France Télé au grand-père de Michel Drucker ! 4 milliards ! Après, il faut être fair-play ! C'est pas que de la faute du service public si les programmes sont tout pourris ! Ils les achètent directement à Banigier ! C'est une société de production ! Et il y a qui dans les actionnaires de la boîte ? 4 milliards d'euros qu'on donne de notre poche ? Oh ! Bah ! Cyril Hanouna ! 4 milliards ! Et il est aussi au conseil de surveillance ! Si c'est lui qui valide les programmes, ça explique pas mal de choses ! 4 milliards d'euros par an ! Retenez bien ce chiffre, ça m'a rendu fou tout le week-end ! Bah alors Cyril !
En fait, ils sont aussi un peu pour toi les 4 milliards de l'État ! Qu'est-ce que tu fais avec tout cet argent ? Privatisez-moi ça ! Non mais sans rigoler !
C'est quand même énorme ! On a du mal à... Ouais ! Le côté kéréketjur, en fait, il est déjà là ! C'est un personnage tellement caricatural à Nuna qu'on a du mal à le représenter, à faire pire ! Donc la séquence avait été diffusée dans l'émission C'est l'hebdo sur France 5, mais n'avait pas été relayée sur les réseaux sociaux par la chaîne, ce qui montrait déjà une certaine gêne. Et puis là, moins d'une semaine après cette chronique, Pierre-Emmanuel Barré a annoncé qu'il quittait C'est l'hebdo, notamment parce qu'il dénonçait une censure, et visiblement, il était en train de préparer une chronique sur l'épouse d'Emmanuel Macron, Brigitte Macron.
Il lui avait demandé d'enlever trop de choses dans cette chronique, alors il s'est fendu de ce type de travageur en claquant la porte. Au revoir la télé, il me semblait que, contrairement à ses élèves, Brigitte Macron soit intouchable. Et puis oui, en plus, ça nous fait penser qu'il était déjà en 2017, il était présent sur France Inter, à ce moment-là, il se barrait de France Inter, il faut dire qu'il n'y avait pas avec le dos de la cuillère. On a un extrait à vous montrer, il parlait de Macron à ce moment-là, on regarde.
En effet, on l'a appris hier, Emmanuel Macron et la personnalité politique préférée des Français. Et bien visiblement, quand les Français arrêtent de baiser, ils arrêtent aussi de réfléchir. Non mais qu'est-ce que c'est que cette fascination du pays pour Macron ? Tout le monde s'extasie, oh non, il est si différent, c'est le renouveau de la politique. Oh, hé ! Macron, il a fait l'ENA, il a été banquier chez Rothschild, secrétaire général adjoint de l'Elysée, ministre de l'économie, il est où le renouveau, putain ? Ça fait dix ans qu'il roule pour les mecs qui vous enculent, au lieu de le pousser pour faire sortir, vous passez une main entre les jambes pour lui caresser les couilles.
Alors, il y a aussi ceux qui disent, au moins Macron, il n'a jamais été élu, on pourrait essayer, mais d'où c'est un argument, ça ? Tiens, je n'ai jamais chauffé l'eau du bain de mon fils avec le sèche-cheveux, je pourrais essayer. Et puis, vous avez vu la presse, c'est incroyable, il y a des... Capital, Macron, l'outsider qui monte, Challenge, 2017, un boulevard pour Macron, l'expresse, Macron ringardise la vieille garde politicienne, dis donc ! Il doit vraiment avoir une très très grosse bite, ce Macron, pour qu'autant de gens arrivent à le sucer en même temps ! Non mais sérieusement, c'est quoi son secret pour que tout le monde l'aime autant ?
Alors, c'est très fleuri, mais au-delà de la dénonciation de la censure et le fait que, finalement, on ne puisse pas tout dire sur le service public, ce qui est intéressant, c'est que la chronique d'Emma Pierre-Emmanuel Barré sur Hanouna montre autre chose, elle montre que le service public n'est plus vraiment public, c'est qu'on l'a détricoté, à part, finalement, le 20 heures qui reste produite par les équipes de France 2, toutes les émissions, les jeux, par exemple, Fort Boyard ou plus récemment la série qui a duré pendant des années, Plus belle la vie, elles sont produites par des boîtes privées.
Et ces boîtes privées se font un pognon de dingue, finalement, avec l'argent qu'on leur versait via la redevance et qu'on va continuer à verser pour financer la télévision publique. Et c'est ce qu'a très bien montré une enquête de nos confrères indépendants, off-investigation, notamment le journaliste Gauthier Messnet, qui a montré comment, finalement, nos impôts ne vont pas tant à la télé publique, mais à ces boîtes de production qui sont noyautées par les milliardaires et qui se font plein d'argent en produisant des émissions.
D'ailleurs, ces boîtes de production, c'est un peu des monstres qui s'assoient très régulièrement sur le droit du travail, c'est-à-dire, par exemple, en utilisant vraiment les CDDU, les contrats déterminés à usage, qui sont normalement interdits par la Convention collective du journalisme. Les boîtes de production, pas de problème, mais c'est vraiment des boîtes toutes puissantes qui règnent sur Paris. On a parlé de Banidjaï, mais on peut parler aussi de Bangoumi, la boîte de production de Laurent Bon et Yann Barthès, qui produit l'émission quotidienne. C'est des millions et des millions d'euros. Et puis, Banidjaï, Pierre-Emmanuel Barré en parle, est détenu en grande partie par Vivendi.
Et puis, Vivendi s'est bouloré. Et même Cyril Hanouna détient 1,5% des parts dans Banidjaï et siège au Conseil d'administration. Alors, 1,5%, vous allez me dire, ce n'est pas grand-chose. Mais quand on sait que cette boîte de production est valorisée à 3 milliards d'euros, 1,5% de 3 milliards d'euros, je vous laisse faire le calcul. C'est quand même pas mal. C'est conséquent. Alors, même Célèbdo, l'émission dans laquelle est intervenue, brièvement, du coup, Pierre-Emmanuel Barré, est produite par une boîte de production, celle-ci. Et pas n'importe laquelle, n'est-ce pas ? Ben oui.
En fait, c'est à vous, Célèbdo, qui sont un peu les émissions phares de France 5, sont produites par une boîte de prod qui s'appelle MediaOne. Et MediaOne, ce n'est pas n'importe quoi. Ça a été fondé par 3 personnes. Alors, on connaît tous, notamment Xavier Niel, qui est le patron de Free et qui est passé au début des années 2000 par la casse-prison pour des soupçons de procédés de netisme. Il y a aussi Mathieu Pigasse, qui est un banquier d'affaires qui était très proche de François Hollande. Et puis, on a Pierre-Antoine Capeton, qui est une sorte de Seth Menman, fils d'un patron d'auto-école, qui est devenu un des hommes les plus puissants de Paris. C'est une sorte de rastignac moderne.
Et c'est surtout l'actionnaire majoritaire du stade Malheur-de-Camp. Bon, ce n'est pas très grave, mais un ami d'Emmanuel Macron. D'ailleurs, en 2017, il avait produit vraiment un chef-d'œuvre. C'était le lendemain de la victoire d'Emmanuel Macron. Un documentaire sur la campagne de celui qui allait être élu président de la République. Et on sent tout le regard critique, le regard acerbe. C'est vraiment, vous allez voir, c'est un peu différent de Pierre-Emmanuel Barré dans le ton. Je crois qu'on peut regarder un petit magnéto. Emmanuel Macron est élu président de la République française.
Nous avons été les seuls à suivre Emmanuel Macron durant les 200 jours qui ont précédé son élection. Ils verront un type qui a envie d'y aller. Dites-moi ce qu'il n'y a pas, il faut tout me dire. Un document exceptionnel. C'est écrit ? Macron, président. Non. Des images exclusives. Vous n'avez pas un âge qui vous fait nommer, ça fait rien. Une campagne unique vécue de l'intérieur. Il faut faire une dépêche AFP. C'est ça qui se comprenait pas. C'est une blague. À aucun moment, il le dit. Une immersion dans les coulisses de la victoire du nouveau président. Vous avez vu l'image ? Oui, très violente. Rien n'est gagné. On peut se faire déballonner dans les 15 jours. Tout le monde sur le pont.
Voici les résultats de ce premier tour. Emmanuel Macron, les coulisses d'une victoire. Ce soir à 21h sur TF1.
Un chef d'œuvre montré dans toutes les écoles de journalisme. Pas de problème. On sent tout le talent de Pierre-Antoine Capeton pour cirer les pompes. Alors, on comprend que comme MediaOne produit, c'est l'hebdo et c'est dans l'air. Donc, c'est l'hebdo, c'est l'émission où est intervenu très brièvement Pierre-Emmanuel Barré. Et on comprend qu'ils n'aient peut-être pas envie, que Pierre-Antoine Capeton n'ait peut-être pas envie de voir Pierre-Emmanuel Barré faire une chronique au vitriol contre Brigitte Macron. À la très présente Brigitte Macron, celle qui règne en duo à l'Élysée avec son mari Emmanuel Macron. Celle qui vire les conseillers de son mari.
Et ça, quand même, interroge vraiment sur la question de la liberté de la presse, finalement. Et qui, à mon avis, ne va pas s'améliorer dans l'audiovisuel public, puisque ça a été annoncé la suppression de la redevance. Et donc, tous les ans, les dirigeants de l'audiovisuel public vont devoir aller négocier leur budget. Et ça ne présage rien de bon pour la préservation de l'indépendance de l'audiovisuel public. Et ce n'est pourtant pas la première fois qu'un cas de ce qu'on peut appeler de censure, tout le monde utilise ce terme-là, se produit sur le service public. Et de façon plus générale, dans le monde des médias, on le voit, on le sait.
Alors, ça s'est produit un peu partout, dans tous les médias. Il y avait un cas un peu marrant que je voulais vous raconter. Ça remonte un peu à Mathusalem. Ça remonte à 1975. C'est produit même au Canard Enchaîné. C'est un journaliste qui est décédé depuis, qui s'appelle Hervé Terrasse, qui avait produit un article sur le Portugal qui venait de sortir de la dictature des militaires. Et donc, cet article-là avait été censuré par le directeur du Canard Enchaîné. Et Hervé Terrasse s'était vengé en assommant le directeur du Canard Enchaîné à coups de siphon. Donc voilà, il avait défendu avec ses points la liberté de la presse. Mais bon, sans remonter à Mathusalem, c'est dans l'indiquant.
On a vu que finalement, ce qui est arrivé à Pierre-Emmanuel Barré n'est pas un cas isolé. On se souvient que sous la présence de Nicolas Sarkozy, il y avait deux humoristes phares de France Inter, Stéphane Guillon et Didier Porte, qui avaient été virés de France Inter par le directeur de l'époque, Philippe Vall, pour, entre autres, des chroniques très acerbes contre Nicolas Sarkozy. D'ailleurs, France Inter avait été condamné pour le licenciement abusif de Stéphane Guillon. Et puis, ces dernières années, si on sort un peu de l'audiovisuel public, on voit que les grands milliardaires n'hésitent pas à couper des têtes, à couper des têtes qui leur déplaisent.
Et notamment, peut-être le plus fameux d'entre eux, Vincent Bolloré, propriétaire de Canal+, qui n'a pas hésité à mettre fin au guignol de Canal, puisque... – Pire, à le recycler en version non-enfantive. – Voilà, trop irrévencieux, voilà. – Et certains humoristes, comme Sébastien Touen, avaient été virés. Et finalement, comme l'Empire de Bolloré ne s'arrête pas à la télé, qui recouvre aussi aujourd'hui le marché de l'édition, le livre d'un autre humoriste, Guillaume Maurice, qui se moquait de Bolloré, la parution de ce livre a été suspendue par Editis, qui est un groupe qui est possédé par qui ? Par Vincent Bolloré.
Et je ne parle même pas des autres atteintes à la liberté de la presse, puisque ce n'est pas seulement les milliardaires qui s'échinent à empêcher toute critique. Il y a aussi des atteintes plus légales qui se partent des couleurs de la justice. On l'a vu que le gouvernement tentait d'introduire dans la loi, par exemple, l'interdiction de filmer le visage de policier, ou même il y avait une censure judiciaire empêchant, par exemple, Reflet de publier des informations sur Altice, ou empêchant Mediapart de publier des scoops sur la mairie de Saint-Etienne. Donc voilà, tout va très bien dans le meilleur des mondes. C'est quand même un peu inquiétant.
Et finalement, on voit que l'audiovisuel est en train, petit à petit, d'être détricoté, que la presse dite mainstream va rester aux mains des oligarques. Ça me fait quand même penser à la phrase de Xavier Niel, qui résume un peu tout sur la conception qu'ont ces milliardaires de la liberté de la presse. Il disait « Quand les journalistes m'emmerdent, je prends une participation dans leurs canards, et ensuite ils me foutent la paix. » Je crois que c'est tout leur programme. Merci beaucoup.
Merci. Merci. Merci.