Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewRCF — L'Invité de la Matinale· 3 juin 2024 14 min

"Je revendique la défense de la souveraineté des français à l'Europe" affirme Mathilde Androuët, eurodéputée du Rassemblement National

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. L'invité de la matinale, Pierre-Hugues Dubois. Votre invité ce matin, Pierre-Hugues et Mathilde Androué, eurodéputée du Rassemblement National. Bonjour Mathilde Androué. Bonjour. Merci d'être avec nous en studio ce matin. A quelques jours du scrutin, ce sera en fin de semaine. Semaine marquée par les élections européennes. Semaine marquée également par les commémorations du débarquement. 80 ans après le D-Day, le monde aura les yeux rivés sur la Normandie jeudi. Depuis ce débarquement, le continent européen a vécu la plus longue période de paix de son histoire.

Certains l'attribuent à la concrétisation de l'idéal européen. On dit parfois que l'Europe, c'est la paix. Est-ce que l'Europe, c'est la paix, Mathilde Androué ?

0:52
Mathilde Androuët

Je crois, hélas, que les deux dernières années ont fait la démonstration que l'Union européenne, en tout cas, ce n'était pas la paix. L'Europe est en effet un continent qui a été scarifié par des guerres mondiales et qui porte cet héritage lourd. Et donc, en effet, a un rôle absolument éminent dans l'équilibre de la paix, le respect de la paix dans le monde. Mais je ne pense pas que l'Union européenne soit, pour le moment, le meilleur garant de cette paix.

1:18
Présentateur

L'Union européenne, non. Mais l'idéal européen, oui.

1:21
Mathilde Androuët

En effet, on pourrait arguer que l'Europe, ayant justement largement souffert, peut maintenant être un bon prophète de paix. Et c'est ce que nous souhaitons. Mais pour ça, il faut respecter les nations, respecter les peuples. Et ce n'est pas du tout dans la manière dont se construit cette Union européenne.

1:38
Présentateur

Devant les évêques européens, il y a quelques semaines, le pape François a pris la parole, soulignant, je cite, que nous avons besoin d'hommes et de femmes animés par le rêve d'une Europe unie au service de la paix. Est-ce qu'être eurosceptique, c'est compatible avec cet idéal de paix tout de même ?

1:54
Mathilde Androuët

Justement, je pense qu'avoir, mettre en doute la manière dont ce fédéralisme européen est en train de se construire, c'est justement respecter l'originalité, la culture de chaque peuple, la manière dont ils peuvent justement décider de leur destin. Et c'est justement ce dont on accuse l'Union européenne, c'est ce déficit démocratique. Et vous ne pourrez pas construire cette unité et cette recherche de paix si vous, justement, vous n'écoutez pas ces peuples et leur aspiration à avoir un destin propre.

2:25
Présentateur

Vous parlez du fédéralisme à l'instant. Est-ce que vous craignez une fédéralisation de l'Europe en ce moment ? Ou à quoi l'attribuez-vous ?

2:31
Mathilde Androuët

Je pense que je peux l'attribuer tout simplement à un vote récent qu'on a eu cette année qui s'appelle le rapport Verhofstadt, dont l'ambition était clairement d'installer un président de l'Union européenne, d'avoir progressivement une dilution, en fait, de nos nations de manière structurelle. Et évidemment, nous avons voté contre et évidemment, le parti d'Emmanuel Macron, représenté par Valérie Haït, a voté pour. Je pense que chaque nation a encore un destin propre et il doit se construire hors d'une sorte de méga structure qui ne représente aucunement les intérêts des nations.

3:04
Présentateur

On peut vous opposer qu'au Parlement européen sont représentés là l'ensemble des tendances des Européens, puisque c'est démocratiquement que vous serez élue sans doute dimanche ?

3:13
Mathilde Androuët

Tout à fait, mais en l'occurrence, je pense que le levier d'action majeur est celui de la Commission européenne, qui pour le coup n'est pas élue directement par les peuples, et où il y a une désignation indirecte plutôt par justement des États qui eux-mêmes n'ont pas pour ambition, notamment quand on le voit dans la stratégie d'Emmanuel Macron, de défendre leur peuple, mais de défendre plutôt une technostructure contre laquelle nous combattons.

3:39
Présentateur

Vous êtes eurodéputé depuis 2019, un mandat marqué par le retour de la guerre aux portes de l'Europe. Vous en parliez de cette guerre en Ukraine. Alors aujourd'hui, que faut-il faire en Ukraine ? Puisqu'on dit qu'ensemble on est plus fort, qu'avec l'Europe on est plus fort. Selon vous, si on est tout seul, si chaque nation décide de son propre destin seule, en quoi sommes-nous plus forts ?

3:59
Mathilde Androuët

Je pense qu'il faut surtout s'éviter de penser qu'avoir une seule armée, une défense européenne, serait le moyen d'être plus fort. En l'occurrence, je pense qu'il est nécessaire que chaque nation ait une stratégie de défense propre, évidemment unie et qui est notamment dans la commande publique pour la défense européenne, une priorité européenne.

4:24
Présentateur

Ça veut dire quoi, une priorité européenne dans la cour du dit ?

4:25
Mathilde Androuët

Une priorité à la commande, c'est-à-dire que nous pensons qu'il y a une priorité nationale à faire tourner ces industries propres de défense et une préférence européenne à avoir dans la commande publique, ne serait-ce que pour être indépendant. Nous vivons sous une tutelle américaine en termes d'infrastructures et pour ce qui est aussi des autres logiciels beaucoup plus sur la partie plus numérique de la cyberdéfense, on dépend aussi de la Chine. Ce sont évidemment deux mastodontes dans la géopolitique mondiale sous lesquelles nous pouvons créer une voie européenne propre et unique.

4:58
Présentateur

La question de la souveraineté là-dessus, on a l'impression que ça unit à la fois Jordan Bardella et Emmanuel Macron, puisque tous deux disent qu'il faut une souveraineté en termes d'armes. En quoi c'est faux ?

5:06
Mathilde Androuët

La seule différence, c'est qu'Emmanuel Macron pense la souveraineté en souveraineté européenne. Il a quand même laissé entendre qu'il...

5:12
Présentateur

Vous parlez de préférence européenne à l'instant ? Ce n'est pas une souveraineté européenne ?

5:15
Mathilde Androuët

Dans la commande publique, certes. Sauf qu'il est nécessaire d'avoir notre propre souveraineté. C'est-à-dire que nous sommes déjà dans une Europe à 27, avec pour ambition côté Emmanuel Macron de l'élargir à plus d'une trentaine, avec un dumping naturel qui va se créer entre les nations. Moi, je suis désolée. Je revendique le fait de défendre les intérêts des Français. Je veux une unité, une Europe pacifiée, qui est un pôle civilisationnel important et qui, à mon avis, peut être un pôle géopolitique majeur. Mais je ne crois pas à une sorte d'État fédéral européen qui, à mon avis, ne créerait que des tensions, finalement, entre différents partis de l'Europe qui sont très différentes.

Et heureusement qu'elles sont différentes. C'est ce qui fait la... Alors, on le voit, et notamment du point de vue économique. C'est vrai que cette intention d'Emmanuel Macron d'intégrer la Géorgie ou l'Ukraine potentiellement à l'Union européenne, c'est clairement organiser la faillite de nos industries et de nos agricultures.

6:13
Présentateur

Et pour vous, c'est de nature à... Parce que j'ai commencé cette interview, effectivement, par parler de paix. Mais ça pose la question, vous dites, je veux une Europe pacifiée. Et vous dites que si on intègre, par exemple, l'Ukraine et la Géorgie, on menace cette paix à l'échelle européenne ?

6:24
Mathilde Androuët

Il y a une telle disparité entre, simplement, le même niveau de vie qui est entre l'Europe de l'Est et l'Europe occidentale. Cela créera naturellement une concurrence déloyale à l'égard de points de population, tels que nos agriculteurs ou nos ouvriers, que je ne veux pas organiser, en fait. La structure européenne, pour le moment, accompagne finalement une mise en concurrence déloyale des salariés français. Et ça, je ne puis l'accepter parce que, oui, nous revendiquons au sein du Rassemblement national de défendre prioritairement les intérêts des Français. Et c'est ce que, d'ailleurs, veulent la plupart des Français, si j'en crois encore les sondages.

7:02
Présentateur

Nous sommes avec Mathilde Androué. Elle est eurodéputée du Rassemblement national et présente sur la liste de Jordan Bardella, qui est candidat aux élections européennes sous l'étiquette Rassemblement national dimanche prochain. Mathilde Androué, l'autre fait important de ce mandat, c'est la crise du Covid. Une partie de vos opposants mettent au crédit de l'Union européenne une juste réponse à cette crise sanitaire, avec la mise en place d'une souveraineté européenne pour les produits sanitaires, je pense notamment aux masques, et un plan de relance commun via la dette commune. Est-ce une bonne chose ? On imagine que vous répondez non. Pourquoi ?

7:32
Mathilde Androuët

Je réponds non parce que, justement, si on avait eu cette logique de priorité nationale et de préférence européenne, on aurait peut-être développé nos propres industries. On n'a pas soutenu, justement, la recherche de vaccins en France, assez mal en tout cas. On en a eu rapidement au niveau européen.

7:45
Présentateur

On a eu de masques, assez peu au niveau européen.

7:47
Mathilde Androuët

Et pour être ultra-dépendant de la Chine, je ne crois pas que cette dépendance soit heureuse. On s'est rendu compte, justement, dans la crise du Covid, notamment de notre ultra-dépendance médicamenteuse, avec des principes actifs qui étaient partagés à 80% entre la Chine et l'Inde. Il s'agit de notre santé, de notre vie. Je pense que la souveraineté n'est pas un gros mot et c'est peut-être le moyen de notre survie. Donc, en l'occurrence, le Covid a juste été l'accélérateur d'un agenda fédéraliste et, finalement, qui montrait que, dans la mondialisation, nous étions un nain et surtout un indépendant.

Et, par ailleurs, ce plan de relance, c'est juste un prêt qui va, finalement, nous coûter plus cher, qui va nous rapporter. Donc, je pense que c'était une fausse bonne idée et qui va juste aggraver cette dette déjà colossale qui a pu être bizarrement défendue par Bruno Le Maire.

8:36
Présentateur

Pourquoi bizarrement défendue ?

8:37
Mathilde Androuët

Qui dit qu'il a sauvé l'économie française alors même qu'il vient de l'endetter. Et c'est la raison pour laquelle le groupe du RN à l'Assemblée nationale a déposé hier une motion de censure suite à la sincérité de ce budget.

8:49
Présentateur

Vous faites mention de la déclaration de Bruno Le Maire le week-end dernier puisque l'agence de notation Standard & Poor's a dégradé la note de la France. Bruno Le Maire a affirmé avoir, je cite, « j'ai sauvé l'économie française ». Ça permet de vous poser la question des critères de Maastricht, Mathilde Androué, qui interdisent un déficit public supérieur à 3% du PIB. Ça, c'est sans doute pour ceux qui aiment cette mesure. Ils disent que c'est une saine mesure pour les finances publiques de limiter le déficit public à 3% du PIB. Est-ce que pour vous, pour le RN, c'est une bonne mesure ?

9:21
Mathilde Androuët

Alors, ça peut être un cadre, un objectif, mais dans le sens, ce cadre a été construit notamment pour l'économie allemande qui est largement traumatisée justement du XXe siècle avec ses crises économiques.

9:32
Présentateur

Pour vous, c'est uniquement pour l'économie allemande ? C'est pas pour se dire, en fait, on ne peut pas dépenser plus que ce qu'on a, donc il est sain de limiter son déficit ?

9:39
Mathilde Androuët

Non, mais tout ça dépend. Où est-ce que vous orientez la dépense ? Et c'est tout le problème, en l'occurrence, de la gestion économique actuelle. C'est-à-dire que nous marchons en effet à fond perdu. C'est-à-dire que nous ne relançons pas des choses essentielles, telles que la relocalisation de nos industries, telles que le développement de notre agriculture. Et en l'occurrence, oui, avoir une stratégie souverainiste sur l'ensemble de vos politiques est le meilleur moyen de défendre votre emploi. Il faut créer de la richesse, en fait. La question n'est pas tant celle de la dépense que de la savoir, comment vous l'orientez ?

Et c'est là où un cadre peut paraître parfois étroit et étriqué si vous-même, vous avez des ambitions fortes, mais des ambitions qui coïncident avec la défense des intérêts des uns et des autres.

10:19
Présentateur

Je sais qu'on vous pose souvent la question, mais en vous entendant ce matin, je ne peux m'empêcher de vous la poser, Mathilde Androué. On parle d'Europe, vous êtes candidate pour les élections européennes, et pourtant, vous ne cessez de parler de France, de souveraineté française. À plusieurs reprises, vous avez fait mention des députés français, ceux qui sont au Parlement national. Pourquoi est-ce que, Mathilde Androué, vous êtes candidate à l'Union européenne ? Qu'est-ce que vous voulez y faire ?

10:40
Mathilde Androuët

Parce que je pense qu'on porte la voix française au sein de cette Europe. Clairement, l'Europe peut être un acteur géopolitique intéressant.

10:49
Présentateur

L'Europe peut être un acteur géopolitique intéressant ?

10:51
Mathilde Androuët

Oui, clairement. Mais là aussi...

10:54
Présentateur

Via quelle institution, alors ?

10:55
Mathilde Androuët

Pardon ?

10:56
Présentateur

Via quelle institution ?

10:57
Mathilde Androuët

Alors, il est vrai que nous nous reportons plus facilement au Conseil de l'Europe, vu qu'il y a une représentation de chaque pays et de chaque nation. Et c'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, nous opposons au fait qu'on retire le droit de veto de chaque nation, ce qui, clairement, aussi, en passe d'être décidé par les autres acteurs.

11:15
Présentateur

Alors là, c'est une petite mesure technique, effectivement. Aujourd'hui, il faut que tous les États acceptent une vote à l'unanimité, qu'ils soient tous d'accord sur des sujets majeurs, qu'il y en ait un qui ne soit pas d'accord, pour que la mesure ne passe pas ou le texte ne passe pas.

11:26
Mathilde Androuët

Exactement. Ce qui prouve aussi la force de chaque nation et le respect dû à chaque nation. Si vous voulez marcher de concert, il faut éviter d'écraser certains peuples au prétexte qu'ils ont une démographie plus petite, qu'ils sont dans un territoire plus petit. Et donc, nous défendons fermement cette mesure qui, selon les opposants que nous avons, à savoir notamment la Macronie, très clairement, eux veulent un vote, ne veulent plus le maintien de cette unanimité. Et nous pensons que c'est la base pour, évidemment, organiser de manière institutionnelle le respect de chaque peuple.

11:58
Présentateur

On accuse souvent votre tête de liste, Jordan Bardella, et votre délégation au Parlement européen de ne pas travailler suffisamment. Mathilde Androué, peut-être en trois points. Quel est votre rapport législatif à Strasbourg et à Bruxelles sur les cinq dernières années ?

12:11
Mathilde Androuët

Je pense qu'en effet, on peut nous faire le procès de ne pas être des technos, de ne pas être des bureaucrates, parce que la technocratie, c'est la fin de la démocratie. En revanche, je pense que nos victoires ont été, au sein du Parlement européen, éminemment politiques. On a réussi à repolitiser ces questions européennes. Je pense notamment au pacte vert, qui clairement, sur certains textes...

12:33
Présentateur

Vous avez fait quoi, sur le pacte vert ?

12:34
Mathilde Androuët

Clairement, on a bloqué le passage du texte, on a vidé de sa substance le texte sur la restauration de la nature, bloqué aussi la fin, en fait, de la réduction des pesticides de manière beaucoup trop brutale, qui aurait juste fait effondrer notre agriculture. Ça, typiquement, c'est des votes où nous avons été majeurs pour, justement, ce passage, pour stopper un peu cette logique de l'économie punitive. Sur ces sujets-là, on a été aussi très déterminants. Sur le pacte d'immigration, aussi, on a réussi à rediffuser un peu ce sujet-là. La tendance à l'Union européenne, c'est un peu, par la technocratie, de cacher des éléments majeurs de notre quotidien et de notre futur.

Nous, nous avons réussi, malgré le corps non-sanitaire qui s'applique face à nous, on ne pourra pas nous faire le procès de ne pas vouloir prendre de rapport. On ne nous l'autorise pas, contrairement à toutes les lois démocratiques, d'ailleurs. Et donc, nous, nous avons réussi à repolitiser ces sujets-là. et les ramener sur la scène publique. Et jamais, l'élection européenne n'aura été aussi importante dans les sujets et les débats nationaux.

13:36
Présentateur

Merci, Mathilde Androué, d'avoir été l'invité de la matinale. Vous représentiez ce matin le Rassemblement national. Vous êtes en quatrième position sur la liste candidats du Rassemblement national. Et demain, j'en profite pour le dire tout de suite, nous serons avec la liste du Parti socialiste Place publique et Aurore Laluc qui sera l'invité de la matinale. Merci.

13:52
Locuteur

Merci.