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ChroniqueLe Média (sur YouTube)· 7 janvier 2020 10 minAutoproduitActualité / polémiqueInstitutions & électionsSolidarités & familleÉconomie & entreprisesRetraites

MACRON LE ROBOT AU SERVICE DU BLOC BOURGEOIS

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 80 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:15Fait
    « Macron est hors-sol, complètement déconnecté. »
  • 0:30Promesse
    « La réforme des retraites, l’universalité, justice, progrès social, équité… sera menée à son terme. »
  • 3:00Fait
    « Un bloc qui aspire à la domination et qui a pour caractéristique en fait contrairement aux anciens bloc de gauche et bloc de droite, d’exclure quasi totalement des groupes qu’on pourrait appeler “classes populaires”. »
  • 5:00Fait
    « Le bloc bourgeois, relativement homogène sociologiquement, n’a pas besoin de faire de compromis avec elles. »
  • 7:30Chiffre
    « Même pas un quart de la France le soutient. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Une transcendance, oui. Quelque chose qui dépasse. Un euro de cotisation versé...

On dirait que ce qu’il dit n’a plus aucun lien avec ce qui se passe, que Macron est hors-sol, complètement déconnecté. J’ai conscience que les changements bousculent souvent. La crise sociale depuis un an, il ne semble même pas la voir.

Face aux colères exprimées par le mouvement des Gilets jaunes, nous avons su instaurer un dialogue respectueux et républicain. La réforme des retraites, l’universalité, justice, progrès social, équité… sera menée à son terme. Donc il nous faut poser très sérieusement la question : Macron est-il un extra-terrestre ?

Ou un robot ? Ouvre les mêmes droits pour tous...

Ou je sais pas quoi mais il y a un problème là ! Et pour expliquer cette déconnexion, moi je vous propose de sortir le dossier... du bloc bourgeois.

Accrochez-vous ! Ok Macron est déconnecté. D’abord dans un sens ordinaire : son origine sociale et/ou son mode de vie actuel l’empêchent de voir, de penser, de sentir, comme le reste du peuple.

Il a été élevé comme une tomate hydroponique Macron, il est totalement hors-sol, il ne touche pas terre. Dès qu’il rencontre quelqu’un vraiment du peuple ça se finit dans le drame. La meilleure façon de se payer un costard c’est de travailler.

Ensuite, déconnecté par son manque d’ancrage local. Contrairement à quelqu’un qui aurait le parcours maire-député-ministre, Macron n’a pas ce réseau qui lui permettrait de rester informé et de sentir ce qui se passe “sur le terrain”. D’où le recrutement de personnalités comme Ferrand ou Collomb d’ailleurs.

Mais on pourrait ajouter une 3e forme de déconnexion, qui transparaît dans un passage un peu mystérieux : Ce sont les troisièmes voeux que je vous adresse, c’est le moment du mandat où on renonce à agir avec vigueur pour ne surtout plus mécontenter personne à l’approche des futures échéances électorales. Notez que ce qu’il dit, là, c’est une règle qui se vérifie en général. Nous n’avons pas le droit de céder à cette fatalité.

Mais là soit on l’interprète comme une sorte de suicide politique. Un one shot où on fait passer un max’ de réformes, de toute façon on ne sera pas réélu. Soit la situation politique est telle qu’il n’y a plus besoin de se pencher sur les attentes des classes populaires.

On fait un max’ de réformes de toute façon les voix des prolos on n’en a pas besoin, on sera quand même réélu. Et si c’est le cas, alors sa déconnexion serait finalement presque un avantage. Maintenant que des gens soutiennent Emmanuel Macron… c’est-à-dire que c’est le bloc bourgeois traditionnel… Arrêtez !

Ca commence à devenir insupportable ! Pour comprendre ce qui se passe, faisons un tour dans un livre paru en mars 2017 : L’illusion du bloc bourgeois. Ses auteurs, Bruno Amable et Stefano Palombarini, avaient anticipé la victoire du camp macroniste avant même que Macron ne devienne un candidat sérieux.

Notre analyse en réalité précède l’existence d’un Macron comme personnage politique parce qu’on avait déjà parlé du bloc bourgeois dans un bouquin de 2012. Qu’est-ce que c’est que ce “bloc bourgeois” ? Et en quoi ça permet de comprendre comment Macron s’est “libéré” de la nécessité d’écouter le reste du peuple ?

Un bloc qui aspire à la domination et qui a pour caractéristique en fait contrairement aux anciens bloc de gauche et bloc de droite, d’exclure quasi totalement des groupes qu’on pourrait appeler “classes populaires”. Il y a beaucoup de choses. Allons-y progressivement.

Et d’abord qu’est-ce qu’un bloc social ? Pour Amable et Palombarini, la politique n’est pas une délibération tranquille, mais un conflit, un rapport de force entre des groupes sociaux ou des classes sociales qui défendent leurs intérêts. “Groupes sociaux”, on ne parle pas de partis politiques, mais de catégories comme ouvriers, ou chefs d’entreprise.

Un groupe social, par exemple les employés, ne peut conquérir le pouvoir seul, il doit s’appuyer sur d’autres groupes, faire alliance avec eux, par exemple les ouvriers. Pour souder cette alliance sociale, on a besoin d’organisations politiques, comme un parti ou une coalition de partis. Par exemple dans les années 70, l’Union de la gauche réunit le PS et le PC.

Un bloc se forme donc quand une offre politique parvient à produire une alliance entre des groupes sociaux aux intérêts divers, en trouvant des compromis entre ces intérêts. La médiation politique c’est agréger des alliances sociales. Il y a des intérêts sociaux qui sont conflictuels, et la médiation politique c’est sélectionner parmi ces intérêts, de consolider des alliances.

Par exemple sous la 5e République on a deux blocs : un bloc de droite qui réunit indépendants, professions intermédiaires, entrepreneurs, monde agricole, cadres du privé, mais aussi des employés du privé. Et un bloc de gauche qui agrège en gros ouvriers, employés et fonctionnaires. Ce qui est très important c’est de voir que dans chacun des deux blocs on trouve à la fois des classes moyennes et populaires.

Cela signifie qu’au sein d’un bloc les groupes sociaux dominants doivent construire des compromis avec les franges populaires de l’alliance. Le travail d’un parti politique, c’est de donner vie à ces compromis dans un programme. Par exemple, dans le bloc de droite tout le monde est hostile à l’intervention étatique, mais il y a des tensions entre salariés du privés et chefs d’entreprise sur la libéralisation du marché du travail.

Dans le bloc de gauche, on s’entend davantage sur des intérêts communs : intervention de l’Etat dans l’économie et politique de redistribution. À partir des années 80, ces deux blocs entrent en crise. La droite s’en prend de plus en plus aux intérêts des salariés sans pour autant satisfaire parfaitement les attentes des plus aisés qui en veulent toujours plus.

À gauche, le Parti socialiste poursuit son rêve européen, poussant mesures néolibérales et désindustrialisation, ce qui frappe les catégories populaires. Qui s’est fait élire systématiquement avec des promesses à l’endroit de sa base qui sont des promesses de protection du modèle social français et qui a une ligne idéologique hégémonique depuis la moitié des années 80 qui est la ligne que porte aujourd’hui Macron, qui est celle des réformes du modèle social français. Donc vous avez une contradiction spécifique au Parti socialiste.

Dans chacun des deux blocs, une fracture se forme entre catégories populaires et fractions plus aisées, plus diplômées, modernistes, européistes, c’est-à-dire les bourgeois. Avec pour caractéristiques communes d’être plutôt diplômé, plutôt à l’aise financièrement, etc, et donc on pouvait l’appeler d’un terme finalement assez commun qui est “bourgeois”. Amable et Palombarini comprennent qu’en 2017, la situation est mûre pour que ces classes bourgeoises de gauche et de droite quittent leurs blocs respectifs, se séparent de leur alliés populaires respectifs, pour s’unir et bâtir un nouveau bloc, le bloc bourgeois.

Et ça Macron aussi l’a compris. Faut se représenter quasi spatialement ce qui se passe, c’est-à-dire que vous avez deux blocs, bloc de gauche, bloc de droite, et vous avez la partie la plus bourgeoise qui se réagrège ensemble. Et donc qui laisse à la fois des blocs plus populaires à gauche et à droite.

C'est comme si on avait deux fusées à deux étages, les deux étages du dessus se séparent de l’étage inférieur et fusionnent pour donner une fusée autonome, même si elles emmènent avec elles un petit peu de classe moyenne. La politique c’est comme une montgolfière, il faut savoir lâcher du lest. Il y avait une possibilité pour une certaine politique en fait de faire un réassemblage de groupes sociaux pour avoir un nouveau bloc social qui aurait espéré être dominant.

C’est ce que Macron présente sous la rhétorique du “et de droite et de gauche”. C’est moderne, c’est progressiste. Il ne veut surtout pas dire “bourgeois”.

Il a dit à ses troupes “nous ne devons pas être le parti des bourgeois”. Voilà comment il a pu se “déconnecter” des intérêts des classes populaires. Le bloc bourgeois, relativement homogène sociologiquement, n’a pas besoin de faire de compromis avec elles.

D’abord construit au centre-gauche, puis consolidé sur sa droite, le bloc bourgeois ne représente que 10 % de l’électorat, ce sont les gens qui sont vraiment favorables à la transformation radicale et néolibérale de la société. C’est pas une politique néolibérale. Et éventuellement 20-25 % si on rajoute des groupes sociaux un peu moins fanatiques de la «réforme» néolibérale, par exemple des classes moyennes pro-Europe.

En tout cas le noyau dur suffit à Macron pour être confiant sur sa réélection, car il compte sur plusieurs éléments. D’abord la mobilisation de cet électorat : les bourges, les cadres sup’ et les retraités, ça vote. Ensuite l’abstention des classes populaires.

Mais aussi l’éclatement du vote des catégories moyennes et populaires dans les différents partis d’opposition incapables de former des blocs. Et ensuite bien sûr la stratégie du duel avec Marine le Pen, qui le donne gagnant grâce au système à deux tours et au battage médiatique. Les institutions de la 5e République lui permettent d’avoir une majorité absolue alors qu’il a une minorité de soutien dans l’électorat.

Même pas un quart de la France le soutient. Absolument. Ce modèle proposé par L’illusion du bloc bourgeois permet de comprendre la situation qu’on vit actuellement.

Macron se dit qu’il a les mains libres pour attaquer frontalement et sereinement la relation d’emploi en attaquant le Code du travail et le système de protection sociale, la réforme des retraites et la réforme de l’assurance chômage. Conclusion. Oui Macron est déconnecté des classes populaires, mais c’est pas un extra-terrestre il ne vient pas de nulle part : il a profité d’une crise politique, crise politique qui a officialisé une situation que la fausse alternance PS-UMP masquait : c’est-à-dire la mise hors-jeu des classes populaires, et la formation du bloc bourgeois.

La bonne nouvelle c’est que selon les auteurs, ce bloc est une "illusion" : sa base sociale est trop faible, et les classes moyennes qui le composent seront tôt ou tard touchées et précarisées par les réformes néolibérales. Donc la crise politique va probablement se prolonger. Autant dire qu’on a du travail pour les convaincre de lâcher Macron, mais le mouvement social actuel pourrait être une bonne base.

Et comme dit notre président : “Quand l’histoire s’accélère, l’esprit français ne cède rien à la fatalité”. Voilà !