"L'arrivée de l'administration Trump, c'est un bon coup qui va secouer les Européens et c'est le moment du leadership", déclare Ilham Kadri, patronne dans l'industrie chimique
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Est-ce que c'est bon pour les affaires, pour vos affaires ou pas ?
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Vous exportez beaucoup vers les Etats-Unis.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« En tout cas, ce que vous dites, Ilham Khadri, c'est que vous êtes en train de faire une étude globale pour voir quels vont être les impacts de la politique de Trump. »
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Bonjour à toutes et à tous, l'invité éco depuis le Forum économique mondial de Davos toute cette semaine. Et aujourd'hui, je reçois Ilham Khadri. Bonjour. Bonjour. Vous êtes la directrice générale de CienSco. Votre métier, c'est la chimie de pointe que l'on retrouve dans les médicaments, dans l'hydrogène, dans les batteries des voitures électriques. Première question d'actualité, évidemment, pour la patronne que vous êtes. Vous qui avez dirigé une entreprise aux Etats-Unis par le passé, Donald Trump au pouvoir. Est-ce que c'est bon pour les affaires, pour vos affaires ou pas ?
Belle question. En tout cas, on est en train d'écouter la feuille de route américaine. Les marchés ont bien réagi, autant aux Etats-Unis que mondialement. Et franchement, pas de surprise parce que tout ce qui a été dit jusque-là est en train d'être exécuté. Donc, bien sûr, comme ils disent en anglais, big elephants in the room. Ce qu'on attend, c'est les tarifs.
Un éléphant dans la pièce. Et effectivement, Donald Trump a réaffirmé hier son intention de taxer tous les produits en provenance d'Europe. Vous exportez beaucoup vers les Etats-Unis.
En tout cas, vous travaillez beaucoup avec les Etats-Unis. Est-ce que demain, ce sera possible ? Je vais parler d'abord de l'industrie chimique. C'est quand même la deuxième région de vente de chimie au monde après la Chine. Donc, il y a quand même une relation transactionnelle, commerciale entre l'Europe et les Etats-Unis. Deux, effectivement, s'il met des tarifs, on va voir. Mais maintenant, il ne faut pas juste suivre les news. On va voir ce qui va être exécuté. Parce qu'on sait que le président Trump aime beaucoup négocier aussi. Donc, on va voir. Mais effectivement, ça va impacter. Ça va impacter beaucoup de relations commerciales. Pour nous, ça est un score.
En fait, 41% de notre business est déjà dans les Amériques.
Donc, c'est-à-dire que vous produisez directement sur place ?
Parce que nous, on produit directement, que ce soit aux Etats-Unis pour les Etats-Unis, en Chine pour la Chine et l'Europe pour l'Europe. Donc, on sera moins impacté sur la production et les produits finis, probablement sur les matières premières. Parce que nos chaînes de valeur sont un peu compliquées. Les gens achètent d'autres régions du monde. Donc, on est en train de faire cette étude. Elle est presque complétée. Et on s'adaptera. On s'adaptera. Ça va créer un inconfort, surtout sur le court terme. Après, il y aura des négociations. Je ne sais pas ce que l'administration de Trump va demander des Européens. On sait en tout cas ce qu'il va demander aux Mexicains et aux Canadiens.
Mais on ne sait pas ce qu'il va demander aux Européens où il y a beaucoup d'hypothèses. Mais en tout cas, pour l'industrie chimique, c'est une chimie qui peut être globale, mais elle est aussi très locale, surtout dans les métiers de spécialité.
Donc, c'est-à-dire que vous aviez un petit peu anticipé le fait que les barrières allaient se refermer et que vous avez décidé petit à petit de produire de plus en plus localement et notamment aux Etats-Unis.
Là, on serait probablement des visionnaires de génie. Non, ce qui arrive dans l'industrie, c'est qu'il y a des produits qui voyagent bien entre les océans. Ça peut venir de Chine parce que l'États-Unis achète beaucoup de la Chine, y compris des produits de grande consommation qu'on trouve dans les supermarchés comme Walmart, etc. Mais il y a des produits qui voyagent moins bien. Donc, nous, on est très proche de nos clients, c'est-à-dire on produit très proche d'eux. Quand on fait des batteries, par exemple, on a des produits localisés pour la batterie. Et ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des exports entre notre usine d'Otavo, en Franche-Comté, en France et les Etats-Unis.
Donc, ça, ça sera probablement impacté. Il faut faire toute une étude sur la chaîne de valeur parce que ça impacte les clients, qui va payer. C'est le client qui paye ? Oui, c'est le client et en fin de compte, c'est le consommateur quand il y a une augmentation de prix. Donc, l'impact sur l'inflation est à étudier et à voir et c'est pour ça que voilà.
En tout cas, ce que vous dites, Ilham Khadri, c'est que vous êtes en train de faire une étude globale pour voir quels vont être les impacts de la politique de Trump.
Oui, tout à fait. Ce n'est pas nouveau, je dirais, parce qu'on est à Davos ici. Davos était, la Mecque, le lieu de la globalisation pendant plusieurs saisons. Ça fait maintenant deux saisons, après la pandémie, ou la saison dernière en tout cas, on commençait à parler d'une fragmentation mondiale. La Chine, avec moins de gaz russe, que va faire l'Europe pour sa souveraineté énergétique ? Les États-Unis avec les élections qui arrivaient. Donc, on commençait déjà à en parler en plus de l'IAI, l'intelligence artificielle. Et là, bon, à Davos, vous l'entendez, quoi. On parle que de Trump. On parle de Trumpo-economie, qui est un nouveau langage que je ne connaissais pas.
Donc, effectivement, de...
Trumpo-nomie, c'est un mot que vous avez entendu ici à Davos ?
Oui, oui, oui, hier ou avant-hier, je ne sais pas qui c'est qui l'a inventé. Et on en parle beaucoup dans les petits-déjeuners, c'est-à-dire l'impact de l'administration Trump sur l'économie mondiale et l'industrie mondiale.
Et alors, justement, un dernier point qui vous concerne directement, il me quadrit parmi les annonces de Donald Trump, c'est le fait que les voitures électriques, qu'il allait mettre un petit peu la pédale de frein sur les ventes de voitures électriques. En gros, les Américains pourraient choisir ce qu'ils voudraient comme voiture. Et vous, vous fabriquez un composant des voitures électriques. Et vous avez annoncé la construction d'une très grande usine en Géorgie, je crois, de mémoire. Est-ce que ça entrave vos projets futurs ?
Alors, si vous regardez ce qu'on a publié récemment, et c'était au deuxième trimestre, on a dit qu'on avait retardé le commencement de cette usine. Et c'était au deuxième trimestre. Donc, ce n'est pas innocent. On voulait attendre pour voir un petit peu ce qui va se passer avec l'IRA. C'est important.
Vous avez eu effectivement des aides publiques.
Oui, 30% de notre CAPEX, donc de notre coût d'investissement, était couvert par l'IRA, comme beaucoup d'autres industriels, comme nos clients. Et on ne l'a pas fait juste pour attendre les élections, on l'a fait parce que nos clients ont retardé les investissements dans l'électrique. Nous, on n'investit pas quand il n'y a pas de clients, quand il n'y a pas de demandes. Donc, on a retardé ça, et on a bien fait, parce qu'à ce moment-là, ça avait créé un petit peu une nervosité au marché. On m'a dit, mais Ilham, tu nous avais dit, c'est l'un des grands projets de croissance. J'ai dit, oui, ça le sera. Moi, je crois dans l'électrique.
En fait, l'électrique, si vous regardez le taux de croissance dans les cinq, sept dernières années, c'est à peu près 50%. Maintenant, on parle d'une croissance globale de plutôt 20%. C'est quand même à deux chiffres. C'est mieux que beaucoup d'autres marchés. Et les États-Unis, maintenant, que Trump nous dit, ben voilà, il ne va pas, c'est drill, baby drill. Donc, c'est très fossile, forêt, forêt. Donc, c'est vraiment très gaz, très pétrole. Attendons de voir. Attendons aussi de voir ce qu'Elon Musk, qui est quand même un pilier dans l'administration de Trump, va aussi faire. Parce que Tesla, c'est un de nos grands clients indirects.
Le secteur de la chimie, il se porte mal en Europe et en France, avec des restructurations en cours. Évidemment, il y a les Allemands, mais même en France, Vancorex, Arkema. Et vous-même, chez Ciennesco, vous envisagez 122 suppressions de postes en France, plus de 300 dans le monde. Vous ne pouvez pas faire autrement aujourd'hui, Ilham Khadri ?
L'industrie chimique, effectivement, se porte mal. Mais je dirais l'industrie, en général, en Europe. On a été très vocaux, c'est même un cri de cœur, avec la déclaration d'Anvers. C'était l'année dernière, en février. On avait réuni 73 patrons de l'industrie à Anvers et on avait accueilli et on a discuté avec la présidente à élire, donc Mme Ursula von der Leyen, qui, entre-temps, est la présidente de la Commission européenne.
Mais les 73 que nous étions sont devenus 1 200, y compris les syndicats, y compris des métiers dans le métal, etc., la métallurgie, les petites et moyennes entreprises se sont rejoints à nous pour défendre ces 10 points de déclaration qui sont autour de la compétitivité. Aujourd'hui, l'Europe manque de compétitivité. Et il nous faut probablement trois choses, et j'étais très heureuse d'écouter la présidente hier, à son discours ici à Davos, on a demandé plusieurs choses. Un, c'est la simplification réglementaire, parce que je peux vous donner une idée, depuis que je suis arrivée en Europe, en 2019, on a produit 14 000 pages de réglementation pour la chimie seulement.
Et donc, cette bureaucratie, ces couches de réglementation tuent l'industrie. Les petites et moyennes entreprises, qui est la fabrique importante de l'industrie européenne, souffrent. Il y a eu 11 millions de tonnes de fermées, déclarées fermées, c'est ce que vous avez parlé de la restructuration. 11 millions de tonnes, c'est à peu près 4% de la capacité européenne. 11 millions de tonnes entre 2023 et 2024. La chimie part. L'Europe doit arrêter de parler d'une ambition d'être. Nous avons besoin d'une ambition de faire. On veut de l'action, parce que tout a été dit, tout est justifié, etc. Et je pense qu'il y a une convergence, aujourd'hui.
Et l'arrivée de l'administration de Trump, etc., c'est un bon coup qui va secouer, en fait, les Européens. Et c'est le moment du leadership.
Merci beaucoup, Ilam Khadri, directrice générale de Ciennesco, depuis le Forum économique mondial à Davos. Merci à vous. Merci.
Merci. Merci.