Pierre Moscovici : "Il y a eu des pressions qui ont été dures pour la Grèce"
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:32OuverteRéponse directe
Cette surveillance renforcée, ça donne quelles obligations à la Grèce ?
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On se rappelle de l'allemand Chaobleu qui était pas forcément réjoui.
- 2:22RelanceRéponse directe
Cette surveillance renforcée, ça donne quelles obligations à la Grèce ?
- 3:35RelanceRéponse directe
C'est-à-dire que l'Europe n'aura plus vraiment son mot à dire, même si la Grèce devait tourner le dos parfois à quelques réformes ?
- 3:53RelanceRéponse directe
Vous l'avez souligné à l'instant, il n'empêche que la Grèce reste tout de même le pays le plus endetté d'Europe, 170-180% de son PIB.
- 5:26OuverteRéponse directe
Est-ce que vous craignez, Pierre Moscovici, par exemple, un embrasement social possible en Grèce aujourd'hui ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:50Invité politiqueChiffre
« C'est quand même 273 milliards d'euros d'assistance financière qui ont été données à la Grèce, en contrepartie de réformes qui ont été des réformes difficiles, douloureuses, et je serai le dernier à l'ignorer. »
- 2:56Invité politiqueChiffre
« il y a quand même une dette publique en Grèce qui reste à 170% du PIB. »
- 4:21Invité politiquePromesse
« on a décidé des mesures d'allègement qui sont tout à fait considérables et qui doivent permettre petit à petit, dans la durée, à la Grèce, de retrouver une dette publique à 100%. »
- 12:25Invité politiqueChiffre
« L'Europe a ainsi donné 2,5 milliards d'euros dans les années passées pour financer les infrastructures en Italie. »
- 12:36Invité politiqueChiffre
« Nous avons approuvé en avril 2018, c'est donc il y a quelques mois, un plan de 8 milliards d'euros pour développer les investissements dans les autoroutes. »
- 12:44Invité politiqueChiffre
« Le plan Juncker, c'est 12 milliards d'euros dans les transports. »
- 15:30Invité politiqueFait
« s'il n'y avait pas cette coopération avec la Turquie alors l'afflux de migrants serait beaucoup plus considérable encore. »
- 16:49Invité politiqueFait
« il y a quand même une grande question qui est la question est-ce que c'est stop ou encore. »
- 20:56Invité politiqueFait
« elle l'est théoriquement et c'est aux Britanniques eux-mêmes qui ont fait le choix de sortir de décider in fine s'ils le font ou pas. »
- 21:05Invité politiqueFait
« la probabilité du Brexit est quand même extrêmement forte. »
Temps de parole
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France Inter, Eric Delvaux, le 6-9 de l'été. Bonjour Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, à la fiscalité aussi, on le dit moins, et à l'union douanière. A partir d'aujourd'hui, la Grèce est officiellement autonome, elle sort de la tutelle de ses créanciers FMI et zone euro. La Grèce peut donc se financer seule désormais sur les marchés, mais la Grèce reste tout de même sous surveillance renforcée des instances européennes. Cette surveillance renforcée, ça donne quelles obligations à la Grèce ?
Avant de parler de la surveillance, peut-être faut-il quand même dire que c'est un jour majeur, voire historique pour la Grèce. La Grèce depuis près de 10 ans, et non pas sous la tutelle, mais sous le coup de programmes qui sont des programmes d'assistance, d'aide. C'est quand même 273 milliards d'euros d'assistance financière qui ont été données à la Grèce, en contrepartie de réformes qui ont été des réformes difficiles, douloureuses, et je serai le dernier à l'ignorer.
Mais enfin, il faut quand même le dire, pour la zone euro, pour la Grèce, c'est une journée importante, et il faut la saluer comme telle, parce que c'est vrai que la Grèce, maintenant, peut pouvoir marcher seule sur ses deux pieds, et qu'elle sera un pays de la zone euro comme les autres. Alors que les dix dernières années, elle était vraiment sous programme et sous contrôle. Et donc, ça, c'est le fruit des efforts du peuple grec. C'est le fruit aussi d'une solidarité européenne qui n'a pas été vraiment sans histoire.
On se rappelle de l'allemand Chaobleu qui était pas forcément réjoui.
Tout à fait. Il y a eu des confrontations, il y a eu des discussions difficiles. Moi, ça fait six ans que je suis ce dossier quotidiennement. D'abord comme misé finances français, puis comme commissaire européen. Je connais Volgan Chaobleu, j'ai vu sa dureté, je sais qu'on a frôlé à un moment donné. Il faut s'en souvenir le Brexit, c'est-à-dire la sortie de la Grèce de la zone euro, ce qui eut été une catastrophe. Et pour le pays, et pour la zone euro. Et puis j'ai vu Varoufakis avec son inconséquence, avec sa démagogie, qui a coûté très cher la Grèce.
L'ancien ministre italien des Finances qui était particulièrement retort sur les plans d'austérité.
Maintenant, quel est l'avenir ? L'avenir, c'est que la Grèce, effectivement, va pouvoir se financer seule sur les marchés. L'avenir, c'est que la Grèce va pouvoir définir sa propre politique économique, bien sûr en poursuivant les réformes, et qu'elle est un pays totalement libre de le faire, comme le sont tous les pays de la zone euro.
On parlait de la surveillance renforcée.
Mais il y a une surveillance, et une surveillance renforcée. Alors peut-être faut-il dire une chose que nos auditeurs ne connaissent pas forcément, c'est que chaque fois qu'il y a eu un pays sous programme, ça a été le cas de Chypre, ça a été le cas du Portugal, ça a été le cas de l'Irlande. Après, on met en place des mécanismes de surveillance qui supposent que les institutions européennes et le FMI continuent à monitorer, à surveiller la situation du pays, à voir dans quelle mesure les réformes sont poursuivies, dans quelle mesure les engagements pris au-delà du programme. Et c'est nécessaire, parce que vous savez, il y a quand même une dette publique en Grèce qui reste à 170% du PIB.
Et en contrepartie, il y a des mesures qui sont faites pour l'alléger. Eh bien, nous continuons à surveiller cette situation. Nous le faisons pour les autres. Alors, pourquoi renforcer ? Parce que c'est vrai quand même que la crise grecque a été d'une profondeur, d'une durée, d'une dureté absolument son précédente. Et donc, il va falloir surveiller ces engagements d'un peu plus près. Mais je veux le dire ici, ce n'est pas un quatrième programme. Et je n'accepterai pas, moi qui suis commissaire en charge de ce sujet, que les Men in Black, de ce qu'on a appelé la Troïka dans le passé, maintenant soient remplacés par des Men in Blue, et qu'ils soient juste un peu plus civilisés.
Non, vraiment, ça va être une surveillance renforcée, mais sans aucune comparaison avec l'institution du programme.
C'est-à-dire que l'Europe n'aura plus vraiment son mot à dire, même si la Grèce devait tourner le dos parfois à quelques réformes ?
Les engagements doivent être tenus. Et les Européens continuent à exercer leur solidarité, une solidarité vigilante. Non, mais la Grèce est libre. La Grèce est libre et la Grèce est maintenant autonome. Et c'est ce que ce jour signifie. Il faut le saluer comme tel.
Vous l'avez souligné à l'instant, il n'empêche que la Grèce reste tout de même le pays le plus endetté d'Europe, 170-180% de son PIB. Alors certes, l'Europe n'en finit plus d'allonger les délais de remboursement, mais 180% du PIB, est-ce vraiment soutenable dans la durée ?
Alors, c'est une dette insoutenable s'il n'y a pas en contrepartie des efforts pour l'alléger. Et en juin, pour décider la sortie du programme, en contrepartie des réformes faites en Grèce, on a décidé des mesures d'allègement qui sont tout à fait considérables et qui doivent permettre petit à petit, dans la durée, à la Grèce, de retrouver une dette publique à 100%. Je rappelle que la dette publique de la France est à 100% pour situer les choses. Et donc, voilà, il y a cet effort de réduction de la dette dans la durée qu'il faut poursuivre. Mais, vous savez, il faut voir d'où la Grèce vient. Il faut voir où la Grèce est.
Aujourd'hui, la Grèce, c'est un pays qui a eu 15% de déficit en 2010, qui a un excédent de 0,8%. C'est un pays qui avait une récession annuelle de 5,5% et qui est maintenant à une croissance de 2%. C'est un pays qui avait un taux de chômage en 2013 de 27% et qui devrait avoir 18% en 2019, ce qui est encore beaucoup, beaucoup trop. Mais qui a retrouvé, grâce aux réformes, le chemin de cette croissance retrouvée. Certains aiment dire que l'austérité a créé la crise. Je crois qu'on confond là la cause et les effets. En vérité, c'est bien la crise qui a créé l'austérité. Il faut se souvenir d'où la Grèce vient. La Grèce était un pays dont les comptes...
C'était aussi des Grecs, une population qui avait l'habitude de ne pas payer ses impôts, qui avait quand même quelques traverses, avec une administration pléthorique, avec...
Les comptes publics grecs, on ne s'en souvient pas, ont été totalement falsifiés. Ils étaient bidons, pour le dire franchement. L'administration ne fonctionnait pas. Les structures économiques étaient totalement artificielles. C'était un pays qu'on a accueilli dans la zone euro, mais il y avait tout ça. Et on pensait que la maison était en briques. En fait, les murs étaient en bois, et en bois vermoulu. Et c'est la raison pour laquelle il fallait doter la Grèce de structures qui soient beaucoup plus solides. Alors, ces réformes ont été difficiles. Moi, je sais ce que ça représente pour des millions de Grecs. J'ai tellement d'amis en Grèce.
Réformes douloureuses pour les retraites, notamment. Pour les fonctionnaires, sur les salaires des fonctionnaires. Des retraités qui ont vu leur retraite. Vous, le socialiste, est-ce que vous êtes arrivé de penser que les contreparties réclamées aux Grecs étaient vraiment trop dures ?
Oui, ça m'est arrivé. Je pense qu'il y a eu des erreurs qui ont été faites de part et d'autre au cours de ces très longues années. D'abord, encore une fois, en 2010, on a pensé que la maison était solide. On s'est dit, en deux années, avec un programme, on va se sortir comme on le fait pour l'Irlande, pour la Grèce. Non, c'était beaucoup plus profond. Et on a sous-estimé la crise. Ça, c'était sans doute la première erreur. Deuxième erreur, les mécanismes de solidarité, comme le mécanisme européen de solidarité, qui a été créé en 2010, l'ont été fait un peu sous la pression de la crise et n'ont pas été, encore une fois, des mécanismes volontaires.
Et il y a eu des confrontations politiques au sein de la zone euro. Moi, je suis un socialiste et j'ai agi en socialiste, en social-démocrate, dans cette affaire-là. C'est-à-dire que j'ai toujours été partisan. Un, du fait que la Grèce reste. Et deux, qu'on fasse des efforts de solidarité pour la Grèce, pour le peuple grec. Et puis, troisièmement, je pense qu'en 2014, on a raté le coche de très peu. Il s'est fallu de quelques millimètres d'un accord sur la TVA, sur les îles, ou sur les retraites. On a perdu des années. Et enfin, il y a eu l'année 2015, qui a été une année terrible, où d'un côté, on a eu ceux qui voulaient le Grexit, mais il y a eu aussi M.
Varoufakis, qui a proposé des mesures tellement irresponsables qu'elles ont coûté des années de croissance à la Grèce.
Aujourd'hui, quand le gouvernement grec dit qu'il a de quoi assurer ses paiements jusqu'en 2022, est-ce que c'est encourageant ou, au contraire, un peu inquiétant ?
D'abord, c'est encourageant, parce que ça lui donne le temps de prendre l'élan, de mener une politique nouvelle. Mais ça signifie aussi que les efforts doivent être poursuivis dans la durée. Et les mesures de réduction de la dette que vous évoquiez tout à l'heure, elles durent jusqu'en 2032. Et puis même au-delà. Et donc, je pense que c'est un engagement durable que nous avons pris avec la Grèce.
Il est 8h30 sur France Inter. Pierre Moscovici, vous restez avec nous pour répondre aux questions des auditeurs de France Inter. Question sur la Grèce, question sur les élections européennes, l'Europe en général, le Brexit. C'est au 01-45-24-7000. France Inter. Le 6-9 de l'été. Intervenez. Avec une première question de Dominique, qui est en Haute-Corse. Bonjour Dominique.
Bonjour France Inter. Bonjour M. Moscovici. L'Europe des finances démontre que, justement, elle a les moyens d'aider les pays comme la Grèce, qui redevient autonome. Mais, faudra-t-il appliquer cet adage chinois ? Il vaut mieux apprendre à pêcher plutôt que d'apporter du poisson, en quelque sorte. Je ne sais pas si cette citation convient tout à fait à la Grèce.
C'est-à-dire que vous estimez que l'Europe n'apprend pas à pêcher à la Grèce ? Pour reprendre votre image ?
Non, pour que chaque pays européen puisse faire du social et que puisse se gérer économiquement.
La question qui revient chez beaucoup d'auditeurs de France Inter ce matin, je les ai sous les yeux, c'est de savoir si ces réformes n'ont pas été trop dures. Est-ce que vous craignez, Pierre Moscovici, par exemple, un embrasement social possible en Grèce aujourd'hui ?
C'est une question que je me suis posée tous les jours pendant ces six dernières années. Et sans aucun doute, il y a eu, de la part de certains créanciers, des pressions qui ont été dures et qui sont coûteuses. Moi, je pense aux jeunes qui ont quitté la Grèce. Je pense à leurs parents qui les ont vus partir. Je pense aux retraités qui, c'est vrai, ont vu leur pouvoir d'achat amputé. Je pense à tous ceux qui ont perdu un emploi. Et je sais qu'il y a un désarroi social vraiment massif en Grèce.
Mais ce que je vois, c'est aussi que le pays retrouve de la dynamique, de l'attractivité que la Grèce peut être, à nouveau, parce que c'est un pays formidablement créatif, formidablement innovant, une terre incroyablement dynamique pour demain. Et donc, oui, moi, ce que je souhaite, c'est que l'économie continue d'aller mieux. Et je crois qu'on a fait ce qu'il fallait pour. Mais je souhaite aussi que des mesures sociales soient prises pour ceux qui sont le plus en difficulté en Grèce. Parce qu'il y a beaucoup de pauvreté. Parce qu'il y a encore énormément de chômage.
Et donc, ce que, aujourd'hui, signifie la fin du programme, c'est, je le répète, que la Grèce est libre de mener des politiques de croissance, mais aussi de justice sociale. Et c'est vraiment ce que je souhaite du plus profond de moi-même.
Le standard de France Inter 01, 45, 24, 7000. Léo est en ligne. Bonjour, Léo.
Oui, bonjour. Je remercie M. Moscovici de venir encore une fois sur France Inter. Je voulais en fait demander, lui qui défend justement les mesures de privatisation, par exemple, de services publics, qui ont été demandés à la Grèce en échange des aides qui ont été fournies.
Donc, lui qui défend encore cette politique européenne, comment il peut, à l'heure de l'accident de Gênes avec l'effondrement du pont qui était justement géré par une entreprise privée et qui manquait manifestement d'entretien alors que cette entreprise versait des, je ne sais plus, moins de millions de dividendes à ses actionnaires, comment il peut défendre ces politiques, alors même que justement, aussi, on a en France l'exemple des barrages qui sont des infrastructures dangereuses et qui vont être privatisés sur demande de l'Union Européenne alors que, par exemple, un service public peut être très bien entretenu par l'État et justement, on ne demande pas, si c'est par l'État, il n'y a pas besoin de faire de profit et donc, toutes les ressources peuvent être allouées à l'entretien de ces services publics.
Pierre Moscovici, quels sont les services publics
que vous souhaiteriez privatiser ? D'abord, ce n'est pas l'Union Européenne qui conduit aux privatisations. Il y a énormément de privatisations qui ont été faites dans beaucoup de pays et l'ont été de leur propre initiative. Deuxièmement, on peut très bien avoir des services publics qui sont gérés par des entreprises privées à condition qu'ils restent contrôlés par la puissance publique. Et si c'était le tout public qui marchait, franchement, dans notre économie, ça se saurait. Troisièmement, il y a des exemples de privatisations réussies en Grèce. Je vais reprendre un.
Le port du Piret était un port géré par la puissance publique avec tous les blocages qui peuvent exister dans certains ports. Il a été privatisé et en quelques années, il a vu sa capacité d'accueil doubler. Il a vu ses équipements se moderniser de manière considérable. Enfin, je veux dire un mot sur Gênes parce que c'est un autre sujet qui nous a tous bouleversés. Le gouvernement populiste
d'extrême droite italien a pointé du doigt la responsabilité européenne.
Mais le moment, il est au deuil, il est à la dignité, il n'est pas au doigt pointé. Je pense que de ce point de vue-là, M. Salvini se trompe et il se trompe volontairement parce qu'en réalité, il attaque l'Europe alors qu'il refuse de balayer devant sa porte. L'Europe n'est pas responsable de la dégradation des investissements en Italie. L'Europe a ainsi donné 2,5 milliards d'euros dans les années passées pour financer les infrastructures en Italie. L'Europe a fait en sorte que des marges de manœuvre budgétaires soient trouvées pour financer les investissements.
Nous avons approuvé en avril 2018, c'est donc il y a quelques mois, un plan de 8 milliards d'euros pour développer les investissements dans les autoroutes. Et le plan Juncker, c'est 12 milliards d'euros dans les transports. Alors, il faut dire les choses. Les Etats membres sont libres. Arrêtons cette idée d'une Europe qui sera un carcan, d'une Europe qui sera une contrainte. Ils sont libres de faire leur choix. Et ce qui s'est passé en Italie, c'est que les choix publics n'ont pas été priorisés de manière à faire en sorte que les infrastructures soient développées suffisamment.
Et demain, si l'Italie se tourne vers moi, se tourne vers la Commission européenne en demandant de l'aide ou de l'assistance ou du soutien pour financer les infrastructures, comme hier. Elle trouvera non seulement un appui, mais un soutien actif de ma part et de la part de la Commission.
01 45 24 7000. Bertrand nous appelle de Tours. Bonjour Bertrand. Oui, bonjour.
Bonjour M. Moscou ici. Bonjour à toute l'équipe. Je voulais poser la question assez simple. Pourquoi l'Union européenne entretient des rapports très étroits économiques et diplomatiques avec la Turquie qui n'est plus tout à fait considérée comme une démocratie alors qu'elle occupe illégalement toutes les résolutions de l'ONU en ce sens un territoire européen qui est le nord de Chypre avec destruction du patrimoine culturel épuration ethnique puisqu'il faut appeler les choses par leur nom. Donc l'Union européenne verse des milliards à la Turquie.
Pierre Moscovici l'argent donné à la Turquie notamment à l'époque pour qu'elle accueille aussi des réfugiés c'est une... La Turquie qui nous a fait si je puis me permettre
un bras d'honneur ensuite. Question très compliquée. C'est vrai qu'il y a une partie de Chypre qui reste occupée par la Turquie et la réunification de Chypre reste un objectif pour l'Union européenne. On a failli y arriver il y a un an ou deux et ça reste encore une fois pour nous un souci et une volonté. Mais la Turquie est aussi un partenaire économique et politique de dimension absolument exceptionnelle pour nous et personne n'a intérêt à ce que la Turquie soit déstabilisée sur le plan économique. Et c'est la raison pour laquelle nous continuons à suivre la situation.
Nous mesurons les risques qui sont liés et la chute de la lyre qui sont limitées mais nous les regardons de près et nous sommes prêts à intervenir pour soutenir la Turquie.
Comment le commissaire européen que vous êtes regarde-t-il cette crise économique et monétaire en Turquie précipitée par Donald Trump
aussi ? Alors il y a une crise politique derrière tout ça on le sait mais il y a aussi des remèdes des remèdes ce sont des réformes structurelles c'est une politique monétaire indépendante c'est une politique budgétaire qui reste sérieuse avec en même temps des atouts formidables en Turquie à savoir la croissance qui est toujours là donc je dis risque limité je dis que nous sommes nous tout à fait prêts à affronter ces risques mais nous sommes aussi dans le soutien à la Turquie. Alors il y a le volet Donald Trump.
Si je reviens à la question qui est posée pourquoi la Turquie est un partenaire géopolitique majeur vous évoquiez les aides qui ont été données à la Turquie par deux fois pour l'accueil de migrants mais soyons conscients que s'il n'y avait pas cette coopération avec la Turquie alors l'afflux de migrants serait beaucoup plus considérable encore la Turquie joue un rôle géopolitique alors ce qu'il faut faire avec la Turquie c'est être dans un dialogue qui est un dialogue très exigeant qui est vigoureux moi je ne partage pas du tout les options politiques de monsieur Erdogan je suis très attaché à la démocratie je souhaite la réunification de Chypre mais en même temps ce dialogue le dialogue qu'on a avec un partenaire qui est extraordinairement proche de nous et qui reste aussi il ne faut pas l'oublier un pays candidat à l'Union Européenne je sais bien que la Turquie ne va pas adhérer à l'Union Européenne dans les décennies qui viennent peut-être jamais mais il est important de garder avec elle des liens et des discussions qui permettent à la Turquie d'évoluer elle-même vers des structures qui soient plus démocratiques et qui soient plus ouvertes qu'aujourd'hui
Pierre Moscovici quelques questions plus politiques à présent des auditeurs de France Inter en France le parti socialiste est toujours en quête d'une tête de liste aux européennes de mai prochain quel serait le bon profil selon vous ?
la première des choses c'est que je voudrais dire quelle est l'importance majeure de ces élections européennes et quel est leur enjeu et il est double on vit dans une Europe où les forces adémocratiques ou antidémocratiques ou antilibérales
la campagne européenne elle va se jouer entre pro et anti-européens ?
pour beaucoup il y a quand même une grande question qui est la question est-ce que c'est stop ou encore est-ce que dans le monde où nous vivons où il y a Donald Trump vous le citiez et que Jinping, Poutine on est capable d'avoir des solutions européennes pour la transition écologique pour l'émigration pour l'économie ou bien est-ce qu'on se défait et que chacun revient à son précaré national et oui ce sera bien ça stop ou encore est-ce qu'on continue l'aventure européenne ou est-ce qu'on la défait et soyons conscients qu'elle est menacée aujourd'hui cette aventure européenne mais à l'intérieur des pro-européens il y a des différences très importantes entre ceux qui souhaitent une Europe de la solidarité une Europe du combat contre les inégalités une Europe humaniste qui est capable d'accueillir sur ces terres ceux qui fuient les guerres les réfugiés qu'il faut traiter de manière toujours humaine et donc il y a un deuxième combat qui est le combat que j'ai peine à appeler gauche-droite mais c'est bien de ça dont il s'agit c'est entre une Europe solidaire et une Europe égoïste entre une Europe oui qui est une Europe de droite et une Europe de gauche et de ce point de vue là je reste totalement social-démocrate alors ces choses étant dites et c'est pour ça que ces élections vont être décisives les élections de 2019 sont les plus importantes depuis que le Parlement européen
mais vous voyez venir avec ma question Pierre Moussco
je vais comme jusqu'où le profil de la tête de liste des socialistes c'est quelqu'un qui doit être socialiste donc qui doit avoir une histoire avec la gauche qui doit être un homme ou une femme de gauche engagée à gauche mais qui doit être européen ne faisons pas l'impasse sur la dimension européenne de ces élections et surtout que les socialistes qui restent ma famille même si je ne milite pas au quotidien que les socialistes n'oublient pas qu'ils sont un grand parti européen un parti socialiste qui ne serait pas européen un parti socialiste qui ne serait pas conscient que l'Europe est dans son ADN ce parti socialiste là n'aurait pas d'avenir donc il faut un socialiste européen un pro-européen de gauche un homme comme vous en quelque sorte c'est vraiment pas bon sujet du jour mais vous y pensez en vous rasant le matin ?
je ne me suis pas beaucoup rasé ce matin un peu comme vous non je vous assure que mes pensées elles sont tournées vers comment est-ce qu'on résout les problèmes de la crise migratoire comment est-ce qu'on sort du Brexit
on a abordé tous ces sujets précédemment
mais moi je suis très attaché à ça avant toute chose je serai présent dans cette campagne européenne d'une façon ou d'une autre parce que je suis le commissaire français et je serai présent pour donner une certaine idée de l'Europe et une certaine idée de la gauche une certaine idée de la gauche comme aurait pu dire De Gaulle pour la France parce que je pense que ma gauche à moi c'est une gauche qui est capable de transformer de manière concrète c'est une gauche qui est réformiste c'est une gauche qui est réaliste c'est une gauche qui a vocation à gouverner c'est pas une gauche proclamatoire c'est pas une gauche qui se plaint de tout c'est pas une gauche qui pense que par exemple il n'y a en effet que le public il y a du service public mais il y a aussi différentes façons de réformer nos pays c'est une gauche qui est vraiment social-démocrate c'est une gauche qui est constructive c'est ça la gauche et je pense que la gauche d'aujourd'hui ne doit pas être comme certains gauches comme Jean-Luc Mélenchon tentés par une forme de nationalisme une gauche qui est nationaliste une gauche qui n'a pas d'avenir et qui n'a pas de réalité Julien Drey par exemple qui se présente lui pour cette candidature je ne veux pas faire le concours de beauté
des uns et des autres vous vous prononcerez quand pour savoir si vous irez ou pas en tant que tête de liste assez européenne il y a une date il y a une échéance qui vous permettrait de vous déclarer
ce sera dans l'automne mais encore une fois je vous le répète c'est pas mon sujet du jour
si François Bayrou décidait d'y aller seul sans la république en marche est-ce que ce serait pour vous un attelage que vous regarderiez
je ne suis pas du tout encore une fois dans les spéculations personnelles mais ce que vous dites montre une chose c'est la rentrée politique aujourd'hui et on voit que le paysage politique français est encore en recomposition encore en train de se chercher et j'évoquais deux dimensions aux élections européennes il y a les dimensions stop ou encore l'Europe il y a les dimensions Europe solidaire contre Europe égoïste Europe de gauche contre Europe de droite et puis c'est vrai aussi que ce sont une élection intermédiaire en France très importante pour le pouvoir
sur le Brexit hier un grand patron britannique farouche opposant au Brexit a versé plus d'un million d'euros à l'association People's Vote c'est une nation qui milite pour la tenue d'un autre référendum même si Theresa May a dit qu'elle ne souhaitait pas une nouvelle consultation est-ce que la voie tracée vers le Brexit est réversible ou pas ?
elle l'est théoriquement et c'est aux Britanniques eux-mêmes qui ont fait le choix de sortir de décider in fine s'ils le font ou pas et comment ils le font disons que la probabilité du Brexit est quand même extrêmement forte parce qu'il y a eu un vote populaire parce qu'il y a eu un référendum parce que la situation de l'opinion publique reste assez tendue mais la vraie question c'est dans quelles conditions le Royaume-Uni sortira-t-il sortira-t-il avec des relations proches, amicales avec l'Union Européenne parce qu'il va rester un pays européen
il y aura forcément un accord ou pas forcément un accord ?
pas forcément la Commission Européenne et c'est le rôle de Michel Barnier se bat pour qu'il y en ait un mais il faut que ce soit aussi un bon accord un accord qui respecte les principes de l'Union Européenne notamment nos quatre libertés liberté de circulation des marchandises des biens des capitaux et des hommes
Michel Barnier qui va recevoir aujourd'hui d'ailleurs la ministre britannique chargée du Brexit le ministre Dominique Raab merci beaucoup Pierre Moscovici d'être venu ce matin répondre aux questions des auditeurs de France Inter merci et bonne journée merci
Pierre Moscovici