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InterviewRCF — L'Invité de la Matinale (sur Site radio)· 16 janvier 2024 13 minComplaisantActualité / polémiqueÉducation & rechercheInstitutions & élections

"Le mantra dans l'Education Nationale, c'est pas de vague" affirme Patrice Romain

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 80 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:56OuverteRéponse directe

    Patrice Romain, est-ce que vous comprenez ces invectives hier dans cette école Littré ?

  • 1:40OuverteRéponse directe

    Comment vos collègues personnels de l'éducation nationale ont réagi ? Qu'est-ce que vous entendez ici et là ?

  • 2:07OuverteRéponse directe

    Quand elle dit que les heures sont mieux remplacées dans le privé que dans le public, elle dit pourtant là une vérité statistique.

  • 2:34OuverteRéponse directe

    Paradoxalement, est-ce que le fait qu'elle mette sur la table ce sujet-là, ça ne permettra pas de régler le problème et de le mettre en avant ?

  • 3:39OuverteRéponse partielle

    Vous parlez d'omerta. Quelle omerta y a-t-il dans l'éducation nationale ?

  • 4:21OuverteRéponse directe

    Comment vous jugez ça, qu'il y a une façon pour des professeurs d'étouffer ces atteintes à la laïcité, ces faits d'incivilité ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:30InvitéFait
    « Et dans l'éducation nationale, il y a le mot « nation ». Donc elle est la ministre de tous les Français. »
  • 1:37InvitéFait
    « Et ça, ce qui est inadmissible, mais malheureusement courant chez nos dirigeants. »
  • 2:12PrésentateurFait
    « Quand elle dit que les heures sont mieux remplacées dans le privé que dans le public, elle dit pourtant là une vérité statistique. »
  • 2:20InvitéFait
    « C'est-à-dire que les chiffres qu'on nous remonte sont complètement pipotés. »
  • 3:05InvitéFait
    « Le gros problème, c'est qu'on manque de candidats pour être professeur. »
  • 3:50InvitéFait
    « C'est-à-dire que le mantra de l'éducation nationale, c'est pas de vague. »
  • 4:37PrésentateurFait
    « Vous les avez vus dans les collèges où vous avez été proviseur ? »
  • 5:52InvitéFait
    « C'est compliqué parce que vous aurez, évidemment, une partie du corps enseignant qui, de toute manière, sera systématiquement contre tout ce que dira le ministre. »
  • 6:52InvitéFait
    « Écoutez, je crois qu'on ne peut pas reprocher à un parent de vouloir le meilleur pour son enfant. »
  • 11:27PrésentateurFait
    « Le théâtre à l'école, à partir de la cinquième, c'est ce qu'a annoncé hier Emmanuel Macron. »
  • 12:25InvitéFait
    « Moi, je suis... ça ne me gêne absolument pas. »

Temps de parole

  • Invité68 %
  • Présentateur30 %
  • Présentateur 22 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. L'invité de la matinale, Pierre-Hugues Dubois. Pierre-Hugues, votre invité ce matin est Patrice Romain, ancien improviseur dans le Loiret. Il est l'auteur d'une dizaine de livres sur l'éducation nationale, son dernier, Omerta, dans l'éducation nationale, publié aux éditions du Cherche-Midi. Bonjour Patrice Romain. Bonjour. Et merci d'avoir accepté notre invitation et d'être en ligne avec nous. Emmanuel Macron s'est donc exprimé hier soir.

Il a tenté de venir en aide à sa ministre de l'éducation nationale, Amélie Oudea-Castera, empêtrée dans une polémique autour de la scolarisation de ses enfants dans une école privée. Elle estime qu'il y avait trop d'heures non remplacées dans l'école publique élémentaire Littré à Paris, où son fils était écolier. Elle a présenté ses excuses aux personnels de cette école sous les UE hier matin. Patrice Romain, est-ce que vous comprenez ces invectives hier dans cette école Littré ?

1:06
Invité

Ah bien sûr, je les comprends. Madame la ministre, en tant que maman, a parfaitement le droit de scolariser son enfant où elle veut. Ce sont ses convictions, il n'y a aucun souci. Moi, ce qui me gêne, c'est qu'elle est ministre de l'éducation nationale. Et dans l'éducation nationale, il y a le mot « nation ». Donc elle est la ministre de tous les Français. S'ajoute à cela, je pense, a priori, elle aurait menti. Et ça, ce qui est inadmissible, mais malheureusement courant chez nos dirigeants.

1:40
Présentateur

Comment vos collègues personnels de l'éducation nationale ont réagi ? Qu'est-ce que vous entendez ici et là ?

1:48
Invité

Vous savez, je crois qu'il y a l'unanimité pour dire qu'effectivement, ces propos sont plus que maladroits. Alors évidemment, les professeurs s'expriment. Les chefs d'établissement, comme je dis dans mon livre, c'est l'omerta. Donc les chefs d'établissement se taisent parce qu'ils ont un devoir de réserve. Mais chacun est scandalisé.

2:07
Présentateur

Quand elle dit que les heures sont mieux remplacées dans le privé que dans le public, elle dit pourtant là une vérité statistique.

2:12
Invité

Bien sûr, bien sûr. C'est tout à fait exact. D'autant plus que là aussi, c'est ce que je dénonce dans mes livres. C'est-à-dire que les chiffres qu'on nous remonte sont complètement pipotés. Évidemment, il y a d'énormes problèmes de remplacement. Mais ce n'est pas en se taisant que justement on résout les problèmes. C'est en les mettant sur le tapis et en discutant qu'on peut trouver des solutions.

2:34
Présentateur

Paradoxalement, est-ce que le fait qu'elle mette sur la table ce sujet-là, ça ne permettra pas de régler le problème et de le mettre en avant ? Un problème qui jusque-là n'était pas tellement... dont on connaissait la cause, mais on avait du mal à trouver la solution.

2:50
Invité

Alors là, ce n'est certainement pas ces propos qui vont résoudre les problèmes. Vous savez, je crois que M. Attal avait fait du remplacement des professeurs un point important. M. Blanquer avant lui, etc. On peut remonter. Vous savez, on est toujours dans les grandes paroles. Le gros problème, c'est qu'on manque de candidats pour être professeur.

Parce que lorsque vous avez un diplôme important, que vous voulez choisir un métier, lorsque vous entendez tous les problèmes auxquels doivent faire face les professeurs, lorsque vous savez que si vous embrassez cette carrière, vous ne serez jamais soutenu par la hiérarchie, justement parce que c'est l'omerta totale, vous n'avez pas envie de devenir enseignant. Donc il y a une pénurie d'enseignants, même si, là encore, les ministres successifs le nient. Vous parlez d'omerta. Quelle omerta y a-t-il dans l'éducation nationale ? Alors, je crois qu'une journée ne suffirait pas. C'est-à-dire que le mantra de l'éducation nationale, c'est pas de vague.

C'est-à-dire qu'un chef d'établissement, il est noté sur le pas de vague. S'il remonte des problèmes, la hiérarchie ne va pas penser qu'il y a des problèmes dans un établissement, mais va penser qu'il gère mal son établissement. Donc si un chef d'établissement veut progresser dans sa carrière, il doit camoufler tout ce qui ne doit pas sortir. C'est-à-dire les faits d'incivilité, les atteintes à la laïcité, le niveau catastrophique, etc.

4:21
Présentateur

Comment vous jugez ça, qu'il y a une façon pour des professeurs d'étouffer ces atteintes à la laïcité, ces faits d'incivilité ? Qu'est-ce qui vous permet de dire, en tant qu'ancien proviseur, qu'il y a ces faits-là ? Vous les avez vus dans les collèges où vous avez été proviseur ?

4:37
Invité

Évidemment. Alors, les professeurs, eux, signalent tous les faits. Simplement, il y a un blocage au niveau des chefs d'établissement qui veulent poursuivre leur carrière, et surtout au niveau des hauts fonctionnaires qui refusent de voir la vérité en face, parce qu'ils ont une carrière à poursuivre. Alors, effectivement, lorsqu'on a un ministre qui met un coup de pied dans la fourmilière, qui est très ferme sur certains points, les chefs d'établissement se sentent soutenus, et donc peuvent exercer sereinement leur métier. Autrement, effectivement, c'est l'OMERTA, par peur d'avoir sa carrière freinée.

Mais malheureusement, les professeurs voudraient bien qu'effectivement on tienne compte de leur signalement.

5:26
Présentateur

Gabriel Attal avait un discours qui semblait être un discours aussi de vérité. Pour autant, il y a un désamour éternel entre le corps enseignant et leur ministre. Est-ce qu'on peut encore faire changer le mammouth de l'éducation nationale ? Gabriel Attal attendait de mettre un coup de pied dans la fourmilière. Est-ce qu'on peut encore y croire ?

5:44
Invité

Alors, évidemment, moi qui commence à avoir beaucoup de bouteilles, je deviens pessimiste avec l'âge. C'est compliqué. C'est compliqué parce que vous aurez, évidemment, une partie du corps enseignant qui, de toute manière, sera systématiquement contre tout ce que dira le ministre. Mais ça devient vraiment compliqué. Mais vous savez, l'éducation nationale est à l'image de notre société. C'est-à-dire que la société est compliquée, la société est violente. Et donc, tout ce qui se passe dans la société, évidemment, se répercute dans les écoles, les collèges, les lycées.

6:17
Présentateur

Nous sommes avec Patrice Romain, ancien proviseur dans le Loiret, pour évoquer cette polémique autour et cette controverse autour de la scolarisation par la ministre de l'éducation nationale, Amélie Oudéa-Castera, de ses enfants dans une école privée. Et le sujet, aussi, dans cette controverse, c'est la scolarisation dans le lycée et collège Stanislas, qui est un collège huppé parisien. Est-ce que le problème n'est pas aussi un problème de mixité sociale ? Est-ce que le problème n'est pas aussi que, quand on regarde les derniers ministres de l'éducation, où ils ont été eux-mêmes scolarisés dans le privé, où leurs propres enfants étaient scolarisés dans le privé ?

6:52
Invité

Écoutez, je crois qu'on ne peut pas reprocher à un parent de vouloir le meilleur pour son enfant. Et le gros problème actuel, c'est comme depuis plusieurs décennies, justement, c'est l'omerta, et que l'on camoufle les problèmes.

Lorsque votre enfant est scolarisé dans un établissement avec beaucoup d'élèves qui posent problème, mais que ses élèves restent dans l'établissement parce que, officiellement, tout va bien, si vous avez les moyens financiers, les possibilités de transport, etc., c'est un réflexe normal de vouloir le mieux pour son enfant, et donc de le scolariser dans un établissement privé qui, lui, a les possibilités d'exclure un élève lorsque l'élève outrepasse un peu trop le règlement intérieur.

Ce qui n'est pas le cas dans le public, parce que, justement, il y a les sacrosains chiffres, et puis, de toute façon, cet élève, c'est le jeu de la patate chaude, c'est-à-dire, s'il exclut dans l'établissement A, il va dans l'établissement B. Mais les parents, en fin de compte, veulent le meilleur pour leur enfant. Et c'est pour ça que c'est dramatique, cette omerta, parce que du jour où, effectivement, on mettra les problèmes sur la table, on pourra les résoudre, ce qui n'est pas le cas actuellement.

8:04
Présentateur

Vous-même, est-ce que, si c'est à refaire, je ne sais pas si vous avez des enfants, mais est-ce que vous les mettriez encore aujourd'hui dans le public ?

8:10
Invité

Eh bien, je n'en suis pas sûr. Moi, je dois tout à d'extraordinaires professeurs de l'enseignement public. J'ai scolarisé mes deux enfants dans des établissements publics. Ma fille a scolarisé ses enfants dans un établissement public, et ensuite les a mis dans le privé, parce que, justement, elle était confrontée à des élèves, à des délinquants. Et donc, comme tout allait bien, ces élèves-là restaient dans l'établissement et pourrissaient la vie de tous les autres. Mais comme il ne fallait surtout pas qu'il y ait problème, eh bien voilà.

8:54
Présentateur

Ça fait plusieurs fois que vous mettez en avant les autres élèves, ceux qui, potentiellement, commettent des délits d'incivilité, qui, potentiellement, font des atteintes à la laïcité. Quel rôle des enseignants, qui sont à portée de baffe, entre guillemets, quelles places ont-ils dans le dispositif ?

9:13
Invité

La pire des places, c'est-à-dire que ce sont eux qui encaissent au quotidien, par un tas de petites remarques, et qui doivent mettre leur mouchoir sur leur amour propre et encaisser. Parce que, soit, effectivement, ils ont un chef d'établissement qui va les soutenir, et c'est le chef d'établissement qui va tout prendre par la hiérarchie, soit ils ont un chef d'établissement qui pense à sa carrière et qui va tout leur renvoyer. C'est terrible. La position d'un enseignant en 2024, c'est vraiment très, très, très compliqué.

9:45
Présentateur

Et au-dessus de ces enseignants, il y a donc cette ministre de l'Éducation nationale. Est-ce que vous pensez qu'entre les enseignants et la ministre, il peut y avoir un lien qui soit retissé ? Est-ce que, pour Amélie Oudéa Castera, elle peut encore y croire ? Est-ce que la mission est encore possible ?

10:02
Invité

Bon courage à elle. De toute façon, ce n'est pas une question d'excuses ou pas d'excuses, c'est une question d'état d'esprit, tout simplement. Je veux dire, là, les propos de la ministre, je ne dis pas que c'est un casus belli, mais ça prouve quand même l'attachement de l'État à l'Éducation nationale. Ça fait partie, si vous voulez, ça va au-delà de la ministre. Lorsque vous voyez un président qui met un ministre, M. Blanquer, avec des idées assez traditionnelles, et puis cinq ans plus tard, paf, on passe à un ministre qui a des idées diamétralement opposées. Et puis ensuite, M. Attal, on revient à quelque chose de plus traditionnel. Et puis là, paf, au bout de quelques mois, on change.

Enfin, il n'y a aucune continuité. Ça prouve vraiment que l'Éducation nationale n'est pas la préoccupation principale. Ce qui est dramatique, ce qui est dramatique. Parce que tout part de là.

10:58
Présentateur

Et tout part de là, c'est ce qu'a aussi dit Emmanuel Macron hier, lors de sa conférence de presse. Et il a fait un certain nombre...

11:03
Invité

Excusez-moi, mais il faut voir les paroles, il faut voir les actes.

11:08
Présentateur

Et d'ailleurs, il a proposé un certain nombre d'actes, justement. Le service national universel, l'uniforme, l'instruction civique, le théâtre, remise de diplômes, des annonces nombreuses pour l'école. Est-ce que, par exemple, le théâtre à l'école, à partir de la cinquième, c'est ce qu'a annoncé hier Emmanuel Macron, c'est une bonne piste pour restaurer le lien entre les élèves ?

11:27
Invité

C'est de la poudre de perlimpapin. L'armise de diplômes, par exemple, ça fait des années que ça se fait. Donc, le théâtre, il y a un tas de professeurs qui s'investissent pour faire du théâtre. Moi, dans mon établissement, il y a quelques années, j'avais un professeur qui avait monté toute une pièce de théâtre, qui s'investissait plusieurs heures par semaine. L'institution lui a accordé deux ou trois heures supplémentaires pour toute une année. Et puis, d'un autre côté, j'avais un CPE qui s'était inscrit dans une action, vous savez, le bien vivre ensemble, etc. Enfin, la poudre aux yeux totale. Mais comme c'était dans l'air du temps, lui, il avait une vingtaine d'heures supplémentaires.

Donc, tout ça, c'est de la poudre de perlimpapin, à mon avis.

12:19
Présentateur

Et l'uniforme, qui était aussi un mantra de Gabriel Attal ?

12:25
Invité

Moi, je suis... ça ne me gêne absolument pas. Vous savez, en Martinique, en Guadeloupe, tous les élèves ont... Alors, non pas un uniforme, mais une tenue uniforme. Ils ont tous un jean et puis un polo avec le logo de leur collège. Vous savez, les petits gamins, ils ne s'en portent pas plus mal. Il n'y a pas de souci. Donc, moi, ça ne me gêne pas du tout. La tenue uniforme ne me gêne pas du tout. Mais ce sont plutôt les mentalités profondes qui le font changer.

12:55
Présentateur

Les mentalités profondes doivent être changées. On entend, en tout cas, vos mots ce matin. Merci beaucoup, Patrice Romain, d'avoir pris quelques minutes avec nous. Je rappelle que vous êtes auteur d'un certain nombre de livres sur l'éducation nationale. Et le dernier, Omerta, dans l'éducation nationale, c'est publié aux éditions du Cherche Midi. Très bonne journée, Patrice Romain.

"Le mantra dans l'Education Nationale, c'est pas de vague" affirme Patrice Romain · Pourquijevote