Déclaration du Président Emmanuel Macron à l'occasion du 60ème anniversaire de l'OCDE.
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« il y a 60 ans, vous l'avez rappelé, à Paris, 18 pays européens signaient avec le Canada et les Etats-Unis la convention créant l'organisation de coopérations et de développements économiques. »
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« Cette convention de 1960 nous dit que nos économies et nos sociétés sont interdépendantes. »
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« Je pense, par exemple, à PISA, dans le domaine de l'éducation, qui nous aide à mesurer, à faire progresser nos niveaux scolaires. »
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« Je pense aux standards de l'OCDE sur la conduite responsable des entreprises, qui sont aujourd'hui la référence internationale en la matière. »
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« Aucun pays ne doit dépendre d'un seul partenaire pour ses approvisionnements dans les secteurs stratégiques. »
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« Nous sommes engagés au niveau européen à atteindre la neutralité climatique en 2050, et avons rehaussé il y a quelques jours nos objectifs pour 2030 à une hauteur d'une réduction de 55% de nos émissions. »
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« il faut y apporter une réponse par la coopération. Vous le savez, la France est très engagée dans les négociations en cours à l'OCDE et souhaite que celles-ci aboutissent au plus tard mi-2021, comme en a décidé le G20. »
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« Nous souhaitons que l'OCDE applique ses outils, sa méthode, son efficacité au service de nos ambitions climatiques. »
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« La France a lancé une initiative importante sur ce sujet à l'OCDE, et je souhaite que les travaux puissent aboutir rapidement. »
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-E. Macron: Merci beaucoup, M. le secrétaire général, cher Angel.
M. le président du conseil des ministres, cher Pedro, merci d'être là. M. le président du Conseil européen, cher Charles, merci d'être à Paris aujourd'hui après plusieurs heures passées ensemble à Bruxelles, la semaine dernière.
Mme la directrice générale de l'Unesco, merci de montrer par votre présence la coopération entre les grandes organisations qui siègent à Paris et montrer que c'est, ce faisant, un lieu de coopération concrète et d'intelligence collective entre elles. Mesdames et messieurs les ambassadeurs, mesdames et messieurs, chers amis, il y a 60 ans, vous l'avez rappelé, à Paris, 18 pays européens signaient avec le Canada et les Etats-Unis la convention créant l'organisation de coopérations et de développements économiques. Alors que les fonds du plan Marshall avaient été alloués et que la Communauté économique européenne commençait à exister grâce au traité de Rome, le choix a été fait de pérenniser une organisation internationale dédiée au progrès économique et social, à la coopération entre des Etats partageant les mêmes valeurs.
Il faut prendre le temps aujourd'hui de comprendre quels étaient les objectifs des pères fondateurs de l'OCDE. Cette convention de 1960 nous dit que nos économies et nos sociétés sont interdépendantes. Elle nous dit que la coopération économique et sociale doit être au service d'un projet politique.
D'ailleurs, votre slogan, si je puis dire, le révèle parfaitement. La paix, le bien-être des peuples, rendre les vies meilleures. Elle nous dit que ce développement économique doit être aussi au service des pays en développement.
Et cette convention de 1960, que nous célébrons, portait en elle tous les succès de l'OCDE que nous connaissons aujourd'hui. Ces succès reposent sur une méthode éprouvée, remarquablement efficace autour de 3 piliers. D'abord, des données rigoureuses permettant à chaque pays de se comparer.
Ensuite, des échanges de meilleures pratiques entre experts. Et, enfin, des recommandations générales et adaptées à chaque Etat membre. Des grands succès ont été construits grâce à cette méthode.
Ils ont été rappelés par vous-même, M. le secrétaire général à l'instant, par la courte vidéo que nous avons vue. Je pense, par exemple, à PISA, dans le domaine de l'éducation, qui nous aide à mesurer, à faire progresser nos niveaux scolaires.
Je pense, bien sûr, aux travaux sur la lutte contre l'évasion fiscale, à la fin de secret bancaire, la lutte contre la corruption. Je pense aussi au rapport de l'OCDE sur les financements du climat en 2015, qui a contribué au succès de la COP21 et de l'Accord de Paris. Je pense aux standards de l'OCDE sur la conduite responsable des entreprises, qui sont aujourd'hui la référence internationale en la matière.
Et je crois qu'il faut le souligner, ces succès récents vous doivent beaucoup, M. le secrétaire général. Dans un contexte où le multilatéralisme est critiqué pour son incapacité à répondre aux grands conflits européens, il y a un contre-exemple frappant à ce discours, à cette fatalité ambiante, c'est celui de l'OCDE, qui fonctionne et qui produit des résultats.
C'est pourquoi je voulais vous adresser, M. le secrétaire général, mon cher ami, les remerciements de la France pour l'action résolue que vous menez à la tête de l'OCDE depuis 2006. C'est aussi une source de grande fierté pour nous d'accueillir à paris l'OCDE.
La France est une terre d'accueil de tous les talents, y compris ceux des organisations internationales. Nous sommes aujourd'hui confrontés à la plus grande crise sanitaire et économique depuis plus d'un siècle. Nous ne sommes pas encore sortis de cette crise, mais on peut déjà en tirer quelques leçons pour l'avenir.
Leçons qui concernent au 1er chef notre organisation. La 1re leçon, c'est que nous devons être mieux préparés. En termes de sécurité sanitaire d'abord.
La pandémie a mis en évidence de nombreuses failles dans notre préparation collective. Elle a souligné la nécessité de mettre en commun nos ressources, nos connaissances. En termes de résilience économique, aussi.
Cette crise a révélé l'interdépendance industrielle, commerciale, financière de nos économies. Elle a mis au grand jour ce que vous documentiez depuis plusieurs années, l'extrême imbrication de nos chaînes de valeurs avec, si je puis dire, tous les atouts que cela représentait perceptibles pour nos consommateurs et toutes les faiblesses que cela représentait potentielles avant cette crise pour nos pays et nos souverainetés. Aucun pays ne doit dépendre d'un seul partenaire pour ses approvisionnements dans les secteurs stratégiques.
Et donc, nous sommes tous confrontés à ce monde ainsi révélé et à la recomposition de nos chaînes de valeurs dans une coopération choisie qui n'est ni la dépendance exclusive ni, évidemment, l'isolationnisme nationaliste. C'est bien une logique de coopération. Pour cela, nous avons et aurons besoin des analyses et des recommandations de l'OCDE.
La 2e leçon de cette crise, c'est que, pour être au rendez-vous des grands défis contemporains, les Etats doivent mieux coordonner leur action. L'OCDE devra continuer d'être une force motrice du multilatéralisme. Les normes souples, cette fameuse "soft law", qu'on évoque en anglais, montre la voie en incitant plutôt qu'en imposant, et elles nous seront utiles dans le monde de demain.
Et nous avons vu que, face à une pandémie internationale, qui révélait nos interdépendances, face à ces conséquences économiques et sociales, toutes les réponses doivent être coordonnées et coopératives, qu'il s'agisse des réponses en termes d'organisation face à l'épidémie, en termes de vaccins, c'est ce que nous sommes en train de voir à travers ACTA et l'initiative COVAX. En termes, ensuite, de suivi, mais de résilience de nos systèmes de santé, comme en termes économiques et sociaux. La 3e leçon, c'est que cette crise accélère la numérisation de nos sociétés, de nos économies.
Sur ce projet, nous le savons, nous avons besoin de continuer à accélérer sur tous les fronts. Vous avez commencé à nous aider à y participer, vous l'avez évoqué, nous en parlions avec Pedro Sanchez tout à l'heure. Cette crise a révélé sur le plan de l'école, du savoir, de la culture, du travail, de nos fonctionnements propres la nécessité d'accélérer la numérisation de nos sociétés.
Là-dessus, le travail de comparaison, de parangonnage, comme on dit en français, partage des meilleures pratiques est un élément absolument essentiel pour nous aider dans cette numérisation. Sur ce sujet aussi, nous le savons, nous avons besoin d'une fiscalité plus juste, car, si cette crise va continuer à servir d'accélérateur à la numérisation de nos économies, elle rendra encore plus nécessaire le fait qu'une poignée d'entreprises numériques qui réalisent depuis plusieurs années, et ont encore davantage réalisé durant cette crise, d'énormes bénéfices sans, la plupart du temps, payer leur juste part d'impôts, ne peuvent continuer à être une réalité de notre vie internationale. C'est de plus en plus inacceptable pour nos citoyens.
Et donc, il ne faut plus simplement l'expliquer, il faut y apporter une réponse par la coopération. Vous le savez, la France est très engagée dans les négociations en cours à l'OCDE et souhaite que celles-ci aboutissent au plus tard mi-2021, comme en a décidé le G20. Je crois très profondément que, en matière de numérisation, une juste fiscalité numérique dans le cadre de l'OCDE est la meilleure réponse.
La 4e leçon, c'est que cette crise et la réponse qu'y apportent les gouvernements constituent une opportunité pour réorienter en profondeur nos modèles économiques et les rendre plus verts, plus compatibles avec notre défi, qui est de lutter contre les dérèglements climatiques et les émissions de gaz à effet de serre et pour la biodiversité. Nous sommes engagés au niveau européen à atteindre la neutralité climatique en 2050, et avons rehaussé il y a quelques jours nos objectifs pour 2030 à une hauteur d'une réduction de 55% de nos émissions. Mais nous savons aussi qu'il nous reste beaucoup de chemin à parcourir pour se positionner dans les faits sur la bonne trajectoire, atteindre l'objectif de température de l'Accord de Paris.
C'est l'esprit du plan de relance européen, de nos plans de relance nationaux, et, sur ce sujet, aussi, nous comptons beaucoup sur l'OCDE. J'évoquais plus tôt cette méthode de l'OCDE, qui est si efficace pour faire avancer les politiques publiques. Nous souhaitons que l'OCDE applique ses outils, sa méthode, son efficacité au service de nos ambitions climatiques La France a lancé une initiative importante sur ce sujet à l'OCDE, et je souhaite que les travaux puissent aboutir rapidement. pour que nous ayons à notre disposition un outil de mesure supplémentaire de nos engagements pour le climat et qui nous donne à chacun des recommandations pour atteindre la neutralité carbone d'une façon qui soutienne aussi l'emploi et la prospérité collective Et l'OCDE doit participer à cette nouvelle étape qui, aujourd'hui, s'ouvre, qui est la bonne mesure de nos efforts concrets de court terme.
Le coeur de nos débats internationaux dans les prochains mois sera là-dessus. Nous nous sommes tous engagés pour 2030, pour 2050. Nous avons tous enclenché des actions, mais nos peuples vont légitimement nous dire : "Où en êtes-vous ?
Qui mesure ? Qui évalue de manière indépendante ?" avec une participation de toutes les expertises à cet égard.
La dernière leçon, c'est que cette crise a aggravé ce sujet que vous aviez justement pointé au moment de la crise économique et financière et qui s'est aggravé, ensuite, à cause des réponses que nous y avons collectivement apportées, c'est le sujet des inégalités. Les inégalités entre pays, d'abord. Des décennies de progrès accomplis en matière de développement risquent aujourd'hui, en raison de la pandémie, d'être remises en cause.
Il est urgent pour l'OCDE d'apporter une réponse durable pour aider les pays les plus vulnérables et, en priorité, le continent africain. Et je crois que c'est notre défi à tous en tant que membres de l'OCDE. Comment réduire ces inégalités entre pays sur le plan sanitaire, mais aussi économique et social.
L'initiative ACTA est un pilier et ce que nous aurons à poursuivre entre Européens et Africains est essentiel. Inégalités au sein de pays, ensuite, et il faut y remédier rapidement et solidement pour garantir la cohésion de nos sociétés. Tous les acteurs ont un rôle à jouer à cet égard.
Avant tout les Etats et la puissance publique, mais aussi les entreprises, les ONG, la société civile, la solidarité même entre les citoyens, et l'OCDE y a participé entre autres en contribuant à l'initiative Business for Inclusive Growth, B4IG, lancée lors du sommet du G7 de Biarritz. La rigueur, l'inventivité de l'OCDE seront décisives pour catalyser demain ces nouvelles coalitions qui changent la donne. Vous l'avez compris, pour réussir, à accompagner le monde en sortie de cette crise, nous aurons besoin, et c'était l'objet de ces quelques leçons que je voulais tirer avec vous aujourd'hui, en ce 60e anniversaire, de la méthode, des principes, de la philosophie et de l'efficacité de notre organisation.
Nous sommes, sans doute, à un moment de tournant de notre monde. Nous l'étions avant la pandémie. Et elle sert de formidable accélérateur pour le meilleur ou pour le pire.
La crise démographique, technologique, climatique, celle des inégalités est aujourd'hui accélérée comme révélée encore davantage par la pandémie. Face à cela, je crois dans la science, les faits, l'expertise indépendante plutôt que dans le complotisme, la manipulation de l'information ou le nouvel obscurantisme. Face à cela, je crois dans la coopération libre, choisie, intelligente plutôt que dans le repli nationaliste ou la brutalité.
Ces 2 croyances se trouvent pleinement incarnées par votre organisation et, M. le secrétaire général, par ce que vous avez su conduire durant ces 14 années ici, à Paris, dans le monde entier pour nous tous. Et donc, merci pour cela.
Merci à l'organisation, à l'ensemble de ses équipes, qui sont ici et à travers le monde à notre service collectif. Et merci à l'ensemble des pays membres. Et, comme vous, je souhaite que nous continuions à élargir ce cercle de bonnes volontés.
Je vous remercie. (Applaudissements) (...)
Emmanuel Macron