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interviewRCF — L'Invité de la Matinale· 16 novembre 2022 14 min

Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée chargée des Personnes handicapées

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

14% c'est le taux de chômage des personnes porteurs d'un handicap en France, deux fois plus que le taux de chômage des autres personnes en France. L'accompagnement vers l'emploi est un réel défi et pourtant il compte évidemment beaucoup. Un emploi c'est une autonomie financière, un épanouissement professionnel et social, une participation à la société. Le plein emploi est l'objectif du gouvernement d'ici 2027, à l'occasion de la semaine de l'emploi des personnes handicapées. Nous y revenons avec la ministre déléguée chargée des personnes handicapées. Bonjour Geneviève Dariussecq. Bonjour. Et merci d'être ce matin avec nous sur RCF.

Vous n'êtes pas seule puisque vous êtes avec votre duo day, on y reviendra dans un instant. Bonjour Marie.

0:45
Invité

Bonjour.

0:46
Présentateur

Mais d'abord madame la ministre, je rappelle à l'instant ce chiffre. 14% de chômage chez les personnes handicapées, un objectif atteignable du plein emploi pour Olivier Dussopt d'ici 2027. Est-ce que vous partagez son point de vue ?

0:57
Geneviève Darrieussecq

Je le partage. Je le partage et je le souhaite. Bon, nous avons fait quand même un chemin important puisqu'en 2017, le taux de chômage des personnes handicapées était à 19%. Et aujourd'hui, c'est plus 14, c'est 13. Donc 6 points en 5 ans, je pense que c'est déjà tout à fait remarquable. Et nous devons poursuivre nos efforts collectifs pour faire en sorte de nous rapprocher le plus possible du taux de chômage de la population générale ou du taux d'emploi. Je préfère voir les choses dans ce sens. Et nous allons poursuivre inlassablement dans le champ de la formation et dans le champ du soutien aux entreprises.

1:41
Présentateur

Justement, les entreprises, parce que pour y arriver à ce plein emploi, il faut le soutien des entreprises.

1:45
Invité

Est-ce qu'elles jouent le jeu ?

1:46
Geneviève Darrieussecq

Écoutez, je crois que les entreprises, il faut très simplement qu'elles appréhendent le sujet et surtout qu'elles n'aient pas peur et qu'elles n'aient pas de clichés. Il faut faire sauter les clichés. Il faut leur dire tout simplement que la productivité de l'entreprise n'est pas du tout altérée si elle a des personnes en situation de handicap. Leur dire aussi tout simplement que d'ailleurs l'ambiance sociale de l'entreprise est nettement plus positive. C'est ce qui revient des études de terrain. Et si nous n'avons pas de... Voilà, les grands groupes qui ont des services de ressources humaines charpentés avec une volonté de RSE forte, ont appréhendé ce sujet avec beaucoup de volontarisme.

Nous avons au niveau des PME, des petites et moyennes entreprises, nous avons véritablement un enjeu parce que l'emploi est là également. Et cet emploi-là, il est sur tous les territoires. Et ces chefs d'entreprise souvent n'ont peut-être pas les moyens, on peut-être trouve que les dossiers sont complexes et nous devons les aider. C'est ce que fait la GEPHIP qui est donc l'institution qui aide les entreprises à intégrer des personnes en situation de handicap qui permettent quelquefois d'adapter le poste de travail mais aussi d'aider à cette mise en emploi et au maintien dans l'emploi. Eh bien, nous devons travailler.

Nous leur avons demandé avec Olivier Dussop de travailler plus avec les petites et moyennes entreprises et les très petites entreprises qui sont des pourvoyeurs d'emploi.

3:24
Présentateur

L'enjeu, c'est aussi de trouver un emploi proche de chez soi. Il y a une étude de l'IFOP qui a été publiée il y a un an qui montrait justement qu'un des grands problèmes, c'est de trouver un emploi à côté de chez soi.

3:33
Geneviève Darrieussecq

Absolument, c'est la mobilité et c'est pour ça que je veux que l'on fasse cet effort sur les TPE et PME parce qu'elles sont partout en France. Elles sont partout sur les territoires, à la campagne, dans les villes moyennes, dans les petites villes, dans les métropoles. Donc on les a partout. Elles sont pourvoyeuses d'emploi. Elles ont besoin de salariés. Les offres d'emploi ne trouvent pas preneurs bien souvent dans beaucoup de domaines et donc nous devons leur expliquer, leur faire comprendre que les personnes en situation de handicap, ce sont aussi des compétences, ce sont des ressources humaines tout à fait motivées et tout à fait intégrables dans l'entreprise.

4:16
Présentateur

C'est aujourd'hui le Duo Day. Le Duo Day, c'est une journée entière où des milliers de personnes aujourd'hui sur le territoire accompagnent des personnes en situation de handicap, accompagnent des professionnels pour découvrir un métier. Aujourd'hui, vous êtes accompagnée de Marie. Déjà, peut-être, Madame la Ministre, quel est le sens pour vous de ce Duo Day ? C'est important d'avoir cette journée spécifique où des personnes dites valides sont accompagnées par des personnes en situation de handicap ?

4:40
Geneviève Darrieussecq

C'est important parce que ça met en relation un employeur ou un type d'emploi avec une personne en situation de handicap. C'est une rencontre de découverte mutuelle. Cette année, je suis très fière parce que c'est la cinquième édition. Il y a une montée en puissance qui est extraordinaire. L'an dernier, en 2021, nous avions 17 000 duos qui avaient été formés et cette année, nous en sommes à plus de 20 000, 20 342 précisément aujourd'hui. Donc, c'est une journée où les entreprises participent de plus en plus, s'inscrivent de plus en plus tôt.

Et il y a un effet quantitatif, mais aussi un effet qualitatif parce que les entreprises donnent des postes qui sont pratiquement des fiches de postes, si vous voulez. Et de l'autre côté, les personnes en situation de handicap, elles viennent avec, elles aussi, presque des CV. Et en 2021, à peu près, un duo sur cinq a trouvé une solution dans les entreprises, un stage, un CDD, un CDI. Et voilà, je souhaite aussi, il y a la découverte, mais pour certains, il y a aussi une solution à l'arrivée. Donc, je trouve que tout ça est très, très bénéfique.

5:59
Présentateur

Et parmi les entreprises, il y a aussi le ministère, votre ministère, puisque vous êtes accompagnée par Marie, votre duo pour la journée. Marie, vous êtes étudiante à l'Université Paris 1, la Sorbonne. Pour vous, c'était important, justement, en tant que personne handicapée, de pouvoir être avec la ministre ou avoir cette opportunité d'avoir un duo pour cette journée, duoday ?

6:17
Invité

Oui, moi, ça me tenait à cœur, notamment avec madame la ministre. Parce que moi-même, étant impliquée, étant moi-même en situation de handicap et impliquée dans la vie associative en faveur du handicap, c'était pour moi une rencontre, une rencontre, une riche rencontre. Et j'attendais cette journée, pourquoi pas ambitionner aussi un stage à l'avenir, c'est pourquoi pas.

6:36
Présentateur

L'offre est lancée ce matin.

6:37
Invité

L'offre est lancée. Non, non, mais c'est une belle rencontre. Et c'est aussi de comprendre aussi certaines choses, d'apprendre à connaître le fonctionnement du ministère. Et puis de parler de sujets qui me concernent, mais qui nous concernent tous en tant que personnes en situation de handicap.

6:54
Présentateur

Oui, parce que justement, reparlons-en de ces personnes en situation de handicap. On a souvent en tête des handicaps physiques, mais il faut peut-être rappeler que 80% des handicaps ne sont pas physiques.

7:03
Geneviève Darrieussecq

Oui, ce sont des handicaps invisibles. Et donc, qui, effectivement, et d'ailleurs des handicaps invisibles qui, quelquefois, peuvent faire, peuvent interroger les employeurs. Et donc, à nous de montrer aussi, par des accompagnements, parce que ce sont des personnes qui ont besoin d'un accompagnement spécifique, par des accompagnements, qu'ils soient humains ou qu'ils soient matériels ou qu'ils soient, peu importe de l'accompagnement, qu'ils ont de riches compétences et de riches capacités. À nous aussi de les repérer, ces compétences et ces capacités, de leur proposer les formations adaptées pour les développer, et donc de travailler leur employabilité.

Ce n'est pas un mot joli, mais c'est un mot qui signifie tout simplement que des entrepreneurs seront intéressés par leur profil, parce qu'ils auront ces compétences.

7:59
Présentateur

Justement, vous parlez des entrepreneurs à ce micro sur RCF le lundi matin. On est avec Amou Bouakaz, qui aime beaucoup l'entreprenariat, et des entrepreneurs qui en a 9 fois moins chez les personnes handicapées que chez les personnes que dans la population générale. Comment diminuer cet écart ? Comment donner aussi aux personnes en situation de handicap l'opportunité d'entreprendre ?

8:19
Geneviève Darrieussecq

Eh bien là aussi, avec un soutien et un accompagnement spécifique. J'ai remis, il y a une semaine ou une dizaine de jours, des prix de trophées à des entrepreneurs handicapés. Franchement, ils ont créé des entreprises formidables, et certains avec des polyhandicaps. Bon, une volonté cheville au corps, mais il faut un accompagnement. Et il y a un accompagnement qui est souvent associatif, mais qui peut être aussi professionnalisé. Et nous avons bien sûr toutes les structures autour du handicap qui sont là pour les accompagner. Donc voilà, il faut les aider, mais ils ont autant de capacités à créer une entreprise que s'ils le souhaitent.

Je crois que ce qui est important, c'est de prendre en compte leurs souhaits de vie. Ceux qui veulent travailler, dans quel domaine ils veulent travailler, ceux qui veulent entreprendre, et donc de leur donner les capacités de le faire. Mais vous savez, il y a beaucoup de personnes de la société, de notre société, qui veulent entreprendre et créer une entreprise, qui ont aussi besoin de soutien. Donc le soutien, il est plus spécifique peut-être pour une personne handicapée, mais voilà, c'est bon pour toute la société.

9:41
Présentateur

RCF, il est 8h19, nous sommes avec Geneviève Dariussec, ministre chargée des personnes handicapées. Madame la ministre, il y a un manque cruel de personnel dans le médico-social. On peut prendre l'exemple des AESH, ces personnes qui aident dans le milieu scolaire. Il y a un grand nombre de cas dans la presse, je pense notamment à Argenteuil ces derniers jours. Qu'est-ce que vous répondez ? Comment vous répondez face à ce besoin d'AESH ? Et qu'est-ce que vous répondez aux parents de personnes en situation de handicap qui se sentent aujourd'hui bien seuls ?

10:10
Geneviève Darrieussecq

Alors d'abord, les AESH ne font pas partie du milieu médico-social. Les AESH, ce sont des personnes employées par l'éducation nationale et font partie intégrante de l'éducation nationale et de l'école. Aujourd'hui, il y a 130 000 AESH, c'est-à-dire à peu près un AESH pour 7 professeurs. Ce n'est pas négligeable. Mais il y a beaucoup d'inclusion d'enfants en situation de handicap, 430 000 aujourd'hui. Donc une montée en puissance de cette inclusion qui est vertigineuse depuis quelques années et qu'il nous faut continuer d'accompagner. Ce que je veux dire, c'est que oui, nous avons des difficultés de recrutement des AESH parce que nous sommes...

Eh bien, il y a beaucoup d'offres d'emploi aujourd'hui et il y a des métiers peut-être plus attractifs. Donc nous devons rendre plus attractif ce métier d'AESH, d'une part. Et d'autre part, nous devons considérer aussi que l'AESH n'est pas... Comment dire ? L'accompagnement humain n'est pas la seule façon d'accompagner les personnes en situation de handicap. Certains n'ont pas besoin d'accompagnement humain. Ils ont besoin d'un outil particulier ou d'une pédagogie particulière. Donc tout cela fait partie aussi de ce qu'il faut structurer avec l'éducation nationale, avec le médico-social, avec les familles et les parents. Parce que bien sûr, ce sont des parties prenantes.

11:33
Présentateur

Et aujourd'hui, comment ces familles font quotidiennement pour le déjeuner par exemple, où elles sont toutes seules avec leurs enfants ? Comment est-ce qu'elles peuvent faire concrètement ?

11:41
Geneviève Darrieussecq

Alors aujourd'hui, il y a des enfants qui mangent dans les cantines, c'est ça dont vous me parlez. Qui sont accueillis dans les cantines et dont l'AESH poursuit sa mission pendant les heures de cantine. Je sais qu'il y a un sujet dans les établissements privés. Parce que c'est quelquefois les gestionnaires de l'établissement qui doivent mettre ça en œuvre. Bon, tout ça, ce sont des choses que nous allons continuer de travailler. Ce qu'il faut, c'est donner des solutions aux familles et surtout aux enfants qui ont le droit de rentrer dans les écoles, d'avoir une éducation comme tous les enfants.

Et de pouvoir manger à la cantine comme tous les enfants et participer à toutes les activités comme tous les enfants. C'est un enjeu majeur. Tout n'est pas parfait, mais nous allons continuer avec beaucoup de volonté dans ce domaine-là. Et le ministre de l'Éducation nationale est tout à fait mobilisé, ainsi que les collectivités locales qui ont en charge dans l'école publique ces repas de cantine.

12:47
Présentateur

Dernière question, c'était l'une des images fortes de la dernière campagne présidentielle. Le 31 mars dernier, Emmanuel Macron se fait interpeller par un homme à atteindre la maladie de Charcot. Pour la première fois, le président candidat se dit publiquement favorable à l'euthanasie. Est-ce que dans l'accompagnement aussi, dont vous avez beaucoup parlé ce matin, en fin de vie, qui va être un grand sujet des prochains mois, il n'y a pas un sujet sur les soins palliatifs ? Comment est-ce qu'on accompagne les personnes en fin de vie ? Et comment est-ce qu'on peut accompagner aussi cet homme qui avait rencontré Emmanuel Macron le 31 mars dernier à atteindre la maladie de Charcot ?

Qu'est-ce que vous répondez à ça ?

13:22
Geneviève Darrieussecq

Alors là, nous sortons du champ du handicap. C'est un sujet sociétal, un sujet sociétal important. Écoutez, moi aujourd'hui, je pense qu'il va y avoir un débat, ce que souhaite le président de la République, un débat sur ce thème, qui est un thème majeur pour notre société. Aujourd'hui, il y a quand même une loi, et c'est la loi Leonetti et la loi Leonetti+. Et moi, je souhaite, je suis médecin, je souhaite que cette loi Leonetti, elle soit totalement appliquée. Ce qui est complètement appliqué, c'est déjà quelque chose d'important. Et ensuite, il faut que nous ayons ce débat, qui est un débat de société majeure et important, et nous l'aurons.

14:07
Présentateur

Merci beaucoup, Geneviève Dariussec, d'avoir été notre invité ce matin. Vous êtes ministre chargée des personnes handicapées. Et merci à votre duo d'œil, Marie, d'avoir été aussi au micro de RCF ce matin.