Raphaël Glucksmann : "La politique, c'est quand un peuple se réunit et peut inverser le cours des choses".
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:51OuverteRéponse directe
C'est ça un enfant du vide ?
- 2:12RelanceRéponse directe
Vous ne vous épargnez pas dans ce livre. Vous dites que tout ce à quoi vous avez cru n'a plus de prise sur la réalité politique d'aujourd'hui.
- 4:19RelanceRéponse directe
Elle a raté quoi exactement, Raphaël Glucksmann ?
- 6:31RelanceRéponse directe
Vous faites un pas énorme vers les mouvements populistes en essayant de comprendre leur dynamique politique.
- 10:10FerméeRéponse directe
Emmanuel Macron fait-il de la politique, Raphaël Glucksmann ?
- 12:29OuverteRéponse directe
Racontez-nous le contexte de votre rencontre avec Donald Trump.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:52Raphaël GlucksmannFait
« C'est nous, c'est vous Nicolas Demorand, c'est moi. C'est toute une génération qui est née dans un monde post-idéologique, post-historique, post-tragique. »
- 2:42Raphaël GlucksmannFait
« Bien sûr, c'est un constat d'échec collectif de la gauche en général, des progressistes, et moi je m'inclus dedans. »
- 3:05Raphaël GlucksmannFait
« Et finalement, toute notre idéologie des droits de l'homme, elle n'a pas su s'opposer au triomphe du néolibéralisme. »
- 3:40Raphaël GlucksmannFait
« Ils ont peur du monde, des Arabes, de l'avenir. »
- 4:01Raphaël GlucksmannFait
« Et c'est lui-même qui m'a mis sur la voie. Et il a dit « mais en fait, ils ont plus de bien que moi. Mais moi, j'avais le syndicat, j'avais le parti, en l'occurrence la SFIO et le PS. Et ceux qui croyaient avaient l'Église, et eux, ils n'ont rien. Ils sont seuls. » »
- 4:27Raphaël GlucksmannFait
« Elle a raté le virage qui s'est passé dans les années 80. Elle a raté la résistance au thatcherisme. »
- 5:16Raphaël GlucksmannChiffre
« le bilan en matière de progressisme, c'est la conquête d'un nouveau droit, celui pour tous de se marier. »
- 7:02Raphaël GlucksmannFait
« aujourd'hui, Salvini fait plus de la politique que les progressistes. »
- 7:43Raphaël GlucksmannFait
« La politique, c'est quand un peuple se réunit et peut influer sur le cours des choses, l'inverser. »
- 10:14Raphaël GlucksmannFait
« Emmanuel Macron fait une esthétique politique, c'est-à-dire qu'il rétablit une forme de verticalité, de fonction présidentielle, mais en réalité, toute sa politique vise à accompagner les évolutions du monde. »
- 13:17Raphaël GlucksmannFait
« il nous a annoncé je serai président et à ce moment-là je me suis retenu pour ne pas exploser de rire. »
- 13:39Raphaël GlucksmannFait
« because I'm the best »
- 15:05Raphaël GlucksmannChiffre
« 15 000 scientifiques qui signent un texte dans la revue biosciences qui est ensuite repris en une du monde et partout dans les médias le 13 novembre 2017 nous disant 15 000 scientifiques qui nous disent demain il sera trop tard nous allons dans le mur. »
- 22:43Raphaël GlucksmannPromesse
« mais faire de la politique au sens actif je vais faire de la politique »
Temps de parole
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- Présentateur 219 %
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L'invité du Grand Entretien de France Inter ce matin, publie chez Alary Editions Les Enfants du Vide, sous titre de l'impasse individualiste au réveil citoyen. C'est un livre sur le moment politique dans lequel nous sommes, celui où les démocraties vacillent, où la politique semble impuissante, où les populistes, les antisystèmes, on le vend en poupe, et sont encore capables de susciter l'attraction, voire la ferveur qui a déserté le reste du champ politique. Comment en est-on arrivé là ? Que faire quand tout se défait ? Bonjour Raphaël Glucksmann, on va en parler ensemble. Merci d'être au micro de France Inter.
Ce livre c'est aussi celui d'une génération, celle qui a reçu la démocratie achevée en héritage, qui a cru que désormais c'était bon, que le bien avait triomphé, qu'on pouvait rentrer à la maison après avoir fait une manif no pasarane et être allé s'acheter une paire de baskets. C'est ça un enfant du vide ? Oui, c'est nous, c'est vous Nicolas Demorand, c'est moi. C'est toute une génération qui est née dans un monde post-idéologique, post-historique, post-tragique. Et contrairement à nos parents qui sont nés dans une période tumultueuse où l'univers était saturé de dogmes, de mythes. Si on était de droite, on croyait au mythe de la nation.
Si on était de gauche, on croyait au mythe de la révolution, au marxisme-léninisme, on avait une religion. Et donc nos parents ont brisé ces idoles pour pouvoir respirer, pour pouvoir penser librement. Ils se sont battus. Ils se sont battus et ils ont pris leur marteau et ils ont brisé des chaînes. Mais nous, on est dans une situation complètement différente, complètement opposée même. On est dans le vide d'idéologie. On est dans l'absence de structures collectives. On est en fait dans un monde où on doit se prendre soi-même comme horizon de tout dans notre vie. Et c'est ce vide-là que moi je cherche à explorer. Vous avez raison. La ferveur aujourd'hui, elle est du côté des populistes.
La ferveur, elle est du côté des nationalistes. Parce qu'eux considèrent la politique comme une aventure collective, comme la fabrication d'un nous, comme quelque chose de profondément romantique en fait. Et face à ça, on a à quoi à opposer ? Des tweets ? Des tweets qui se moquent de la chevelure de Donald Trump ? Des polémiques sur les prénoms de Zemmour ? C'est ça qu'on a à opposer ? De l'invitation morale ou de l'ironie ? Alors justement, vous ne vous épargnez pas dans ce livre. Vous dites en substance que tout ce à quoi vous avez cru, les droits de l'homme, la certitude d'avoir raison, c'est un point important, la supériorité morale, moi je sais, et vous, vous vous trompez.
Tout cela, il faut admettre, non pas que ça n'a pas de sens, mais que ça n'a plus de prise sur la réalité politique d'aujourd'hui. Donc constat d'échec personnel aussi, sur vous qui intervenez dans l'espace public très fréquemment ? Bien sûr, c'est un constat d'échec collectif de la gauche en général, des progressistes, et moi je m'inclus dedans. On a souvent pensé que les droits de l'homme, la morale, finalement aussi le rappel à la raison, ça suffisait. En réalité, la politique, ça ne peut pas se limiter à ça. Ça ne peut pas se limiter à la quête de droit. La politique, c'est l'inscription de l'individu dans un projet commun, dans un projet collectif.
C'est la promesse de transformation de la société, d'inversion des structures de domination. Et finalement, toute notre idéologie des droits de l'homme, elle n'a pas su s'opposer au triomphe du néolibéralisme. Elle n'a pas su s'opposer à la dislocation des structures collectives. Elle n'a pas su parler à cet homme que j'ai rencontré et avec qui j'ai eu une conversation qui est au début de ce livre et qui est le principe même de l'écriture de ce livre, qui est un retraité de la sidérurgie en Lorraine, qui vient me voir à la fin d'une conférence et qui me dit que j'ai un immense problème. Je n'arrive pas à comprendre mes enfants.
Je n'arrive pas à comprendre pourquoi mes deux fils, qui sont pourtant plus riches que je ne l'étais à l'époque, votent Front National. Ils ont plus de choses que moi, matériellement, mais ils votent, ils ont peur de tout. Ils ont peur du monde, des Arabes, de l'avenir. Et je n'arrive plus à leur parler. Et moi, j'étais face à cet homme et j'étais sans mots. Je n'allais pas me lever devant lui, dresser le poing et dire « no pas sarane, F comme fasciste, N comme nazi ». Ça n'aurait servi à rien. En plus, il était d'accord avec moi. Et c'est lui-même qui m'a mis sur la voie. Et il a dit « mais en fait, ils ont plus de bien que moi.
Mais moi, j'avais le syndicat, j'avais le parti, en l'occurrence la SFIO et le PS. Et ceux qui croyaient avaient l'Église, et eux, ils n'ont rien. Ils sont seuls. » Et c'est de cette solitude-là dont j'ai voulu parler. La gauche, elle a raté ça. Elle a raté quoi exactement, Raphaël Glucksmann ? On va faire l'inventaire avant liquidation et voir ensuite ce vers quoi on peut se tourner. Mais elle a raté quoi, la gauche ? Elle a raté un projet commun, un projet collectif. Elle a raté le virage qui s'est passé dans les années 80. Elle a raté la résistance au thatcherisme. Elle a raté la résistance à cette idéologie individualiste qui s'est imposée comme l'horizon de la cité.
Elle s'est convertie, finalement, la gauche. Et finalement, ce qui s'est passé, c'est qu'elle a accepté que l'homo economicus était l'horizon de toute chose. Elle a délaissé le citoyen. Elle a délaissé la promesse qui faisait sa raison d'être. Mais au profit des individus qu'il faut doter de manière infinie de droits. De droits nouveaux. De droits, de biens matériels et de droits. Et donc là, on arrive à cette situation où la gauche au pouvoir, au bout de cinq ans, eh bien le bilan en matière de progressisme, c'est la conquête d'un nouveau droit, celui pour tous de se marier. C'est très bien. Mais ça ne fait pas société. Ça ne suffit pas.
Elle a raté le fait qu'il y a des nouvelles dominations, qu'il y a des structures sociales qui se cassent, qu'il y a une classe moyenne qui est en crise. et elle a raté cette demande d'inclusion dans un nous. La gauche, c'est devenu, en quelque sorte, eh bien le parti, le camp idéologique qui vous renforce dans votre jeu. Qui dit, vous avez raison d'être ce que vous êtes, Nicolas Demorand. Vous avez raison de vous exprimer en fonction de votre nature, de votre différence. Mais ce n'est pas ça, la gauche. Ce n'est pas ça, la gauche. Ce n'est pas ça, la République. C'est quelque chose de plus.
Et il y a eu un immense renoncement qui est lié à une forme de confiance Vous savez, moi, il y a un texte qui me suit depuis que je suis en âge de lire, qui est un texte de Romain Garry qui se pose la question « Pourquoi les élites françaises n'ont-elles pas suivi le général de Gaulle à Londres ? » Et il dit « Est-ce que c'est parce qu'elles étaient profondément racistes, antisémites, fascistes, pro-nazis ou vichysoises ? » Non. Il dit « C'est parce qu'elles aimaient trop leur meuble. C'est parce qu'elles aimaient trop leur confort. » Et finalement, la gauche s'est enfermée dans son confort. Un confort qui est largement un confort de classe.
Raphaël Glucksmann, vous faites un pas énorme vers les mouvements populistes, anti-systèmes, mettons des guillemets à tout cela. Vous essayez de comprendre quelle est leur dynamique politique et vous dites que ces mouvements ont raison, disent quelque chose de vrai quand ils veulent reprendre le pouvoir, quand ils veulent réaffirmer le primat de l'action politique, quand ils formulent un « nous » précisément, un discours collectif au lieu de s'adresser à une masse d'individus. Eux seuls, ces mouvements font de la politique aujourd'hui ? Aujourd'hui, oui. Aujourd'hui, Salvini fait plus de la politique que les progressistes. Les progressistes se sont convertis à l'accompagnement.
L'accompagnement des évolutions du monde en nous disant « Mais c'est beaucoup mieux maintenant puisque vous pouvez voyager, vous avez Internet, vous avez votre iPad, vous avez votre iPhone, vous vivez une période de liberté extraordinaire. » Et face à cela, eh bien, Salvini et les autres font de la politique. C'est-à-dire qu'ils pensent et ils disent que la cité peut inverser le cours des choses, que, finalement, la volonté générale, ce qu'il nous fait en tant que peuple, eh bien, peut avoir son mot à dire sur les évolutions du monde. Et c'est ça, le sens de la politique. Si la politique, c'est juste épouser l'air du temps, eh bien, fondamentalement, on n'a pas besoin de politique.
La politique, c'est quand un peuple se réunit et peut influer sur le cours des choses, l'inverser. C'est Machiavel qui dit la politique, c'est finalement s'émanciper de la fortune, du hasard, de tout ce qu'on ne maîtrise pas. C'est un peuple qui se réunit et qui décide de prendre en main son dessein. Donc, quand les populistes et les brexiteurs, mais ce slogan est repris absolument par tous les mouvements populistes à travers le monde, quand les brexiteurs disent « take back control », reprendre le contrôle, on ne peut pas opposer à ça une forme de mépris qui tend à dire « mais non, mais vous n'avez pas besoin d'avoir le contrôle ». Nous savons. Nous savons.
Nous avons le gouvernement des experts. Nous savons ce qui est bon pour vous. Non, ce qu'il faut, c'est au contraire développer un projet qui réponde à cette exigence de reprendre le contrôle, réellement redonner du pouvoir aux citoyens. On a vécu dans une illusion, à mon avis, dont l'Union Européenne est aujourd'hui le symbole, et pourtant c'est quelqu'un qui est profondément pro-européen qui vous le dit. Mais c'est un point que vous accordez au mouvement populiste, le fait de dire « vous seuls faites de la politique aujourd'hui », qui est un point colossal.
Je me mettais dans la tête, je ne sais pas, d'intellectuels qui peuvent graviter ou réfléchir à ces questions-là autour de ces mouvements populistes. Et je me disais, si même Raphaël Glucksmann admet ça, c'est qu'on a bien tracé la voie. Mais parce que la situation est vraiment tragique et que donc on ne peut pas se contenter de faire des tweets. On ne peut pas se contenter de... Vous savez, moi j'en fais des tweets pour les contrer les mouvements populistes, des posts Facebook pour les contrer les mouvements populistes. Mais quand on essaye de réfléchir à la situation, quand on écrit un livre, on doit se remettre en cause. On doit se demander pourquoi Salvini ça marche ?
Ce n'est pas tellement que lui-même est génial, c'est qu'il remplit un vide immense qui est notre vide, qui est le vide de discours, de production de nous, de discours, d'horizon, de transformation de la société parmi la pensée progressiste. Quand Salvini, il va dans un village en Italie aujourd'hui, il y a la moitié du village qui vient sur la place pour le toucher. Est-ce que ça veut dire que ce sont tous des fascistes ? Est-ce que ça veut dire que ce sont tous des gens qui sont nés en levant le bras droit et en criant Zieg Heil ? Non, ce sont des gens qui sont perdus et qui voient en lui une forme de réhabilitation d'un contrôle sur son destin.
Et simplement, ce que font les populistes, c'est qu'ils désignent des boucs émissaires pour reprendre ce contrôle. Ils font appel aux pulsions les plus négatives. Mais pour comprendre le succès des Zemmour, des Salvini, des Trump, des Bolsonaro, des Le Pen aussi, eh bien, il faut essayer de comprendre à quelle ville ils s'adressent, quelles fonctions ils remplissent dans la société. Emmanuel Macron ne fait pas de politique, Raphaël Glucksmann ? Emmanuel Macron fait une esthétique politique, c'est-à-dire qu'il rétablit une forme de verticalité, de fonction présidentielle, mais en réalité, toute sa politique vise à accompagner les évolutions du monde. C'est d'un conformisme inouï.
Ce qu'on nous présente comme disruptif, c'est en réalité reproduire la politique qui a été menée partout en Occident et qui vise à dire quoi ? Qui vise à dire qu'il faut accepter le marché tel qu'il est, accepter le progrès tel qu'il est dessiné par la science et par l'économie ? C'est en réalité se déposséder du moyen de contrôler son propre destin. Et donc moi, ce que je pense, c'est que fondamentalement, Emmanuel Macron, c'est le nom d'un renoncement à la politique.
C'est le nom d'un renoncement à ce que la promesse républicaine formulait, c'est-à-dire que ceux qui sont en bas de l'échelle sociale, finalement, sont ceux qui ont besoin de politique parce que la politique inverse les structures de domination. Et là, elle vient juste les conforter. Vous en faites le dernier représentant de l'ancien monde et non pas le premier du nouveau ? Oui, et encore une fois, on a un voile... une proposition polémique ? Non, mais on a un voisin qui s'appelle l'Italie dont on peut apprendre beaucoup. On croit toujours que les Italiens sont en retard en réalité et c'est malheureux dans ce cas présent. Eh bien, ils sont souvent en avance.
On a considéré que Berlusconi était un attardé. En réalité, il s'est métastasé à travers tout l'Occident. Ensuite, on a eu Renzi. Renzi, c'est Emmanuel Macron. C'est-à-dire que c'est l'homme qui va rallier toutes les élites pour préserver le système en place. Et qu'est-ce qui s'est passé ? Eh bien, Renzi, finalement, tous les gens qui se pensaient dotés d'une raison, d'une compréhension du monde, d'une acceptation de la société ouverte, tous ont rallié Renzi. Il n'y a plus eu de débat et le seul débat a été porté par les populistes. Et après Renzi, on a Salvini et le mouvement 5 étoiles. Moi, c'est ça que je veux éviter en France.
Il faut qu'il y ait à nouveau une confrontation politique au sein des gens qui sont favorables à la société ouverte, favorables à l'Union européenne mais qui comprennent que la même, la continuation du même nous précipite dans le mur. Raphaël Glucksmann, vous racontez dans ce livre que vous avez rencontré il y a quelques années Donald Trump. La rencontre est baroque voire surréaliste. Elle s'est déroulée dans quel contexte ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Racontez-nous.
Moi, je travaillais à l'intégration européenne de la Géorgie et donc quand le président auprès du président géorgien parce que j'avais décidé de m'engager en fait dans la défense des démocraties en Europe de l'Est et quand le président géorgien a été à New York je l'ai accompagné et Donald Trump voulait investir en Géorgie. Il avait des projets immobiliers et donc nous sommes allés le voir pour essayer de lui expliquer les réformes anticorruption qui avaient eu lieu en Géorgie et il a semblé totalement inintéressé au possible par ces réformes anticorruption. Sa seule obsession était de ne pas payer d'impôts apparemment et on a eu une conversation mais ce n'est pas une conversation en fait.
Il nous a annoncé comme ça en plein milieu d'un exposé dont il n'avait rien à foutre il nous a annoncé je serai président et à ce moment-là je me suis retenu pour ne pas exploser de rire.
J'ai vraiment eu envie d'exploser de rire en me disant mais ce personnage-là dont je ne savais pas grand-chose à l'époque à part qu'il était un héros de télé-réalité ce personnage-là c'est impossible c'est impossible qu'il soit président et il m'a regardé il m'a dit mais je vais être président et vous savez pourquoi j'ai dit non évidemment il m'a dit because I'm the best parce que je suis le meilleur et je suis resté bouche bée et scié et quand je suis sorti de cet entretien j'ai vu mes amis démocrates de gauche new-yorkais et je leur ai raconté la scène et on a ri aux larmes mais aux larmes vraiment aux larmes en disant mais jamais quoi when pigs fly quand les poules enfin l'équivalent de quand les poules auront des dents aux Etats-Unis et voilà il est président mais oui bien sûr mais qu'est-ce que ça illustre c'est notre déconnexion à ce moment-là c'est l'incompréhension de ce qui se passait dans nos propres pays et si on comprend pas qu'il y ait besoin d'une remise en cause fondamentale parmi les élites culturelles et politiques occidentales et bien on va se taper cette vague populiste et nationaliste alors regardons devant nous Raphaël Glucksmann pourquoi l'écologie et l'écologie tragique tragique pas n'importe laquelle est-elle d'après vous le seul horizon capable de remobiliser le camp disons-le rapidement des progressistes dans les démocraties libérales parce que déjà fondamentalement ce qu'on a perdu c'est le sens du tragique c'est-à-dire que on a une vision comique du monde on pense que les problèmes vont s'auto-résoudre vous savez Woody Allen dans Melinda et Melinda explique que finalement la différence entre une tragédie et une comédie c'est la distance qu'on met par rapport aux événements et une comédie et bien une femme trempe son baril et à la fin tout le monde s'embrasse et c'est dans un immense éclat de rire et c'est ça notre rapport au monde aujourd'hui on a 15 000 scientifiques qui signent un texte dans la revue biosciences qui est ensuite repris en une du monde et partout dans les médias le 13 novembre 2017 nous disant 15 000 scientifiques qui nous disent demain il sera trop tard nous allons dans le mur le monde peut et va disparaître si nous ne faisons rien notre monde et nous écoutons et nous sommes saisis d'effroi nous parlons que de ça pendant deux jours et ensuite nous zappons nous passons à autre chose et dans ce studio même vous avez l'événement politique majeur de l'année qui a lieu la démission de Nicolas Hulot et Nicolas Hulot arrive et dit quatre fois le mot tragique dans votre studio et place le débat où il doit être à un problème de système à un problème qui nécessite une transformation profonde quelle est notre réaction ?
à nouveau on psychologise la décision de Nicolas Hulot on transforme ça en psychologie de comptoir et puis deux jours après on zappe on fait une polémique sur les gaulois réfractaires d'Emmanuel Macron et donc cette incapacité en fait à saisir la gravité des périls c'est ce qui nous fait aller dans le mur c'est ce qui rend en fait toute promesse de transformation sociale non crédible parce que si vous voulez vous affronter aux intérêts particuliers et bien vous avez besoin d'un horizon de mobilisation et on l'a perdu cet horizon de mobilisation le seul horizon aujourd'hui le seul horizon aujourd'hui c'est l'écologie c'est tragique disait Nicolas Hulot et je suis seul bien sûr et je suis seul donc l'alarme écologique est pensée comme une contrainte morale supplémentaire donc là on est face à un ensemble vide bien sûr parce qu'on n'est pas formé pour ça on nous a formé à être sarcastique et autocentré et nombriliste on nous a formé à lire des traités de développement personnel pour savoir comment mieux dormir comment mieux réussir son entretien d'embauche comment être heureux dans sa vie et tout d'un coup et bien on vient nous réveiller dans notre sommeil individualiste en nous expliquant que le monde court à sa perte alors évidemment on ne veut pas entendre mais ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas continuer à alerter et il faut surtout expliquer aux gens que la transformation qui est nécessaire ce n'est pas une transformation simplement pour sauver la nature c'est ce qui va nous permettre de créer une société plus juste c'est ce qui va nous permettre de redonner du sens à l'Union Européenne vous savez par exemple aujourd'hui et bien la manière dont on défend l'Union Européenne c'est de dire mais attention il y a 70 ans on a eu le fascisme mais non le sens même de l'Union Européenne c'est d'être la juste échelle pour mener cette transition écologique c'est ça qui va redonner du sens à la politique européenne allez on se dirige vers le standard d'Inter beaucoup de questions d'auditeurs pour vous Raphaël Glucksmann bonjour Georges bienvenue bonjour
bonjour à toute l'équipe j'aimerais confirmer qu'il y a un combat personnel à mener c'est à dire que j'habiterai et on va faire le cap des possibles le cap des possibles avec alternatif je parle vite excusez-moi c'est pour changer la société parce que c'est une cause individuelle qu'il faut dépasser pour aller vers l'Européen vers une autre chez nous et ma question est c'est au niveau européen je suis d'accord avec vous monsieur Glucksmann si vous savez à quel point ça me fait plaisir de vous entendre je voudrais ça on va vers le national-socialisme actuellement parce que les gens ils ont besoin d'être assurés au niveau économique et on défend leur patrie alors pour eux c'est le but ultime c'est ça il n'y a plus que ça comme cause et il faut aller dépasser ça et moi mon sujet bon je me bats pour les Européennes plutôt à gauche pour un autre destin et qui vous voyez pour défendre cette cette idée à l'européen parce qu'il y a plusieurs on est tous pour l'Europe mais pas la même Europe on ne peut pas produire produire j'en ai rien à faire du PIB moi je veux le PIB du bonheur voir des gens heureux qui s'aiment qui s'aiment la main des gens qui se qui se maudissent Georges
Georges merci on va vous laisser dialoguer avec Raphaël Glucksmann qui alors merci Georges la première chose c'est qu'il faut absolument sortir de cette ornière on nous explique qu'en gros c'est soit les libéraux soit les nationaux souverainistes populistes et moi je ne me résoudrai jamais à ça il y a une France qui existe et à laquelle aujourd'hui qui aujourd'hui se sent orpheline c'est la France qui croit à la fois dans les valeurs de solidarité sociale d'égalité de justice et qui pense que l'avenir se décide à l'échelle européenne qu'on a besoin de l'Europe pour répondre à toutes les grandes questions du temps et il faut absolument que ces européens qu'on va dire de gauche ou progressistes et bien s'expriment et ne s'expriment pas de manière morcelée mais ça viendra à mon avis d'une mobilisation de nous tous il faut se mobiliser dans la société civile il faut que les gens qui travaillent sur la transition écologique qui travaillent sur l'accueil des migrants qui travaillent sur la création d'une démocratie plus participative que tous ces gens là qui ont cru même au pacte girondin proposé par Emmanuel Macron d'une décentralisation d'un renforcement de l'Europe et bien que ces gens là s'unissent et qu'il y ait un mouvement moi je ne me résoudrai jamais jamais à ce qu'on se limite à l'affrontement entre les libéraux et les souverainistes François, Xavier est en ligne depuis la belle ville de Vannes bonjour et bienvenue merci, il n'est pas loin d'aurer
aurer, ben voilà oui je voudrais dire ceci à monsieur Glucksmann est-ce que pour contrer les souverainistes et les populistes est-ce qu'il ne faut pas retrouver le sens de l'identité européenne l'identité géographique dans ses frontières et arrêté l'élargissement par exemple une identité aussi historique et civilisationnelle toute chose que les penseurs d'Europe ont un peu écarté en ne parlant que d'économie et de sociale sans vouloir dire que l'Europe devait représenter un ensemble géographique et historique avec son identité propre et différent ce qui pose des questions aussi de l'immigration merci
merci à vous François Xavier quelques mots rapides Raphaël Glucksmann moi je suis pour que l'Europe arrive à une forme de protectionnisme européen je pense qu'effectivement l'idéologie du libre échange absolu a échoué je pense que il y a une identité européenne que cette identité évolutive ce n'est pas une identité figée et simplement effectivement on a défendu l'Europe comme un marché on l'a privé de substance on l'a privé d'âme et donc c'est ça qu'il va falloir faire c'est créer un récit européen un récit qui donne du sens à la construction européenne mais moi je ne le fonderai pas simplement sur l'identité je pense réellement que ce n'est pas dans les tragédies du passé ou même dans l'histoire qu'on va réussir à fonder l'Europe c'est dans la tragédie en cours dans la tragédie à venir c'est ça qui va donner sa légitimité à l'Union Européenne c'est si elle est capable d'affronter le réchauffement climatique par exemple Raphaël Glucksmann vous formulez à la fin de ce livre un contrat social un nouveau contrat social vous dites ça n'est pas un programme de gouvernement c'est le sous-bassement d'un programme de gouvernement la dernière page du livre est quasiment la fin d'un discours est-ce que vous allez passer à la politique une fois que ce constat là est fait que vous avez fait encore une fois le droit d'inventaire et la liquidation d'un certain nombre d'impasses de votre génération est-ce que vous allez passer de l'autre côté et défendre ça ?
Mais la première étape c'est les idées on est d'accord la première étape c'est les idées la deuxième la deuxième étape c'est que on doit réconcilier les idées une forme de romantisme de croyance dans les idées et la pratique politique et donc on va tous être appelés à faire de la politique on a vécu dans une illusion qui était de dire on a un droit de retrait on peut laisser les politiques faire de la politique et nous mener nos existences dans une situation de crise c'est impossible vous allez vous engager contre le droit de retrait est-ce que vous allez vous engager bien sûr que je vais m'engager mais faire de la politique au sens actif je vais faire de la politique oui je vais faire de la politique je ne sais pas encore sous quelle forme certainement pas en m'engageant dans un parti existant en créant en créant des mouvements dans la société civile oui et je vais faire de la politique en investissant le terrain politique vous savez moi j'ai un immense défaut c'est que je crois vraiment chaque mot que j'écris et que je dis et que donc je ne peux pas écrire un livre comme ça où j'explique qu'on est dans une situation d'une telle urgence et ensuite quoi je mets le mot fin et je pense sur quoi je vais écrire le prochain c'est impossible c'est inconcevable si on pense réellement qu'on est dans cette situation tragique on doit s'investir et de toute façon ne plus s'investir aujourd'hui alors que la démocratie est menacée et alors que le monde courra sa perte ne plus s'investir c'est aussi un choix c'est un choix de laisser finalement les populistes l'emporter laisser les populistes incarner le romantisme en politique et donc moi bien sûr je vais m'engager je ne sais pas sous quelle forme mais ce qui est sûr c'est que ce que je veux essayer de faire c'est que tous les gens qui s'engagent dans leur couloir dans leur cause qui vont structurer une vision du monde et bien se réunissent dans un mouvement de la société civile qui propose un projet de société et vous avez raison de dire c'est un projet de société et pas un programme de gouvernement pourquoi parce que Vladimir Poutine il pense à 30 ans le dirigeant d'Exxon il pense à 20 ans et nous on serait condamné à toujours penser qu'à 5 ans mais c'est sans puter on a besoin d'horizon Merci Raphaël Glucksmann c'est un livre qui fait du bien et c'est rare dans ce contexte c'est un livre qui fait je l'ai dit à plusieurs reprises l'inventaire d'un échec mais qui nous épargne le culte du passé la déploration le lamento le c'était mieux avant quoi qu'on pense on peut regarder de près ces enfants du vide qui sont donc à lire chez Alary Editions Merci beaucoup d'avoir été au micro d'Inter Merci Raphaël Glucksmann