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interviewLe Média — Podcasts· 14 juillet 2023 11 min

"Rafale Papers" : Macron mouillé dans un scandale de corruption ?

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur Le Média, nous sommes le jeudi 13 juillet 2023 et c'est parti pour votre bulletin d'info de l'été, Made in Le Média. Mesdames et Messieurs, les miracles existent. Si, si, je vous assure qu'on a vu un journaliste de BFM TV faire son boulot avec assez de pugnacité pour pousser Emmanuel Macron à sortir de ses gonds et à faire une petite crise d'autorité. En gros, il a demandé à un autre bien-aimé président de la République pourquoi il ne prononçait pas un discours pour le 14 juillet au terme de ces fameux 100 jours d'apaisement.

Il faut le dire complètement foireux puisque de nombreuses villes de France ont été en feu et que les risques de récidive ne peuvent pas être écartés.

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Locuteur non identifié

Comment allez-vous répondre à cet embrasement qui dure depuis plusieurs semaines ? Est-ce que cette nouvelle alerte autour du 14 juillet vous a contraint à repousser votre adresse aux Français pour faire le bilan des 100 derniers jours qui devaient être ceux de l'apaisement ? Merci.

0:56
Emmanuel Macron

D'abord, je n'ai pas coutume de repousser des choses qui ne sont pas programmées. Je crois avoir fait deux fois des interviews du 14 juillet, donc vous m'accorderez avoir une certaine liberté avec cette pratique. Vous aviez évoqué le 14 juillet. Oui, j'ai dit que je ferais un point autour du 14 juillet. Je vous rassure, je ferais un point autour du 14 juillet. Mais je ne vous en ai donné ni la date ni la forme.

1:17
Présentateur

Oh, notre chef à tous, maître des horloges. Votre peuple tout entier attend, comme dans les douleurs de l'enfantement, votre discours qui nous sauvera tous. Non, mais le melon ! De l'actualité du 14 juillet et de tout ce qui tourne autour, notamment d'un gros scandale de corruption internationale qui se rapproche d'Emmanuel Macron, on parlera dans cette nouvelle édition de votre bulletin d'info d'été. Emmanuel Macron ne s'adressera pas aux Français demain, mais il n'a pas renoncé au défilé militaire du 14 juillet et à toute la quincaillerie qui va avec. Et qui sera avec lui pour admirer nos avions de guerre que le monde entier nous envie ? Le Premier ministre indien Narendra Modi.

2:11
Locuteur non identifié

Minorités religieuses attaquées, opposition de plus en plus muselée, liberté de la presse chahutée, une partie de la diaspora indienne installée à Paris et certaines ONG s'indignent de voir Narendra Modi, dont ils estiment qu'il prend un tournant autoritaire ces dernières années, traité avec tant d'égards.

2:28
Invité

On n'est peut-être pas obligé de dérouler le tapis rouge pour le Premier ministre Modi.

2:33
Présentateur

Ouh là là, pas gentil !

2:35
Invité

Les voilà, les premiers Rafales commandés par l'Inde à la France. Ils se sont posés sur le sol indien ce mercredi. L'Inde a acheté 36 avions de combat Rafale pour une somme estimée à 9,4 milliards de dollars. Paris espère que l'Inde, qui avait évoqué 57 appareils il y a 3 ans, poursuivra ses achats.

2:56
Présentateur

Oui mais pas monstrueux non plus, il ne faut pas exagérer. On peut toujours s'arranger, n'est-ce pas ? Et justement, ce sont les conditions de la vente à l'Inde de ces Rafales qui ont été à l'origine d'un scandale de corruption internationale dénommé Rafale Papers. Et Mediapark nous apprend aujourd'hui que le groupe indien Reliance, dirigé par un très proche de Narendra Modi, spécialiste de l'optimisation fiscale agressive, si on veut être gentil, et soupçonné d'avoir été imposé comme bénéficiaire du contrat Rafale en 2015, a été sorti de la mouise par Emmanuel Macron, alors ministre de l'Économie.

Car à l'époque, une filiale française de cette société avait écopé d'un redressement fiscal de 151 millions d'euros. Pourquoi ? La dite filiale exploite un câble de communication sous-marin entre la France et les États-Unis, perd officiellement de l'argent et du coup ne paye pas d'impôts sur les sociétés. En fait, le fisc soupçonne la boîte de transférer artificiellement ses profits dans l'Hexagone vers une filiale située au Bermude, et demande des documents précis à la boîte qui refuse de les fournir et se voit naturellement coller un gros redressement fiscal. Pas pour longtemps, car grâce à une transaction avec Bercy, l'ardoise passe de 151 millions à 6,6 millions.

4:15
Invité

Les documents obtenus par Mediapart révèlent qu'il y a eu une intervention du cabinet de Michel Sapin, ministre des Finances de l'époque, dans le dossier fiscal de Reliance, à la suite d'un courrier que lui a envoyé Annie Lambani le 14 avril 2015, ainsi qu'au ministre de l'Économie, Emmanuel Macron. L'implication d'Emmanuel Macron est doublement troublante. Il n'avait en effet à l'époque aucune autorité sur la DGFIP, l'administration fiscale qui dépendait de Michel Sapin.

Et le Monde avait rapporté il y a 4 ans les propos d'un proche collaborateur d'Anne Lambani, qui affirme avoir rencontré début 2015, avec le PDG de Reliance, Emmanuel Macron dans son bureau à Bercy, où le problème fiscal s'est réglé par un coup de fil à son administration. L'Élysée avait répondu au Monde que les conseillers de Macron à Bercy ne se souviennent plus d'un rendez-vous avec Annie Lambani. En clair, Emmanuel Macron refuse toujours de confirmer ou de démentir personnellement ce rendez-vous. Interrogé via l'Élysée, le chef de l'État ne nous a pas répondu.

5:07
Présentateur

C'est du joli. Il faut tout de même noter que selon des experts consultés par Mediapart, le principe d'une telle transaction se défend dans la mesure où la boîte indienne avait fini par fournir au fisc les documents demandés au départ et que les bénéfices réels réalisés en France ont pu être calculés. Mais le hic, c'est la faiblesse de la pénalité appliquée seulement 4% contre 31% lors d'un premier redressement. Cela relève donc du traitement de faveur selon ces experts.

Rappelons aussi que le patron de cette firme indienne avait eu le bon goût de financer dès 2016 et à hauteur de 1,6 million d'euros un film coproduit par Julie Gaillet, alors compagne et désormais épouse de François Hollande. Un méga dispositif policier. Gérald Darmanin veut montrer qu'il met le paquet pour sécuriser les festivités du 14 juillet. Après les révoltes urbaines qui ont suivi la mort de Naël, 17 ans, suite à une rencontre avec la police, les services de renseignement craignent, et je cite, une montée des tensions et des violences urbaines.

Pour contrôler donc tout ça, le premier flic de France a annoncé hier après-midi le déploiement de 130 000 policiers et gendarmes déployés dans tout le pays, dont 45 000 spécialisés dans la lutte contre les violences urbaines. Et ça commence dès ce soir avec un dispositif très militarisé. On l'écoute.

6:29
Locuteur non identifié

C'est-à-dire que nous mobiliserons le RAID, le GIGN, la BRI, les hélicoptères de la Gendarmerie nationale qui voleront dès le 13 juillet, bien sûr les drones qui nous permettent, comme on l'a montré pendant les émeutes, d'intervenir plus rapidement. Et j'ai également demandé à la Première Ministre l'utilisation des véhicules blindés, comme nous l'avons fait, l'autorisation qu'elle m'a donnée, et qui permettra donc de prépositionner les véhicules de la Gendarmerie dans les villes qui sont apparemment les plus touchées.

6:54
Présentateur

Pour la première fois lors d'un 14 juillet, les services d'élite avec supplément d'hélicoptères et véhicules blindés seront donc engagés dans les communes dites sensibles avec une consigne claire interpellée au moindre incident. A noter également que toute manifestation en lien avec la mort de Nahel sera systématiquement interdite jusqu'au 15 juillet. Et comme lors des révoltes, tram et bus ne circuleront pas après 22 heures. L'année dernière, ce sont près de 800 personnes qui avaient été interpellées en France à la suite de ces festivités.

Hier soir, l'Assemblée nationale a donné son feu vert à la demande du groupe des Républicains pour la construction de 3 000 places de prison supplémentaires d'ici 2027. Alors, l'idée de construire des places de prison supplémentaires n'est pas nouvelle. En effet, la construction de 15 000 places de prison à l'horizon 2027 était déjà prévue en 2018.

Ce qui est nouveau, et ce sont nos confrères de l'AFP qui nous l'expliquent, c'est que le président des Républicains Éric Ciotti et Olivier Marlet, chef des files des députés LR, ont écrit mercredi à Elisabeth Borne pour réclamer cette augmentation pour, et je cite, « protéger la société des individus dangereux et faire respecter l'autorité de la loi après les récentes émeutes urbaines. » Car pour M. Ciotti, certaines sanctions d'emprisonnement n'étant pas appliquées faute de place, il faut construire encore plus et encore plus de places de prison. À partisans du carcéral, partisans du carcéral et demi.

Pour pousser le bouchon un peu plus loin, le Rassemblement national a demandé, lui, que ce chiffre de nouvelles places de prison passe de 3 000 à 10 000. Tant qu'à faire, n'est-ce pas ? Un bico, ça ne nage pas. Le policier condamné pour injure raciste promu lieutenant ne sera finalement pas gradé. Depuis plusieurs années, militants et ONG dénoncent la hausse et la disproportion des violences policières qui s'accompagnent souvent de l'impunité des forces de l'ordre. Et même quand ils finissent par être traduits devant les tribunaux et condamnés, policiers comme gendarmes restent en fonction et s'ouvrent à eux de belles promotions.

C'est typiquement le cas de Pierre C., condamné à 6 mois de prison avec sursis en janvier 2022 pour injure publique à caractère racial après avoir lancé à Samir, un jeune homme de nationalité égyptienne tombé dans la Seine. Dans le cadre de son interpellation en avril 2020, un bico, ça ne nage pas. Une peine dont s'est réjoui l'avocat de Samir, Arié Halimi, qui voyait, je cite, « une victoire d'étape contre les violences policières ». Une peine satisfaisante, voire même exemplaire, mais qui n'aura pas empêché Pierre C. de passer et de réussir un concours interne en 2023. C'est ce qu'ont révélé nos confrères de Libération et devinez quoi ?

Dans la foulée, la direction de la police nationale leur a finalement indiqué que Pierre C. ne serait pas promu. C'est une info préoccupante. On n'avait plus vu ça depuis 10 ans. Une telle augmentation des liquidations judiciaires d'entreprises. C'est ce que met en lumière une étude du groupe Altares. Au deuxième trimestre 2023, c'est-à-dire du 1er avril au 30 juin, pas moins de 13 266 entreprises sont tombées en défaut de paiement. Les coups de pouce du gouvernement n'y ont rien fait. Ces entreprises ont succombé à l'inflation et à la flambée des prix de l'énergie.

Les très petites entreprises représentent en sans doute, car elles n'ont pas le luxe de bénéficier des tonnes de niches fiscales comme les grandes. L'immense majorité des cas. Du côté des PME et des entreprises de taille intermédiaire, l'étude enregistre une hausse de 55%. Bref, vous l'aurez bien compris, les petites structures prennent cher et avec elles, les emplois, car 13 000 entreprises en liquidation, ce sont aussi 55 000 emplois menacés. Et voilà, c'est la fin de ce bulletin d'infos quotidien qui entre dans notre programmation d'été. Comme à chaque fin de saison, nous réduisons quelque peu la voilure, avec notamment la mise en pause de nos directs, mais l'actualité ne s'arrête pas.

Et nous continuons à vous fournir dans ces moments importants, nos reportages, enquêtes, entretiens, plateaux d'analyse, de débats et de décryptage. Et ce, au quotidien. Vous le savez, l'intégrité de notre projet éditorial unique dans le paysage audiovisuel français dépend surtout de vos soutiens et de vos dons. Si nous voulons survivre à l'été et être prêts pour le grand virage de la saison 7 du Média, il nous faut mobiliser au moins 100 000 euros de dons. Déjà, 65 400 euros ont été récoltés. Merci. Rendez-vous sur lemediatv.fr. On compte sur vous. Restez connectés au Média.