Arnaud Rousseau : "L'abattage est un drame absolu, mais si on ne le fait pas, on risque des conséquences plus graves"
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Et dans le grand entretien avec Benjamin Duhamel, nous recevons donc ce matin le président de la FNSEA, premier syndicat agricole. Vos questions sont déjà nombreuses au standard. Allez-y pour les autres au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Bonjour Arnaud Rousseau.
Bonjour.
Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Vous êtes l'un des principaux acteurs de la crise que traverse de nouveau le monde agricole. On va tenter de comprendre avec vous ce qui se joue sur la dermatose nodulaire avec les dernières annonces du gouvernement sur le Mercosur. C'est une semaine décisive et vous appelez à manifester demain à Bruxelles. Arnaud Rousseau, on sent une grande colère dans le monde agricole. On la voit encore ce matin avec des blocages dans plusieurs départements. Les éleveurs mobilisés ne se sentent pas écoutés. Vous n'êtes pas associés à ce mouvement de contestation contre la gestion de l'épidémie, je précise.
Mais vous la voyez s'étendre, cette colère, vous sentez qu'elle va encore monter.
Cette colère n'est pas une surprise. Cette colère, elle s'est exprimée il y a deux ans, au mois de janvier. Souvenez-vous, partout en France, les agriculteurs avaient crié leur colère pour dire que finalement ce pays n'avait pas de vision pour son agriculture, que tous les indicateurs étaient au rouge et qu'il y avait besoin d'une réaction vive et qu'il y avait besoin d'une ligne à donner. Elle n'a pas été donnée. Et donc ce qui se passe en ce moment n'est pas une surprise, malheureusement. Et la dermatose nodulaire dont vous parlez, qui est une maladie qui touche les vaches, n'a été que le déclencheur.
Vous savez, on en parle au mois de décembre, mais la dermatose est là depuis le mois de juin. Et vous avez dit que nous n'étions pas associés. Pardon, mais ça n'est pas exact. Depuis le mois de juin, la FNSEA est aux côtés des éleveurs, d'abord dans les Savoies, puis dans le reste de la France, pour faire en sorte qu'on surmonte ce drame pour les éleveurs, mais qu'on le fasse de sorte qu'à la fois, on ait le moins de vaches qui puissent contracter cette maladie, et faire en sorte aussi que nous n'effondrions pas les prix parce que les agriculteurs vivent de prix.
Mais contrairement aux agriculteurs qui sont mobilisés ces derniers jours sur les routes qui bloquent, etc., vous, vous êtes d'accord avec le protocole que suit le gouvernement, c'est-à-dire abattage des troupeaux quand il y a contamination, vaccination, alors qu'il s'élargit, on va en reparler, mais ça c'est quelque chose que vous ne contestez pas, contrairement aux éleveurs mobilisés.
Écoutez, nous, depuis le début, sur cette maladie qui est extrêmement contagieuse, on est allé voir les scientifiques, ceux qui ont des compétences. Et vous savez, dans le monde scientifique, il y a des débats aussi. Et nous, on s'est appuyé sur le consensus scientifique pour faire en sorte que ceux qui savent puissent nous éclairer. Et c'est la ligne qu'on a tenue jusqu'à maintenant. Elle est très difficile à tenir, cette ligne, dans le monde dans lequel on vit. Mais je crois que, pour un agriculteur responsable, c'est la ligne qu'il faut tenir aujourd'hui.
Et moi, j'entends mes collègues qui m'appellent toutes les minutes pour me dire, mais est-ce qu'on ne peut pas faire évoluer ce protocole ? Nous l'avons demandé au gouvernement. J'ai entendu que la ministre mettait en route une commission indépendante avec des scientifiques. Si le consensus évolue, nous évoluerons.
Juste, on va revenir dans le détail. Et c'est important ce que vous dites sur la possibilité que ce protocole évolue. On va prendre dans le détail la question de la dermatose, le Mercosur. Dans un instant, on ira au standard entendre des éleveurs. Mais juste sur le parallèle que vous faisiez il y a quelques instants avec le mouvement agricole que l'on a vu en janvier 2024, où là encore, peut-être nos auditeurs s'en souviennent, des tracteurs qui, pour certains, avaient comme objectif de bloquer Paris. Est-ce que vous sentez qu'on peut en arriver là ? Là, on voit des blocages ici ou là, surtout localisés dans le sud-ouest. Ça commence à essaimer un petit peu dans le nord.
On peut aller vers une situation comme celle-là, où à l'approche des fêtes, il y aurait davantage de blocages, des autoroutes coupées. Ça peut ressembler à ça dans les jours qui viennent ?
Écoutez, vous savez qu'il y a aussi le sujet du Mercosur, Benjamin Duhamel. Et si le Mercosur devait être signé à la fin de la semaine, évidemment que ça mènerait à des mouvements beaucoup plus importants. Vous savez, la question de fond pour un agriculteur, c'est quel sens a mon métier ? Et qu'est-ce qu'on veut faire demain de la production alimentée en France ? Encore une fois, nourrir les Français avec une alimentation de qualité, c'est notre fierté. Si demain, on nous explique que finalement, il n'y a pas d'avenir, que tout ce qui vient d'ailleurs, produit dans des conditions qui ne sont pas les nôtres, peut arriver sans aucun contrôle, évidemment que ça remet tout en question.
Et vous savez qu'en ce moment, on ne cesse de dire qu'on a besoin d'une vision, qu'on a besoin de réciprocité, qu'on a besoin aussi de continuer à porter avec fierté la qualité de l'alimentation française, parce qu'il y a aussi un prisme culturel très fort, c'est ça qu'on veut. Mais quand on ne sait pas où on va, quand en permanence ce sont des contraintes, quand en permanence on est montré du doigt, et quand on nous explique après que ce qui vient d'ailleurs ne pose pas de problème, il y a un moment où il y a évidemment de bonnes raisons d'être dans la rue.
On va revenir sur ce qui met la fièvre au monde agricole ces derniers jours, c'est donc la dermatose nodulaire et nous avons Martine qui nous appelle du Jura. Bonjour Martine, vous, vous seriez quoi pour un protocole différent de celui qui est mis en place aujourd'hui d'abattage systématique des élevages touchés ?
Bonjour, écoutez, je ne prétends pas être spécialiste, mais je suis fille, mère et soeur de paysans, et dans le doux, le troupeau qui a été abattu était vacciné. Il y a eu un cas, est-ce que ce n'était pas l'occasion justement de tester la surveillance ? On aurait peut-être pu faire avancer la recherche et la compréhension de tout ça. Bon, et la FNSEA, d'après ce que j'entends un peu autour de moi, est-ce que vraiment vous défendez les paysans ou d'autres intérêts ? Bon, vous êtes peut-être plus dans l'industrie. Moi, j'habite au Jura, donc c'est de l'élevage en bio avec un système de coopérative qui marche plutôt bien.
Bon, je pense que les gens se sentent peut-être un peu loin des raisonnements de la FNSEA. Bon, mais surtout, est-ce qu'on n'aurait pas pu tester la surveillance ?
Merci, merci Martine. Donc alors, un autre protocole d'abord, et ensuite, quels intérêts défendez-vous ?
Alors, je vais essayer de répondre à Martine. D'abord, moi, Martine, je suis agriculteur dans une petite commune qui s'appelle Trocy-en-Mulcien, dans laquelle ma famille habite depuis des générations. Et moi, je défends une agriculture qui vit de son métier, qui produit et qui s'intéresse aussi à la valeur que créent ces produits au-delà de la ferme, et je crois l'avoir déjà beaucoup exprimé. Et est-ce que notre protocole était possible ? Martine, nous avons évidemment posé cette question aux autorités sanitaires.
Il y a déjà bien longtemps, en plein cœur du mois de juillet, quand dans les Savoies, la maladie explosait et qu'on expliquait qu'il fallait abattre les troupeaux contaminés, nous avons posé ces questions il y a plus de six mois.
Et aujourd'hui, les spécialistes nous disent, et encore une fois, je ne le suis pas, les spécialistes nous disent que la science, aujourd'hui, pour protéger les troupeaux, pour protéger les troupeaux, et pour faire en sorte qu'on ait le moins d'abattage, même si je sais que c'est un drame absolu pour un éleveur qui est obligé d'abattre son troupeau, c'est la meilleure solution de défendre l'élevage français dans son intégralité, parce que si on ne le fait pas, eh bien, on risque d'avoir des conséquences bien plus graves. C'est en tous les cas, encore une fois, ce que nous dise le consensus scientifique.
Alors, Arnaud Rousseau, hier, la ministre de l'Agriculture a donc annoncé l'accélération de la vaccination généralisée des bovins dans dix départements. Pour autant, ça ne calme pas la colère de ceux qui sont mobilisés aujourd'hui. Et nous avons avec nous le porte-parole national de la Confédération Paysanne. Bonjour, monsieur.
Bonjour.
Qu'est-ce que vous souhaitez dire à Arnaud Rousseau ?
Eh bien, vu que monsieur Rousseau semble pour une fois se ranger du côté de la science, pourrait-il nous dire pourquoi vous êtes-vous opposés à l'ouverture vaccinale sur l'ensemble du territoire dès le début de la crise ? Position que nous avons portée depuis le début avec la Confédération Paysanne et qui aurait pu éviter les drames que nous subissons aujourd'hui dans le Sud-Ouest. Cette position aurait pu permettre une couverture vaccinale effective et comme le dit l'EFSA, nous aurions pu nous passer de l'abattage total.
Réponse d'Arnaud Rousseau sur cette question de la vaccination généralisée sur tout le territoire. C'est ce pourquoi certains plaident et vous y opposez. Vous n'êtes pas les seuls d'ailleurs. Le lobby de la viande, également réponse au porte-parole de la Confédération Paysanne.
Oui, je suis un peu surpris de cette question de mon collègue mais je vais essayer de l'éclairer. En fait, le sujet est double. Je l'ai dit, c'est comment nous abattons le moins possible d'animaux parce que c'est quand même ça l'objectif avec le drame que ça représente, je l'ai dit, et comment de l'autre côté, le prix de nos produits pour lesquels nous nous défendons depuis des années ne s'effondre pas. Parce qu'aujourd'hui, ce que nous disent encore une fois les autorités européennes et nous sommes en train de le vérifier, c'est que le risque majeur c'est que la France sorte du caractère indemne de la maladie.
Aujourd'hui, la France est considérée au regard de Bruxelles comme étant indemne de la maladie. Parce qu'il faut expliquer
pour ceux qui nous écoutent, quand des bovins sont vaccinés, quand il y a des zones vaccinées, elles sortent de cette catégorie-là et donc c'est plus difficile à l'export.
C'est même plus difficile sur le marché intérieur parce que vous savez, là, quand on va dans l'arc pyrénéen vacciné, et je l'espère le plus rapidement possible, les animaux ne bougent plus. Et quand les animaux ne bougent plus, ils ne peuvent pas sortir de cette zone si ce n'est pour aller à l'abattoir dans la zone ou tout à fait à côté et qu'évidemment, il y a des impacts de marché. Ils ont déjà commencé ces impacts de marché. Vous savez, quand vous allez voir un éleveur de bovins à l'étang de la Loire, par exemple, qui a déjà subi la vaccination parce que nous avions eu un cas dans le Rhône, il nous dit le prix de mon produit qui valait de l'ordre de 6 euros du kilo est passé à 5.
Donc, il y a des impacts. Et donc, il faut bien qu'on pilote.
Juste, vous entendez ceux qui disent, en réalité, la FNSEA s'oppose à un protocole de vaccination généralisée pour des raisons économiques,
commerciales. Mais bien sûr, nous, on représente les éleveurs. Mais que se passera-t-il pour tout le reste de la France ? Vous savez, il y a aujourd'hui 11 départements qui sont touchés. On en a plus de 90 en France. Moi, j'ai la préoccupation de ceux qui sont en ce moment dans la panade. Mais j'ai aussi la préoccupation des autres. Il y a d'autres grandes zones d'élevage en France. Je pense notamment au Grand Ouest. On doit veiller à ce que les prix... Enfin, pardon, mais vivre du prix des produits, c'est ce qu'on porte depuis des années. Je ne vais pas dire le contraire aujourd'hui.
Donc, si ça ne devait pas tenir parce que la maladie se développe trop vite, on sera nécessairement amené à vacciner toute la France. Et si c'est la seule solution, il faudra le faire. Pour peu que, un, on ait les vaccins, ce qui n'est pas nécessairement le cas aujourd'hui, et que, deux, on n'en ait pas d'alternative. Mais nous, on veut défendre aussi le prix de nos produits.
Avant de continuer à dérouler et d'essayer de comprendre votre position sur la dermatose nodulaire contagieuse, un mot sur les toutes dernières annonces du gouvernement. Florence l'évoquait. Annie Gennevar, qui hier soir, veut accélérer la vaccination localisée. Elle parle de 750 000 animaux avec la mobilisation de vétérinaires, volontaires, de l'armée aussi. Est-ce que ça, c'est des annonces que vous soutenez, qui vont dans le bon sens et qui sont à même, selon vous, d'endiguer la progression de l'épidémie ?
Plus on ira vite pour vacciner les départements qui sont aujourd'hui concernés, mieux ce sera, évidemment. Et ça ne suffira pas d'aller vite, puisque vous savez que derrière, il faut attendre près d'un mois pour qu'on soit sûr que l'inoculté soit au rendez-vous. Et encore faudra-t-il que tout le monde le fasse. Donc, plus ça va vite et plus les gens sont mobilisés. Et d'ailleurs, nous avons appelé, nous, nos réseaux à nous mobiliser pour vacciner le plus vite possible. Mais en entamant, la maladie continue à être présente et on a besoin absolument de la contrôler.
Je rappelle aussi qu'on a impérieusement besoin qu'il n'y ait pas de déplacement d'animaux qui soient contrevenants à la règle pour éviter de transporter la maladie. Donc, on est dans une course contre la montre et tout ce qui ira vite aura du sens. Et puis, il faut préparer le coup d'après, c'est-à-dire préparer des vaccins si on devait avoir à se déployer à d'autres endroits. Mais je le redis, dans ce moment de grande tension, il y a vraiment quelque chose à faire. Je voudrais dire un mot sur l'Occitanie parce que vous n'en avez pas parlé. Mais cette région, qui est une grande région agricole, elle cumule tout ce que l'agriculture subit depuis des années.
Le changement climatique, l'absence de vision, l'absence de déploiement de filières qui permettent de rapporter des choses. Ça met les gens dans la désespérance. Et pourquoi la DNC, la dermatose, a fait la goutte d'eau ? Parce que sur ces réponses et notamment sur les sujets de stockage de l'eau, nous n'avons pas avancé. Pour faire de l'agriculture, il faudra continuer aussi à donner les moyens à l'agriculture de vivre.
Pour vacciner, il faut des vétérinaires. Il va y avoir des... On va mobiliser des vétérinaires militaires, des volontaires. Or, ces vétérinaires, ils font l'objet de menaces, jusqu'à des menaces de mort. Est-ce que c'est déjà arrivé ? Normalement, ce sont vos... Vous travaillez étroitement, vous travaillez avec les vétérinaires. Qu'est-ce qui se passe dans un moment comme ça pour qu'on menace des vétérinaires ?
Écoutez, moi, c'est quelque chose qui me perturbe beaucoup. Vous savez, le vétérinaire dans un élevage, c'est le médecin de famille. C'est celui qui vous connaît. C'est celui qui rentre chez vous depuis des années. C'est celui qui a la compétence. C'est celui que vous appelez à des heures avancées parce que vous avez un vélage qui ne se passe pas bien. C'est celui qui vous accompagne. Et aujourd'hui, un certain nombre de gens ont perdu la raison et menacent des vétérinaires. Moi, je voudrais d'abord dire aux vétérinaires qu'on a besoin d'eux. Que ce qui se passe en ce moment n'est pas acceptable et que nous dénonçons les menaces dont ils font l'objet.
Je le redis, le vétérinaire, c'est le partenaire nécessaire d'un élevage et on a besoin d'eux. Et vous savez, ma crainte, c'est que déjà, les vétérinaires ruraux sont de moins en moins nombreux et que si on ne les soutient pas, un jour, un certain nombre d'entre eux disent, moi, j'arrête ce métier. On a besoin d'eux, on les soutient et moi, je veux qu'ils sachent que pour ce qui nous concerne, on est à leur côté.
Juste avant de parler du Mercosur, est-ce que vous voyez dans certains discours des résurgences ou des parallèles avec ce que l'on a vu au moment du Covid, des discours anti-science, anti-vax ? Est-ce que vous avez l'impression qu'on est dans une forme de parallélisme des situations ?
Oui, c'est évident. C'est évident, c'est ce qu'on observe. Et d'ailleurs, l'analyse des réseaux sociaux en témoigne. on a aujourd'hui des gens qui remettent en cause le consensus scientifique. Encore une fois, je le dis, sur la dermatose, je ne suis pas compétent. On parle à des gens qui travaillent depuis 20 ans sur cette maladie en France et à l'international. Est-ce qu'on remet en cause leur expertise ? Et je ne dis pas l'expertise de 1 parce que j'ai compris qu'il y avait du débat scientifique et tant mieux. Mais à la fin, après le débat scientifique, il y a un consensus scientifique. Donc oui, on observe la même chose que pendant le Covid. Mais encore une fois, je laisse ça de côté.
Ce qui m'intéresse, c'est comment on neutralise la maladie qui n'a pas de caractère politique. Elle s'en moque de ces débat-là, pardon. Et comment on fait pour aller le plus vite possible pour l'éradiquer ?
Alors, l'autre grande inquiétude et qui est une inquiétude à plus long terme que vous avez à la FNSEA, c'est ce traité du Mercosur que la Commission européenne espère pouvoir signer, en fait, espère pouvoir aboutir en fin de semaine. Vous allez, vous, au sommet des chefs d'État jeudi, vous appeler à manifester. On attend 10 000 agriculteurs à Bruxelles. c'est demain pour essayer de faire pression parce que vous refusez absolument ce traité de libre-échange avec les pays d'Amérique du Sud. Est-ce que vous espérez encore être entendu là où Emmanuel Macron manifestement ne l'est pas auprès de Bruxelles ?
Alors, évidemment, on sera nombreux à Bruxelles demain de tous les pays européens. Vous savez, tous mes collègues agriculteurs de tous les pays européens seront présents pour dire non à cet accord. Nous, pour ce qui nous concerne en France, on a deux objectifs. D'abord, que la France dise non. Et pas parce que... C'est notre point de vue. Attendez. Moi, vous savez, je vais attendre de voir ce qu'est la décision du chef de l'État. Je le dis parce que ce n'est pas un parti pris corporatiste, c'est que la France a la première agriculture d'Europe. Et que le rôle d'un chef d'État, c'est de défendre les intérêts de son pays.
Mais vous ne le trouvez pas clair ? Parce que là, honnêtement, les prises de parole de ces derniers jours des membres du gouvernement sont assez claires. Ils disent tous que le Mercosur est inacceptable en l'État.
Très bien. Eh bien, écoutez, nous verrons. Moi, je souhaite en tous les cas que la France vote non. C'est clair. Et j'attendrai de voir ce qu'est la position du président de la République. Je dis ça parce que, Benjamin Duhamel, depuis quelques mois, on a vu quand même quelques mouvements entre nous sommes contre en l'État et nous sommes pour, mais vigilants. Donc voilà. Je souhaite que le chef de l'État s'oppose. Et puis ensuite, la question, c'est celle du poids de la France à Bruxelles.
Le président de la République, président de la République française, pays fondateur de ce qu'a été l'Europe, de ce qu'est l'Europe, a-t-il les moyens d'expliquer à ses collègues qui, par ailleurs, ont des intérêts. Moi, je comprends que les Allemands veulent défendre leur industrie. Je dis d'ailleurs qu'il peut y avoir des intérêts offensifs pour l'Europe dans cet accord. Mais pour nous, le fond du sujet, c'est qu'on ne peut pas importer en Europe des produits agricoles qui ne respectent pas les normes qu'on nous impose. C'est assez simple à comprendre.
Arnaud Rousseau, vous mettez le doigt là où réside la principale difficulté. Même si Emmanuel Macron est d'une clarté absolue sur son refus du Mercosur, la France n'a pas la capacité seule de s'y opposer. Vous allez vous mobiliser demain, 10 000, 15 000 agriculteurs. À la fin des fins, en l'état, l'hypothèse la plus probable est que ce Mercosur soit signé, même si la France s'y oppose. Donc, il y a une sorte d'impuissance malgré vos mots ce matin
et malgré la mobilisation ? Non, puisque vous avez entendu que depuis quelques jours des pays s'interrogent pour dire il ne faut pas le faire tout de suite, l'Italie notamment. Et puis, pardon, mais il y a un co-législateur. Il y aura besoin que le Parlement, que les eurodéputés se prononcent également. Donc, le combat n'est pas fini. Mais bien sûr, observer le poids de la France à Bruxelles, c'est pour nous aussi un crève-cœur si ça ne devait pas aller au bout. Nous, on reste mobilisés. C'est notre job de le faire. C'est notre mission de le faire. C'est la mission d'attirer le pouvoir public.
Et puis, quand même, un petit mot pour vous dire que les deux chambres françaises, le Parlement, l'Assemblée nationale comme le Sénat hier, ont dit non. L'opinion publique est majoritairement contre. Mais quand le Parlement dit non, quand le président de la République dit non, ça pose aussi la question de ce qu'est la France aujourd'hui et de ce qu'elle pèse à Bruxelles.
Alors, la France, jusqu'ici, elle a quand même obtenu ces mesures de sauvegarde qui ont été approuvées hier, qui permettent de suivre un certain nombre de produits sensibles et de marcher le bœuf, la volaille, le sucre. Qui, en cas de soucis avec l'importation de produits d'Amérique latine, on pourrait réinstaurer les droits de douane, ces mesures de sauvegarde, elles ne sont pas suffisantes pour vous ?
Alors, non, elles ne sont pas suffisantes, même si c'est mieux que rien. Et surtout, moi, la question que je pose, c'est est-ce qu'il a été voté hier au Parlement à Strasbourg va tenir aujourd'hui en trilogue ? Puisque vous savez qu'une fois... Alors, trilogue,
il faut expliquer... C'est la discussion
entre le Parlement, les chefs d'État et de gouvernement et la Commission. Voilà. Donc, c'est les trois acteurs des décisions européennes qui se voient aujourd'hui et il est tout à fait à parier que ce qu'a voté le Parlement hier ne tienne pas, en tous les cas, dans les amendements qui ont été proposés. Voilà. Donc, moi, vous savez, je laisse le débat démocratique s'opérer en Europe, mais encore une fois, les inquiétudes sont là et elles sont fondées. Pardon, Rousseau. Projetons-nous,
puisqu'on parlait tout à l'heure de ces blocages, de cette colère, si, en fin de semaine, le Mercosur est adopté, si la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, va paraffer définitivement au Brésil ce traité de libre-échange. Que se passera-t-il ? Est-ce que ça veut dire qu'au moment des fêtes, il y aura des mobilisations massives, qu'à ce moment-là, la colère agricole prendra des proportions inégalées ? Qu'est-ce que vous dites ce matin au gouvernement si ce traité de Mercosur est adopté ?
Mais on dit ce qu'on dit depuis des mois, Benjamin Duhamel, il n'y a pas de nouveauté sous le soleil. On explique que pour nous, c'est inacceptable parce qu'on ne peut pas en voir en France pour protéger le consommateur, pour assurer une alimentation de qualité des standards élevés et nous expliquer que ça vient d'ailleurs. Donc évidemment qu'on se mobilisera sur le sujet. Ça sera, comme on le fait toujours à la discrétion des départements, parce que tout le monde n'a pas les mêmes contraintes en ce moment en fonction de là où ils se trouvent, mais on appellera nos réseaux à se mobiliser évidemment. À bloquer les axes autoroutiers.
Chacun décidera là où il est, à aller contrôler dans les ports les importations de marchandises, à faire en sorte d'alerter l'opinion publique. Ça n'est pas tenable pour nous et ça n'est pas un sujet de volume parce que j'entends dire de ci, de là que finalement c'est assez peu. Ce n'est pas un sujet de volume, c'est un sujet de réciprocité. Est-ce que les règles que nous avons choisies en Europe et qui s'appliquent en France s'appliquent quand ça vient d'ailleurs ? Nous on dit oui mais on dit oui vous savez pour l'agriculture mais j'ai entendu les débats sur Chine il y a quelques semaines. C'est le même sujet.
Si on veut maintenir une capacité productive en Europe et singulièrement en France, on a besoin de mettre de la réciprocité et des contrôles parce que ça personne n'en parle non plus.
Juste un mot sur le symbole. Le 21 février le salon de l'agriculture s'ouvrira. C'est un moment important pour les Français, pour les responsables politiques qui s'y rendent à chaque fois. Si le Mercosur rentre en vigueur, vous promettez un salon de l'agriculture agité, musclé pour les membres du gouvernement, l'exécutif qui s'y rendront ?
Vous savez on a déjà vécu un salon de l'agriculture cataclysmique il y a deux ans. Au moment où le Président de la République avait proposé un débat avec les soulèvements de la terre qui avait rendu les agriculteurs absolument dingues. Aujourd'hui le salon de l'agriculture c'est le rendez-vous des agriculteurs avec les Français. Et nous on souhaite qu'ils soient le plus apaisés possible. On n'a pas du tout envie d'un champ de bataille au salon de l'agriculture parce que c'est aussi le moment où on veut faire passer des messages. Enfin disons les choses clairement. Si c'était le chaos d'ici le salon de l'agriculture je doute qu'il se passe bien.
Et le chaos ça veut dire le chaos ça veut dire qu'il n'y a pas de réponse à la crise. Il y a la continuité d'une politique qui ne permet pas l'agriculture de se relever. Enfin je le redis on avait en France une balance commerciale excédentaire depuis près de 45 ans. Elle va être à zéro cette année. Que ce soit j'ai parlé de l'Occitanie on a beaucoup parlé de l'élevage mais pardon je n'oublie pas la viticulture qui traverse une crise majeure les productions de grandes cultures en Occitanie mais dans le reste de la France en zone intermédiaire mettre les exploitations dans des situations intonables.
Nous n'avons pas de vision agricole nous la réclamons depuis des années on n'est pas fichu de savoir ce qu'on veut faire de l'agriculture mais si on veut arrêter mais qu'on ait le courage de nous le dire La viticulture qui pourrait
tirer quelques bénéfices du Mercosur la filière des vins des spiritueux
Oui mais vous avez noté que par ailleurs ils sont malgré tout en crise et qu'ils ne réclament pas à Coréa Christa parce que le sujet c'est aussi les vins qui arrivent avec de la francisation c'est-à-dire en fraude c'est l'organisation de la structure le changement climatique qui frappe donc c'est toujours un cumul de raisons mais ce qui manque encore une fois c'est une vision et surtout des décisions.
Nous avons Jean-Louis au standard puisque vous parlez de vision de l'agriculture lui a une question à vous poser il se projette Jean-Louis bonjour, bienvenue
Oui bonjour François Inter bonjour M. Rousseau si l'on se projette un petit peu dans l'avenir si l'on se projette vers 15 ou 20 ans quel est selon vous le choix le plus difficile mais indispensable que l'agriculture française devra faire pour rester à la fois productive et désirable pour ceux qui voudront encore devenir agriculteurs Merci
Merci Jean-Louis Merci beaucoup de cette question parce que c'est la question de fond moi je crois qu'il y a trois niveaux pour répondre à Jean-Louis sur l'avenir de l'agriculture la manière dont on la structure d'abord c'est le cadre dans lequel on va évoluer est-ce que oui ou non on a des règles et un cadre qui finalement protège ces règles donc pas pour se refermer sur nous-mêmes on aura besoin de continuer à échanger mais c'est le cadre d'action c'est-à-dire que pour faire des choses il faut qu'on ait un cadre et que ce cadre soit respecté à l'intérieur et soit respecté à l'extérieur première chose le cadre ensuite on aura besoin de la confiance des consommateurs parce que continuer à produire une alimentation parmi les plus durables de la planète nécessite aussi qu'on ait la confiance des gens qui achètent nos produits et moi je suis désolé je vous ai parlé du prix tout à l'heure pour continuer à vivre on a besoin de vendre nos produits que ces produits soient reconnus comme étant de qualité contrôlés et que les consommateurs aient confiance et puis enfin
ce qui n'est pas toujours le cas on l'a vu notamment avec la loi du plomb la réintroduction des pesticides ça contrarie un certain nombre de consommateurs ce qui n'est pas toujours le cas
et puis vous savez il y a beaucoup de gens qui disent qu'ils veulent consommer français mais dans lequel l'acte d'achat ne traduit pas le déclaratif voilà c'est très bien documenté
mais qu'est-ce que vous leur dites on a beaucoup de questions d'auditeurs qui pointent l'utilisation massive des pesticides des agriculteurs et qui semblent en tout cas perdre confiance de ce point de vue là
je leur dis qu'il ferait bien d'aller faire un tour dans les pays du Mercosur pour voir qu'on a fait nous des progrès absolument dingues et que la plupart des produits utilisés là-bas par exemple sur le maïs qu'on importe 75% des matières actives utilisées sur le maïs dans les pays du Mercosur est interdite en Europe mon troisième point pour aller jusqu'au bout
et juste pour prolonger ce que dit Florence des auditeurs qui soulignent aussi on a beaucoup de commentaires sur l'application qui soulignent une sorte de double discours sur la science c'est-à-dire monsieur Rousseau il vient au micro parler de la science sur la question de la dermatose nodulaire mais quand il était question de la loi du plomb et des pesticides là il entendait moins la science qu'est-ce que vous répondez à cette argument ?
Non je ne dis pas ça vous savez je rappelle que l'acétamipride pour revenir à ce vieux souvenir de l'été il est autorisé en Europe dans tous les pays européens sauf en France et qu'il est autorisé par une autorité sanitaire qui s'appelle l'EFSA donc vous voyez je suis très cohérent et moi si l'EFSA demain dit on interdit l'acétamipride en Europe ça ne me pose aucun problème ce sera un sujet de santé publique mais quand elle dit que c'est autorisé partout sauf en France je suis cohérent avec ce que je vous ai dit tout à l'heure c'est la science toute la science c'est réclassante mon troisième point malgré tout pour la question parce que je pense à la jeunesse c'est le revenu des producteurs vous savez si on veut attirer des jeunes il faudra qu'ils puissent vivre de ce métier parce qu'on peut raconter l'histoire qu'on veut mais si à la fin du mois à la fin de l'année on ne vit pas avec un revenu décent et qu'on ne peut pas se projeter alors il n'y aura plus d'agriculture
et c'est notamment le sujet de la réforme de la politique agricole commune mais on n'a pas le temps d'en parler ce sera pour une autre fois merci beaucoup Arnaud Rousseau
permettez-moi de dire tout mon soutien aux agriculteurs parce que je sais que c'est très difficile sur le terrain en ce moment
merci Arnaud Rousseau d'avoir été avec nous ce matin sur France Inter