Discours Jean-Pierre Champion et Emmanuel Macron à Bazainville
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L'activité économique de l'entreprise, je crois qu'on s'interrompt à peu près d'une heure, mais je pense que nos clients nous pardonneront et puis les résultats sont suffisamment bons aujourd'hui pour qu'on puisse se le permettre et puis le débat public, je crois, le justifie. Je voudrais vous faire une confidence, M. Macron, en début d'année, lorsque nous adressons nos voeux à nos salariés et à nos adhérents, on prend des engagements. Moi, j'avais pris l'engagement en début d'année de recevoir ici le futur président de la République. Je ne vais pas vous mentir. Pour que cette prophétie ait des chances de se réaliser, nous avions invité d'autres candidats. Pas tout le monde.
Je vous rassure, on a fait quand même une sélection et vous êtes le seul à avoir répondu par votre présence aujourd'hui. Donc, je voulais vous dire que vous avez une raison de plus de briguer cette présidence, c'est d'éviter de me faire mentir. Voilà, c'est un très bon critère. Alors, nous avons fait... Alors, vous avez souhaité dialoguer avec le salarié librement et directement et vous en aurez l'occasion, si je peux dire quelques mots sur cette entreprise que vous nous faites l'honneur de visiter aujourd'hui. C'est un pari que de décider de fabriquer les produits qu'on distribue. C'est aussi un pari que de décider d'ouvrir son usine en France et non pas dans une terre de délocalisation.
Chris Group a relevé ces deux défis et est passé en tête de son marché puisque nous sommes devenus leaders sur le marché de l'optique et nous nous attaquons maintenant au marché de l'audio-prothèse. Et donc, pour nous, c'est extrêmement important. Nous n'aurions pas pu faire ce que l'on a réussi à faire si les équipes, donc vous avez ici un échantillon, si je peux m'exprimer ainsi, n'avaient pas décidé tous les jours de donner le meilleur d'elles-mêmes. Mais j'en profite pour vous en remercier. Vous savez, monsieur Macron, probablement qu'il existe une devise qui dit que les salariés heureux font les clients heureux qui font les actionnaires heureux.
Et donc, on essaye d'appliquer au jour le jour ce principe et je dois vous dire que jusqu'à présent, ça ne nous a pas trop mal réussi. Bienvenue et j'aimerais qu'on vous applaudisse et qu'on vous donne l'occasion de vous exprimer.
Merci à vous. Merci pour votre temps. On va être efficace et je ferai un mot aux clients mécontents ou ruptures de qualité. Puis merci pour votre accueil et l'invitation, en effet, qui a été faite aux différents candidats et je suis très heureux, très heureux d'y répondre. Je vais juste dire quelques mots de ce que vous illustrez à mes yeux et de la politique que je défends. Et puis surtout, je répondrai à toutes vos questions. Moi, je crois dans la réconciliation d'une politique de compétitivité, d'une politique sociale. Je plaisantais hier dans le meeting que j'ai fait en disant en même temps, parce que beaucoup me reprochent de dire souvent en même temps dans les commentateurs politiques.
Mais vous êtes une entreprise de l'en même temps, parce que vous êtes en même temps efficace avec des bons résultats économiques et efficace socialement avec des gens heureux, un équilibre. Moi, je suis assez bluffé, alors sauf à ce que ce soit un village Potemkin et qu'on ait présélectionné tous les gens que j'ai croisés. Je n'ai pas arrêté de poser les questions. Ça se passe bien ? Vous êtes contents, etc. ? Les gens sont contents ici. En tout cas, tous ceux que j'ai vus. Pourquoi ? Parce que quand il y a une performance économique, il y a de la performance sociale.
Et quand il y a une entreprise qui innove socialement, où il y a du partage de la valeur ajoutée de ce qu'on crée, ça se ressent dans la performance économique. Et donc, c'est pour ça que, premièrement, je suis favorable à une politique économique, et c'est ce que je vais chercher à porter si je suis élu demain, qui permet de défendre les marges des entreprises et ce qu'on appelle la compétitivité, parce que c'est la clé pour pouvoir investir et embaucher. Vous disiez tout à l'heure que vous avez bénéficié du CICE qui vous a aidé à investir.
Moi, je souhaite qu'on le transforme en baisse de charge dans la durée, de 6 points de charge jusqu'à 2 SMIC et demi, 10 points de charge en moins au niveau du SMIC, et qu'on puisse baisser l'impôt sur les sociétés à 25%. Parfois, j'entends dans le débat public, on dit que c'est un cadeau aux entreprises. Non, ce n'est pas un cadeau. L'entreprise, c'est le lieu où on travaille, où on investit, où on embauche. Et donc, c'est ce qui permet derrière, justement, de redéployer cet argent en investissement et en embauche. Deuxième chose, une fois qu'on a ça, est-ce que la machine est l'ennemi du salarié ?
Alors, j'ai compris qu'il ne fallait pas que je m'aventure du côté du coloriage, parce que là, c'est absolument impossible de l'automatiser. Je plaisante pour rassurer la dame qu'on a vue tout à l'heure, Liliane. Mais pour le reste, on voit bien que la machine, c'est aussi ce qui permet de relocaliser de l'emploi. C'est-à-dire que la robotisation, la machine, le développement, l'investissement productif, c'est ce qui permet de garder de l'emploi en France ou d'en recréer. Et donc, en l'espèce, pour vous, de rapatrier de l'emploi qui était naguère en Asie. Il y a 5 ans, c'était de l'emploi thaïlandais qu'on a remis en France en investissant dans les machines qu'on a pu voir tout à l'heure.
Et bien ça, il faut le comprendre, parce qu'on a eu parfois un débat en France où on disait que la machine, c'est l'ennemi de l'emploi salarié. C'est faux. Et d'ailleurs, il suffit de regarder nos voisins allemands. En Allemagne, il y a 5 fois plus de robotisation qu'en France. Il y a 2 fois moins de chômage. Simplement, ça suppose, en même temps qu'on fait l'investissement dans la machine, et là, j'ai pu le vérifier aussi à chaque fois, qu'on investisse dans les personnes.
Et ça, c'est la politique que je veux conduire, c'est-à-dire une vraie politique de formation professionnelle, d'accompagnement, de formation d'ailleurs des chômeurs, qui permet de se qualifier ou de se requalifier durant toute la vie. J'ai vu tout au long de notre visite des femmes et des hommes qui me disaient, j'ai appris pendant un mois, pendant 6 mois, à travailler sur cette machine qui est justement venue, dans laquelle on a investi il y a 4 ans, 5 ans, 6 ans. S'il n'y a pas un investissement dans la personne, à ce moment-là, on détruit de l'emploi. Et donc l'investissement, ça doit toujours être un investissement productif et un investissement humain.
Et ça, c'est la politique que je veux conduire à travers, justement, cette transformation de notre formation continue et une politique dans laquelle on va former, dans les 5 ans qui viennent, 1 million de jeunes qui sont très loin de l'emploi et 1 million de chômeurs de longue durée. Pourquoi ? Parce que ces 2 millions de personnes qui, aujourd'hui, sont très détachées de l'emploi et qui sont au chômage de longue durée ou très éloignées de l'accès à un emploi, si on ne les forme pas, elles ne pourront pas en retrouver.
Et ça, c'est un investissement qu'on doit, c'est un investissement de la nation qui est indispensable de la même façon qu'on a un investissement primaire, si je puis dire, à travers l'éducation. Et cette mentalité, on doit la changer, on l'a oubliée, je dirais, en France. On a plutôt bien formé des gens qui étaient déjà bien formés ou les mieux formés dans la société, n'est pas assez transformé cela. Et puis le dernier point, tout ça, ça fonctionne, et j'ai pu le voir avant de vous laisser la parole, c'est là-dessus que je conclurai, quand il y a de la confiance.
Et je trouve que ce qu'on ressent, parce que j'ai visité quelques entreprises, je dois vous le confier, on sent quand il y a de la confiance, quand il y a un bon dialogue social. Ici, en plus, vous avez une structure coopérative dans la détention du capital qui change aussi beaucoup les choses. Quand il y a un bon dialogue social, il y a un bon fonctionnement. Et c'est d'ailleurs pour cela que, moi, la politique que je veux mener, c'est une politique qui déterminera dans la loi les principes et qui renvoie beaucoup plus à l'accord majoritaire d'entreprises ou de branches, les équilibres à définir. Parce que je crois dans la vitalité du dialogue social.
Parce que je pense que c'est là que se construit la vraie confiance de terrain, la vraie capacité à trouver les solutions pratiques. Et parce que je pense que quand on est dans une entreprise où il y a de l'innovation sociale et sociétale, on est aussi dans une entreprise où il y a de l'innovation économique, où on crée de la valeur et où les gens sont plus heureux. Et je trouve que la réconciliation ici faite dans cette entreprise de l'en même temps que vous représentez est parfaite à cet égard.
Et donc la bataille que je veux mener, c'est une bataille pour la compétitivité, compétitivité prise par la baisse des cotisations et de l'impôt, de la compétitivité hors coût par la montée en qualité, ce que vous faites, et donc l'investissement productif, et en même temps de l'emploi, parce que c'est par ce biais-là qu'on peut embaucher, former, permettre à chacune et chacun de se développer. Et ça, pour moi, c'est le chemin français des prochaines années. Ça suppose qu'on sorte de parfois nos conflits ou nos représentations. Oui, l'investissement productif n'est pas l'ennemi de l'emploi, bien au contraire, il est la condition de possibilité.
Oui, la compétitivité, c'est ce qui permet aussi une vraie politique sociale. Mais oui, pour y arriver, il faut des patrons, un dialogue social, des employés qui sachent se parler et trouver les bons équilibres et, là aussi, combattre les excès. Voilà.
En tout cas, à cet égard, je trouve que vous êtes un formidable exemple et une formidable illustration pour le nombre de nos concitoyens de ce qu'une politique efficace économiquement et socialement peut donner, puisque ici, vous avez relocalisé, ici, vous avez recréé de l'emploi, en particulier, d'ailleurs, dans un bassin d'emploi qui est en difficulté, parce que ce choix a été fait, parce que vous avez investi dans les hommes et dans le capital. Maintenant, je vais répondre à toutes vos questions. Allez-y, monsieur le délégué. Merci, monsieur Macron.
Moi, je voudrais demander comment vous faire pour relancer le pouvoir d'achat que les Français, ils ont tellement à être durs à la fin du mois, parce que depuis qu'il y a eu M. Sarkozy, M. Hollande, on a eu les riches qui s'enrichissent et les pauvres viennent des pauvres. Je voudrais savoir comment comptez-vous faire ?
Alors, je n'ai pas de recette miracle sur le sujet, mais deux, trois choses. D'abord, moi, je pense qu'on peut recréer de l'emploi et donc se développer, avoir cette politique, en préservant et même en développant le pouvoir d'achat de ceux qui travaillent. Donc ça, c'est la politique. C'est-à-dire, je ne veux pas être dans une proposition où, en quelque sorte, je dis pour réussir, il faut que les gens soit aillent vers des emplois plus précaires, soit travaillent plus en gagnant moins. Suivez mon regard. Ça, ce n'est pas la politique que je propose. Je pense qu'il faut pouvoir travailler davantage si on le veut. Et on le décide dans le dialogue social. Mais il faut être rémunéré pour cela.
C'est pour ça que, un, moi, je souhaite pouvoir remettre l'exonération de charges patronales et salariales sur les heures supplémentaires. Ça, c'est un point important quand on décide de s'investir dans l'entreprise. C'est du pouvoir d'achat. Deuxième point, je veux financer différemment le chômage. C'est-à-dire que, pour moi, le chômage, ça ne doit pas être que les salariés. Ça doit couvrir les salariés, les indépendants, les commerçants, les agriculteurs, les entrepreneurs. Et on va faire avec le chômage comme on a fait avec la maladie. C'est-à-dire qu'on va baisser les charges payées par chacun et c'est l'impôt qui va plutôt le financer.
Et donc, je supprime toutes les cotisations salariales, chômage, pour le renvoyer vers la CSG. Et donc, vous allez avoir un peu plus de 3 points de charges salariales en moins et 1,7 point de CSG en plus. Ce qui, pour tous les travailleurs, quel que soit leur statut, indépendant, fonctionnaire, salarié, sera un gain de pouvoir d'achat. Alors, ça dépend du niveau de salaire, c'est proportionnel, mais ça fait 3 points de charges en moins. Et ça, c'est du direct, c'est du pouvoir d'achat qui est lié au travail. Et plus on travaille, plus on gagne en pouvoir d'achat là-dessus.
Troisième point, très précis, quand on est au SMIC aujourd'hui ou autour du SMIC, on a plein de gens qui nous disent, on l'entend, moi, je n'ai pas intérêt à travailler plus, à accepter cet emploi à temps plein ou à augmenter parce que entre les impôts que je vais payer dessus, que je vais commencer à payer parce qu'on rentre dans l'impôt sur le revenu, et ce que je vais perdre en aide au logement ou autre, j'y perds, où je n'ai quasiment pas intérêt à travailler plus. Moi, je l'ai entendu plein de fois, c'est devenu aberrant.
Et donc, je fais une réforme de la prime d'activité, et donc on va rendre beaucoup plus intéressant, si vous voulez, l'heure travaillée supplémentaire entre 0,8 et 1,3 SMIC. Au total, ces mesures, quelles conséquences elles ont ? Pour quelqu'un qui travaille au SMIC, il aura l'équivalent d'un 13e mois. C'est ça la conséquence de ces mesures très concrètes. Et ce 13e mois, il ne sera pas payé par le patron. Il sera payé par les réformes que je viens d'évoquer et par la transformation qu'on va mettre en place. Si je vous disais, le 13e mois, c'est le patron qui le paye, je lui enlève de la compétitivité et je détruis des emplois.
Donc ça, c'est vraiment de la mesure de pouvoir d'achat qui est financée par ces réformes, mais qui est importante et qui donne du pouvoir d'achat à celles et ceux qui travaillent. Puis à côté de ça, le pouvoir d'achat, c'est le salaire, mais c'est aussi ce qu'on paye à côté. Il y a un élément important pour beaucoup des classes moyennes qui, en France, payent cet impôt, c'est la taxe d'habitation. Et dans mon programme, il y a la suppression pour 80% des Français, c'est-à-dire jusqu'à un revenu de référence de 5 000 euros par mois pour un couple avec deux enfants, eh bien, la suppression de la taxe d'habitation. Pourquoi ? Parce que c'est un impôt très injuste.
Il est injuste socialement et il est injuste territorialement. Il est plus élevé ici qu'à Paris. Donc, celui-là, on le supprime. Et je finance ça comment ? Par les économies que je fais sur l'Etat. Je fais 60 milliards d'économies. Avec ces 60 milliards, je réduis notre déficit, surtout. Et puis, je fais 10 milliards de baisse, c'est l'impôt sur les sociétés et les charges pour les entreprises, et 10 milliards pour les ménages, c'est la taxe d'habitation. Voilà. Tout ça, ça touche le pouvoir d'achat, le concret. Alors, attendez, il y a madame qui a une question pour la parité.
Bonjour, monsieur Macron. Une question concernant les seniors, parce que vous nous avez parlé des jeunes, des chômeurs, mais les seniors, qu'en est-il de votre action ?
Alors, vous parlez des seniors au travail ou après le travail ? Alors, le vrai défi pour les seniors au travail, c'est de retrouver un emploi, et donc, c'est d'avoir une politique qui incite à embaucher des seniors, et c'est d'avoir la formation qui permet d'y arriver. Je m'explique. Aujourd'hui, on a beaucoup d'entreprises qui n'embauchent pas des seniors. J'ai pu voir tout à l'heure que ce n'était pas votre cas, puisqu'il y a une dame qui m'a dit qu'elle avait été re-embauchée à 50 ans, ici même, alors qu'elle venait de chez Zeiss, je crois, et qu'elle avait été licenciée.
Donc, quand je parle, moi, d'un bonus-malus par filière, c'est de dire qu'on doit encourager les entreprises qui développent plutôt les contrats durables et l'emploi des plus jeunes et des plus âgés, et donc le critère des contrats seniors sera pris dedans. On leur donne un bonus. Et ceux qui systématiquement sortent les seniors ou n'embauchent jamais de seniors, ils ont un malus. Et ça, c'est quelque chose que vous pouvez réguler. Pourquoi ? Parce que d'autres pays le font, les Etats-Unis, par exemple, parce que ça pèse sur le système de chômage français.
Parce qu'aujourd'hui, hypocritement, en quelque sorte, on sort les seniors après 50-55 ans du système, on les met au chômage, et on attend la retraite. Donc ça, c'est le 1er point. Il faut inciter les entreprises à les garder ou les embaucher avec ce système de bonus-malus par secteur et par branche. Ensuite, c'est aussi dans le débat public, dans le dialogue. Il faut déstigmatiser les seniors et bien expliquer qu'un senior, c'est quelqu'un qui a une expérience, une expérience embarquée dans l'entreprise et qui lui apporte. Et pour ce faire, il est important de valoriser. 3e sujet, c'est la formation.
On va se retrouver, on est dans un monde où les compétences sont en train de changer, qu'on le veuille ou non. Pourquoi ? Parce qu'il y a des changements technologiques profonds, il y a le numérique qui arrive, il y a des transformations dans nos méthodes de production. Et donc, vous allez avoir des catégories d'entreprises qui vont fermer. Vous n'êtes pas aujourd'hui pleinement touchés par ça parce que la robotisation, vous êtes en train de la prendre. Mais je pense, par exemple, au secteur de la banque. Ceux qui font de la vente, par exemple, ou qui sont au guichet de la banque, les robots, les logiciels, les algorithmes arrivent et sont en train de détruire beaucoup d'emplois.
Eh bien, là, pour défendre les seniors, il faut pouvoir les reformer. Et notre système de formation professionnelle, il ne forme plus les gens à partir d'un certain âge où il les forme très mal pour passer d'un secteur, d'une catégorie d'activité à l'autre. La réforme que je veux porter de la formation professionnelle, elle va justement permettre cela en investissant sur ces derniers et en leur permettant de complètement changer de cursus et d'avoir une formation de 6 mois, 1 an, si besoin. Voilà. Est-ce qu'il y a d'autres questions ? Je donne la parole à madame, puis je vous la rends. Allez.
Rebonjour. Moi, j'ai une question. Le fait que les entreprises reviennent en France ou relocalisent en France, ce n'est pas uniquement une question de charge. Il y a aussi tout un aspect administratif qui est extrêmement lourd pour les entreprises quand elles veulent se réimplanter, quand elles veulent ouvrir une voie de chemin de fer, accéder à un accès fluvial, etc. Est-ce que vous avez prévu pour les entreprises qui veulent s'implanter en France de simplifier toutes ces démarches administratives ?
Alors, oui. Ce qui est vrai, c'est que ça existe déjà. C'est ce que fait, par exemple, Business France. Moi, j'ai été en charge de cette politique. L'attractivité, on a aujourd'hui un guichet qui permet de faciliter la vie pour un investisseur ou une entreprise qui s'implante. C'est paradoxalement beaucoup plus difficile pour une entreprise qui est déjà française, comme la vôtre, et qui est en train de se réorganiser, qui va implanter un nouveau site parce qu'elle ne passe pas par le guichet que va prendre une entreprise autrichienne ou japonaise qui décide d'arriver pour la première fois. Donc ça, c'est le premier plan.
Ce même guichet unique, il faut le généraliser à toutes les entreprises, y compris les Françaises, qui veulent relocaliser. Et ça, aujourd'hui, on ne le fait pas. Le deuxième point, c'est que pour tout le monde, de toute façon, on doit faciliter les choses. Alors, nos règles, elles sont le fruit de quoi ? Aussi, du fait qu'on est attaché à l'environnement, au calme, à des règles. Bon. Et on ne veut pas que ce soit le Far West. Et c'est du coup plus difficile de parfois faire les choses chez nous que dans des pays qui sont des pays en développement où ça va beaucoup plus vite, c'est beaucoup plus simple. Il y a quand même toujours une justification derrière.
Par contre, ce qui ne va pas, c'est qu'on a accumulé les délais et les procédures. Donc, un, moi, je vais généraliser. Ça, ça prendra du temps, je ne vais pas vous mentir. Mais on a commencé à l'expérimenter, moi, quand j'étais ministre, sur quelques procédures, le certificat unique. C'est-à-dire, quand vous demandez une autorisation, quand vous allez recréer un nouveau centre, on vous entasse aujourd'hui les délais. Vous allez avoir une enquête d'utilité publique dans bien souvent des cas. Ensuite, vous allez réavoir le permis d'urbanisme. Et à chaque fois, vous avez une même enquête, vous prenez un délai de 6 mois administratif.
Le certificat unique, le projet unique, c'est quelque chose qui écrase tous les délais pour en faire un seul. Je vais l'expérimenter dès le début du quinquennat sur les zones les plus tendues. En particulier, on a besoin de développer du logement et des entreprises, la région Île-de-France en faisant partie, parce que là, on perd un temps fou. Et c'est de la perte économique, c'est de la perte d'activité, et c'est aussi de la perte de bien-être, parce que c'est des gens qui n'arrivent pas à s'installer ou trouver un emploi. Deuxième chose qui est importante pour le cas que vous citez, c'est le droit à l'erreur. Et ça, moi, j'y crois beaucoup dans le rapport à l'administration.
Il y a beaucoup de règles, mais il faut pouvoir s'acclimater à celle-ci et changer la relation entre l'administration et les entreprises, l'administration et les usagers. Et le droit à l'erreur, ça, je le ferai passer dès l'été. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que quand l'administration contrôle, eh bien, pour le premier contrôle, sauf si c'est un cas grave, que ça relève du pénal ou de la mise en danger de la vie d'autrui, eh bien, l'administration, elle conseille d'abord. Elle vous dit, j'ai contrôlé, vous avez 10 problèmes dans les procédures, voilà comment il faut faire. Mais elle ne va pas vous mettre de pénalité.
Elle ne va pas vous pénaliser ou vous mettre des charges extrêmement importantes à cause de cela. Comme c'est la première fois, elle va vous conseiller et elle vous dit, voilà, il faut corriger les choses de cette façon. Et à ce moment-là, c'est au deuxième contrôle qu'elle peut vous donner une amende. Les Britanniques font ça. Ça marche formidablement bien. Et ça fait que ça développe plutôt des entreprises. C'est un conseil au développement, mais c'est une vraie transformation dans la relation entre l'administration et les entreprises et le monde du travail. Mais on en a besoin.
Et je pense qu'aujourd'hui, bien souvent, d'ailleurs, on est dans ce cas un peu chadokien, si je puis me permettre, où l'Etat dépense beaucoup d'argent pour aider des entreprises à se développer et les services de l'Etat, parfois, font beaucoup de mal à la même entreprise par les contrôles et parce que, boum, d'un seul coup, ils lui mettent une sanction. Donc on doit accompagner celles et ceux qui font quelque chose, sauf sur des cas très graves. Donc voilà tout ce qu'il faut faire par rapport à la complexité administrative et ce que je veux mettre en place. Vous avez regagné un tour de piste. Je vous remercie, M. Macron.
Est-ce que vous allez remettre si la loi travail est le départ à la retraite ?
Alors, la loi travail, il y a eu beaucoup de débats sur ce sujet. Ça venait à la fin d'un quinquennat. C'était, moi, je pense, dans un débat très passionné. Moi, ce que je souhaite faire sur le travail, je l'ai dit, c'est d'avoir une structure beaucoup plus simple. Je ne veux pas rentrer dans une rizière sur tel ou tel sujet. Moi, je veux qu'on garde dans la loi les grands principes. Notre code du travail est devenu illisible et du coup, comme il est illisible, il ne protège plus. Il ne protège plus pourquoi ?
Parce que quand une entreprise veut se développer, elle se pose la question de savoir comment le comprendre, qu'elle vienne de l'étranger ou que ce soit une petite entreprise, et nos salariés sont face à un maquis terrible. Donc les grands principes, je les maintiens dans la loi. La durée légale du temps de travail, l'égalité homme-femme, la discrimination, enfin, tous les grands sujets. Et ensuite, je veux beaucoup plus renvoyer à l'accord majoritaire d'entreprise et l'accord majoritaire de branche. C'est-à-dire donner du grain à mou dans le dialogue social, mais permettre que les partenaires sociaux puissent définir l'aménagement des règles qui est le plus pertinent pour leur secteur.
Pourquoi ? Parce que vous, ici, je l'ai vu, vous êtes sur du travail posté avec des machines, c'est robotisé. Ce n'est pas du tout la même logique que des salariés qui vont être dans une entreprise de 9 salariés dans le BTP. Ce n'est pas du tout la même réalité. Ou dans le textile, ou dans le numérique, où il n'y a pas du tout le même rapport à la pénibilité, où vous allez avoir des gens qui veulent travailler beaucoup plus, qui sont dans des industries de cycles courts, où c'est beaucoup moins pénible. Or, aujourd'hui, on impose les mêmes règles pour toutes les catégories. Donc, moi, je veux changer cette philosophie.
Et ce que je veux mettre dès le début du quinquennat en place, c'est vraiment ce changement en profondeur. Donc, je ne reviens pas formellement sur la loi travail. Je change la philosophie du droit du travail pour renvoyer beaucoup plus à l'accord majoritaire d'entreprise et à l'accord majoritaire de branche. Ce qui fait que, dans des entreprises où il n'y a pas de bon dialogue social, on n'est pas capable de signer un accord majoritaire, donc on reste à la situation actuelle. Et c'est une incitation pour tout le monde à être intelligent.
Parce que ça veut dire, si on veut trouver les bons aménagements sur le terrain, il faut se mettre en capacité de le faire pour signer cet accord majoritaire. Et c'est vraiment croire dans le dialogue social. Ensuite, pour la retraite, moi, je fais une réforme qui est plus en profondeur. D'abord, je ne reviendrai pas, et dans la réforme, même dans la durée que je mettrai en place, je garderai ce qui a été remis en place en 2012, c'est-à-dire les carrières longues. Pour les gens qui ont commencé à travailler très jeunes, il faut qu'ils puissent partir à 60 ans. Parce que ce sont des gens, en plus, qui ont connu de la pénibilité vraiment profonde avec d'autres conditions de travail.
Ça, c'est un élément de justice. Ensuite, moi, je ne ferai pas, dans les 5 ans à venir, de changement du départ et de l'âge légal de départ à la retraite. Pourquoi ? Parce qu'on a fait déjà plusieurs fois ces réformes. Elles étaient nécessaires pour qu'on équilibre le système de retraite. Dans les 5 ans à venir, on n'en a pas besoin financièrement. Sauf si on dit on fait nos économies sur ceux qui vont bientôt partir à la retraite. Par contre, quand je regarde les choses, les plus jeunes n'ont plus confiance dans le système de retraite. Si vous regardez tous les sondages d'opinion, les 15 dernières années, on a fait plusieurs réformes, droite et gauche.
On a plutôt amélioré l'équilibre financier du système de retraite. Mais on a réduit la confiance dans le système de retraite. Les Françaises et les Français pensent que ce système ne marche plus. Et en particulier, les plus jeunes. Donc moi, ce que je veux faire, c'est créer un système unique, c'est-à-dire où les 37 régimes de retraite qui existent aujourd'hui, vous imaginez 37, on va les faire converger en un seul régime où un euro cotisé donnera lieu au même droit, quel que soit votre secteur d'activité, régime spéciaux, etc. Et donc, on va progressivement faire rentrer tout le monde dans ce même régime.
Ce qui veut dire qu'on va utiliser le début du quinquennat pour mettre tout ça à plat, négocier avec les partenaires sociaux, mettre les chiffres sur la table, ensuite voter une loi sur cette base, et puis progressivement, selon votre âge, vous rentrerez dans le régime. Ce qui veut dire que toutes celles et ceux qui sont à 5 ans du départ à la retraite, ils ne seront pas concernés. Ils restent avec le droit actuel. Rien ne change. Tous ceux qui sont à la retraite, rien ne change pour eux. Et puis, tous ceux qui sont à plus de 5 ans, ils vont progressivement rentrer dans le régime. Un jeune qui commence à travailler aujourd'hui, il sera dans ce régime unique.
Quelqu'un qui a 6 ans de la retraite, il aura un an dans le nouveau régime. Vous voyez ? Et on va faire rentrer tout le monde dans un régime beaucoup plus simple, beaucoup plus transparent, et qui après se pilotera de lui-même, si je puis dire, et intégrera la prise en compte de vos propres trajectoires. Si vous faites 2 ans dans un métier très dur, physique, où vous allez vous fatiguer davantage, il y aura une prime de points. Si vous décidez de surcotiser pendant quelques années pour pouvoir partir plus tôt à la retraite, vous pourrez le faire.
Mais ce sera individualisé, lisible, et vous aurez un compte qui sera consultable sur Internet ou en appelant, qui vous donnera à chaque année de votre vie active le moment où vous en êtes. C'est ce qu'ont fait les Etats du Nord de l'Europe, et ça marche très bien, et ça a recréé beaucoup de confiance dans le système. Donc voilà sur ces 2 points ce que je ferai. Est-ce qu'il y a encore une question ?
Moi, je... Ah pardon, c'était vous, excusez-moi,
je pensais que vous...
Si vous faites gagner Jean-Pierre Champion son pari dans les quelques semaines qui viennent, quelle serait votre toute première mesure, il n'y aurait pas deux en même temps dans cette hypothèse de travail, il faut qu'on sorte un peu du cadre, la toute première mesure que vous estimez importante pour la France ou les Français ? Sur le plan économique et social ? Quelle que soit la nature de la mesure, alors si on avait la toute première que vous avez aujourd'hui ?
Il y en a une que je prendrai sans doute tout au début parce que le calendrier l'impose puisque 6 semaines après l'élection il y a les législatives, c'est le projet de loi de moralisation de la vie politique. Pourquoi ? Parce que je veux que les parlementaires qui seront élus 6 semaines plus tard soient tous élus avec le projet de loi qu'ils auront à voter déjà présenté au Conseil des ministres. Donc ce projet de loi qui interdira le cumul les conflits d'intérêts, qui clarifiera les règles de notre vie politique et publique sera déposé dès le début par clarté.
Donc ça c'est vraiment le tout premier pour des raisons techniques parce que je veux qu'ils passent dans les tout premiers conseils des ministres avant même les législatives. Et après, il y a 2 choses sur le plan économique que je ferai dès le début et ça qui seront faites à l'été. La réforme, droit du travail que j'évoquais pour le dialogue social et le droit à l'erreur. Pourquoi ?
Parce que le droit à l'erreur il faut le faire tout de suite parce qu'il faut changer brutalement les habitudes de l'administration et le faire très profondément et que tous les ministres qui arrivent et les fonctionnaires que vous allez renommer soient dans cette perspective et ce rapport avec la vie économique et sociale. C'est fondamental. Voilà. Allez, une dernière.
Merci.
Je vais vous demander si selon vous il est possible de grandir avec l'Europe dans l'intérêt de tous les pays membres sachant que beaucoup de gens aujourd'hui ce n'est pas forcément la réalité mais en tout cas beaucoup de gens aujourd'hui voient que l'Europe c'est une énorme usine à gaz qui se déplace très très lentement.
D'abord il faut toujours rappeler que l'Europe l'Union Européenne c'est ce qui nous fait vivre depuis 70 ans dans la paix la prospérité et la liberté. Si on ne le rappelle pas on finit par l'oublier. Je dois avoir à peu près le même âge notre génère notre génération notre génération non mais notre génération mais la plupart des gens que je vois là nos générations n'ont pas connu la guerre. Ce n'est pas une raison pour l'oublier. Notre continent n'avait jamais connu une telle période de paix. Jamais. Prenez l'histoire de l'Europe sur les 2000 années passées il y avait toujours eu des guerres en permanence. C'est ça l'Union Européenne d'abord et avant tout.
Donc moi je ne veux pas le retour au nationalisme parce que c'est bien pire. Ensuite si l'Europe s'est un peu affaissée et devenue un élément compliqué et bureaucratique qui ne protège plus c'est de notre faute. Ce n'est pas ce qu'on l'a laissé faire. L'Europe c'est un consentement souverain des Etats membres. C'est nous l'Europe. Bruxelles c'est nous c'est trop facile. Combien de fois on peut venir devant vous et dire il n'y aurait que moi je vous réglerais le problème c'est Bruxelles. Bruxelles c'est nous. Si on décide que ça change on le fait changer. Ça n'existe pas sans nous.
Donc il faut oui une Europe qui s'immisce beaucoup moins dans le quotidien des gens qui est moins bureaucratique. Premier point. Et deuxième point il faut une vraie Europe qui protège. Et donc moi je pense qu'on peut refonder l'Europe lui redonner une dynamique si sur les grands sujets on assume d'avoir une politique beaucoup plus volontariste. Moi modestement sur un tout petit chantier quand j'étais ministre de l'industrie j'ai tout fait pour défendre notre sidérurgie grâce à l'Europe. Je vous donne un exemple. Les Chinois nous attaquaient avec leur acier. Ils le vendaient en dessous même de la matière première.
si la France j'aurais pu dire moi je vais vous défendre la France on va retourner aux frontières. Je faisais ça on était mort. Ça n'avait aucun impact mais les Chinois nous supprimaient le vin les produits agroalimentaires tout ce qu'on vend aujourd'hui en Chine. On est à un marché de 60 millions c'est un marché de plus d'un milliard. Donc ça n'existe pas. Par contre l'Europe ne défendait pas notre sidérurgie. Elle était trop lente. Elle n'imposait pas des tarifs anti-dumping. Je suis allé me battre à Bruxelles. J'ai convaincu mes partenaires ça a pris un peu de temps.
Maintenant on a mis en place un dispositif dès qu'il y a une attaque on fait comme les Américains tarifs anti-dumping ça marche comme aux Etats-Unis. Nous sommes le même marché que les Etats-Unis. L'Europe c'est la même chose. Et donc sur le numérique sur l'industrie sur l'immigration sur tous ces sujets où il y a des risques qui sont mondiaux l'Europe c'est le bon niveau. Et donc moi je pense que un il faut toujours expliquer d'où on vient et ce qu'est l'Europe. Deux il faut la débureaucratiser et la simplifier.
Trois il faut redonner une vraie capacité et ça ça dépend de nous d'avoir une Europe qui protège qui défend les intérêts des salariés des créateurs qui défendent nos valeurs face aux risques du monde et qui nous permettent d'aller de l'avant beaucoup plus vite. Donc moi je suis favorable à plus d'Europe parce que je veux une Europe qui va plus vite qui sur le numérique l'environnement l'industrie la protection de nos citoyens face aux grandes migrations et au terrorisme apporte des réponses concrètes dont je pourrais vous rendre compte et d'avoir une Europe qui en même temps retisse du lien.
Et là il y a une vraie politique c'est ce qu'on doit faire dans les 5-10 prochaines années c'est avoir une vraie feuille de route pour comme on dit harmoniser fiscalement et socialement. Parce que l'un des problèmes de l'Europe ce qui fait que beaucoup aujourd'hui doutent de l'Europe en particulier des gens justement qui travaillent dans le secteur du BTP ou d'autres c'est qu'ils se disent l'Europe c'est des pays à moindre coût il y a une concurrence déloyale qui se crée parce qu'on n'a pas suffisamment harmonisé la situation des pays.
Et donc cette nouvelle étape elle doit se faire avec des pays qui auront à coeur de rapprocher leurs droits sociaux leurs droits fiscals pour que ce ne soit pas toujours en fait le moins dix ans qui gagne. Et ça c'est l'ambition qu'on doit avoir. La France a une responsabilité immense. Si on fait les réformes dès cet été certaines sont difficiles à faire ce que je dis sur le droit du travail c'est une réforme qui sera dure à faire qu'il faut faire mais tous et toutes avec l'esprit de responsabilité. Et moi je pense qu'on peut le faire parce qu'on est un grand pays.
Une fois qu'on aura fait ces réformes-là nous serons plus forts et nous serons en situation de convaincre les autres Etats membres en particulier les Allemands qu'on doit passer une nouvelle étape et qu'en même temps on doit défendre nos valeurs. Et donc harmonisation fiscale harmonisation sociale et Europe qui protège. Mais moi j'y crois beaucoup parce que sans l'Europe ce sera le retour au nationalisme. Voilà messieurs, dames. Bon, et bien moi je vais filer. Je vais vous laisser travailler sinon je vais avoir deux heures d'exemption donc ça va me coûter très très cher. Bon en tout cas je vous remercie beaucoup pour votre invitation.
J'y ai été très sensible et je suis content d'avoir pu voilà vous visiter et je vous remercie de cette discussion. J'espère que je pourrai revenir dans quelques mois parce que je reviendrai si la nouvelle est bonne pour ne pas vous faire mentir avec d'autres habits mais la même volonté de convaincre et d'aller de l'avant. Voilà. En tout cas merci beaucoup pour votre attention. Merci à vous et bon courage. Merci. Merci à vous.
Emmanuel Macron