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Interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 16 novembre 2017 25 minContradictoireActualité / polémiqueTravail & emploiÉconomie & entreprisesEurope & internationalSolidarités & famille

"La mobilisation se construit" contre "le père Noël des riches", juge Pierre Laurent

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:25OuverteRéponse directe

    On ne sent pas beaucoup d'enthousiasme pour cette journée. Comment vous la présentez-vous ?

  • 0:57OuverteRéponse directe

    Il vous semble qu'il y a un climat vraiment revendicatif ?

  • 1:02RelanceRéponse partielle

    Vous n'exagérez pas un petit peu ?

  • 2:38OuverteRéponse directe

    Vous diriez que c'est la contestation qui a le point ?

  • 3:28OuverteRéponse directe

    Il vous coupe un peu l'herbe sous le pied, Jean-Luc Mélenchon ?

  • 3:55OuverteRéponse directe

    Il y a une dérive nationale de Jean-Luc Mélenchon, d'après vous ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:10PrésentateurChiffre
    « un sondage récent, je crois, il y a deux jours, a dit que 65% des gens pensaient qu'ils allaient être les perdants de cette politique. »
  • 4:10Locuteur 5Chiffre
    « On arrête d'alimenter, par notre argent, 7 milliards d'euros, le coût de l'Union Européenne pour les Français. »
  • 4:32Locuteur 4Chiffre
    « Nous perdons 9 milliards d'euros par an avec l'Union Européenne. »
  • 7:48Locuteur 3Chiffre
    « Le taux augmente de 0,2 point cet été. Il s'établit à 9,4% en France métropolitaine. »
  • 10:46PrésentateurFait
    « il y a un déni du besoin de grandes politiques industrielles publiques. »
  • 17:34Locuteur 3Chiffre
    « Plus de 2,7 millions de Français cherchent du travail en métropole. »
  • 17:41Locuteur 3Chiffre
    « Le chômage augmente de 0,2 points au dernier trimestre. »
  • 17:56Locuteur 3Chiffre
    « Un tableau de Léonard de Vinci et le Salvatore Mundi bat un record. Adjugé pour plus de 450 millions de dollars. »

Temps de parole

  • Présentateur62 %
  • Pierre Laurent20 %
  • Locuteur 39 %
  • Locuteur 63 %

1,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:05
Présentateur

Pierre Laurent, secrétaire national du Parti Communiste et l'invité de France Info, Jean-Michel Apathy. Bonjour Pierre Laurent.

0:10
Pierre Laurent

Bonjour. Ce jeudi 16 novembre est une journée de mobilisation et de manifestation contre la politique libérale. Elle est qualifiée ainsi du gouvernement à l'appel de la CGT, Force Ouvrière, des organisations syndicales étudiantes. Et le Parti Communiste s'y associe. On ne sent pas beaucoup d'enthousiasme pour cette journée. Comment vous la présentez-vous ?

0:27
Présentateur

C'est vous qui dites ça. Moi je crois au contraire qu'on sent une vague de contestation de la politique d'Emmanuel Macron qui va grandissante dans le pays. C'est vrai avec les mobilisations syndicales contre les ordonnances et d'autres mesures de déréglementation sociale, de perte d'emploi dans les services publics. Mais on le voit aussi très fortement avec la mobilisation des maires, des collectivités locales contre les mesures d'austérité, de suppression des emplois aidés. On l'a vu...

0:57
Pierre Laurent

Il vous semble qu'il y a un climat vraiment comme ça, très revendicatif ? Oui, parce que je pense que les gens...

1:02
Présentateur

Vous n'exagérez pas un petit peu ? Non, je crois que les gens ont compris une chose. C'est qu'Emmanuel Macron sait le père Noël des riches. Et un sondage récent, je crois, il y a deux jours, a dit que 65% des gens pensaient qu'ils allaient être les perdants de cette politique. Et malheureusement, ils ont raison. Donc il faut stopper cette politique. Il y a beaucoup de gens qui le comprennent. Et la mobilisation se construit. Je ne dis pas que c'est facile, mais elle se construit.

1:28
Pierre Laurent

L'important, c'est d'être crédible, de raconter la réalité telle qu'elle est. Ce n'est pas moi qui le dis. C'est Jean-Luc Mélenchon qui le disait il y a trois semaines à Athènes. On l'écoute.

1:37
Locuteur 6

Là, on est obligé de le constater. M. Macron, d'ailleurs, il s'en est vanté à son interview. Il a dit « J'y suis arrivé en cinq mois ». Bon, il est arrivé. Vous connaissez notre réplique. On lui a dit « Bonhomme, attends, ce n'est pas terminé ». Bon, mais pour l'instant, c'est lui qui a le point. Il ne faut pas chercher à le cacher.

1:56
Pierre Laurent

Il ne faut pas chercher à le cacher et compléter Jean-Luc Mélenchon. Si on raconte des histoires, on n'est pas crédible. C'est lui qui a le point. C'est lui qui a gagné.

2:04
Présentateur

Moi, je ne vois pas les choses comme ça. Emmanuel Macron a été élu il y a six mois. Et six mois après, je le répète, moi, ce qui me frappe, au contraire, c'est la diversité des contestations de sa politique. Des gens s'alertent dans tous les domaines sur ce qui est en train de se passer. On l'a vu encore hier aussi, pour citer un autre exemple, avec les révélations qui sont faites sur le budget de la culture et de l'audiovisuel public. Ça devrait vous intéresser. Qui annoncent des mesures d'austérité très graves. Donc, je pense que la prise de conscience de ça grandit dans le pays. Vous diriez que c'est la contestation qui a le point, pour reprendre la métaphore sportive ?

Mais bien sûr, la contestation a le point, puisque, regardez les enquêtes d'opinion sur à peu près tous les sujets essentiels. Emmanuel Macron est en difficulté dans l'opinion. Il y a une différence entre le mécontentement, vous avez raison de citer cette étude, en effet, et la contestation, ce n'est pas la même chose. Effectivement, il faut donner des perspectives à cette contestation.

Et nous, par exemple, nous avons décidé de construire ce que nous appelons des états généraux du progrès social, avec une première étape qui aura lieu le 3 février prochain à Paris, parce qu'il faut faire converger ces fronts de contestation et montrer qu'une autre logique que celle d'Emmanuel Macron est possible. Il y a beaucoup d'argent dans ce pays, contrairement à ce qu'on nous dit, mais l'argent ne va pas au bon endroit.

3:27
Pierre Laurent

Il vous coupe un peu l'herbe sous le piège, Jean-Luc Mélenchon, en disant comme ça, il démobilise un peu les gens ?

3:32
Présentateur

Tout ne se passe pas autour de telle ou telle déclaration, de tel ou tel dirigeant, y compris Jean-Luc Mélenchon.

3:38
Pierre Laurent

Je ne dis pas que tout se passe là. Vous vous dites, il faut y aller. Lui, quand il fait ça, est-ce qu'il l'handicape à votre mot d'ordre ? C'est ça, ma question.

3:46
Présentateur

Je pense que quand on est en train de construire une mobilisation, il ne vaut mieux pas envoyer des messages de démobilisation, évidemment.

3:52
Pierre Laurent

Je voulais parler de Jean-Luc Mélenchon, parce qu'on sent bien qu'il y a des différences de plus en plus nettes entre vous. Et on en a repéré une qui nous a quand même interrogés. Elle concerne l'Europe. Traditionnellement, l'extrême droite, et la droite extrême, ont sur l'Europe, ou contre l'Europe plutôt, un argument définitif. L'Europe nous coûte cher. C'est ce que disent Nicolas Dupont-Aignan, qu'on va entendre, puis après Marine Le Pen.

4:15
Locuteur 5

On arrête d'alimenter, par notre argent, 7 milliards d'euros, le coût de l'Union Européenne pour les Français. On arrête d'alimenter un monstre bureaucratique qui nous punit, qui nous détruit de l'intérieur.

4:32
Locuteur 4

Nous perdons 9 milliards d'euros par an avec l'Union Européenne. Avec ces 9 milliards d'euros par an, permettez-moi de vous dire que l'on peut, encore une fois, sauver beaucoup de choses.

4:42
Pierre Laurent

Et il y a quelques jours, Jean-Luc Mélenchon a employé exactement le même argument sur sa chaîne YouTube.

4:47
Locuteur 6

Alors donc, on est en déficit excessif, mais on fait cadeau de 6 milliards. Madame Sacha, elle avait dit, moi je suis trop pauvre pour payer, I want my money back, rendez-moi mon fric. Traduit en français. Bon, donc, on pourrait dire, nous les Français, I want my money back, rendez-nous les 6 milliards qu'on vous donne, parce que, bon, dès qu'on sera à nouveau très riche, on vous redonnera des sous. La référence à Margaret Thatcher a visiblement choqué à gauche.

5:11
Pierre Laurent

Qu'est-ce que vous en pensez, vous, de cette évolution de Jean-Luc Mélenchon ?

5:12
Présentateur

Je crois que le problème de l'Europe n'est pas celui-là. Le problème de l'Europe n'est pas l'existence d'un budget européen. Le problème de l'Europe, c'est que l'Europe organise le dumping social entre les différents peuples et les tire vers le bas, les uns après les autres. Alors qu'il faudrait, au contraire, organiser la convergence sociale vers l'eau. J'ai organisé... Non, mais je le répète, ça n'est pas ça, le problème de l'Europe. Le problème, c'est que l'Europe sert des politiques de déréglementation sociale, de casse des services publics, de dumping social, qui tirent tout le monde vers le bas. Moi, je crois qu'il faut construire de la solidarité en Europe.

Donc je ne tourne pas le dos à l'idée d'un projet européen. Et je viens de réunir avec beaucoup de mes amis à Marseille un forum européen avec plus de 100 organisations européennes pour justement construire ces convergences sociales. On parlait tout à l'heure des ordonnances Macron. Il y a des réformes du même type dans toute l'Europe. Et ça tire tous les salaires et l'emploi vers le bas. C'est contre ça qu'il faut se dresser.

6:08
Pierre Laurent

Alors Marseille, c'était le parti de la gauche...

6:10
Présentateur

Le parti de la gauche européenne, aussi des écologistes, des forces socialistes venant par exemple du parti de Jérémy Corbyn. Mais il manquait des gens. Qui convergent ensemble maintenant pour s'opposer à cette Europe de la déréglementation sociale. Il manquait des gens à l'appel. Tout le monde n'était pas là. Oui, mais vous savez, là aussi, il faut construire. Donc c'est pas facile, mais on progresse.

6:34
Pierre Laurent

Il y a une dérive nationale de Jean-Luc Mélenchon, d'après vous ?

6:38
Présentateur

Moi, je ne dirais pas les choses comme ça. Nous avons un diagnostic commun sur la critique de l'Union européenne et la dérive libérale qui a fait tant de mal à toute l'Europe et provoqué d'ailleurs, dans beaucoup de pays européens, le rejet de la construction européenne actuelle. La question, c'est la conclusion qu'on en tire. Moi, je pense qu'il faut opposer à ça un projet européen solidaire. Et là-dessus, effectivement, nous avons un débat avec Jean-Luc Mélenchon. Vous restez avec nous, 8h40, l'essentiel de l'info. Lauriane Delanoé.

7:08
Locuteur 3

Attendez-vous à des perturbations aujourd'hui dans les transports des grandes villes. Manifestations contre la réforme du Code du Travail. Force ouvrière signe le préavis de grève, mais pas d'union des chefs. Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de FO, sera ce matin à Marseille quand Philippe Martinez de la CGT défilera à Paris cet après-midi. Autre rassemblement en fin de matinée devant le palais de justice de Versailles. Des personnalités politiques de gauche vont soutenir 9 salariés de l'usine PSA Peugeot de Poissy dans les Yvelines. Ils sont jugés pour la séquestration d'un agent de maîtrise en février dernier. L'INSEE publie ses chiffres trimestriels du chômage.

Le taux augmente de 0,2 point cet été. Il s'établit à 9,4% en France métropolitaine. Mauvais air en Ile-de-France aujourd'hui. Épisode de pollution en particules fines. Le stationnement résidentiel est donc gratuit dans Paris. Tous les grands prix littéraires pour des hommes cette année, sauf le Goncourt des lycéens. Il sera remis cet après-midi, 4 femmes en lice. Alice Zenitaire, Véronique Olmi, Monica Sabolo et Brigitte Giraud.

8:14
Pierre Laurent

France Info.

8:15
Présentateur

Pierre Laurent, secrétaire nationale du parti communiste et l'invité de France Info, Jean-Michel Apatis.

8:19
Pierre Laurent

Nicolas Hulot a fait l'événement la semaine dernière en repoussant d'au moins 10 ans, peut-être davantage, on ne sait pas, la réduction du nucléaire dans la production d'électricité. On écoute le ministre de la Transition écologique.

8:30
Locuteur 7

Effectivement, nous pourrions atteindre cet objectif en 2025, mais au détriment de quoi ? Au détriment de tous nos autres objectifs. De réduction d'émissions de gaz à effet de serre, de fermeture des centrales à charbon, de ne pas réouvrir des centrales thermiques. Parce que jusqu'à présent, on a posé des objectifs, mais on ne s'est pas trop soucié de savoir s'ils étaient réalisables.

8:50
Pierre Laurent

Le parti communiste a toujours défendu l'énergie nucléaire, a toujours été aussi un défenseur d'EDF. Vous êtes satisfait, content de la décision de Nicolas Hulot ?

8:57
Présentateur

Non, nous avons, on nous caricature souvent, nous sommes pour un mix énergétique dans lequel il y a du nucléaire, mais dans lequel il faut faire monter en puissance les énergies renouvelables. Vous avez toujours été avocat du nucléaire. Le parti communiste français. Mais effectivement, nous disions, quand il y a eu la loi de transition énergétique, que si on fixait cet objectif de réduction très rapide de la part du nucléaire, on allait être obligé d'avoir recours à des énergies fossiles qui allaient polluer davantage. Et comme les alertes des experts du GIEC sur le réchauffement climatique se font de plus en plus pressantes, ça ne nous paraît pas raisonnable.

Donc il faut construire une transition énergétique, mais sur un temps beaucoup plus long. Et ça nous paraît réaliste. Et visiblement, Nicolas Hulot partage aujourd'hui notre diagnostic sur ce point.

9:46
Pierre Laurent

Les problèmes d'EDF, ça vous inquiète ? Bien sûr. Un embêtement important, le cours de bourse qui chute, les syndicats en comité d'entreprise...

9:54
Présentateur

Pourquoi ? Parce qu'on a déstabilisé le secteur énergétique, on a organisé la concurrence. Au lieu d'utiliser les entreprises publiques qui géraient ce secteur pour conduire une transition écologique et énergétique cohérente, on a préféré jouer la concurrence, déréglementer les marchés. 15% d'électricité moins chère pour les particuliers. Et les entreprises publiques sont déstabilisées, mais ça va conduire à des catastrophes si on laisse faire ça. Et ce n'est pas seulement dans le domaine énergétique. On est en train de mettre en danger l'avenir d'Alstom. Et ça va avoir des conséquences dans le domaine du transport ferroviaire, comme dans le domaine énergétique.

Parce qu'on est en train, par exemple, de privatiser les barrages hydroélectriques. Et tout ça a des conséquences très importantes. Donc il y a un déni du besoin de grandes politiques industrielles publiques.

10:46
Pierre Laurent

L'électricité peut coûter jusqu'à 15% moins cher pour ceux qui peuvent choisir un autre opérateur d'électricité. Donc c'est bon pour le pouvoir d'affaires.

10:53
Présentateur

Mais ce type de concurrence qui oublie de dire que la distribution de l'électricité, ça se paye, il ne suffit pas de la produire, il faut la distribuer, il faut la cheminer chez tout le monde. Et pour ça, si on ne fait pas de la péréquation, eh bien c'est la concurrence qui tire tout le monde vers le bas et qui, à un moment donné, fait exploser le système de service public. Et là, les usagers le paient en chair. Et c'est le droit à l'énergie qui sera mis en cause.

11:15
Pierre Laurent

Un autre débat a surgi durant ces derniers jours. Après avoir été caricaturé à la une de Charlie Hebdo, Edoui Plenel, le directeur de Mediapart, a accusé l'hebdomadaire de s'associer à une campagne générale de guerre contre les musulmans. Et cette phrase d'Edoui Plenel, qui accuse Charlie Hebdo, a été prononcée sur France Info la semaine dernière.

11:33
Locuteur 10

La une de Charlie Hebdo fait partie d'une campagne plus générale que l'actuelle direction de Charlie Hebdo épouse. Monsieur Valls et d'autres trouvent n'importe quel prétexte pour en revenir à leur obsession. La guerre aux musulmans, la diabolisation de tout ce qui concerne l'islam et les musulmans.

11:53
Pierre Laurent

La guerre aux musulmans, Manuel Valls lui a répondu hier matin sur BFM.

11:59
Locuteur 1

Oui, c'est un appel au meurtre. Oui, c'est très grave. Il ne peut pas y avoir la moindre complicité, la moindre complaisance vis-à-vis de ces terroristes et de cette idéologie de mort. Je veux qu'il recule, je veux qu'il rende gorge, je veux qu'il soit écarté du débat public.

12:14
Pierre Laurent

De quel côté vous vous trouvez ce matin ?

12:17
Présentateur

Non, moi je suis très triste de l'hystérie, un peu de cette polémique entre Charlie Hebdo et Mediapart, deux rédactions dans lesquelles j'ai des amis. Et je dis halte au feu, parce qu'on voit bien avec les propos de Manuel Valls que certains se jettent là-dessus pour hystériser le débat et tenir des propos en qualifiant à tort et à travers tout le monde d'islamo-gauchiste ou l'inverse. Donc il faut revenir aux fondamentaux de la gauche sur le respect du principe de laïcité, sur la résistance aux idéologies islamistes, sur le refus des amalgames qui conduit à stigmatiser la religion musulmane.

13:02
Pierre Laurent

Est-ce qu'il y a une complaisance à gauche avec une forme d'islamisme ?

13:05
Présentateur

Non, je ne crois pas. Je pense que... Il n'y a pas des gens qui vous semblent complaisants avec l'islamisme ? Je discute souvent, y compris avec des amis de Charlie Hebdo, de ça. Et je sais évidemment comment ils ont été meurtris dans leur chair par cela. On le sait tous, oui. Et les menaces qui pèsent sur eux sont extrêmement graves et il faut défendre la liberté d'expression de Charlie Hebdo. Mais arrêtons de traiter d'islamo-gauchiste n'importe qui à tort et à travers. Ça n'a pas de sens. Surtout dans le camp de la gauche qui doit se rassembler pour la défense d'une laïcité.

13:35
Pierre Laurent

Quand Edoui Plenel explique que Charlie Hebdo rejoint le camp de ceux qui ont déclaré la guerre aux musulmans, est-ce que Edoui Plenel a raison de le dire ?

13:43
Présentateur

Non, je répète, je pense qu'il y a eu une escalade de la polémique ces dernières semaines dans laquelle je ne me reconnais pas. Et je pense qu'il y a des femmes et des hommes raisonnables qui devraient plutôt discuter pour construire un camp de la gauche défendant la laïcité mais résistant aussi aux amalgames et se battant quand c'est nécessaire contre l'idéologie islamiste. Vous dites à l'autofé mais on ne comprend pas très bien s'il y en a un plus responsable que l'autre. Du fond. Du feu. Mais parce que je ne prendrai pas parti de cette manière. Parce que je ne veux pas participer. Si on reste sur les idées. Je ne veux pas participer à cette escalade. Ok, oublions les hommes.

Si on reste sur les idées, il y a une guerre aux musulmans en France ? Est-ce qu'il y a une guerre aux musulmans ? Il y a des gens qui mènent une guerre aux musulmans. Oui, il suffit d'écouter des propos, les propos du Front National, d'une partie des dirigeants de la droite. Oui, il y a des gens qui hystérisent le discours contre les musulmans et pas contre les islamistes. Qui se servent de ça pour stigmatiser les musulmans. Est-ce que Charlie involontairement alimente cette guerre ? Non, je pense que la une qui a été... Elle vous a choqué cette une, elle vous a posé un problème ? Mais c'est une une de Charlie Hebdo. Oui.

Toutes les unes de Charlie Hebdo sont par définition impertinentes et provocatrices. Sinon ça n'est plus Charlie Hebdo. On peut ne pas aimer ce type de une, mais elles font partie de l'ADN de Charlie.

15:16
Pierre Laurent

Est-ce qu'il y a une complaisance à gauche vis-à-vis de l'islamisme ? Cette phrase de Daniel Obonon, député France Insoumise de Paris, suggère à certains que oui. On écoute Daniel Obonon.

15:26
Locuteur 2

Est-ce que cet homme-là, qui refuse de conduire un bus après qu'une femme l'ait conduit, ça n'est pas un signe de radicalisation ? Qu'est-ce que ça veut dire de radicalisation ? C'est ce que je vous pose comme question. Il y a des compensements sexistes. Voilà. Refuser de faire une chose parce qu'une femme l'a fait, c'est sexiste. Voilà. Mais ça n'a rien à voir avec la religion pour vous ? On peut être sexiste et religieux ou pas croyant. Qu'est-ce que ça a à voir avec la religion ?

15:48
Pierre Laurent

Voilà. Pour beaucoup, cette déclaration est un peu le symbole d'une complaisance vis-à-vis de l'islamisme. Quand un chauffeur de bus, un homme, refuse de succéder au volant de ce bus à une femme, elle dit c'est du sexisme et beaucoup y voient au contraire de l'intégrisme religieux.

16:03
Présentateur

Est-ce qu'il y a de la complaisance ? Je crois qu'en l'occurrence, c'est les deux. Et moi, je ne partage pas la déclaration de Daniel Obono sur ce point. Je pense qu'il faut être très net et refuser avec beaucoup de vigueur ce type de comportements qui sont inacceptables dans la République française.

16:18
Pierre Laurent

Donc, il y a bien une complaisance à gauche avec ces comportements-là, ces comportements radicaux.

16:21
Présentateur

Immédiatement, à partir d'une dégave, vous généralisez, il y a une complaisance à gauche. Non, il y a à gauche des forces qui sont justement les forces qui défendent la laïcité. Et la laïcité, c'est le respect des convictions religieuses. Mais dans la conduite, dans l'égalité, singulièrement l'égalité des femmes et des hommes. Donc, des comportements qui visent à relativiser l'importance de l'égalité entre les femmes et les hommes sont inacceptables au regard des principes de laïcité. Vous restez avec nous, Pierre-Laurent. Il est 8h50. Voici l'Essentiel de l'Info. Lauriane Delanoë.

16:56
Locuteur 3

Plus d'un millier de logements et une centaine d'écoles endommagées par un séisme en Corée du Sud. Ce matin, la secousse d'une magnitude de 5,4 sur l'échelle de Richter a fait une soixantaine de blessés. La France tente la médiation dans la crise au Liban. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, rencontre Saad Hariri, aujourd'hui à Riyad, en Arabie Saoudite. Le premier ministre libanais des missionnaires est invité à Paris dans les prochains jours. Les syndicats peaufinent banderoles et pancartes, appellent à la grève et à la manifestation.

Aujourd'hui, c'est la quatrième journée d'action depuis la rentrée contre les réformes libérales du gouvernement, notamment celle du Code du Travail. Plus de 2,7 millions de Français cherchent du travail en métropole. Le chômage augmente de 0,2 points au dernier trimestre. Selon les chiffres de l'INSEE. Mais l'Institut note un recul à peu près similaire si on regarde les chiffres sur l'année. 19 minutes extraordinaires cette nuit dans une salle des ventes de New York. Un tableau de Léonard de Vinci et le Salvatore Mundi bat un record. Adjugé pour plus de 450 millions de dollars en euros, comptait 380 millions. Alors qui est l'acheteur ? Un inconnu. France Info.

18:08
Présentateur

Pierre Laurent, le secrétaire national du Parti Communiste et l'invité de France Info. Jean-Michel Abatis.

18:12
Pierre Laurent

Avec votre parlementaire de gauche, vous souhaitiez vous rendre en Israël la semaine prochaine et le gouvernement refuse les visas pour que vous puissiez entrer dans ce territoire. Vous comprenez la raison du gouvernement israélien. Vous aviez le projet d'aller voir des prisonniers, Marwan Bargouti notamment, en Israël. Et donc le gouvernement israélien ne souhaite pas que vous puissiez le faire.

18:30
Présentateur

La décision, si elle était maintenue du gouvernement israélien, de nous empêcher d'entrer sur le territoire est très grave. Parce que ces délégations auxquelles nous allions participer la semaine prochaine sont des délégations qui visent à encourager le dialogue entre des forces de paix palestiniennes et israéliennes. Et nous avons prévu des rencontres en Palestine comme en Israël avec des forces diverses. Nous voulions aussi apporter notre solidarité à des gens qui se battent pour la liberté des prisonniers politiques, dont Marwan Bargouti. Nous savions que nous ne pouvions pas aller visiter Marwan Bargouti, mais rencontrer sa famille et les forces qui le soutiennent.

Donc c'est regrettable. Je rappelle qu'Israël a reçu en grande pompe Marine Le Pen au mois de juin dernier. J'ai du mal à comprendre pourquoi des parlementaires français, attachés, eux, à la relance du processus de paix entre Israël et la Palestine, pourraient ne pas entrer sur le territoire palestinien. Donc à cette heure, nous continuons d'oeuvrer à lever cette interdiction d'entrer sur le territoire.

19:44
Pierre Laurent

Est-ce que vous appelez en grande pompe le Premier ministre qui a reçu Marine Le Pen quand même, non ?

19:47
Présentateur

Si, non mais elle a été reçue au Parlement par beaucoup de monde, etc. Sa visite a été très médiatisée. Et donc il est assez choquant, il est assez choquant qu'aujourd'hui, on essaye de nous refuser à nous cette entrée sur le territoire. Alors que je le répète, l'objectif de notre délégation est d'encourager la solidarité, la solidarité entre les forces qui continuent à se battre là-bas pour la relance d'un processus de paix. Vous espérez toujours pouvoir y aller ? Oui, à cette heure, nous espérons toujours pouvoir y aller, mais la situation est très difficile et très tendue. Donc nous sommes en discussion et une décision sera prise demain, je pense.

20:29
Pierre Laurent

Retour en France. Le magazine Capital et le Canard Enchaîné accusent Anne Hidalgo, maire de Paris, d'avoir bénéficié il y a quelques années, il y a une quinzaine d'années, d'un emploi fictif, notamment au ministère de la Justice, alors qu'elle était première adjointe à la mairie de Paris. Un conseil municipal se tiendra la semaine prochaine à Paris, en début de semaine. Vous êtes vous-même élu parisien, vous êtes sénateur. La droite municipale, qui est dans l'opposition, demande des explications à Anne Hidalgo, au titre de l'exemplarité des élus. C'est eu un emploi fictif. On a vu dans la campagne présidentielle que ça avait été un problème, les emplois dits ou réputés fictifs.

Est-ce que le Parti communiste s'associe à cette demande d'explication d'Anne Hidalgo, puisque vous êtes associé à la municipalité ?

21:09
Présentateur

Je pense qu'elle a donné des explications déjà sur ce point. Et on voit bien qu'il y a dans la droite une volonté de dénigrer en permanence la municipalité parisienne et le travail qu'elle mène. Et évidemment, nous n'allons pas nous associer à ces piètres manœuvres de la droite qui visent à détourner de l'importance du débat municipal sur les enjeux pour les Parisiens.

21:33
Pierre Laurent

La transparence, ça ne vaut pas pour tout le monde ? Les explications, ça ne vaut pas pour tout le monde ? On s'appelle François Fillon, on doit s'expliquer sur les emplois.

21:38
Présentateur

En ce qui me concerne, et en ce qui concerne mon parti, nous sommes en permanence très transparents sur toutes ces questions. J'ai rempli personnellement, comme tous les sénateurs, il y a quelques semaines, ma déclaration de patrimoine. Vous pouvez la lire, elle est, je crois, disponible. Donc, nous n'avons pas de problème avec la transparence. Vous savez que les élus et les parlementaires communistes, en la matière, sont exemplaires.

22:09
Pierre Laurent

Bon, on est en train de chercher une déplacement de Marine Le Pen en Israël, parce que quand même, c'est assez marquant.

22:13
Présentateur

On ne trouve pas. Je ne sais pas pourquoi vous faites référence. Je vous fournirai les informations. En juillet, vous dites. En juillet, vous avez les... En juin.

22:20
Pierre Laurent

En juin, après l'élection présidentielle. Marine Le Pen a été un frère.

22:25
Présentateur

Je vous fournirai les informations sur ce point.

22:28
Pierre Laurent

Pour l'instant, on cherche. On n'a jusqu'à 58 pour trouver. Mais pour l'instant, on ne trouve pas. Léonard de Vinci, le tableau s'appelle, le Salvatore Mondi, 450 millions de dollars vendus aux enchères à New York.

22:38
Présentateur

C'est la preuve qu'il y a beaucoup d'argent. Et d'ailleurs, on sait qu'il y en a beaucoup dans les paradis fiscaux. Et les gens qui placent parfois dans les œuvres d'art, placent encore plus souvent dans les paradis fiscaux. Et je vous rappelle que, suite aux nouvelles révélations qui sont faites, nous continuons de demander, et nous avions obtenu un vote de l'Assemblée nationale, et nous allons réouvrir ce débat au Sénat, nous pensons que la France devrait prendre l'initiative d'une COP fiscale. On fait une COP sur l'écologie. Je vous parle d'autre chose.

23:03
Pierre Laurent

Il faut faire une COP fiscale. Est-ce que le marché de l'art est un marché où, finalement, les émotions dominent, la subjectivité domine ? Et quel est vous, dirigeant politique, en votre regard ?

23:12
Présentateur

C'est un marché qui est devenu un marché spéculatif de placement, aussi. Tout le monde le sait. Donc, quand on atteint de telles sommes, on n'est pas seulement dans l'amour de l'art, mais on est aussi dans le placement d'argent pour, souvent, essayer de faire échapper cet argent à l'impôt.

23:30
Pierre Laurent

C'est difficile de réguler. Ah, à l'impôt, là, de toute façon, tout est public. C'est difficile de réguler le marché de l'art.

23:36
Présentateur

Si, on pourrait, par exemple, donner aux grands musées nationaux des moyens plus importants pour acheter à des prix raisonnables sur le marché de l'art. On n'est pas obligé, là non plus, de laisser la dérégulation et la folie financière l'emporter en toutes circonstances. Juste, au sujet de Marine Le Pen, encore une fois, pas de volonté particulière de ne pas vous croire, mais il se trouve qu'en recherchant à nouveau, pendant toutes les dernières minutes, absolument aucune trace d'une visite de Marine Le Pen en Israël. Moi aussi, je vérifierai mes informations et on en reparlera. Voilà, c'est juste.

24:11
Pierre Laurent

C'est assez spectaculaire. Comme vous dites, reçu en grande pompe, on se demande. C'est assez spectaculaire, Marine Le Pen en Israël.

24:17
Présentateur

On aurait été un petit peu au courant. Et il se trouve que là, vraiment, en faisant des recherches rapides de quelques minutes, absolument aucune trace, si ce n'est éventuellement un déplacement de Nicolas Bay, qui a des cadres du FN au mois de janvier. C'est ça pour les auditeurs, pour tous ceux qui nous écoutent, qui ont peut-être été interpellés par ce que vous disiez à l'instant.

24:35
Pierre Laurent

Il nous reste 30 secondes, mais il y a 100 ans exactement, Lénine prenait le pouvoir en Russie. Personne n'a célébré cet événement historique, même pas vous. Et pourtant, vous êtes issu de cette histoire-là.

24:44
Présentateur

Eh bien, vous êtes mal informé, parce que nous avons tenu un mois de débat, d'initiative, pour réévaluer cette histoire.

24:51
Pierre Laurent

C'était discret, quand même.

24:52
Présentateur

Et le 4 novembre, j'ai conclu ce mois de débat qui s'est tenu à l'espace Nimeyer à Paris, dans notre siège, par un discours que j'ai prononcé, et qui est disponible sur le site du Parti communiste. Vous pouvez aller le lire et en faire part à vos auditeurs. Merci beaucoup, Pierre Laurent. Bonne journée à vous.