Nicolas Demorand est de retour
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
6h57 sur France Culture et c'est l'heure de votre humeur du jour, Guillaume. Et ce matin, Nicolas Demorand est de retour. Oui, ce n'est pas parce que je crois que le monde tourne autour de la maison de la radio que je vous en parle. Nicolas Demorand n'est pas seulement une affaire de radio, il a accompagné des millions de Français. Une présence familière qui finit par s'installer la radio a cette force. Elle ne montre pas des visages, elle installe des présences. Une voix entendue chaque matin devient un membre discret de la famille. Et dans ce paysage, Demorand occupe évidemment une place à part. J'ai longtemps considéré que c'était une sorte de Citizen Ken radiophonique.
Vous savez, ces ailes de géant l'empêchent de marcher. Demorand comme d'autres, Lebrun, Salamé, Levaille, ont une particularité. Ils ne s'allument qu'avec le rouge. A quoi bon vivre si ce n'est pas en direct ? Je n'ai jamais été intime avec Demorand. J'ignorais le talon du géant. Mais je n'ai jamais cru que quelqu'un qui vive par et pour le micro puisse être normal. Le micro n'est pas seulement un outil. Il devient parfois un refuge, une manière de mettre de l'ordre dans le chaos. Il est l'ami des nerveux, des mélancoliques, des obsessionnels. Il est l'instrument avec lequel on chasse ses fantômes intérieurs. Le direct fait fuir les peurs. C'est connu comme l'ail, les vampires.
Nicolas Demorand a choisi de raconter son chaos dans Extérieur Nuit. Il a décidé de rendre public une part de lui-même que beaucoup auraient conservé. Et ce qui m'a frappé, c'est de l'entendre hier sur France Inter expliquer que cette mise à nu avait contribué à aggraver sa maladie. Cette phrase m'a laissé perplexe. Nous vivons dans une époque persuadée que la parole guérit. Depuis des décennies, notre civilisation valorise l'aveu. Michel Foucault l'avait montré. L'Occident a fait de l'être humain une machine à confession. Du confessionnal au divan, du psychanalyste, du plateau de télévision aux réseaux sociaux. Nous sommes invités à tout raconter.
Mais il existe des douleurs qui résistent aux mots, des expériences qui perdent quelque chose lorsqu'elles sont exposées. Et surtout, il existe une question. Que se passe-t-il après l'aveu ? On célèbre le courage de parler, on s'intéresse moins au lendemain. Une fois le récit livré au public, qu'arrive-t-il heureusement ? Un être humain est toujours plus vaste que son aveu. Et au fond, ce qui compte peut-être aujourd'hui, ce n'est ni le livre ni la confession. C'est le retour, le retour de la voix, le retour du travail. Le retour de ce quotidien qui permet de survivre aux épreuves. Pour un homme de radio, faire, c'est reprendre sa place devant le micro.
Lorsque le voyant rouge se rallume, voilà pourquoi je suis heureux du retour de Demorand. Parce qu'après le temps de la confession, vient celui de la vie.