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interviewyoutube.com· 10 février 2026 23 min

XAVIER BERTRAND - L'interview intégrale

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:04
Présentateur

Bonjour à tous. Alors aujourd'hui dans le cadre des élections municipales parisiennes, je suis accompagnée de Erwann et Maëlys. Bonjour Joïs. Et ensemble nous allons accueillir M. Xavier Bertrand qui est l'actuel président de la région Hauts-de-France. Alors cette interview portera sur trois sujets distincts. Tout d'abord nous évoquerons les difficultés du métier de politique avec Erwann. Ensuite nous analyserons certains enjeux autour de la municipalité de Paris avec moi-même. Et enfin nous allons terminer sur le sujet de la jeunesse en politique avec Maëlys. Mais pour mieux contextualiser cette interview, nous allons d'abord revenir sur le portrait de notre invité. Bonjour M. Bertrand.

0:42
Xavier Bertrand

Bonjour. Bonjour. Bonjour.

0:44
Présentateur

A travers votre parcours, nous pouvons voir que la politique a toujours été une vocation pour vous puisque vous avez débuté dès l'âge de saison auprès du RPR. Alors outre votre parcours national, vous avez d'abord développé votre attachement pour les collectivités territoriales en décrochant votre diplôme d'études supérieures spécialisées d'administration locale. Et vous vous êtes ensuite engagé auprès de la municipalité de Saint-Quentin à partir de 1989 où vous avez été conseillé puis maire jusqu'en 2020. Alors par ailleurs, votre présidence au sein de la région Hauts-de-France depuis 2016 confirme cette volonté d'être au plus près des Français dans la réalisation de vos projets.

Et donc de cette manière, cette interview va nous permettre de revenir sur votre parcours et de mieux comprendre pour identifier les difficultés du métier de politique et des dynamiques territoriales tout en évoquant la particularité de l'engagement des jeunes en politique.

1:33
Xavier Bertrand

La première des choses, c'est que ce n'est pas écrit que je fasse de la politique parce que je suis d'une famille où on ne s'intéressait plus à la politique. Et c'est vrai qu'en 1980, avec l'élection présidentielle, je me passionne pour la politique et que c'est une rencontre avec Jacques Braconnier, qui est à l'époque sénateur, qui a été maire, qui redeviendra maire de Saint-Quentin, que je me passionne à la fois pour la politique locale. Et mon rêve, mon ambition, quand j'étais jeune, c'était de devenir maire de ma ville. Mais c'était vraiment ça.

Ce n'était pas d'être parlementaire, ce n'était pas d'être ministre, ce n'était pas d'être candidat à l'élection présidentielle, c'était d'être maire. J'ai toujours eu cette passion dans une ville de 55 000 habitants qui est à la fois à échelle humaine et puis assez grande. C'est-à-dire que ce n'est pas une commune où on tournerait en rond, c'est une ville importante, avec des services publics importants, une vie culturelle, sportive importante. Mais c'était ça, vraiment, ma passion. Et c'est vrai que les études que j'ai pu faire ensuite ont toujours été en rapport avec le développement local et les collectivités locales.

Parce que, je reste persuadé, pardonnez-moi du terme, mais un politique doit rester à portée d'engueulade. C'est-à-dire être en contact avec les gens pour qu'ils puissent lui dire, à cet élu, ce qui va ou ce qui ne va pas. D'où le terme d'engueulade. Et il n'y a rien de mieux que le mandat de maire pour le comprendre. Et aujourd'hui, j'ai toujours dit qu'à la tête de la région, j'étais un peu le maire de la grande région. Je me comporte de la même façon. C'est-à-dire qu'un maire doit avoir à la fois le souci du quotidien, qu'est-ce qu'il y a au quotidien, je ne sais pas moi, la propreté, la sécurité, les détails dans une rue, est-ce que la rue est bien entretenue, mais aussi la vision.

Comment on va transformer la commune, la ville ? Est-ce qu'on va faire un nouveau quartier ? Comment on fait le développement économique ? C'est les deux que doit faire un maire, le quotidien et l'avenir. Et c'est pour ça que je le dis souvent, maire un jour, maire toujours. J'ai toujours ça en tête aujourd'hui dans l'exercice de mes fonctions.

3:26
Invité

Ensemble, nous allons évoquer les difficultés du métier de politique. Pour commencer, en quelques mots, comment définiriez-vous le métier d'homme politique aujourd'hui ?

3:34
Xavier Bertrand

Alors, on dit bien souvent que ce n'est pas un métier, que c'est une vocation ou une passion, c'est vrai. Mais la vérité, c'est que quand vous êtes vraiment engagé dans des mandats importants, c'est votre activité principale. Pendant très longtemps, quand j'étais notamment député, je continuais à exercer mes fonctions d'assureur parce que je pense que c'était important d'avoir et l'indépendance financière et l'indépendance d'esprit. Mais au bout d'un moment, c'est dévorant. Moi, je donne des cours à côté, mais très peu, trop peu, parce que j'aimerais bien le faire davantage, mais je ne peux pas.

Et donc, pendant longtemps, ça me gênait le terme de métier, mais aujourd'hui, je l'accepte parce que c'est vrai que ça demande d'une certaine façon des atouts professionnels. Et oui, ça s'exerce comme un métier, surtout quand les responsabilités sont importantes. C'est passionnant parce que vous pouvez faire des choses. Prenez par exemple, vous connaissez la plage à Paris ? Oui. Ce n'est pas Paris qui l'a inventé. C'est à Saint-Quentin que c'est né pour la première fois, trois ans avant Paris, en 1996, c'est moi qui ai eu cette idée. Premier en France. C'est assez facile de vérifier, je ne suis pas en train de me pousser du col, c'est vrai. Vous voyez, c'est ça qui m'a permis la politique.

J'étais à jour au maire et elle m'a permis notamment de permettre à des enfants qui ne partaient pas en vacances d'avoir accès à des vacances gratuites et qui plusaient pendant deux mois. Il n'y a personne qui part en vacances pendant deux mois. Et pendant qu'on n'est pas parti, on est au pied des immeubles ou on ne sait pas quoi faire. Et c'est comme ça que je lance cette idée. Vous voyez, j'ai eu cette idée. La politique permet que cette idée devienne projet et que le projet devienne réalité. Je ne suis pas sûr que vous vous souvenez, il y a eu une époque où on fumait dans les restaurants. C'est fini. C'est moi qui ai interdit de fumer dans les lieux publics.

La politique m'a permis justement de changer cela. C'est pour ça que, clairement, la politique permet de faire des choses remarquables. Maintenant, elle prend beaucoup, beaucoup de temps. Elle ne vous permet pas d'avoir le développement professionnel que vous souhaiteriez. Elle ne permet pas forcément de consacrer autant de temps qu'on voudrait à ses amis, à sa famille. Elle est très prenante, elle est dévorante, elle est exigeante. Mais elle est passionnante, la politique.

5:44
Invité

Merci. Ensuite, dans un contexte actuel de prépondérance des réseaux sociaux en communication politique, comment faites-vous en tant que décideur public pour garder une vision long terme sans pour autant vous laisser submerger par une culture de la réaction et de l'instantanéité ?

5:59
Xavier Bertrand

Oui, vous avez raison. C'est aujourd'hui l'un des vrais enjeux. Alors, il y a aussi autre chose. On a toujours connu la pression médiatique. Moi, quand j'étais ministre, ça remonte la première fois à un peu plus de 20 ans et la dernière fois maintenant à 14 ans, ça ne me rajeunit pas. On avait ce que l'on appelait les dépêches AFP. L'agence France Presse faisait des dépêches sur tel ou tel sujet dans votre domaine ministériel et vous étiez, attention, à regarder une dépêche AFP, il fallait réagir. Mais c'était une fois dans la journée, deux, trois fois. Et puis, en fonction de ça, je vais vous donner un exemple.

Le journal Le Parisien, le thème principal faisait souvent l'un des thèmes principaux du journal de 13 heures de Jean-Pierre Pernault. Le Monde, qui paraissait en fin de matinée, donnait le tempo d'un des titres du journal de 20 heures. Aujourd'hui, c'est fini. Parce qu'avec les réseaux sociaux, tous les réseaux sociaux pouvaient avoir de l'actualité à n'importe quel moment. Il peut y avoir une polémique à n'importe quel moment. Il faut réagir à n'importe quel moment. Sauf qu'on n'est pas obligé d'être comme un hamster dans sa roue et puis à vouloir réagir à tout et tout de suite.

Pour tweeter, par exemple, ou pour publier, on a le droit de, non pas de tourner sa langue cette fois dans sa bouche, mais de tourner son pouce cette fois dans sa poche avant de savoir si on va tweeter ou pas. Vous avez raison, le vrai sujet, c'est de résister, de savoir si on réagit à tout. Alors, donc là, on est le hamster dans sa roue. Ou si on choisit les termes. Et ensuite, il y a un autre aspect. C'est quand vous faites de la politique, il y a tellement de choses à faire. Les crises, les dossiers qui sont à suivre, s'occuper des gens, les recevoir. Qu'il est très difficile de continuer à avoir une partie de son activité pour penser à la suite, réfléchir, se poser, faire un pas de côté.

C'est vrai que c'est très difficile et que les réseaux sociaux ne facilitent pas les choses.

7:46
Invité

Bien joué, merci pour votre réponse. Maintenant, aujourd'hui, on a quand même une exigence de proximité de la part du corps électoral français. Et cela nous éloigne de plus en plus des réalités institutionnelles. Donc, selon vous, quelle serait la bonne distance pour préserver un lien durable entre les électeurs, le personnel politique et les institutions ?

8:05
Xavier Bertrand

Alors, un, il faut les deux. Il faut les deux. Moi, j'ai un principe. Je crois qu'il ne faut jamais avoir peur du peuple et lui donner la parole. Ça s'appelle le référendum. Sauf qu'en France, au niveau national, ça fait plus de 20 ans qu'il n'y a pas eu un référendum, le référendum de 2005 sur la Constitution européenne. Pourquoi ? Parce que les présidents, ceux qui décident, ont peur du référendum. Ont peur que la décision des Français ne soit pas forcément celle qu'ils attendent ou qu'ils espèrent. Et donc, s'ils prennent une claque avec le résultat d'un référendum, ils ont peur que ça compromette leur réélection. Ah oui, j'ai oublié de vous dire, il y a un mal français profond.

Depuis qu'on est passé au quinquennat et qu'on vote tous les cinq ans, on est rentré dans un système à l'américaine où celui ou celle qui est élu président n'a qu'une envie, c'est de faire deux mandats. Alors, même quand c'était le septennat, il y avait l'idée d'en faire deux des mandats. Bien évidemment, Valéry Giscard d'Estaing s'est représenté, François Mitterrand a gagné une deuxième fois, Jacques Chirac aussi. Mais avec cinq ans, c'est une évidence. Celui qui rentre, c'est je veux faire dix ans. Et donc, du coup, on pense beaucoup à sa réélection et pas assez à l'action qu'on doit mener pour justement transformer le pays, pour que les Français aillent mieux.

Et moi, qui suis pour un mandat unique, avec certainement le retour à sept ans, je suis persuadé que le référendum, de demander aux Français leur avis, pas toutes les semaines, pas sur tous les sujets, ça serait aussi une façon de se rapprocher des Français, de leur faire confiance. Et encore une fois, parce que c'est prévu dans la Constitution, d'être dans le respect des institutions. Même si je pense qu'il faudrait aussi simplifier le référendum, qu'on puisse donner des sujets de référendum sur plus de sujets, pas sur tous, mais sur plus de sujets, et qu'on puisse avoir également un ensemble de citoyens qui puissent dire sur tel sujet, on veut se prononcer.

Voilà les évolutions que j'ai en tête.

10:01
Invité

Je vous remercie.

10:03
Présentateur

Alors maintenant, j'ai envie d'évoquer avec vous le sujet de la municipalité de Paris. Alors, j'aimerais mettre en lumière le fait que même si le fonctionnement et les besoins diffèrent entre, par exemple, la région Hauts-de-France et la municipalité de Paris, qu'est-ce que vous pensez que Paris aurait à apprendre des autres territoires ?

10:21
Xavier Bertrand

Alors déjà, quand on dit municipalité de Paris, c'est vrai que c'est un statut à part Paris. Il n'y a pas grand monde qui le sait, mais il y a les mairies d'arrondissement, et puis il y a le conseil de Paris, parce que le conseil de Paris, c'est aussi un département. C'est vraiment une entité particulière, à la fois commune et département. Département, parce qu'il y a aussi toute l'action sociale. Moi, à la région, il y a trois compétences. À la région, l'économie, c'est-à-dire quand je dis l'économie, l'économie, l'emploi, la formation, le développement. Il y a les transports et il y a les lycées.

Paris a à la fois toutes les compétences d'une commune, mais en n'ayant pas exactement toutes les compétences sur la sécurité. C'est le préfet de police de Paris. Moi, je pense qu'une des évolutions doit aller vers aussi plus de fonctions, davantage de compétences dans le domaine de la sécurité. Et puis, il y a quand même quelque chose, ça va enfin se faire, même si ça me semble encore un peu compliqué, c'est l'élection du maire de Paris, comme le maire de Lyon, comme le maire de Marseille. À une époque, il y avait 20 élections, 20 arrondissements. On envoyait des membres au Conseil de Paris et on pouvait avoir plus ou moins des surprises.

Ou alors, on a vu, c'était à Marseille, qu'un maire était élu maire alors qu'il avait eu moins de voix que son challenger, que son adversaire. Gaston Deferre a été élu maire de Marseille. Il avait un peu moins de voix au total que Jean-Claude Godin. Donc là, il va y avoir une clarification. Et si vous me demandez ce qu'il faudrait faire en premier, c'est ça, c'est vraiment cette clarification. Elle va intervenir pour la première fois avec la loi maintenant qui a été votée. Ça va s'appliquer pour la première fois en 2026.

Mais je pense que ça va clarifier les choses parce que là, on va voter pour son maire et pas seulement pour une liste poussée par le candidat dans chaque arrondissement qui enverra ensuite des membres au Conseil de Paris. C'était trop compliqué.

12:05
Présentateur

Ensuite, sur le site web de votre parti Nous France, la première chose que l'on peut lire, c'est la citation suivante. Vous dites, « Je veux que l'État s'occupe des sujets essentiels, sécurité, justice, reprise en main de notre politique migratoire, lutte contre le terrorisme, les grandes orientations en matière d'éducation et de santé. Pour le reste, laissons les territoires faire pour libérer le pays. » Alors, outre tous ces enjeux qui sont, selon vous, réservés à l'État, quel serait l'enjeu prioritaire pour la municipalité de Paris ?

12:36
Xavier Bertrand

Alors, déjà, je reviens sur mon idée. Tout ce que vous avez cité, ça correspond à ce que j'appelle la République des territoires. Une République, il y a à la fois ce dont s'occupe Paris, l'État, et ce qui doit se décider dans les territoires. À Paris, on décide de trop de choses. Il n'y a pas un pays qui est aussi centralisé que la France. Il n'y en a pas un, pas un seul. Il n'y a pas une entreprise qui est aussi centralisée que l'État français, le gouvernement français. Et moi, ce que je souhaite, c'est qu'à Paris, le président, les gouvernements, les ministères, décident de moins de choses, mais mieux.

Je vous l'ai dit, tout ce qui est sécurité, justice, toutes ces règles-là, maîtrise de l'immigration, c'est forcément au niveau national que ça se décide. Sur la santé, c'est à Paris qu'on doit décider et s'assurer que vous êtes remboursé de la même façon pour la santé à Lille ou à Marseille. OK. Mais pour le reste, il ne faut plus que ce soit décidé pour tout à Paris. C'est-à-dire que vous pouvez très bien avoir les élus locaux, même l'État dans une région, dans un département, le préfet, qui bossent ensemble, mais qui vont donner de l'efficacité. Aujourd'hui, si vous voulez faire un programme de logement, il doit vous falloir 7 ou 8 ans.

Mais bon sang, qu'on arrête de décider de ça à Paris, qu'on nous laisse les clés du logement dans les territoires, par exemple dans ma région, avec le préfet de région, avec les organismes de logement, avec les élus. Mais nous, on ne va pas mettre 7 ans. Pourquoi ? Je le disais tout à l'heure. On est près du terrain, puis surtout, on est à portée d'engueulade. Si on ne fait pas notre boulot, les gens vont dire « Eh oh, vous faites quoi ? Vous attendez quoi ? » C'est pareil également sur les transports, c'est pareil sur la santé. On est remboursé de la même façon à Lille et à Marseille, d'accord ?

Moi, je suis d'une région où il y a plus de cancers qu'ailleurs, il y a plus de maladies cardiovasculaires. Bon, si on ne me laisse pas la possibilité de faire du sur-mesure, ça ne s'arrangera jamais. Donc voilà ce que je cherche. Et pour Paris, qui est un peu particulière, parce que Paris, dont vous me parlez, ce n'est pas le Paris de l'État, il faut également qu'il y ait plus de pouvoir. Et je reprends encore une fois la question de la sécurité. On a mis du temps, c'était des choix politiques, pour que clairement, on puisse avoir davantage de compétences, davantage de prise de responsabilité dans ce domaine. Ça, je pense que c'est un domaine sur lequel il faut aussi que ce soit clair.

Et puis après, je vais un peu compliquer cet entretien. Et aussi la question, il y a Paris, il y a le Grand Paris et il y a l'Île-de-France. C'est vrai quand même que quand on regarde bien, c'est quand même très compliqué en France, le millefeuille. Très, très compliqué. Parce que ici, vous avez la ville de Paris, importante, puissante, un budget important. Il y a le Grand Paris, qui est mis en place pour essayer de coordonner, pour avoir une vision stratégique. Et il y a la région Île-de-France. Je pense qu'on pourrait bien simplifier, comme on pourrait simplifier le millefeuille politique et administratif français.

Moi, je suis dans ma République des Territoires, pour l'idée de regrouper les élus départementaux et régionaux. C'est-à-dire qu'on est le même élu, à la fois au département et à la fois à la région. Ça ferait moins d'élus, mais surtout, on gagnerait en efficacité.

15:28
Invité

D'accord, merci beaucoup. Bonjour.

15:29
Xavier Bertrand

Bonjour.

15:30
Invité

Nous allons maintenant aborder le sujet de l'engagement des jeunes en politique. Vous l'avez déjà abordé tout à l'heure, mais on peut y revenir. Qu'est-ce qui a motivé votre engagement en politique dès l'âge de 16 ans ?

15:38
Xavier Bertrand

C'est très simple. C'est à la fois une rencontre. Ça a été une rencontre à distance avec les médias, avec Jacques Chirac, que j'ai trouvé bluffant à l'époque. Il m'a donné envie de m'engager. Après, c'est une autre rencontre avec Jacques Braconnier, qui était sénateur, qui est devenu mon patron, mon employeur, à la mairie de Saint-Quentin, en tant qu'assistant parlementaire. Donc, lui, lui au Sénat, et donc je travaillais avec lui. Et puis, c'est aussi les convictions, être en résonance aussi avec ce qu'on est, avec ce qu'on fait. Et puis, le dernier point qui n'est pas le plus important, mais peut-être que si quand même, ça dépend de ce qu'on veut faire dans la vie. Spectateur ou acteur ?

Moi, j'ai envie d'être acteur. J'ai envie de faire des choses. J'ai envie de faire bouger des choses. Et je prenais l'exemple tout à l'heure de la plage de l'hôtel de ville à Saint-Quentin. Quand j'étais jeune, je voyais ma place de l'hôtel de ville à Saint-Quentin, la ville où j'ai grandi à partir de 12-13 ans, qui était morte, triste, mais vraiment, il ne se passait rien. Et je m'étais dit, quand même, ce serait bien de la rendre vivante. Voilà, c'est tout. Et puis, quand j'ai fait de la politique, quand je suis devenu un joueur maire, je me dis, mais par les décisions qu'on prend, par ce qu'on est capable d'organiser, je peux la rendre vivante.

Et c'est devenu la fameuse plage qui a été connue internationalement dès le début. Après, bien évidemment, Paris nous a éclipsé, ça se comprend. Mais vous voyez, c'est toute la différence. Vous ne faites pas de politique, vous vous dites, bon, ça serait bien, par exemple, que ma place soit animée. Alors, vous pouvez aller voir un élu, mais enfin, bon, pour lui faire partager votre idée, c'est parfois compliqué. Puis, vous n'avez pas tous les leviers derrière, ça peut se perdre en route, la bonne idée. Mais vous êtes élu, l'idée devient projet, et le projet devient réalité. C'est pareil pour l'interdiction de fumer dans les lieux publics, c'est pareil dans ma région.

Dans ma région, je m'étais dit, attention, avec les voitures électriques, il faut moins de monde pour fabriquer un moteur électrique qu'un moteur normal, un moteur thermique. Si jamais on ne prend pas le virage des voitures électriques, ça va être un drame dans ma région. Donc, je me suis dit, il faut qu'on construise les batteries électriques dans ma région des Hauts-de-France. C'était un pari à l'époque, certains m'ont dit, mais de quoi tu te mêles, ce n'est pas à toi de financer, et tout ça. Heureusement qu'on l'a fait, parce qu'au moment où je vous parle, il y a 3000 personnes qui travaillent directement dans ces usines, et ce n'est pas fini.

On va inaugurer bientôt la quatrième usine, et vous voyez, je n'aurais pas fait de politique, j'aurais pu dire, et attention, on va avoir un problème dans la région, parce qu'on va avoir moins d'ouvriers qui vont travailler dans les batteries électriques. Mais là, en faisant de la politique, c'est moi qui ai pu prendre la décision, il y a un virage à prendre, on le prend. C'est la différence entre être spectateur, commentateur, et être acteur.

18:13
Invité

Et pensez-vous que cette réalité soit toujours applicable pour les jeunes ?

18:16
Xavier Bertrand

Oui, autrement, je crois qu'ils n'auraient pas à faire de la politique. Non, je ferais autre chose. Mais encore une fois, ce qui est passionnant, c'est très exigeant, la politique, mais ça permet de faire bouger les choses. Et beaucoup de politiques sont un peu fatiguées, qui veulent au final être sur le manège, tourner, rester au pouvoir. Non, ce qui est important, c'est de pouvoir faire bouger les choses. Ce n'est pas d'être sur un manège, c'est de se rendre utile pour son pays, pour sa région, pour sa ville. Et puis, la politique sert à améliorer la vie des gens, quand même, il ne faut pas l'oublier.

18:44
Invité

Merci. Ensuite, pour éviter que l'engagement des jeunes soit une pure façade au sein des collectivités, comment imaginez-vous la place des jeunes dans les futures équipes municipales pour qu'elles aient plus de responsabilité ?

18:52
Xavier Bertrand

Ça dépend des élus. Il y a des élus qui vont prendre des jeunes, comme vous dites, parce qu'il faut des jeunes et puis il y en a qui pensent sincèrement que les jeunes vont leur apporter un autre regard. Moi, je sais que j'ai 60 ans, j'aime beaucoup travailler avec des jeunes qui apportent aussi des idées nouvelles. C'est ça qui est important. Donc, soit vous y croyez vraiment et vous leur confiez vraiment des responsabilités. Moi, j'ai à la région des vice-présidents, vice-présidents d'une région de 6 millions d'habitants, je leur dis souvent, c'est comme si vous étiez ministre d'un pays de 6 millions d'habitants. Donc, c'est quelque chose de solide, de sérieux.

Eh bien, il y en a deux qui sont très, très jeunes. Mon Dieu, qu'ils sont bons. Ils sont très, très bons. Puis, ça donne aussi un petit peu d'aiguillon aux autres qui sont toujours jeunes, mais pour ne pas qu'ils s'assoupissent. Non, non, non. Moi, je trouve que donner des responsabilités aux jeunes, c'est très bien. Ça permet aussi aux jeunes de se dire, tiens, je suis en résonance. Il n'y a pas que des gens d'un certain âge qui sont en politique, mais il faut vraiment leur faire confiance. Il faut vraiment leur donner des responsabilités. Et puis, il ne faut pas les cantonner au sujet jeune. Tu es jeune, tu vas t'occuper de la jeunesse. Non, c'est possible. C'est bien.

Mais moi, j'en ai un, par exemple. Il est Antoine Silani. Il est vice-président au sport, aux associations. Il fait un boulot remarquable, mais c'est l'un des piliers de la région. J'ai Faustine-Maliard. C'est notre vice-présidente. Elle s'occupe de tous les dossiers du littoral. C'est super important dans ma région. Il y a les ports, il y a la question des transports, les relations avec les mers, l'érosion marine, la question du fameux trait de côte, la façon dont la mer progresse, telle qu'il s'en occupe. Je peux vous dire qu'elle n'a pas 70 ans. Mais, les gens de 70 ans, très bien. Alors après, il y a aussi un autre sujet. J'insiste là-dessus.

L'âge, c'est une question d'état d'esprit, ce n'est pas une question d'état civil. Il faut aussi qu'on ait des jeunes qui soient vraiment jeunes dans leur tête. Des jeunes qui ne cherchent pas à copier les autres ou à rentrer dans le moule. Il faut être soi-même en politique. Et j'y crois d'autant plus que dans les années 85-90, j'étais très intéressé par les conseils municipaux d'enfants, d'adolescents, de jeunes. Et à 50 ans, on avait vraiment voulu être parmi les pionniers pour mettre en place un conseil municipal, mais en donnant vraiment les moyens pour les jeunes de faire vivre leurs idées. Maintenant, ça, j'y crois énormément.

Peut-être que de s'entourer de jeunes, tout ça, permet de rester plus jeune.

21:08
Invité

Merci beaucoup. Et enfin, lors du lancement de Nous France, vous avez rappelé que c'est par les territoires que la France se reconstruira. Dans cette perspective de retour en puissance des collectivités territoriales, quel message d'espoir souhaiteriez-vous adresser à la jeunesse ?

21:20
Xavier Bertrand

C'est que c'est plus facile de s'engager dans une mairie. On peut le faire dans une association, mais on peut le faire dans un conseil municipal. des élections qui sont effectivement bientôt. Moi, j'ai commencé en étant conseiller municipal d'opposition. Si on avait gagné, j'aurais certainement été adjoint au maire, conseiller municipal d'opposition. Et puis, c'est passionnant parce que c'est aussi la politique à échelle humaine, à échelle locale, la politique de proximité. Mais, il n'y a pas que la proximité. Il faut toujours penser loin. Il faut toujours penser à l'avenir. Il faut toujours penser, encore une fois, à la transformation de sa ville.

Et c'est peut-être dans une commune qu'on réussit le plus à le faire. Et puis après, si on se dit qu'on veut davantage de responsabilités pour davantage changer les choses, on peut grandir en politique, on peut franchir différents paliers. Mais, je pense qu'il ne faut pas chercher à faire pour faire ou même pour satisfaire une ambition. Il ne faut jamais oublier que ce qui donne du sens, c'est ce qu'on fait pour les autres. C'est mon avis personnel. mais je pense que pour des jeunes, le fait de rentrer dans une équipe municipale, c'est certainement la meilleure façon de savoir si ça plaît ou pas. J'ai un exemple. J'ai l'un de mes proches à la région, tout jeune, qui était à mon cabinet.

J'ai toujours beaucoup demandé aux gens qui étaient dans mon cabinet, essayez de vous impliquer en politique. Passez de l'autre côté, soyez responsable, politique, responsable public. Recevez les gens, pas seulement pour moi, mais aussi pour une collectivité. J'en ai qui ont adoré ça, qui ont continué leur parcours politique. J'en ai qui ont fait un mandat et qui, au final, n'ont pas été emballés. Mais au moins, ils ont essayé. Au moins, ils ont essayé. Mais ce n'est pas qu'ils n'ont pas été emballés, ils ont préféré avoir une action autrement, soit en travaillant avec moi, soit en exerçant d'autres responsabilités.

Mais le fait d'être dans un conseil municipal, ça ne leur a pas vraiment plus. Ils n'avaient pas la disponibilité nécessaire. Mais c'est bien d'essayer de se rendre compte par soi-même. D'ailleurs, c'est le propre de l'expérience.

23:11
Présentateur

Merci beaucoup. Merci beaucoup pour vos réponses. J'espère que les élèves auraient pu apprendre beaucoup de choses. Et merci de nous avoir donné de votre temps.

23:19
Xavier Bertrand

Merci encore à vous.

XAVIER BERTRAND - L'interview intégrale — Xavier Bertrand · Pourquijevote