Trump à l’ONU : le dérèglement international
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France Culture, Affaires étrangères, Christine O'Krent. Bonjour à tous. Réunis à New York depuis dix jours, l'Assemblée Générale de l'Organisation des Nations Unies poursuit ses travaux dans l'indifférence habituelle. Mais deux événements avant sa clôture, en début de semaine prochaine, domineront l'agenda international. Lundi, la France et neuf autres pays reconnaîtront officiellement l'État de Palestine, s'ajoutant aux 147 pays déjà signataires. Et mardi, ce sera au tour du 47e président des États-Unis de s'exprimer à la tribune. La vitrine de l'organisation phare du multilatéralisme s'est bien lézardée en 80 ans d'existence.
Et pourtant, l'institution continue d'offrir au monde la seule scène à sa mesure, le seul reflet de sa globalité et de tant d'enjeux partagés. Cette Assemblée Générale est aussi la photographie d'un ordre international en plein dérèglement. Cet ordre édifié par l'Occident à son profit, reposant sur des règles qui, bon en mal en, organisaient et stabilisaient les rapports de force. On en est loin. Quels seront donc le discours, la posture d'un Donald Trump qui incarne et accélère le fracas d'une politique étrangère américaine en rupture avec les fondamentaux de ses prédécesseurs ?
L'ONU en est la première victime et surtout ses agences, tant les États-Unis ont coupé le financement de leurs activités humanitaires et environnementales. Il n'est plus question pour Washington d'apparaître en leader du monde libre, cette expression désormais surannée qui suscitait à la fois irritation et réconfort de ce côté-ci de l'Atlantique. Courtisant ses adversaires, négligeant ses alliés, encourageant sous couvert de liberté d'expression une extrême droite enhardie dans nos propres pays, le président américain semble fêter avec exubérance le déclin d'un Occident qui a perdu de sa superbe.
Donald Trump n'a toujours pas mis fin aux deux guerres qu'il se flattait de régler en quelques jours, au Proche-Orient et en Ukraine, mais le voilà qui accueille sur tapis rouge un Vladimir Poutine dont il n'admet toujours pas la responsabilité, le voilà qui, hier, téléphonait à Xi Jinping dans l'espoir d'un prochain sommet, et voilà l'Europe, privée de ses acais, contrainte de définir ses propres priorités et de s'en donner les moyens à supposer qu'il ne soit pas trop tard. Fin de l'Occident triomphant, certes, mais quoi d'autre ?
On a vu il y a 15 jours, autour du président chinois, à Tianjin et à Pékin, la somptueuse mise en scène d'un autre ordonnancement du monde, une nouvelle gouvernance mondiale, pour reprendre la formule chinoise. Serait-ce la promesse d'un multilatéralisme renouvelé, à même de séduire tant de protagonistes, bousculés par Washington ? L'Alliance Atlantique tient bon, mais l'ambiguïté américaine la fragilise au moment où la Russie la défie ouvertement. Hier encore, trois MIC-31 ont violé l'espace aérien estonien. Quelles sont les particularités de cette nouvelle cartographie du monde ?
Comment comprendre ces rapports de force et ces jeux de rôle, où nous autres Européens avons tant de difficultés à trouver notre place ? Eh bien, c'est ce que nous allons comprendre ce matin, grâce à deux ambassadeurs de France. Muriel Domnac, bonjour, vous êtes haute fonctionnaire, et vous avez représenté la France à l'OTAN de 2019 à 2024. Gérard Harrault, ambassadeur de France aux Etats-Unis, ancien représentant permanent de la France à l'ONU. Et Thomas Gomart, historien, vous dirigez, Thomas, l'Institut français des relations internationales. Gérard Harrault, vous avez longtemps pratiqué les Nations Unies, vous avez siégé au Conseil de sécurité.
En quoi cette Assemblée générale, 80 ans, vous paraît-elle différente ?
Je crois qu'il y a, je comprends tout à fait la déception des opinions publiques internationales qui constatent que l'idéal d'une coopération de tous les Etats de la planète au sein d'une organisation des Nations Unies, qui est quand même un objectif louable, donc la déception devant ce que vous, d'ailleurs, vous décriviez, une sorte d'impuissance de l'ONU aujourd'hui. En réalité, il y a là derrière, quand même, un oubli de... D'abord, les diplomates disent, les mots ont un sens, les Nations Unies. Eh bien, ça veut dire que lorsqu'elles ne sont pas unies, le système ne fonctionne plus. Et les Nations Unies, ça n'a pas fonctionné avant 1990.
Au moment de la guerre froide, les Nations Unies étaient paralysées par la guerre froide, par les vétos américains, les vétos russes ou les vétos chinois. Les Nations Unies n'ont vraiment fonctionné que depuis 1990, au fond, à l'époque du triomphe de l'Occident et depuis 2014, depuis la montée des tensions entre la Russie et le reste du monde, avec l'annexion de la Crimée, eh bien, le système s'est progressivement bloqué. Et donc, aujourd'hui, il ne faut pas attendre grand-chose des Nations Unies parce que, précisément, il y a une véritable confrontation entre Russie, Chine et États-Unis.
Et l'Assemblée Générale, aujourd'hui, va être, comme l'Assemblée Générale de l'année dernière, même si ce n'était pas un anniversaire, va être un peu décevante pour les opinions publiques. Ça va être ce qu'on appelle un peu un talk shop. On va bavasser. Mais quand même, c'est déjà pas mal d'avoir un endroit où tous les pays du monde se réunissent et essayent quand même de dialoguer. Donc, de nouveau, les Nations Unies, comme l'ensemble du système multilatéral, d'ailleurs, reposent sur la volonté des États de coopérer. Aujourd'hui, cette volonté de coopérer entre les grandes puissances n'existe pas.
Et il y a évidemment les coulisses que vous avez beaucoup fréquentées. Donc là, on apprend que Volodymyr Zelensky rencontrera Donald Trump en marche du sommet. Et bien évidemment, à la tribune, dans une salle, je crois, lundi après-midi, le président français, en l'absence, me semble-t-il, du prince héritier saoudien, mais avec l'appui de l'Arabie saoudite, annoncera donc officiellement la reconnaissance par la France de la Palestine et neuf autres pays européens, dont le Royaume-Uni. C'est important. Il se joindra à lui. Merci. Muriel Domnac, vous, vous avez vécu Trump 1 lorsque vous représentiez la France à l'OTAN.
Que peut-on attendre de Trump 2, dont on voit à quel point, en fait, le tempérament, la capacité totale d'inhibition s'exprime avec beaucoup plus de violence que lors de son premier mandat ? Qu'est-ce qu'on peut attendre, mardi, du discours américain ?
Il y a sans doute un bon usage de Trump 2. Il faut quand même faire le constat que cette attitude désinhibée d'affirmation de soi, de narcissisme, de prévalence de la force sur le droit, la tentation de la prédation, y compris envers les alliés, tout ça n'est pas très positif. Il faut faire aussi le constat que cette politique étrangère affichée de rétablissement de la puissance, ou en tout cas de la place, de la grandeur des États-Unis, se solde par un bilan assez brouillon, erratique, et au final relativement impuissant. C'est ça qui est paradoxal, c'est que l'exaltation des valeurs masculinistes conduit à une forme de posture de spectateur.
On voit que Trump, qui avait promis « he will fix it », il va régler la... Le roi du deal, etc. Bon, il reconnaît que Poutine l'a, entre guillemets, laissé tomber et...
Oui, ça c'est ce qu'il a dit, c'est l'expression relativement polie qu'il a utilisée en Grande-Bretagne il y a deux jours. « Poutine m'a laissé tomber ».
Poutine m'a laissé tomber, mais la question suivante qui lui était adressée était « donc, que ferez-vous ? » et la réponse était « rien ». Parce que, disait-il, ce serait la Troisième Guerre mondiale. Donc, il y a finalement une posture de faiblesse. On ne dissuade pas en anticipant tout de suite l'épouvantail de la Troisième Guerre mondiale. De la même manière, cette politique brouillonne a conduit à une tension avec l'Inde qui s'est rapprochée de la Chine et encore de la Russie. L'Inde participait aux exercices APAD la semaine dernière. Et Trump a demandé qu'il y ait un observateur américain, ce qui est quand même sidérant.
L'attaché militaire américain en Biélorussie était présent aux exercices. C'est la première fois depuis 2021, c'est-à-dire depuis avant l'agression de l'Ukraine. Ce qui me paraît déterminant aussi, c'est l'accord de défense mutuelle entre l'Arabie saoudite et le Pakistan, qui a été rendu public cette semaine. Le Pakistan nucléaire. Le Pakistan nucléaire et qui montre finalement la défiance des alliés des Etats-Unis envers la protection américaine qui est désormais extrêmement incertaine. Donc, cette politique finalement brouillonne, erratique.
On voit également au Proche-Orient que Trump est placé devant le fait accompli par Netanyahou et qui s'aligne ex-poste avec des options, y compris d'élimination de responsables du Hamas sur le territoire qatari. Tout ça amène à une posture d'impuissance. Alors, il y a sans doute, et il faut qu'il y ait un bon usage de Trump, parce que la question pour nous, Européens, finalement, ce n'est pas tant d'être spectateur d'une politique étrangère américaine, elle-même spectatrice. C'est le bon usage qu'on peut en faire. On sait qu'on a besoin que les Etats-Unis poursuivent autant que possible leur soutien à l'Ukraine pour aider l'Ukraine à tenir parce que c'est notre intérêt.
On constate que les Européens, après une période, disons, où ils ont tâtonné, ont réussi à mieux gérer Trump pour au moins sécuriser ça. C'est un minimum. Je reconnais que ce n'est pas le grand soir de la relation transatlantique.
Non, ni l'aube pleine de promesses. Et tout le monde n'a pas un roi, parce qu'on a quand même bien vu que nos amis britanniques ont à leur disposition un merveilleux parc d'attractions qui s'appelle la Famille Royale. Et il faut bien dire que le spectacle d'un Donald Trump épanoui, bien davantage que son épouse, soit dit en passant, était absolument, disons-le, drôle. Thomas, Thomas Gomart, on voit néanmoins que les États-Unis se sentent contraints, en quelque sorte, de produire leur président à la tribune des Nations Unies.
Donc, on sait le mépris affiché du mouvement MAGA et surtout de l'entourage de Trump pour tous ceux qu'il nomme, et ce n'est pas un compliment, les mondialistes, les globalistes, comme on dit en franglais. Vous avez écrit un très bon bouquin sur l'accélération de l'histoire. En quoi est-ce que Donald Trump lui-même est un facteur d'accélération, de la détérioration de l'ordre international ? Peut-être pour vous répondre et prolonger la formule de Muriel Domnach sur « ce n'est pas le grand soir de la relation transatlantique », j'irai un pas plus loin. Je pense qu'on est devant un schisme transatlantique, en réalité, qui repose sur des divergences idéologiques de plus en plus marquées.
Au fond, ce qui nous surprend, ce ne sont pas tellement les tentatives de Donald Trump de résoudre le conflit ukrainien, mais c'est le degré de collusion idéologique qui existe désormais entre le Kremlin et la Maison-Blanche, dans une vision du monde, au fond, assez partagée sur ce que sont des sphères d'influence. Et donc ce schisme transatlantique, il va en fait très profond dans la différence. Moi, ce qui me frappe aux Etats-Unis aujourd'hui, c'est ce basculement de la tech vers le monde MAGA. Et donc on sait que cet univers est traversé par des courants très contradictoires. Mais néanmoins, il y a une sorte d'opposition qui est en train de se créer.
Et à ce jour, la seule opposition construite sur le plan politique, intellectuel, au discours de la Maison-Blanche post-Trump II, elle est venue du Vatican, paradoxalement. Non, pas paradoxalement en réalité, parce que je pense que ça joue sur une conception de l'être humain et ça va bien au-delà des discussions que nous avons sur le positionnement diplomatique en réalité. C'est pour ça que je parle de schisme, parce que j'ai vraiment... Donc ce sont les valeurs. Oui, ce sont les valeurs, absolument. Ce sont les valeurs qui sont aujourd'hui, à mon avis, en train d'être déchirées. Alors pas dans tous les domaines, avec aussi des cordes de rappel aux Etats-Unis.
Mais dans l'expression du président de la République et de son entourage le plus proche, ça me semble parfaitement clair. La deuxième observation, qui est plus de nature diplomatique, c'est que le monde diplomatique américain s'est réduit comme peau de chagrin. Au fond, il y a les Etats-Unis et Israël. Et il y a avec Israël, qui est capable de faire faire au président des Etats-Unis, l'espèce de Premier ministre Netanyahou, ce qu'il n'a pas envie de faire. C'est-à-dire bombarder l'Iran.
Et donc, il y a une sorte de rétraction à ces deux acteurs, qui met effectivement les Européens dans une position très embarrassée, très inconfortable, parce qu'à la fois, ils vont reconnaître l'Etat palestinien, dans le même temps, ils sont alliés aux Etats-Unis et à Israël, dans leur hostilité à l'Iran. Muriel Domnac l'a très justement rappelé, ils ont besoin des Etats-Unis pour essayer de faire face à la menace russe, et avec un président des Etats-Unis qui leur dit à la fois, vous allez devoir gérer la question russe dans les 10-20 ans qui viennent par vous-même. C'est votre problème. C'est votre problème.
Et puis d'ailleurs, comme on le répète souvent, l'inversion de la preuve maintenant, le fait de dire, c'est le président Zelensky qui est responsable de cette guerre, revient quand même très fréquemment dans le discours américain. Donc, c'est pour ça que ce terme de schisme me semble en fait englober une réalité qui va bien au-delà des positions diplomatiques qu'on va observer dans le cadre de l'Assemblée Générale des Nations Unies. Gérard Harrault, le président des Etats-Unis, s'est entretenu hier au téléphone avec le président chinois.
Et ce qui est toujours très intéressant, c'est de voir qui sort le premier communiqué, relatant cette conversation, et en quoi les deux communiqués diffèrent. Et donc, les Chinois ont tiré les premiers en disant une conversation où le président Xi a dit à quel point il fallait que le commerce international soit stabilisé, etc. Et un communiqué américain beaucoup plus bref, disant, on a réglé TikTok, et c'est un véritable enjeu sur lequel on reviendra sans doute, tant l'influence de ce système d'algorithmes extrêmement puissant est devenue majeure auprès des jeunes occidentaux en particulier.
Et Washington se réjouit d'une prochaine visite de Trump à Pékin, et surtout de voir Xi Jinping au prochain sommet de l'APAC, c'est la Coopération économique Asie-Pacifique. Ça, c'est à la fin octobre. On a l'impression, en fait, que Donald Trump veut être le troisième empereur. Il y a l'empereur chinois, il y a l'empereur russe, et lui.
Alors, je vais pour un peu, je dirais, créer le débat. Je dirais que, pour moi, j'ai tendance à dire, oublions Donald Trump. Parce qu'on a un peu l'impression, c'est un peu difficile, je l'avoue, on a l'impression que Donald Trump est une sorte d'APAC, et qu'en 2028, lorsqu'il quittera la Maison-Blanche, s'il accepte de la quitter, en janvier 2029, tout redeviendra comme avant. Non.
C'est un nouveau monde, et je suis convaincu que si Kamala Harris avait été élue, eh bien, elle aurait essayé de négocier avec les Russes, et elle aurait continué la politique américaine, qui était fondamentalement de quitter l'Europe sur la pointe des pieds, en nous disant, on vous aime bien, mais vous êtes une périphérie du monde, l'avenir du monde va se jouer en Asie, parce que c'est là qu'il y a la croissance, c'est là qu'il y a la menace, et c'est là que la révolution technologique se fait.
Deuxième élément, vous savez, Donald Trump, c'est rare chez lui, donc il faut le remarquer, a fait un discours quasiment programme à Riyad, au mois de mai 2025, où il a décrit la politique étrangère américaine, sur le thème, nous on veut faire du commerce, fondamentalement, avec tout le monde, nous n'allons pas prendre d'engagement permanent, mais attention, si vous portez atteinte à nos intérêts vitaux, ça fera très mal. Fondamentalement, c'est la politique américaine qui a été suivie de 1797 à 1941. On oublie que les Etats-Unis ne sont pas entrés en guerre en 1941, ils ont été attaqués par le Japon, et l'Allemagne leur a déclaré la guerre.
Les Etats-Unis, pendant un siècle et demi, à quelques exceptions près, évidemment, ont suivi une politique extrêmement cohérente, qui est justement ce que l'on a appelé isolationnisme ou néo-isolationnisme. Nous sommes la lumière sur la colline, et nous n'avons pas à nous mêler des péchés du monde, mais nous voulons vendre, et nous voulons vendre à tout le monde. Nous voulons vendre à tout le monde. Cette politique, elle représente un courant profond de la pensée américaine. Le petit gars de Wisconsin n'a pas envie de défendre l'Estonie, et se dit, mais pourquoi je défendrais l'Estonie, alors que les Européens ont les moyens de le faire ? Et ça a quand même relativement du sens.
Pourquoi est-ce que nous ne défendons pas l'Ukraine, l'Estonie, nous avons le PIB, nous avons l'industrie, théoriquement, pour le faire ? Donc, Trump, au fond, je suis sûr qu'il ne le sait pas, lui-même, il est en train de renouer avec une tradition américaine, et donc, au fond, il dit à Xi Jinping, bon, mais moi, je vous savais que vous soyez une dictature, que vous ayez des... Moi, je suis prêt à travailler avec vous, c'est-à-dire, je suis prêt à faire du commerce, vous voyez, avec vous.
Et ce n'est pas le cas avec Vladimir Poutine, donc, dans ce raisonnement, Gérard, comment expliquer cette proximité idéologique dont on parlait Thomas ?
Alors, je ne nie pas la proximité idéologique. J.D. Vance, se fondant à l'avocat de l'extrême droite, allant en Allemagne, ne rencontrant pas la chancelier, rencontrant la dirigeante de l'AFD, le parti d'extrême droite, c'est vrai que c'est un élément, mais je voudrais aussi, pour ajouter aux éléments de Thomas, avec lesquels je suis totalement d'accord, de dire qu'en plus, c'est un élément de... Il y a là derrière des fondamentaux de la politique étrangère américaine. Et d'ailleurs, vis-à-vis de Poutine, qu'est-ce qu'il dit à Poutine ? Au fond, il dit à Poutine, moi, au fond, l'Ukraine, je n'en ai rien à faire. Il dit, la Syrie, je n'en ai vraiment rien à faire. Moi, ce qui m'intéresse...
Et c'est intéressant, sa politique vis-à-vis du Venezuela, ça va être intéressant. Au fond, c'est la doctrine Monroe. J'ai mon jardin gardé. Je suis prêt à... Si vous venez là, je vous tape dessus. Mais en gros, il dit aux autres prédateurs. Et honnêtement, les États-Unis, en 1920 ou en 1930, disaient la même chose. Nous, face à Hitler et face à Hitler, ils nous ont laissés tomber, les Américains. Ils nous disent, faites ce que vous voulez, mais ne touchez pas à mon précaré.
Alors, le Venezuela, il faut le rappeler, les États-Unis ont bombardé à trois reprises, dans les eaux internationales, des bateaux transportant vraisemblablement de la drogue. Et donc, cela veut dire qu'en dehors de toute règle de droit international, Muriel Domnac, les États-Unis s'estiment, en fait, en droit, si j'ose dire, d'assumer cette contradiction, en droit de taper là où ils ont envie de taper.
Oui, c'est une politique de parrain dans un monde de brut. Et les États-Unis, c'est vrai que ce n'est pas complètement nouveau, considèrent que le droit international les entrave et qu'ils constituent une espèce d'abus, de faiblesse, de bonté de leur part. Je voudrais revenir sur cette notion de schisme idéologique qu'avançait Thomas Gomart et sur le constat de Gérard Harrault que Trump s'inscrit dans une constante de détournement de la garantie de sécurité américaine et de la priorité américaine vers l'Asie. En effet, Barack Obama avait évoqué ce pivot vers l'Asie dès 2009, on s'en souvient.
Et pour ceux d'entre nous qui avons travaillé sur les questions de sécurité transatlantique, le basculement de l'appareil militaire américain vers le Pacifique, avec des enjeux qui sont considérables si les États-Unis veulent rester à parité dans les océans Pacifiques avec la Chine. Tout ça, c'est manifeste. Et une demande à l'époque, si ma mémoire est bonne,
une demande au secrétaire général de l'OTAN de l'époque, Stoltenberg, que l'OTAN s'intéresse aussi à l'Asie Pacifique.
Oui, alors ce qui était intéressant, c'est que c'était moins une demande des États-Unis, encore qu'en termes d'opinion publique, ils disaient, les amis, si vous voulez qu'on s'intéresse à l'Europe, il faut que l'Europe s'intéresse à notre priorité qui est devenue l'Asie Pacifique, qu'une disposition des Européens, et souvent de la machinerie de l'OTAN, à devancer l'intérêt des États-Unis pour rester pertinente. Vous savez, pour l'OTAN, keep NATO relevant, garder l'OTAN pertinente, c'est un peu le gimmick pour, en réalité, garder la sécurité, la garantie de sécurité américaine.
Mais mon point, c'est que, même si ce pivot américain, il s'inscrit effectivement dans une constante, et si Trump est le continuateur d'un pivot décrété par Obama, etc., il y a vraiment cette dimension idéologique que souligne Thomas, qui est essentielle, et il y a cette dimension de prédation, y compris envers les alliés européens. Et là, c'est quand même un changement de donne pour les Européens, qui sortent progressivement du déni. Deux choses.
Premièrement, le fait que le département d'État ait inscrit les ambassades en Europe de prendre la tâche de ce qu'ils appellent leurs alliés idéologiques, c'est-à-dire les mouvements nationaux populistes dans nos pays, qui sont les mouvements historiquement anti-atlantistes, anti-américains, anti-européens et pro-russes, et dont certains d'entre eux sont même stipendiés par la Russie à des titres divers. Ceux-ci, c'est quand même un élément de changement de donne majeur. Et deuxième élément, et ça donne lieu à des développements intéressants sur la défense européenne, le Groenland.
Si vous prenez le cas du Danemark, qui est vraiment l'allié atlantiste, modèle, toujours d'accord avec les Américains avant même qu'on ait posé la question, etc. penser que cet allié modèle est plus que vassaliser l'objet d'une prédation de la part de l'allié américain... Enfin, c'est pas fait, hein ?
Alors, c'est pas fait, mais ça a suffisamment impacté les états d'esprit au Danemark pour que, un, ils réarment et massivement, y compris avec des feux dans la profondeur, mais aussi pour qu'ils acquièrent, et ça a été rendu public la semaine dernière, des batteries de défense aérienne, non pas américaines, mais laissant pter franco-italien, et ça, c'est un développement majeur dans la défense européenne, non seulement qu'un pays comme le Danemark, qui a une position stratégique vers la Baltique, réarme massivement, avec des capacités défensives et offensives, le cas échéant, mais qu'il fasse le choix, le Danemark, honnêtement, pour tous ceux d'entre nous qui avons servi à l'OTAN, je parle sous le contrôle de Gérard Harrault, qui a servi longtemps, qui choisissent l'offre européenne franco-italienne contre l'offre américaine, ça veut dire que quelque chose est en train de se passer.
Donc, pour résumer, oui, ça s'inscrit dans une constante, mais cette dimension idéologique et de prédation envers leurs propres alliés, je crois que c'est un changement de donne. Est-ce que la montée en puissance de la défense européenne va se faire au rythme qui convient face à une menace russe, dont on voit qu'elle s'affirme de plus en plus brutalement ? C'est la question.
C'est la question, mais en attendant, et c'est le paradoxe, on voit que cette politique américaine, même si elle s'inscrit dans une continuité historique, elle aboutit au résultat inverse. C'est-à-dire que Vladimir Poutine est renforcé, Vladimir Poutine est désormais, sinon vassalisé en tout cas, sur orbite chinoise. L'Inde, on a vu ça aussi, comme Donald Trump utilise les droits de douane en fonction de ses humeurs, et qu'apparemment, le Premier ministre indien n'a pas reconnu que c'est grâce à Trump que la guerre avec la guerre, les accrochages avec le Pakistan se sont interrompus. Donc, il a dit, du coup, l'Inde, 50% de droits de douane.
Donc, Thomas, le paradoxe, c'est que cette politique américaine aboutit au renforcement et au rapprochement d'une autre configuration autour du président chinois. Effectivement, Jean Haro expliquait que Donald Trump, au fond, ne s'intéresse pas à ce moque de l'Ukraine, ce moque de la Syrie. On pourrait ajouter aussi Taïwan. Et donc, on a en fait une situation où le monde qu'il dessine, c'est de Panama au Groenland. de la doctrine Monroe. On va prendre aussi des interventions au Venezuela.
Et c'est déjà traduit dans certains textes de doctrine américain puisque quand vous lisez l'annual Threat Assessment qui a été publié au mois de mars 2025, on attend un grand document du Pentagone ces jours-ci qui probablement confirmera cela. Vous avez première menace le narcotrafic qui est désormais assimilé, ce qui explique d'ailleurs la posture vis-à-vis du Venezuela probablement, assimilé à des groupes terroristes organisés. Ce qui lui permet de critiquer très fortement la Chine et l'Inde. J'y reviendrai parce que ça se retrouve aussi dans la déclaration de l'organisation de coopération de Shanghai l'importance à accorder au narcotrafic.
Deuxième élément, c'est que sur le purement inter-étatique classique, il y a trois pays qui sont mentionnés mais très rapidement, la Chine, l'Iran et la Russie. Et puis disparaît complètement de cette doctrine le changement climatique qui était présent dans les textes des administrations précédentes. Donc ça, ça traduit quand même déjà la mise en œuvre d'une politique à partir d'une vision, je dirais, rétractée des États-Unis à l'échelle globale, rétractée à l'hémisphère occidental. C'est ça le paradoxe.
C'est qu'effectivement, il a une posture, je dirais, vitupère, on ne parle que de lui, il est au centre et en même temps, ça traduit fondamentalement un mouvement, à mon sens, de repli des États-Unis. Le troisième élément, c'est qu'il y a peut-être une réflexion à avoir sur ce qui est en train de s'enchevêtrer en termes de cycle stratégique. Il y a des cycles stratégiques comme il y a des cycles économiques. Donc on a eu un cycle stratégique très marqué auquel les Européens ont diversement répondu, marqué par la guerre contre le terrorisme. Ça, c'est le cycle, je dirais, des États-Unis post-11 septembre. On est passé à un cycle stratégique de compétition des puissances.
Voilà, le pivot vers l'Asie, c'était ça. C'est-à-dire, au fond, il faut accompagner, ralentir autant que faire se peut l'émergence de la Chine. Peut-être qu'en fait, Donald Trump est en train de prendre acte du fait que ce n'est pas possible. Et je me demande s'il n'y a pas un troisième cycle qui est en train de s'ouvrir. Et c'est ça qui est très préoccupant pour nous, Européens. C'est ce que j'appellerais le cycle de l'ordre intérieur.
C'est-à-dire, quand vous avez la première puissance militaire du monde qui déploie sa garde nationale dans sa capitale à Chicago, qui, au fond, considère que la sécurité intérieure devient un problème militaire, et je pense que les textes qui s'annoncent du Pentagone iront dans ce sens... Le Pentagone qui installe une censure depuis hier sur les informations que les journalistes auraient ou non le droit de diffuser. Avec également, dans l'univers qui est le nôtre, celui des centres de recherche, maintenant, l'interdiction qui est faite aux représentants du Pentagone de participer aux discussions qu'elle y participait de manière très naturelle depuis toujours.
Et ça, c'est, à mon avis, aussi très important à essayer d'analyser. C'est-à-dire qu'en réalité, la menace pour Donald Trump, c'est de moins en moins la Chine, c'est de moins en moins Vladimir Poutine, mais c'est la menace intérieure. C'est l'ennemi intérieur. C'est ça qui, à mon avis, est en train de se dessiner beaucoup plus rapidement que ce à quoi on s'attendait. L'ennemi intérieur avec, effectivement, déploiement de la garde nationale à Los Angeles, dans la capitale fédérale, et à Memphis, et, effectivement, Chicago, qui est la prochaine ville bleue, enfin, la prochaine grande ville démocrate, qui est dans sa ligne de mier.
Gérard Haro, on a vu autour de Xi Jinping, et les images étaient à la fois somptueuses, spectaculaires, menaçantes, enfin, on voit à quel point, et il n'y a pas que TikTok, à quel point la puissance chinoise utilise tous les outils de communication possibles, et avec une maîtrise absolument remarquable. on a vu, donc, autour de Xi Jinping, à Tianjin, et à Pékin, un nouveau ballet, savamment orchestré, qui propose, en fait, à tous ces pays, à tous ces protagonistes, chamboulés par la politique américaine, qui propose un autre système, très ouvertement.
Quand j'étais représentant permanent, donc, de la France aux Nations Unies, ce qui m'avait immédiatement frappé, c'était le ressentiment contre l'Occident. C'est-à-dire que tous les représentants, les ambassadeurs des autres pays, pays africains, et même un pays africain francophone, au fond, subissaient la suprématie occidentale, mais en ressentaient colère ou volonté de s'en débarrasser. Et aujourd'hui, ils peuvent s'en débarrasser. Et ils peuvent s'en débarrasser tout simplement parce que les rapports de force mondiaux ont changé, d'un côté, c'est-à-dire, vous le savez, les chiffres sont implacables. Le PIB de l'Inde est maintenant supérieur au PIB de la France et de la Grande-Bretagne.
Le PIB des BRICS, de ce groupe auquel vous vous référiez, est maintenant supérieur à celui du G7. Donc, le rapport de force a changé. Et de surcroît, le patron, si j'ose dire, du bloc occidental, qui est le gendarme du monde, les Etats-Unis, on se demande si, d'abord, l'Occident existe-t-il, comme cela a été dit. Et deuxièmement, le gendarme est en train de rejoindre les brigands. Donc, ça, c'est une réalité. Donc, cette réunion de Pékin, pour moi, c'est d'une certaine manière la célébration de la fin du moment occidental. Tous ces pays disent, voilà, c'est fini, le gendarme occidental, ils en avaient assez du soldat américain et du missionnaire européen.
Vous voyez, qu'on leur fasse les leçons et qu'on les bombarde par ailleurs. Mais en même temps, quand vous regardez ce groupe, tous les divisent. En réalité, tous les divisent. Vous avez l'Inde et la Chine, qui sont quand même des adversaires stratégiques au sens le plus fort de ce mot, mais vous avez aussi l'Azerbaïdjan et la Russie, qui sont en train de se, plus de se quereller, l'Iran et la Turquie, etc. Donc, pour moi, cette réunion, d'abord, on n'annonce pas un bloc, il n'y a aucune unité. Elle ne demande pas un moment anti-occidental, elle est à-occidentale. C'est-à-dire qu'elle veut d'un monde où il n'y a plus de domination occidentale. Et par exemple, l'Inde.
L'Inde n'est pas anti-occidentale. L'Inde a besoin de l'Occident face à la Chine, mais elle veut nous parler sur un pied d'égalité. Et elle veut que, finalement, on n'essaie pas de lui tordre le bras, on n'essaie pas de lui faire la leçon. Donc, pour moi, cette rencontre, c'est la conséquence intégration, c'est le début, le lancement d'un nouveau monde dont nous ne savons rien aujourd'hui. L'ordre du monde qui vient, nous n'en savons rien, mais une chose que nous savons, c'est que l'ordre occidental, l'ordre dominé par l'Occident, est en train de s'effondrer pan après pan. pour autant,
un ordre chinois, Muriel Domnac, c'est davantage un jeu de zone d'influence où on retrouve une forme de multilatéralisme, puisque la Chine est à l'origine d'un certain nombre d'associations, d'états de l'Indo-Pacifique, le Japon en est membre, j'ai mentionné tout à l'heure donc l'APEC qui va se réunir fin octobre avec les Etats-Unis d'ailleurs, donc ce sera la première rencontre Xi Jinping-Trump 2, donc le multilatéralisme en fait, continue d'être un format possible.
Le multilatéralisme continue d'être un format possible parce qu'il est dans l'intérêt des nations, ça n'a jamais été par idée idéal que les nations se sont entendues pour réguler les rapports de force. Donc il y a un certain nombre d'enjeux à la fois globaux mais aussi plus stratégiques sur lesquels on est convenu. Là on voit sur la haute mer, on voit sur les enjeux de réchauffement climatique et la Chine y est extrêmement activement investie qu'on a intérêt à coopérer parce qu'on a des objectifs communs même si on a la compétition par ailleurs. Donc ce multilatéralisme il se poursuit sans l'implication des Etats-Unis.
On voit que le traité sur la haute mer va entrer en vigueur sans les Etats-Unis. Bon, ça permettra quand même un certain nombre de progrès. Mais donc l'interrogation
elle porte maintenant en fait sur l'alliance atlantique qui est une forme de zone d'influence de multilatéralisme qui tient bon depuis que le traité a été signé mais là l'ambiguïté américaine et on va voir est-ce qu'il y a une réaction Muriel à propos des trois chasseurs russes dans l'espace aérien estonien. On a vu qu'à propos des 19 drones en Pologne là Trump a dit c'est sans doute une erreur enfin sous-entendu c'est pas grave.
Et cette nuit il a dit en tout cas la nuit pour nous hier aux Etats-Unis il a dit en réaction à l'incursion de trois chasseurs russes dans l'espace aérien estonien je n'aime pas ça on verra. Alors il y a cette espèce de posture On ne peut pas dire que ce soit véritablement une protestation musclée. J'ai reçu un message d'un ancien collègue centre européen non pas en réaction à cette non-réponse américaine mais paradoxalement et ça fait écho à ce que disait Thomas Gomart tout à l'heure sur la priorité américaine maintenant vers leurs guerres intérieures sur le fait que les Etats-Unis semble-t-il auraient renoncé à livrer 400 millions d'aides militaires létales à Taïwan.
Alors ça c'est très intéressant et dans l'esprit de cet ancien ambassadeur d'un pays d'Europe centrale auprès de l'OTAN ça voulait dire non pas seulement que les Etats-Unis se détournent de la sécurité européenne mais finalement possiblement qu'ils se détournent de tout ce qui n'est pas leur combat culturel intérieur c'est une vraie question alors donc pour en revenir à votre point sur l'Estonie d'abord ces survols évidemment ils relèvent d'un test un test délibéré on voit qu'il y a une posture d'intimidation russe qui se durcit envers la Finlande envers l'Estonie maintenant envers la Pologne envers la Roumanie sur tout le flanc oriental premier point face à cette intimidation l'OTAN ne fait pas rien d'abord les avions ont été interceptés et là ce sont des chasseurs italiens ce sont des chasseurs italiens qui ont décollé dans le cadre de la police du ciel de l'alliance puisque les baltes n'ont pas d'aviation et donc la police de leur ciel est assurée par les alliés donc les avions ont bien été interceptés moi mon opinion mais je n'engage ni les autorités françaises ni l'OTAN sur ce point c'est que face à une évolution un durcissement de la posture russe qui nous teste il faut qu'on soit capable de s'adapter de créer davantage de dilemmes à la Russie et parmi ces options pour lui créer davantage de dilemmes il y a l'idée d'un bouclier aérien au dessus de l'Ukraine donc vous savez que dans le ciel l'Ukrainien ne vole pas d'avion puisque l'Ukraine a gardé la maîtrise de son ciel et donc les pilotes russes ne s'y risquent pas il y a des drones des missiles de croisière que la Russie envoie massivement et qu'elle intensifie depuis l'entretien Trump-Poutine de Anchorage que Poutine a pris pour un chèque en blanc finalement et donc ce que cherche à faire la Russie c'est saturer la défense aérienne ukrainienne pour faciliter son offensive qui est à la peine dans le Donbass et forcer donc les Ukrainiens pour protéger leur population à dégarnir leurs forces donc on créerait davantage de dilemmes à la Russie en se donnant les moyens d'intercepter à partir du territoire allié un certain nombre de drones et de missiles de croisière je ne méconnais pas les difficultés à la fois capacitaires et opérationnelles donc politiques absolument mais je crois qu'il faut qu'on soit agile et que cette agilité elle commence par la lucidité sur ce qu'est en train de faire la Russie c'est à dire nous tester et vous savez face à un carnivore le laisser manger c'est exciter sa faim
exciter sa faim oui nous serions herbivores néanmoins Thomas Gomart on voit que Donald Trump dit toujours dans 15 jours c'est devenu une plaisanterie il dit toujours dans 15 jours je ferai quelque chose et j'imposerai des sanctions à la Russie là il n'en parle plus du tout mais il incite il contraint il encourage les Européens eux a arrêté d'acheter du pétrole russe en disant c'est ça qui servira de sanction autrement dit les Etats-Unis ne font rien mais demandent à l'Union Européenne en l'occurrence en fait de servir de rouleau compresseur je pense je pense que les Européens ont deux problèmes fondamentaux le premier c'est que la justification de l'accord commercial du mois de juillet entre la présidente de la commission européenne Ursula von der Leyen et le président Trump quand on lit le communiqué je ne rentre pas sur le débat sur le fait qu'à l'autre passe très clairement ses fonctions ce traité ce tribut au fond l'acceptation de ce tribut est justifié par le souci comme on l'a dit déjà à plusieurs reprises de conserver autant que possible les Etats-Unis à bord dans la perspective du conflit de la guerre de la guerre d'Ukraine et donc effectivement à partir du moment où vous êtes désarmé parce que ce n'est pas faute de ne pas s'être en train de nous dit par les Etats-Unis qu'il fallait réarmer au fond depuis Bush fils donc les Européens ce sont avec les choix politiques qu'ils ont fait après le 11 septembre de ne pas réarmer quand les autres réarmés sont dans la situation qui est la leur le deuxième grand problème c'est que désormais ils dépensent ça dépend comment on regarde les choses au fond les Européens cumulés donc aux Etats-Unis ils dépensent à peu près entre 250 et 300 milliards d'euros par an pour leur défense ils doivent avoir en cumulé là aussi 1 million 200 000 hommes sous les drapeaux ça veut dire quoi ?
ça veut dire que c'est le reflet du dynanité c'est à dire qu'il y a un problème à mon avis assez fondamental qui va se poser à un moment ou à un autre de telles sommes de telles organisations font que ça rend possible des tirs de drones sur des espaces de pays européens régulièrement ou des violations là aussi régulières d'espaces aériens de pays européens je crois que ça va soulever immanquablement une question au fond ça sert à quoi d'avoir ces systèmes ces organisations militaires si elles restent à ce point inactives à ce point inactives Gérard Arrault on voit que Donald Trump va recevoir le président turc Erdogan ce sera le 25 septembre prochain et promet bien à la manière de Donald Trump parce que cette diplomatie qu'on dit transactionnelle qui est un terme très poli pour dire en fait une diplomatie des gros contrats pour les Etats-Unis et si possible soit dit en passant pour la famille Trump donc le communiqué annonce de gros contrats civils et militaires et peut-être la livraison de F-35 à la Turquie la Turquie membre de l'OTAN donc est-ce que ça veut dire que des puissances moyennes comme la Turquie jouent désormais dans ce dérèglement du monde un rôle beaucoup plus important beaucoup plus imprévisible aussi qu'auparavant
alors là moi je vais être un peu la voix de la diplomatie la plus classique et donc contrairement à Muriel et Thomas peut-être que je sous-estime le rôle de l'idéologie du trumpisme mais ce que fait Donald Trump avec la Turquie moi je trouve que c'est extrêmement intelligent c'est de la bonne diplomatie vous regardez les rapports de force vous avez la Turquie aujourd'hui qui a recouvré sa puissance qui est une puissance et qui est une puissance dans une position stratégique n'est-ce pas elle est vraiment face à la Russie au Moyen-Orient et je dirais que nous les Européens on aurait dû faire la même chose il faut aller à Istanbul à Ankara c'est plus agréable Istanbul mais il faut plutôt aller à Ankara il faut parler aux Turcs parce que c'est une grande puissance et il vaut plutôt la voir dans son camp que la voir contre son camp et donc c'est pour ça quand vous voyez par exemple quand on dit ils ne défendent plus Taïwan mais moi je rappelle qu'avant 1939 les Etats-Unis ne voulaient pas avoir de zone d'influence en Chine alors que nous on avait des concessions avec gendarmes français pour les gens cultivés il suffit de lire Tintin et le Lotus Bleu pour le voir et il voulait open door policy ce qu'ils appelaient open door policy c'était laissez-nous faire du commerce et puis sinon vous faites ce que vous voulez et je pense que c'est ça Trump il dit voilà il faut qu'on fasse du commerce avec les Russes avec les Chinois et nous n'avons pas à payer un prix géopolitique dans la mesure où ce n'est pas notre sujet je suis sûr que pour Donald Trump il doit se dire vous savez Taïwan d'ailleurs lorsqu'on lui a posé la question sur Taïwan il a dit deux fois ah ben vous savez c'est un concurrent de l'économie américaine il doit se dire si les japonais les sud-coréens considèrent que c'est un problème ben qu'ils le traitent mais c'est quand même bien loin bien loin de mes frontières
et il avait même demandé pendant la campagne électorale me semble-t-il que Taïwan rembourse totalement les subventions qui ont été accordées
et le penseur du département à la défense parce que ce n'est pas le secrétaire à la défense qui est le penseur non c'est le musclé voilà disait lui-même disait lui-même ben vous savez après tout que Taïwan se défende ils ne dépensent pas assez pour leur défense qu'ils achètent des armes des armes américaines s'ils le veulent donc il y a quand même une pensée là derrière une pensée très froide très glaciale on parle on parle aux turcs et si demain les turcs envahissent l'Irak le nord de l'Irak où ils ont l'habitude de le faire de temps en temps honnêtement les américains diront c'est leur problème ils sont puissants ils imposent leur volonté aux faibles c'est ça les relations internationales alors ça peut nous paraître atroce nous les européens mais c'était les relations internationales jusqu'à 1939 oui mais enfin
la Turquie c'est le retour la Turquie est un pilier de l'OTAN je crois que c'est même l'armée la plus nombreuse
la plus nombreuse Muriel en a souffert assez lorsqu'elle était ambassadeur ambassadrice pardon à Bruxelles pour le savoir la Turquie c'est très intéressant me semble-t-il parce que c'est l'exemple même de ces puissances moyennes dans la mesure où vous avez les grands empires qui voilà les puissances moyennes doivent se mettre en avant et elles vont essayer de le faire et donc nous les européens si vous me permettez pour nous les européens nous avons notre mot à dire parce qu'on a l'impression que les relations internationales c'est la Chine, la Russie et les Etats-Unis non vous avez à part les européens 160 pays qui ne veulent pas être pris entre le marteau américain et l'enclume chinoise ou russe et donc et c'est des grands pays vous avez l'Indonésie 250 millions d'habitants et donc nous les européens si on veut être comme on dit en anglais proactif si on veut avoir une politique étrangère moi je pense que c'est à ces pays qu'on doit parler parce qu'ils sont comme nous ils sont attachés à un certain ordre international et ils s'inquiètent comme nous de ces trois grands empires
d'où l'intérêt de Mercosur c'est une dimension ça serait
il y a un événement d'une politique commerciale mais là on ouvre un autre débat qui est très sensible qui sera sûrement l'objet d'une autre et donc je dirais Trump a raison et nous devrions faire la même chose parler aux turcs mais là on a une spécialiste de la Turquie à côté de nous Muriel Domna qui était conçu général à Istanbul
précisément
et à l'OTAN en passant à l'OTAN
Muriel mais j'ai envie de vous entraîner sur un autre terrain si j'ose dire Thomas Gomart parlait de cette priorité accordée par la Maison Blanche désormais à son front intérieur est-ce que pour nous autres Européens il y a aussi sur le front intérieur une priorité à partir du moment où la politique américaine et ça c'est quand même Gérard Haro nouveau me semble-t-il même par rapport à une tradition de la politique des Etats-Unis que vous nous avez rappelée tout au long de cette émission là il y a véritablement sous couvert d'une liberté d'expression entendue comme correspondant seulement au vu MAGA au vu Trumpiste il y a de la part des Etats-Unis auprès de nos sociétés une action d'un type nouveau
absolument je résiste à répondre sur la Turquie mais il y aurait beaucoup de choses à dire toujours est-il que notre front intérieur parce qu'il est attaqué par nos adversaires il faut que on s'en par nos adversaires et nos alliés c'est ça le paradoxe par nos adversaires et nos alliés parfois en convergence du reste encore une fois le département d'Etat a donné instruction à ses ambassades y compris dans notre pays semble-t-il de coopérer avec ce qu'ils appellent leurs alliés civilisationnels dont certains sont on le sait les relais d'un discours russe donc essentiel de parler de géopolitique dans la cité vous savez depuis Thucydide je cite Thucydide parce que je sais que Gérard et Thomas sans doute aussi en sont des grands lecteurs moi je me suis arrêtée en langue originale aux versions grecques de mon adolescence mais Thucydide appelé à cette mobilisation dans la cité il disait la force de la cité ne réside ni dans ses remparts ni dans ses vaisseaux mais dans le caractère de ses citoyens et donc aujourd'hui moi je constate en me rendant dans les lycées et en interagissant avec les jeunes que la géopolitique intéresse on voit que l'événement de relations publiques d'interaction avec la société organisée par le Quai d'Orsay la fabrique de la diplomatie a rencontré un succès inouï et 20 000 visiteurs des jeunes qui nous interpellaient ça montre que les jeunes comprennent que la France n'est pas seule contrairement à ce qu'on peut avoir le ce dont on peut avoir le sentiment elle s'inscrit dans un ensemble enfin bref je n'élabore pas sur ce point et donc ils sont demandeurs d'échanges sur la géopolitique et si on n'y va pas d'autres c'est bien pour ça qu'on fait une émission tous les samedis c'est bien pour ça que vous faites cette émission qui non seulement est écoutée mais qui permet d'alimenter ceux qui eux-mêmes parlent à notre société et entre experts défense anciens diplomates ou diplomates anciens militaires on s'est associés pour former un réseau parlons stratégie avec lequel on a publié des vidéos que d'ailleurs j'aimerais si vous en étiez d'accord poster sur votre site un petit peu sur les questions du moment assiste-t-on à un retour de la guerre que veut Trump je remercie Gérard Harrault d'avoir réalisé cette vidéo que veut Poutine que veut Xi a-t-on humilié la Russie que faire pour Gaza la France a-t-elle perdu l'Afrique enfin un petit peu les sujets qui intéressent notre société mais aussi les jeunes j'insiste sur les jeunes parce qu'ils doivent être acteurs de leur de notre sécurité et pour appuyer les profs qui sont évidemment en en première ligne pourquoi parce que vous savez que les profs d'histoire géo non seulement enseignent l'histoire et la géographie mais également la spécialité dite HGGSP ça ça me dépasse HGGSP géopolitique et sciences politiques qui est extrêmement populaire parmi les jeunes et donc ils sont en première ligne et les manuels d'histoire la plupart du temps s'arrêtent en 2019 vous imaginez 2019 c'est la préhistoire pour le changement de notre donne géopolitique donc on a fait ces vidéos on est prêt à intervenir dans les lycées auprès des profs avec vraiment l'idée qui je crois est la vôtre également dans cette émission de ne pas renoncer aux faits d'apprendre avant de croire de comprendre avant de juger et d'aller vers et je crois profondément que tu s'y dis d'avoir raison il ne faut pas faire le deuil bien au contraire du caractère de nos concitoyens moi je ne suis pas dans le pessimisme social et une forme d'auto-sabotage qui voudrait que notre société finalement soit dans le risque oublié de la guerre que l'individualisme la diversité l'égalité femmes-hommes finalement nous mettre hors d'état de combattre je crois qu'il faut que on prépare notre société aux réalités du monde avec ce que nous sommes et en faire des atouts plutôt que de s'auto-dénigrer
donc plutôt un message d'optimisme ce qui fait du bien enfin d'optimisme très relatif mais ce qui fait du bien certainement ce mois de septembre assombri par ailleurs et Thomas d'un mot mais ça rejoint en fait la remarque que vous développiez tout à l'heure au sujet du rôle du pape parce que on voit un pape américain dont le frère c'est anecdotique est maga à fond ce n'est manifestement pas le cas du pape lui-même mais au fond et c'est le mot de la fin que j'aimerais solliciter auprès de vous trois au fond c'est la défense des valeurs qui est en jeu la première vraie opposition à l'administration Trump elle date de février avec la lettre du pape françois aux évêques américains c'est la première opposition formulée à la déferlante et ensuite l'importance du pape pour la sphère maga dans toutes ses composantes et notamment celle de G.D.
Vance je vous prie d'excuser qui est un catholique converti il s'est livré à une chevauchée dans les derniers jours du pontificat de François pour au fond forcer les portes du Vatican et effectivement sans doute faut-il mettre ça sur le compte du Saint-Esprit le choix du pape Léon à la fois américain et péruvien est une très bonne traduction de l'état du monde
nous sommes en 1815 nous avons besoin d'un nouveau congrès de Vienne nous avons besoin de redéfinir un nouvel équilibre du monde avec des nouvelles règles nous ne savons qu'une chose comme je l'ai déjà dit d'ailleurs de ce nouvel ordre il ne sera pas dominé par l'Occident et il aura besoin de diplomates
le besoin de diplomates voilà évidemment une conclusion qui ne peut que ravir votre corporation si j'ose dire en tout cas merci mille fois à vous trois Gérard Harrault vous avez publié en mars dernier Israël le piège de l'histoire chez Talendier et je crois vous vous apprêtez vous êtes intéressants
a publié chez Talendier également le 17 octobre un livre qui s'appelle leçon de diplomatie
voilà Muriel Donnemark je rappelle bien évidemment cette initiative au contact citoyen citoyenne dont vous nous avez expliqué la raison d'être et vous serez d'ailleurs présente au rendez-vous de l'histoire à Blois où France Culture traditionnellement est là en masse et donc ça c'est à Blois du 8 au 12 octobre Thomas Gomart vous avez publié l'accélération de l'histoire chez Talendier aussi en janvier dernier et l'IFRI donc l'institut français des relations internationales que vous dirigez vient de publier le RAMSES 2026 qui est évidemment comme chaque année une mine d'articles fort intéressants à la réalisation ce matin Luc-Jean Reynaud à la technique Marie-Claire Oumabadi Théa Corler m'a aidé à préparer cette émission ainsi que Carole Roy de la documentation de Radio France et voici maintenant les carnets de santé de Marina Carrère en cause bon week-end et à samedi prochain bon week-end