Relations toujours "difficiles" avec l'Algérie mais "nos services échangent à nouveau", indique Laurent Nuñez
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Le grand entretien ce matin avec Marion Lourdes, nous recevons le ministre de l'Intérieur. Bonjour Laurent Nunes et bienvenue. Vos questions, vos réactions chers auditeurs au 01 45 24 7000 ou l'application Radio France. Laurent Nunes, beaucoup de sujets à traiter avec vous ce matin. Votre ministère vient de publier les chiffres de la délinquance et de l'insécurité pour l'année 2025. Mais partons de cette réunion qui était organisée hier soir à l'Elysée par le Président de la République qui a demandé des opérations coup de poing dans les prochains jours, dans les ports, les aéroports.
Il a évoqué des problématiques particulières dans les Antilles concernant le narcotrafic et notamment parler de la Martinique. Il appelle à une mobilisation, je cite Emmanuel Macron, totale et massive. Il invite à déployer des moyens humains et techniques interministériels en plus. De quoi s'agit-il et de quels moyens, Laurent Nunes ?
Dans les Antilles, d'abord la réunion qu'a tenue le Président de la République hier, qui a présidé le Président de la République hier, autour de quatre ministres. C'est la troisième qu'il organise sur le narcotrafic après l'assassinat de M. Kessassi à Marseille. C'était la troisième et on a rebalayé l'ensemble de la lutte contre le trafic de stupéfiants et contre la criminalité organisée. Et il y a eu un focus effectivement important sur les Antilles, vous avez raison de le souligner, puisqu'on voit bien qu'en Martinique, en Guadeloupe, qui étaient des pays plutôt de rebond, des trafics de stupéfiants, il y a un trafic qui s'implante.
Ça devient un pays qui a aussi deux territoires qui sont très gangrénés par les trafics de stupéfiants. Et donc effectivement, on déploie énormément de moyens. On a renforcé les moyens humains, les moyens techniques.
Mais que veut dire le Président de la République lorsqu'il parle de changer d'échelle, de muscler encore la lutte contre le narcotrafic ? Qu'est-ce qui manque et quels sont ces moyens supplémentaires dont vous allez peut-être disposer ?
Alors ces moyens supplémentaires, déjà on en a mis en place en partie. C'est ce dont nous avons évidemment discuté autour du Président de la République. Des moyens humains, des moyens d'investigation judiciaire. Et puis on va renforcer nos dispositifs de détection, c'est-à-dire notamment des radars, des drones maritimes pour la surveillance maritime. Et puis ça passe aussi évidemment par une coopération régionale renforcée.
Alors il y a eu une loi sur le narcotrafic, mais c'est vrai qu'il y a un afflux massif de drogue vers la France. On parle de 87 tonnes de coke par exemple qui ont été saisies l'année dernière. Est-ce qu'il ne faut pas une deuxième jambe à cette loi ? Certains réclament à gauche par exemple une loi qui serait axée aussi sur la prévention et la santé pour compléter le dispositif existant ?
On mène déjà énormément d'actions de prévention évidemment.
Donc c'est suffisant ?
Actions de prévention, les actions de communication. D'ailleurs hier après-midi, le Président a demandé qu'on renforce la communication avec des messages chocs pour aussi atteindre la prévention. C'est aussi éviter qu'il y ait de la consommation. Pour lutter contre le narcotrafic, c'est aussi éviter qu'il y ait des consommateurs. S'il n'y a pas de consommateurs, il n'y aurait pas de trafic. Donc voilà, ces messages de prévention de communication sont évidemment en place. Et puis on a cette jambe répressive qui a été musclée avec la loi sur le narcotrafic, bien évidemment.
Mais c'est une seule jambe ?
Non, il y a bien deux jambes. Il y a bien la prévention. Elle existe cette prévention. Et puis il y a la voie répressive qui a été significativement musclée ces dix dernières années, notamment avec la loi de juin 2025. Et qui nous permet qu'il va être utilisé également, et vous le citiez, dans les Antilles et notamment en Martinique et en Guadeloupe. C'est extrêmement important pour nos compatriotes qu'on puisse renforcer la sécurité sur ces territoires. où j'insiste, on a eu énormément d'homicides l'année dernière, qui étaient liés au trafic.
Avant d'en arriver à la délinquance à proprement parler, Laurent Nunes, il y a une substance qui inquiète de plus en plus de soignants et de très nombreuses familles. C'est le protoxyde d'azote. 5,4% des lycéens en ont déjà consommé. Et ce sont des chiffres de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives. 12% des 18-23 disent avoir testé le produit une fois dans leur vie. L'inhalation, elle provoque ou elle peut provoquer des troubles cognitifs et cardiaques. Est-ce qu'il y a urgence à agir et à légiférer sur cette substance ?
Oui, oui, il y a urgence à agir. D'abord, on est parti, on appelait ça le gaz hilarant. C'était drôle, c'était marrant. Puis on s'est rendu compte que ça altérait quand même significativement le discernement. Des accidents mortels qui sont provoqués à cause de la consommation de ce produit. Et puis on s'en compte aussi qu'il y a parfois même des overdoses maintenant, y compris mortels, avec ce produit. Donc oui, il y a urgence à légiférer. Actuellement, il n'y a pas de législation particulière sur ce produit qui est utilisé en milieu médical et en milieu culinaire.
Et donc, on est en train de préparer des dispositions législatives qui sont intégrées dans un projet de loi sur la sécurité du quotidien qu'on discutera maintenant dans les semaines qui viennent et qui permettront de réprimer l'usage. Ce sera un délit. Le transport, le port, la commercialisation illicite. Oui, il y a tout un dispositif législatif. Effectivement, il y a urgence.
Alors la question de la délinquance, c'est de l'insécurité pour 2025. C'est donc le chapitre qu'on voulait ouvrir avec vous. Les violences contre les personnes, toutes catégories confondues, sont en progression. Les violences à l'extérieur du foyer ont fortement augmenté ces derniers mois. Comment l'expliquez-vous ? Les violences contre les personnes, je le lis pour nos auditeurs, augmentent et notamment les violences sexuelles. Elles sont en hausse de 8% pour l'année 2025. Les violences physiques aussi augmentent de 5% hors du cadre familial. Pourquoi en est-on arrivé là ?
D'abord, le bilan de la délinquance, si vous me permettez ce commentaire. C'est un bilan qui est contrasté. Il y a les items que vous citez sur lesquels je vais revenir. Mais le bilan, il est contrasté. Pourquoi ? Parce qu'on continue à avoir des baisses qui sont importantes et qui s'inscrivent maintenant dans le moyen terme. Notamment les baisses de cambriolage, de vol de véhicules, les vols avec armes qui continuent à baisser. La délinquance dans les transports aussi continue à baisser. Donc il y a évidemment des aspects très positifs à ce bilan de la délinquance. C'est mon devoir même de le signaler pour en remercier évidemment les forces de sécurité intérieure.
Et puis, vous avez effectivement un certain nombre d'items qui augmentent maintenant sur la durée depuis plusieurs années, dont les violences sexuelles, les violences infrafamiliales et les violences physiques gratuites. Et qui traduisent inévitablement pour les violences physiques gratuites une montée de la violence dans notre société. Les différents qui se règlent par la violence. Et puis pour les violences sexuelles et infrafamiliales, il y a aussi ce phénomène, il faut s'en réjouir, du fait qu'on les signale, qu'il y a beaucoup plus de plaintes. Mais néanmoins, ça continue d'augmenter.
L'augmentation d'ailleurs en 2025 par rapport à 2024, les chiffres que vous donnez, sont moins importants, cette progression est moins importante que la moyenne de la progression sur les dix dernières années. Cela étant, il ne faut pas s'en féliciter, il ne faut pas s'en satisfaire. Et on va évidemment continuer à lutter contre ce type de violences. Mais les violences sexuelles et les violences infrafamiliales, il y a une augmentation qui est due évidemment à la libération de la parole, au fait que maintenant on porte plainte plus facilement et on accompagne évidemment de mieux en mieux les victimes, il faut s'en féliciter.
Mais voilà, et puis il y a un autre item de la délinquance sur lequel il faut être extrêmement attentif, ce sont les vols violents. Pour la première fois depuis 2016, les vols violents c'est quelque chose d'assez traumatisant, pour la première fois depuis 2016, ils recommencent à augmenter. Alors on n'est pas au niveau de 2016, en 2016 on n'était pas loin de 100 000 faits, on reste en dessous de la barre des 50 000, mais il y a une progression, et donc on va être extrêmement vigilants. Et même chose pour les homicides, qui sont stables dans notre pays depuis 2008.
Après avoir connu, je tiens à le rappeler quand même, parce que quand on commente les chiffres, il faut savoir remonter parfois sur des séries longues. Vous savez, dans les années 90, au début des années 2000, les homicides dépassaient les 1200, voire les 1600 dans les années 90. Donc voilà, ce sont des points de vigilance et les forces de sécurité intérieure, sous mon autorité, vont continuer à lutter contre ces formes de délinquance.
Mais sur les violences sur les personnes qui ne sont pas intrafamiliales, alors vous ne pouvez pas faire le lien avec le narcotrafic, mais il peut y en avoir un quand même.
Vous avez raison, il y a un lien, il y a un lien sur, si on met de côté les violences infrafamiliales, les violences sexuelles, les violences dans la société, ce qu'on va appeler par exemple les coups et blessures volontaires, ou des atteintes physiques plus violentes. Effectivement, il y a un lien avec le narcotrafic. Il y a beaucoup de violences autour du narcotrafic, évidemment.
Mais alors, notre invité à 6h20, qui est le président de la commission des comptes de campagne, nous a expliqué que lui, il s'inquiétait d'un entrisme du narcotrafic dans le cadre des municipales, qui pourrait donc, si on vous entend même, mener à la violence. Qu'est-ce que vous, ministre de l'Intérieur, vous pouvez faire pour le rassurer sur ce sujet ?
Non, d'abord, qu'il y ait un entrée, sur les élections municipales, on craint plutôt les ingérences étrangères que cette forme d'entrisme du narcotrafic. Mais il peut exister, sur certains territoires, sur certains quartiers, où les trafiquants essaient de mettre en coupe réglée le quartier et interviennent sur les élus locaux pour l'organisation des services publics, ce contre quoi on lutte. C'est pour ça qu'on ferme des structures, on ferme des associations, on lutte de manière très résolue et le président nous a demandé d'aller encore plus loin.
On peut imaginer, effectivement, qu'il y ait des pressions sur un certain nombre de candidats pour, une fois les équipes élues, obtenir un certain nombre de faveurs et d'aménagement des services publics. Donc, oui, on va être extrêmement attentifs à ce que le narcotrafic ne s'invite pas dans les campagnes. Et il faut, la seule façon d'y remédier, c'est de lutter, de démanteler le réseau comme on le fait partout sur le territoire national.
Alors, il y a de nombreuses questions d'auditeurs sur l'application Radio France. On va y venir dans un instant. L'extrême droite parle de brutalisation de la société à l'occasion de la publication de ses chiffres sur la délinquance et l'insécurité. Est-ce que vous souscrivez et est-ce que vous utilisez le mot de brutalisation ?
Non, il y a une montée de la violence, c'est indiscutable, mais vous n'entendrez jamais dans ma bouche ce type de propos. Il y a une montée des violences qu'on retrouve sur l'augmentation des coublissures volontaires, notamment, mais ce n'est pas un terme que j'emploierai.
On ne vit pas dans la France orange mécanique ?
Non, on ne vit pas dans la France orange mécanique. Il faut arrêter de raconter n'importe quoi. On n'est pas dans une France coupe-gorge. Il y a effectivement des items de la délinquance qui augmentent, il y en a qui baissent et il y a une détermination forte des forces de sécurité intérieure pour lutter contre cela. Vous savez, quand on utilise des mots comme ça, il faut faire attention aux mots qu'on emploie. On a une image, la France à l'international. Je tiens quand même à rappeler qu'on a explosé la fréquentation touristique en 2025, notamment à Paris. Certains disent que c'est devenu un coupe-gorge. On a explosé la fréquentation touristique. Il faut rester raisonnable.
Quand on est responsable politique, on défend aussi les intérêts de son pays.
Autre dossier, celui de l'immigration. Laurent Nunes, puisque le ministère de l'Intérieur a publié d'autres chiffres cette semaine. En 2025, plus de 380 000 ressortissants extra communautaires ont obtenu un premier titre de séjour, plus de 40 000 de plus qu'en 2014. Est-ce qu'il faut parler d'immigration record ? Est-ce que vous adhérez à cette expression qui semble aujourd'hui s'imposer de plus en plus dans le débat public de grands remplacements ?
Non, évidemment, je ne vais pas souscrire à cette théorie et à ses propos sur le grand remplacement, évidemment. Il y a une augmentation des titres cette année. Pourquoi ?
Évidemment, puisque dans votre propre camp, certains y souscrivent et que même à l'extrême gauche aujourd'hui ou à la gauche, certains emploient l'expression même s'ils la détournent de son sens, évidemment.
Dans un cas, elle est détournée de son sens et dans un autre cas, je ne la partage pas. Il y a des circuits d'immigration. Parce qu'on parle d'immigration légale, on parle d'immigration légale. Il y a eu 384 000, effectivement, un peu plus de primos, de titres de première délivrance qui ont été effectués. C'est un peu moins de 40 000 de plus et l'augmentation, elle est essentiellement due à une augmentation de ce qu'on appelle, pour des motifs humanitaires, c'est-à-dire l'asile, la protection subsidiaire et puis les titres étudiants. Donc, c'est plus 65 % pour l'asile et plus 6-7 % pour les étudiants.
Donc, voilà, c'est une augmentation sur laquelle, évidemment, on agit, notamment les étudiants. On essaie d'être un peu plus sélectif et puis sur l'asile, il y a des règles qui s'appliquent. La protection, on la doit à ceux qui sont menacés et les décisions sont notamment prises par l'OFPRA. Voilà, donc, je vous rappelle que sur l'asile, on va avoir, grâce au pacte migration et asile qui va rentrer en vigueur en juin prochain, des moyens de contrôle renforcés avec des examens aux frontières pour l'ensemble de l'Union européenne et puis des meilleurs mécanismes de solidarité entre les différents pays de l'Union européenne.
Il y a eu 10% de personnes régularisées en moins l'an dernier, suite à la circulaire de votre prédécesseur Bruno Retailleau qui exige notamment 7 ans de présence sur les territoires. Alors, ça ne veut pas dire que ces personnes-là, elles ont quitté le territoire. Est-ce qu'on ne maintient pas finalement des migrants dans l'illégalité alors que pendant ce temps-là, par exemple, le gouvernement espagnol régularise 500 000 sans-papiers pour soutenir la croissance ?
Alors, il y a plusieurs choses. D'abord, le fait que les titres, les primo-déliverances effectivement augmentent. Il ne faut pas oublier effectivement la politique très ferme que nous menons sur les reconduites. Nous sommes le pays qui procède aux reconduites forcées en nombre le plus important avec l'Allemagne en Europe. Donc, on ne peut pas dire qu'on ne fait rien, c'est faux. Donc, voilà. Par ailleurs, on a depuis la loi de janvier 2024 des possibilités de ne pas accorder de titres, de ne pas renouveler de titres ou même retirer des titres quand il y a des étrangers qui commettent des troubles à l'ordre public.
Et grâce à cette loi de janvier 2024, ce sont on a été dans cette situation où dans 9000 cas, c'est 50% de plus qu'en 2024. En 2025, donc, il y a eu 9000 retraits, refus de renouvellement ou refus tout court pour des motifs de troubles à l'ordre public et c'est 50% de plus qu'en 2024. Mais si on parle de l'immigration économique... C'est même 100% de plus, parce qu'on était à 4500, on est passé à 9000.
L'immigration économique, elle est très importante. Est-ce que la France n'est pas à rebours de ses voisins européens ?
Je réponds juste sur la question sur la régularisation. Effectivement, il y a eu une circulaire de Brune-Rotailleau sur laquelle moi, je ne compte pas revenir qui porte sur l'admission exceptionnelle au séjour et qui effectivement a connu une baisse significative. C'est même plus que moins 10%, c'est moins 30%. Voilà, donc il y a des conditions supplémentaires qui ont été exigées et évidemment, je ne compte pas revenir sur ces instructions.
Mais nos compatriotes peuvent comprendre que quelqu'un qui a fait l'objet d'une obligation qui était le territoire français ou qui n'était pas sur le territoire national depuis un nombre d'années suffisant ne puisse pas bénéficier de cette admission exceptionnelle au séjour qui pour partie c'est un pouvoir d'appréciation du préfet. Mais à côté de ça, je rappelle que la loi de janvier 2024 a aussi prévu une intégration économique, une intégration par le travail avec la publication de listes de métiers en tension, celles où on a besoin effectivement de main d'oeuvre et qui elles fonctionnent à plein. Ces listes ont été publiées au cours de l'année et ce type de régulatéralisation fonctionne.
Mais malgré tout, est-ce que la France n'est pas à rebours de ses voisins européens, les Espagnols, les Italiens qui face à la chute de la démographie font appel à des afflux massifs d'immigrés. Est-ce que vous y êtes favorable et est-ce que vous y êtes prêt ?
Évidemment non. Pourquoi évidemment ? Non, mais que les choses soient claires.
Le gouvernement de Gigi Mélanie l'a fait et celui de Pedro Sanchez vient de le faire.
Et les Espagnols sont en train de le faire avec 500 000 personnes. Effectivement, voilà. Donc, il n'y aura pas de mouvement de régularisation. On est plutôt dans un mouvement inverse qui consiste à reconduire les étrangers en situation irrégulière plutôt que les régulariser et ce, dans l'intérêt même dans l'intérêt même de l'intégration de ceux des étrangers qui sont en situation régulière.
Avant de vous poser la question de Jean-Louis sur l'application Radio France, un mot quand même sur le syndicat Alliance qui appelait à une mobilisation citoyenne de soutien à la police nationale demain samedi. C'est le syndicat majoritaire parmi les policiers. Il dénonce un manque de moyens, un abandon. Le mot est extrêmement fort, Laurent Nunes. Un abandon et des promesses sans lendemain. Est-ce qu'ils ont raison ?
D'abord, c'est un mouvement important. C'est un mouvement de policiers d'un syndicat. Il y a trois syndicats. C'est effectivement le syndicat Alliance qui est un appel au soutien des policiers. C'est un appel à une manifestation citoyenne qui n'en appelle pas uniquement à une manifestation de policiers.
Non, mais les promesses sans lendemain, elles vous sont adressées directement.
Et c'est pour ça que je vais vous répondre très directement. Merci. Depuis 2017, on a créé 12 500 emplois dans les forces de sécurité intérieure. Les crédits immobiliers ont été multipliés par deux depuis 2017. On a, depuis 2020, c'est Gérald Darmanin qui l'avait décidé à l'époque, on a renouvelé, on a acheté 19 000 véhicules nouveaux. Donc voilà, on met le paquet.
Mais Gérald Darmanin, lui, s'était même joint à leur mobilisation en 2021 et une manifestation de policiers devant l'Assemblée Nationale. Est-ce que vous, vous pourriez demain vous montrer votre soutien ?
Je vais venir. Je veux dire d'abord qu'on fait un effort significatif qui va se poursuivre avec le budget 2026. Les questions régaliennes ont été préservées par le Premier ministre, le Président de la République. On a encore un budget de la police nationale qui va augmenter de 100 millions d'euros. On crée encore 1 000 emplois, donc 1 000 emplois dans la police, dans 700 pour la filière judiciaire qui est en souffrance. Donc voilà, ces efforts ne sont jamais suffisants, mais on les poursuit. Il ne faut pas douter de notre détermination, douter de la détermination du gouvernement à y aller. Moi, je suis ministre de l'Intérieur.
Gérald Darman, elle était aussi.
Je suis ministre de l'Intérieur. Il y a des élections. Il y a des élections syndicales cette année. Voilà, donc je suis astreint à une neutralité et donc évidemment, je ne participerai pas à cette manifestation à titre personnel. Je ne m'y serai pas, même si évidemment, le mouvement des policiers a tout mon soutien et toute ma compréhension.
Question de Jean-Louis. Les Français ont souvent l'impression que les mesures de sécurité ne changent pas leur vie quotidienne. Quelles mesures pourriez-vous citer pour lesquelles un citoyen lambda en ressentirait déjà l'effet, Laurent Nunes ?
Je ne sais pas, vous allez dans le quartier des Grésil à Dijon, vous allez sur certaines cités marseillaises, vous allez sur certains territoires à ville urbaine comme le Tonquin, vous allez à Saint-Ouen, dans le quartier de Saint-Ouen, on lutte contre le trafic de stupes et on démantèle des réseaux et je peux vous assurer que la vie des citoyens, nos concitoyens, elle change. Le narcotrafic, ce n'est pas une fatalité et la délinquance ce n'est pas une fatalité. Et il y a des mesures qu'on prend et qui ont des effets immédiats. Il faut dire que Jean-Louis nous écrit de Marseille. Oui, donc à Marseille, vous avez des quartiers où on a éradiqué le trafic.
Vous savez, il y a beaucoup moins de points de deal qu'il y en avait à Marseille. Évidemment, ça continue. Évidemment qu'on va continuer cette guerre, on va continuer à gagner des batailles et ce sont des choses qui sont visibles.
Laurent Nunes, vous êtes partisan d'une présomption d'usage légitime des armes pour les policiers. Alors, la loi a été rejetée mais en garde contre cette présomption de légitime défense. Il craint que cette loi ne donne un cadre semblable d'impunité aux policiers français par rapport à ICE, à la police de l'immigration aux Etats-Unis. Est-ce que vous entendez ces craintes ?
Je ne les partage pas. Je ne les partage pas.
Qu'est-ce qui est différent ? Ce n'est pas un permis de tuer, de tirer ?
Celui-là est un chercheur avec lequel je discute. Il m'arrive de discuter. Je ne partage pas ce qu'il vous dit. D'abord, une précision, la loi n'a pas été rejetée. C'était une niche parlementaire du groupe des Républicains.
Elle n'a pas été adoptée.
On n'a pas eu le temps de l'adopter. Mais l'amendement que j'ai proposé, un amendement de réécriture du gouvernement, il avait été adopté. Donc, il y avait un consensus sur ce sujet. Enfin, un consensus, non. Mais en tout cas, il y avait une majorité pour l'adopter. Donc, le texte s'est terminé. Il y avait une heure fatidique. C'était minuit. Il fallait terminer avant minuit. Il restait quatre amendements. On réinscrira, évidemment, ce texte. À savoir, si ce texte va faire augmenter... Non, les forces de l'ordre ont l'usage de la force légale dans des conditions proportionnées.
Et ils doivent pouvoir faire usage de leur arme sans qu'automatiquement ils soient suspectés d'en avoir fait un usage irrégulier.
L'étude qu'il co-signe, lui, montre que depuis l'assouplissement de cette législation sur l'usage des armes en février 2017, le nombre de tirs mortels a augmenté.
C'est faux. Je l'ai dit. L'inspection générale de la police et celle de la gendarmerie recensent tous les tirs. Il y a une véritable stabilité, voire une baisse de l'usage de l'arme individuelle.
Êtes-vous favorable à la généralisation de l'armement des polices municipales ? D'un mot ?
À titre personnel, j'y suis évidemment favorable. Mais il y a un principe de libre administration, c'est chaque collectivité qui décide.
Ségolène Royal est en Algérie. Dans l'actualité, elle est la tête de l'association France-Algérie depuis un mois. Elle a rencontré le président algérien et elle doit rendre visite à Christophe Gleiz aujourd'hui. Où en sont nos relations aujourd'hui avec l'Algérie ? Y a-t-il un espoir de libération de ce journaliste emprisonné dans les prochains mois ? Ou est-ce que les relations sont toujours difficiles,
voire rompues ? Les relations sont toujours difficiles. Vous savez, je devais me rendre en Algérie, mais on avait fixé un certain nombre de conditions préalables qui étaient la reprise de la délivrance de ces laissés-passés notamment pour les ressortissants algériens en cession irrégulière. Les discussions se poursuivent. Elles ne vont pas assez vite à mon goût et au goût de beaucoup de personnes. Mais voilà, elles se poursuivent et évidemment, on espère toutes et tous la libération de Christophe Gleiz. Évidemment. Évidemment.
Mais Ségolène Royal a souligné devant la presse combien le président algérien prouve sa volonté de dialogue dès lors que le respect et la considération sont également au rendez-vous. Je ferme les guillemets. Ségolène Royal a taclé, sans le citer nommément, mais votre prédécesseur Bruno Retailleau, partisan d'une ligne dure et ferme avec l'Algérie. Qu'en pensez-vous ? Est-ce que c'est la bonne manière de procéder ?
Non, je crois m'être déjà exprimé sur le sujet. Nous tendons la main à l'Algérie sur un certain nombre de sujets. Maintenant, il faut savoir la saisir. Il y a un certain nombre de gestes qui sont attendus et notamment, on a des réunions techniques. Attention, nos services maintenant échangent à nouveau. Il y a des échanges sécuritaires. Donc, on n'est pas du tout dans la rupture. Il faut s'en féliciter puisqu'il n'y avait plus d'échanges sécuritaires. Donc, on recommence à avoir des échanges sécuritaires. Maintenant, on attend des bougies très forts. On attend des bougies très forts sur deux sujets.
Le premier, évidemment, c'est la reprise des reconduites des Algériens en situation irrégulière. et deuxièmement, évidemment, la situation de Christophe Gleize est en haut de la pile, en haut, même au sommet de nos préoccupations.
Laurent Nunez, vous avez vu la lune du journal Le Parisien. Les affaires de corruption impliquant des policiers ont augmenté de 70% en 4 ans. En hausse, notamment, la consultation de fichiers confidentiels pour informer les délinquants. Est-ce que ça vous inquiète ?
Oui, le nombre de faits reste assez limité. Donc, l'inspection générale, je crois, donne des chiffres. Je ne l'ai plus trop en fait.
70% en 4 ans.
On passe de 130 à 230 en 4 ans, en consultation illicite, notamment.
Donc, en valeur absolue, c'est la née.
Ce qui nous inquiète, évidemment, c'est qu'on craint que des narcotrafiquants sous doigts un certain nombre de policiers. Et on a des cas extrêmement limités, heureusement, pour obtenir des informations au titre des fichiers. Ça arrive dans d'autres administrations. Ça arrive aussi dans les douanes. Ça peut être des agents de préfecture également. Donc, on est extrêmement vigilants. Et je tiens à signaler que d'ailleurs, c'est un sujet qui a été abordé hier autour du Président de la République, la réunion qu'on avait autour de lui. C'est une préoccupation importante du Président de la République, de moi-même, évidemment, comme ministre pour mes agents.
Et le chef de l'inspection générale de la police nationale explique bien qu'un logiciel algorithmique a été mis en place pour détecter les consultations anormales. Et ça a l'air de... Voilà, il a l'air d'être très efficace. Et donc, voilà, on doit s'entourer, on doit s'encadrer garantie. Mais je tiens vraiment surtout à dire que ces dérapages sont ultra minoritaires. Mais il faut être vigilant parce que les narcotrafiquants osent beaucoup de choses.
Question de Daniel sur l'application. La tendance pour les pays équivalents à la France est à la dépénalisation de la consommation de cannabis. Tandis qu'en France, c'est directement sanctions et répression. Comment l'expliquer ? Que faire ?
Non, mais on ne changera pas. En tout cas, moi, comme ministre de l'Intérieur, et c'est bien la position du Président, du Premier ministre, du gouvernement, on ne va pas s'orienter vers la voie de la dépénalisation.
Vous allez rester ministre de l'Intérieur ? D'abord. Puisqu'un mini-romanement est prévu dans l'économie.
Non, mais vous savez, un ministre, il est là tant qu'on lui fait confiance. Si ça s'arrête, ça s'arrête. Mais sur la dépénalisation, et puis si ça ne s'arrête pas, c'est très bien aussi. Sur la dépénalisation, sur la dépénalisation, ce que je peux vous dire, c'est qu'il faut être extrêmement prudent. Vous savez, le trafic, le trafic, la cocaïne a pris une place de plus en plus importante. On parlait du cannabis. La dépénalisation, justement, c'est le cannabis. Mais la cocaïne a pris tellement de place. Et puis le cannabis qui s'échange sous le manteau n'a rien à voir avec celui qui s'échange légalement dans les pays concernés.
Et d'ailleurs, certains de ces pays regrettent cette dépénalisation. Et d'ailleurs, nous-mêmes, on commence à avoir des flux de trafic qui arrivent depuis ces pays à partir d'une production légale de cannabis. Donc il n'y a aucune raison de dépénaliser le cannabis. Mais vraiment aucune raison.
Laurent Nunes, ministre de l'Intérieur, était l'invité de France Inter. Merci, monsieur le ministre, et bonne journée.
Merci.
Laurent Nuñez