Mort d'un soldat français, prix des carburants, municipales... le 8h30 de Manon Aubry
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Bonjour Manon Ombry, eurodéputée RFI, merci d'être avec nous ce matin sur France Info, à mes côtés pour vous interroger Mathilde Sirot, bonjour.
Bonjour Benjamin.
En ce dernier jour de campagne pour les élections municipales, on va y revenir tout à l'heure, le premier tour c'est dimanche, mais d'abord l'actualité de ces dernières heures, la guerre au Moyen-Orient et la mort d'un soldat français dans une attaque de drone. C'était au Kurdistan irakien dans la région d'Erbil, plusieurs autres soldats, au moins cinq, ont été blessés selon l'armée française. C'est le président Emmanuel Macron qui l'a annoncé cette nuit sur son compte X, ces militaires participaient à des actions de formation à la lutte contre le terrorisme auprès de partenaires irakiens. D'abord votre réaction Manon Ombry, c'est un choc ce matin ?
Oui évidemment c'est un choc, je voudrais avoir une pensée pour la famille, les proches d'Arnaud Friand, le soldat adjugeant chef qui a été tué dans cette attaque. On pensait pour les blessés en espérant qu'ils pourront être rétablis le plus rapidement possible. C'est un choc aussi, puisque je crois que cela fait longtemps que des soldats n'ont pas été tués en intervention. Et je crois que face à un déséquilibre des forces au niveau international, il y a des risques à ce type de réponses asymétriques, perlées, qui visent les forces françaises et qu'on doit tout mettre en œuvre pour s'en prémunir. Parce que la perte de la vie d'un homme et d'un soldat est toujours à mesurer.
Parce que c'est évidemment une perte humaine, mais aussi une perte pour la nation.
Le chef de l'État, dans sa réaction, a parlé d'une attaque inacceptable. Est-ce que ce matin, Manon Aubry, on se retrouve, est-ce que la France se retrouve impliquée, entraînée, malgré elle, dans cette guerre au Moyen-Orient ?
Évidemment, c'est une attaque qui est absolument inacceptable. Et je partage les mots du président de la République sur le sujet. Maintenant, il est évident qu'à partir du moment où la France, y compris de manière défensive, prend part dans le conflit au Moyen-Orient, on s'expose à des risques. J'évoquais, y compris face à cette asymétrie des forces, une réponse asymétrique. Mais on s'expose à ces risques. Et moi, ce que je demande au chef de l'État ce matin, c'est qu'il puisse y avoir un débat démocratique et un vote de l'Assemblée nationale sur la stratégie militaire à adopter dans ce conflit.
Je regrette que le président de la République n'ait pas condamné avec la plus grande fermeté l'intervention des États-Unis et d'Israël au Moyen-Orient, au Liban et en Iran, qui se tient en dehors du droit international, sans mandat des Nations Unies, et qui, de fait, malgré nous, nous implique dans ce conflit.
Vous évoquez, Manon Aubry, le déploiement de forces militaires dans la région. Il y a le porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée orientale, notamment. En l'occurrence, les soldats qui ont été visés au Kurdistan irakien n'avaient absolument rien à voir avec le conflit qui est en cours en Iran et au Moyen-Orient.
Il est évident que cette attaque est probablement, de ce que l'on sait à l'heure actuelle, une attaque de drones qui visait spécifiquement une base française. Donc la question est, pourquoi une base française spécifiquement a été visée ?
Elle n'a pas été directement revendiquée, mais un groupe pro-iranien a menacé ensuite les intérêts français dans la région dans la matinée.
Donc vous voyez que, malgré nous, il y a un lien. Cette attaque, elle en demeure évidemment pas moins inacceptable. Mais c'est pour ça que moi, ce que je demande... Ce n'est pas une représailles envers les actions de la France. Moi, ce que je demande, quand c'est une attaque qui se revendique pro-iranienne, oui, c'est un lien avec le conflit en cours. Ce que je demande aujourd'hui, c'est précisément que l'on puisse connaître la stratégie militaire française dans la région, qu'on puisse avoir un débat démocratique. Je ne rejette pas a priori, y compris des positions défensives, mais qu'est-ce que ça veut dire en pratique ? Des positions défensives ?
Est-ce que des bases françaises, par exemple, vont être utilisées par les États-Unis ? Et si des bases françaises sont utilisées par les États-Unis, alors ça nous implique de ce fait dans un conflit qui, je le rappelle, un conflit qui n'a aucune légitimité en termes de droit international, et un conflit qui fait déjà plus de 800 000 déplacés au Liban, un conflit qui fait déjà plus de 1 500 morts, et c'est toujours les populations civiles qui, en premier, portent le prix extrêmement fort de ce conflit. Et donc moi, je refuse que notre pays se retrouve impliqué d'une manière ou d'une autre dans ce conflit.
Ça veut dire que vous réinterrogez la présence de nos militaires français ? On sait qu'ils sont plusieurs milliers dans cette zone, notamment en Irak, en Jordanie. La finule aussi est présente au Liban. Ça veut dire que vous interrogez cette stratégie ?
Non, ce n'est pas ce que j'interroge. Moi, ce que j'interroge aujourd'hui, ce n'est pas la stratégie, y compris de lutte contre le terrorisme, qui est une des raisons pour lesquelles on est présent dans la région. Ce que j'interroge, c'est le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle et l'utilisation de bases militaires françaises dans le cadre de l'offensive menée par les États-Unis et Israël au Liban et en Iran. C'est ça que j'interroge aujourd'hui. Et je pense que dans un cadre démocratique, la moindre des choses, c'est qu'on puisse en débattre avec la représentation nationale. Et je regrette que le président de la République s'y refuse.
Et vous savez, le pire en temps de guerre, ce serait de se passer de la démocratie. Le premier ministre s'y est engagé à ce qu'il y ait un débat au Parlement sur cette question. Il n'a toujours pas eu lieu. Cela fait désormais plus de deux semaines que ce conflit. Il a reçu aussi les forces politiques, on le rappelle. Oui, mais c'est une réunion qui s'est déroulée à huis clos. Et je pense qu'on ne peut pas se passer d'un débat démocratique. De nouveau, ce que je vous dis ici, c'est que quand on déploie des forces dans la région, même si c'est défensif, on doit pouvoir débattre exactement du contour d'une intervention éventuelle de la France.
Je ne conteste pas, a priori, toute action ou activité, mais je veux savoir à quoi. Et en toute hypothèse, moi, ce que je réfute, c'est que l'on soit impliqué dans cette guerre, qui, je le rappelle, est une guerre qui est complètement illégitime au regard du droit international et qui frappe les populations civiles.
Vous voulez interroger, Manon Brie, notamment le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée orientale, qui a, comme le répète le gouvernement, une visée défensive pour venir en aide aux alliés de la France dans la région, en ressortissant aussi, ça veut dire qu'il ne faut pas aider les alliés de la France dans la région, comme le dit Jean-Noël Barraud, qui dit on respecte nos accords de défense, c'est notre honneur de le faire ?
Non, ce n'est pas ce que je vous dis. Et d'ailleurs, si la France honorait son contrat ou ses engagements d'aide de ses alliés dans la région, elle aurait répondu à la demande de l'aide de la part du président libanais. Parce que, je ne sais pas si on se rend bien compte de ce qui est en train de se passer au Liban, plus de 800 000 personnes déplacées, c'est l'équivalent de la population de Marseille.
C'est 15% du Liban.
Du jour au lendemain, imaginez ceux qui nous écoutent là chez eux, du jour au lendemain, on leur dit ce matin, vous prenez ce que vous pouvez et vous partez de chez vous, vous ne savez pas quand vous allez revenir. Du jour au lendemain, des zones, y compris civiles de Beyrouth, un camp de réfugiés à Beyrouth sur le bord de mer qui a été pris pour cible, avec une stratégie extrêmement claire de la part du gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou. Un ministre de Benjamin Netanyahou a dit qu'il voulait faire de Beyrouth le nouveau Gaza.
Et c'est précisément parce que la communauté internationale a été incapable d'arrêter Benjamin Netanyahou dans son entreprise génocidaire en Palestine qu'il est prêt de nouveau à répéter ses attaques, ses crimes désormais au Liban. Et donc, si la France voulait tenir ses engagements, alors elle devrait répondre à l'appel à l'aide de la part du président libanais. Et je regrette là aussi que la France n'y ait pas répondu.
C'est un vœu pieux de la part du gouvernement israélien de vouloir tenter d'éradiquer le Hezbollah au Liban ?
Je pense que d'abord, on n'éradique pas avec des bombes qui ont des conséquences sur les populations civiles. Parce que la même question peut se poser sur le régime iranien. J'ai combattu depuis toujours le régime des Mola. Pour autant, je ne pense pas qu'on va réussir à faire tomber ce régime à l'aide de bombes. La preuve en est, c'est que désormais, c'est le fils du Mola Ramény qui a été désigné à sa succession. Pour le reste, le nouveau gouvernement libanais s'était, lui, engagé à une transition. Je pense qu'on devrait davantage aider le gouvernement libanais plutôt que de penser qu'on va résoudre cela avec des bombes.
La réalité, c'est que l'objectif du gouvernement israélien est ailleurs. C'est de prendre possession d'une partie du territoire libanais comme ils ont voulu prendre possession du territoire palestinien. Et si les États européens, si la communauté internationale, si les Nations Unies ne disent rien et ne font rien, alors Benjamin Netanyahou va continuer dans son entreprise impérialiste.
Mais donc, par exemple, par rapport au régime des Mola en Iran, qu'est-ce qu'on devrait faire à vous écouter ? On ne devrait surtout rien faire, en fait.
Non, ce n'est pas ce que j'ai dit non plus. Le régime des Mola, d'abord, il y a plusieurs enjeux. C'est comment on aide les populations civiles à se battre sur le terrain. Par exemple, dans des choses qui sont assez simples, mais qui peuvent être très utiles, sur l'accès à Internet, déployer E-Telsat, qui permet d'avoir un réseau, qui est le réseau européen satellite, qui permettrait aux populations d'avoir accès à Internet. Et ensuite, des sanctions contre le régime des Mola, pour taper là où ça fait mal. Par exemple, sur les crypto-monnaies, qui permet au régime des Mola de blanchir une partie de son argent.
Donc, il y a des outils à notre disposition qui permettent de batailler contre les régimes sans, pour autant, prendre pour cible la population civile.
L'Union européenne a classé les gardiens de la Révolution comme organisation terroriste il y a quelques mois, sans grand effet sur le régime.
Oui, justement, c'est pour ça que moi, je n'aime pas trop les trucs symboliques comme ceux-là. Et je pense que c'est plus efficace d'avoir des sanctions pour taper au porte-monnaie le régime iranien. Et taper au porte-monnaie le régime iranien, ça veut dire aussi arrêter d'acheter du pétrole, qui provient d'Iran. Vous voyez, il y a des outils à notre disposition dans le renforcement des sanctions.
Un peu sur le modèle de la Russie, de ce qu'on fait par rapport à la Russie.
Un petit peu sur le modèle de la Russie, en effet. Vous avez raison. Même si je n'oublie pas que dans ce conflit, une des conséquences aussi dans le conflit au Moyen-Orient, c'est de redorer le blason de la Russie qui se dit, tiens, moi je peux en profiter pour écouler mon gaz et mon pétrole puisqu'on en manque au niveau international. Donc oui, je pense que c'est le moyen le plus efficace de se battre contre les régimes d'Emola parce que des bombes n'ont jamais ramené la démocratie, ni en Irak, ni en Afghanistan, ni en Syrie. Et que le moyen le plus efficace, c'est de se battre pour venir en aide au peuple iranien, pour que le peuple iranien puisse se libérer par lui-même.
Parce que ce n'est pas ni les Etats-Unis, ni Israël qui va libérer le peuple iranien.
Est-ce que vous redoutez justement qu'il y ait un durcissement de ce régime iranien ? Ce matin, les gardiens de la Révolution menacent la population d'une réponse plus cinglante encore qu'en janvier, en cas de nouvelles manifestations.
Oui, clairement c'est quelque chose dont l'on peut avoir peur parce qu'on a une population civile iranienne aujourd'hui qui est un peu prise entre le marteau et l'enclume. Le marteau d'un côté du régime des Mollas et l'enclume de l'autre côté de la part des Etats-Unis et d'Israël. Et la population civile est prise en otage, prise en otage par un régime tyrannique qui va en profiter pour durcir sa répression et dire regardez l'effet drapeau national, puisqu'on est pris pour cible, alors il faut durcir encore la répression et il faut serrer les rangs.
Et donc quelque part, ces attaques, elles sont contre-productives parce qu'elles peuvent arriver à renforcer indirectement le régime des Mollas, ce qui a priori n'était pas l'objectif initial.
Alors justement sur la situation en Iran, Jean-Luc Mélenchon était samedi dernier en meeting à Marseille dans le cas des municipales. Il s'est exprimé sur ce sujet. On l'écoute.
Ils ne vaincront pas l'Iran parce qu'ils espéraient que le régime s'effondre, il ne s'est pas effondré. Et l'invasion a soudé les Iraniens qui sont comme chacun d'entre vous et comme le disait Robespierre, n'ont jamais aimé les missionnaires armés. Et ça n'est pas en bombardant des gens qu'on les appelle à la lutte contre le pouvoir. Et ça on le sait depuis déjà la guerre des 12 jours.
Le régime ne s'est pas effondré et l'invasion a soudé les Iraniens. Et concrètement de quelle invasion ? Jean-Luc Mélenchon parle de ses propos.
Il parle des attaques israéliennes et américaines sur le territoire iranien qui empêchent par ailleurs... D'une invasion. C'est le mot approprié. Ce sont des attaques. Aujourd'hui il y a des drones et des bombes israéliennes et américaines qui sont tombées sur le peuple iranien. Je redis, qui a fait des pertes en termes de population civile. Pensez à ces 175 jeunes filles dans une école qui se sont retrouvées bombardées et qui ont été tuées. À quel moment les Etats-Unis et Israël vont devoir rendre des comptes pour ce qui est un crime de guerre en droit international ? Mais là le sous-entendu quand même dans les propos de Jean-Luc Mélenchon c'est qu'il n'y aura pas de changement de régime.
Et que voilà, il y a beau y avoir des manifestations...
Est-ce qu'il y a eu un changement de régime depuis deux semaines ? La réponse est non. Est-ce que des mobilisations peuvent se tenir quand vous êtes sous des bombes ? La réponse est non. Imaginez du matin au soir on bombarde Paris. Est-ce que vous pensez que la population iranienne qui veut se libérer du joug des mollas à raison peut se mobiliser dans ces conditions ? Évidemment que non. Et donc évidemment dans ces conditions-là, la question qui nous est posée collectivement c'est comment on se débarrasse du régime des mollas et la preuve en est qu'une fois de plus on ne s'en débarrasse pas avec des bombes.
Manon Aubry, eurodéputée La France Insoumise, vous restez avec nous. On va parler des municipales dans un instant. Dernier jour de campagne, aujourd'hui avant le premier tour dimanche. C'est juste après l'info en une minute à 8h47 avec Diane Ferschit.
Le soldat français tué au Kurdistan irakien faisait partie du 7ème bataillon de chasseurs alpins de Vars. Sur France Info, le maire de la commune fait état de sa douleur et de son émotion alors que 5 autres militaires français ont également été blessés en cause d'une attaque de drones. Un groupe armé pro-iranien indique cibler les intérêts français en Irak et dans la région. Et ce matin, Israël annonce de son côté mener une nouvelle vague de frappes d'ampleur sur la capitale iranienne, Téhéran. Israël divisé les infrastructures du régime alors qu'un peu plus tôt, le régime iranien a lui mis en garde son propre peuple.
Les gardiens de la révolution promettent une réponse encore plus cinglante qu'en janvier en cas de nouvelles manifestations. Et alors que la guerre au Moyen-Orient fait flamber le prix du pétrole, les Etats-Unis autorisent de façon temporaire la vente d'une partie du pétrole russe stocké sur des navires. Le cours du pétrole qui semble se stabiliser ce matin, le baril de Brent se maintient autour de 100 dollars. Le livret A va permettre de financer le nucléaire français. Annonce de l'Elysée, le placement préféré des Français financera à hauteur de 60% le programme nucléaire EPR2, un programme qui vise à construire 6 nouveaux réacteurs de forte puissance à Panli, Gravelines ainsi qu'Ebuger.
De retour dans le 8.30 ce matin avec à nos côtés Manon Aubry.
On rappelle que vous êtes eurodéputée, la France insoumise. On a longuement parlé de la situation au Moyen-Orient, en Iran. La conséquence directe de cette guerre, ce sont les flux d'hydrocarbures en provenance du Golfe qui sont en grande partie paralysés, vous le savez, du fait de la fermeture du détroit d'Hormuz. Vous avez préconisé à LFI le blocage des prix concernant les prix à la pompe pour les consommateurs français de carburant. Le RN réclame une baisse des taxes. Le gouvernement de son côté s'y oppose, mais étudie la piste du plafonnement des marges des distributeurs d'essence. Ça avait déjà été fait sous Michel Rocard. Est-ce que ça va dans le bon sens ?
Je pense que malheureusement, ce sera largement insuffisant puisque la grande partie des marges se déroule en amont, pas du côté des distributeurs, mais du côté des raffineurs. Et donc la seule solution pour que les Françaises et les Français n'aient pas à payer le prix de cette guerre, pour que le plein d'essence ne soit plus à parfois une centaine d'euros quand il dépasse 2 euros le litre, c'est de bloquer les prix de l'essence, du gasoil. Ça a été fait par un certain nombre d'États européens, je pense notamment à des États comme la Croatie.
Et quand j'entends le ministre de l'Économie, Roland Lescure, qui dit « Je ne peux pas empêcher un distributeur d'augmenter les prix », je cite, eh bien je serais ravi d'apprendre au ministre de l'Économie l'article 410-2 du Code du commerce, qui précisément ouvre la possibilité à un blocage des prix, qui est aujourd'hui la seule garantie.
Avec des conditions précises, ce n'est pas si simple, il ne suffit pas de dire « en bloc les prix », il y a beaucoup de conditions, il faut que le Conseil d'État aussi valide.
Il y a notamment le fait qu'il y ait une crise extérieure, et je pense qu'on est tout à fait dans ces conditions à l'heure actuelle. Ça a été fait aussi sur le gel hydroalcoolique au moment de la crise du Covid. Quant à Jordan Bardella, je suis quand même sidérée du fait que Jordan Bardella, en proposant une baisse de la TVA, en réalité ne propose pas une baisse du prix à la consommation, parce qu'il n'y a aucune garantie de la baisse du prix. Mais en revanche, il fait un cadeau au raffineur qui, rappelons-le, Total, Esso, etc., en fait plus de 200 milliards d'euros de bénéfices rien que l'an dernier.
Et on voit que le Rassemblement national n'est pas du côté des consommateurs, et de nouveau, du côté des grandes entreprises qui font déjà un maximum de profits.
Venons-en, Manon Aubry, aux élections municipales. C'est le dernier jour de la campagne aujourd'hui, le premier tour a lieu ce dimanche. Donc les candidats ont jasqué jusqu'à ce soir minuit pour faire campagne. À la France Insoumise, vous n'avez aujourd'hui quasiment aucun maire sortant, et c'est une première, vous avez décidé de vous impliquer pleinement dans cette campagne. Est-ce que vous pouvez nous citer ce matin trois villes qui pourraient basculer la France Insoumise le 22 mars ?
Écoutez, vous avez raison, on a un jeune mouvement qui a seulement dix ans, et qui se lance dans ces élections municipales avec l'objectif d'emporter des mairies. Lesquelles ? Je peux vous donner un exemple, Roubaix par exemple. Avec David Guéraud ? Roubaix avec David Guéraud. Toulouse aussi ? Toulouse avec François Picmal, puisqu'on a aujourd'hui une droite qui gouverne Toulouse avec M. Modin, qui est de fait une anomalie, puisqu'il est lui-même, il gouverne cette ville alors que la ville vote à gauche depuis un certain nombre de scrutins, s'agissant des scrutins nationaux. Et donc l'enjeu pour nous dans ces élections municipales, c'est de commencer à réparer ce que Macron a détruit.
Réparer à l'échelon local avec des cantines bio et gratuites, avec des transports financièrement accessibles, avec du logement social, avec de l'encadrement des loyers. Voilà ce que proposent tous nos candidats partout en France, dans un certain nombre de villes.
Pour y arriver, vous aurez besoin certainement d'alliances, de peut-être reprendre l'angue avec vos anciens partenaires de gauche. Or, dans cette campagne, ce qui s'est passé, c'est que la France insoumise, c'est de plus en plus isolée à gauche. Il y a eu des polémiques à répétition, vous le savez. On parle bien sûr de l'implication de la jeune garde dans le décès de Quentin de Ranq à Lyon. Il y a eu ces polémiques aussi après les propos de Jean-Luc Mélenchon, qui reprenaient des noms à consonance juive. Et de fait, au Parti Socialiste, chez les écologistes, même peut-être en interne du côté de la France insoumise, ça a fortement déplu.
On pourrait revenir une à une sur ces polémiques, si vous le souhaitez, mais je crois que ce n'est pas l'objectif de cette campagne des élections municipales. On voit que tous les coups ont été permis. Et moi, j'essaie de mener cette campagne tête haute en donnant des solutions concrètes aux Françaises et aux Français qui nous écoutent. Et à celles et ceux qui ont peut-être l'estomac noué de la possibilité de victoire de l'extrême droite dans un certain nombre de villes. Et je sais de quoi je parle, puisque j'ai grandi dans une ville à Fréjus qui est gouvernée depuis plus de deux mandats par le Rassemblement national.
Le Rassemblement national au pouvoir, c'est à Fréjus, par exemple, la fermeture de centres sociaux. C'est la privatisation de la crèche. Vous ne répondez pas du tout sur les alliances à gauche et l'isolement de la France insoumise ? Excusez-moi de ne pas parler de politique politicienne, mais de parler de solutions concrètes pour les gens. C'est vous qui en parlez. Et donc, si vous voulez qu'on parle de stratégie politique, pas de problème. Moi, ce que je vous dis, c'est que voter pour la France insoumise au premier tour ce dimanche, c'est la meilleure garantie d'avoir un rassemblement au second tour parce que seule la France insoumise propose ce rassemblement.
Et partout où nous arriverons en tête à gauche, nous proposerons ce rassemblement.
Et il faut l'avoir d'autant plus en tête... Prenons l'exemple de Marseille, par exemple. Il y a ce duel un peu annoncé entre Benoît Payan, le maire sortant, et Franck Elisio, candidat du Rassemblement national. Sébastien Delogu, candidat insoumis, pourrait se maintenir au-dessus de 10%. Dans ce cas-là, qu'est-ce que vous faites ? Vous vous désistez au profit de Benoît Payan ? Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard évoquent la nécessité d'un front antifasciste ou de fusion technique. Est-ce que vous pouvez nous dire ce matin, Sébastien Delogu se retirera s'il arrive en troisième ou quatrième position ?
C'est important de mentionner le mode de scrutin. Vous l'avez dit parce que c'est très différent d'élections législatives ou d'élections présidentielles. Toutes les listes qui font plus de 10% seront qualifiées au second tour des municipales. Ce qui veut dire qu'en pratique, il peut y avoir trois listes, quatre listes, cinq listes. Et donc, il n'y a pas de vote utile qui existe pour ces élections municipales et c'est important à avoir en tête. Et à Marseille, en l'espèce, je le souhaite et je pense que Sébastien Delogu fera plus de 10%. Donc, s'il fait plus de 10%, prenons les scénarios un à un. Vous évoquez le scénario du retrait.
Si Sébastien Delogu fait plus de 10% et qualifie pour le second tour et se retire, ça veut dire que les électrices et les électeurs qui ont voté pour la France insoumise au premier tour ne se sentent plus représentés dans le second tour et qu'il y a un risque des déperditions des voix. En revanche, s'il y a une fusion et un front antifasciste, comme nous l'appelons de nos voeux, alors on rassemble les électorats et on se donne plus de force pour gagner. Et moi, je veux dire assez sincèrement...
Mais une fusion technique, ce n'est pas une alliance.
C'est un rassemblement. Quelle est la différence ? Et moi, je veux dire assez sincèrement, aujourd'hui, je veux interroger la responsabilité du Parti Socialiste qui serait prêt à laisser la droite, voire l'extrême droite, gagner en refusant un rassemblement. L'histoire de la gauche, en particulier aux élections municipales, c'est de faire face à cette responsabilité et de faire ce front antifasciste. Et oui, la réponse à apporter ce dimanche face à la montée de l'extrême droite est aussi une réponse antifasciste.
Et moi, je veux appeler toutes celles et tous ceux qui nous écoutent, toutes celles et tous ceux qui sont les premiers concernés par la montée du fascisme, les personnes LGBT, les personnes racisées, toutes celles et tous ceux qui ont un peu la boule au ventre et à vous dire « Mais mobilisez-vous dimanche, c'est la meilleure réponse qu'on puisse avoir. » Et ce front antifasciste, nous le proposons pour le premier comme pour le second.
Vous avez quand même beau jeu, là, à 48h du premier tour, d'appeler au rassemblement alors que vous êtes arrivée avec votre drapeau dans cette élection, y compris face à des maires sortants de gauche, socialistes, en disant « Voilà, nous ce qu'on veut c'est gagner, peu importe si on a un partenaire de gauche ou pas qui est à la mairie. » Donc vous voyez bien qu'il y a quand même une incohérence, ou en tout cas une évolution du discours.
Non, je rigole, je rigole, pardon pour ma tête pour ceux qui sont à la radio qui n'ont pas vu, et je rigole à votre question parce que c'est quand même assez fou et la ficelle est un peu grosse. On est les seuls à qui on pose la question de se présenter à une élection. Mais je veux dire, Catherine Trottmann, qui se présente à Strasbourg, face à la maire sortante écologiste Jeanne Barséguian, vous avez eu Olivier Faure sur votre plateau. Attendez, je finis. Vous avez eu Olivier Faure sur votre plateau il y a deux jours sur France Info. Vous ne lui avez pas posé la question « Mais pourquoi vous vous présentez à Strasbourg ?
» J'ai un scoop pour vous qui, je ne sais pas s'il fera la une des médias, on se présente à des élections pour gagner.
Mais les socialistes sont plus implantés, ils vous diront peut-être aussi localement que vous.
Oui, mais c'est le jeu démocratique. Les électrices et les électeurs vont pouvoir en décider. Mais à Strasbourg, comme à Lille, comme à Paris, comme à Marseille, comme à Lyon, on se présente pour gagner. Et donc pour gagner, on présente un programme. Et ce programme, il est concret dans la vie des gens. Si demain, on vous dit que les logements sociaux, davantage de logements sociaux vont être construits, qui vont être attribués, non pas en fonction de la tête du client ou des amitiés passées avec le maire, mais en fonction de véritables critères sociaux. Parce que oui, il y a un clientélisme qui existe de manière... Tout le monde l'a vécu au niveau local.
C'est pour ça qu'il faut du sang neuf. Et c'est aussi pour ça qu'on propose des référendums d'initiatives révocatoires. Parce que si vous n'êtes pas content de votre maire, vous devez pouvoir avoir les moyens de vous dire « Eh bien, la porte, elle est là ». Donc voilà comment on fait de la politique. Et oui, on va faire campagne jusqu'à ce soir. Et la mobilisation, elle sera essentielle. Donc moi, je vais appeler tout le monde à la mobilisation.
Merci beaucoup. Manon Aubry, euro-députée de la France Insoumise, d'avoir été l'invité du 8.30 France Info ce matin. Merci aussi.
Manon Aubry