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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 30 juin 2022 26 minContradictoireActualité / polémiqueJusticeSécuritéSolidarités & famille

Verdict du procès des attentats de novembre 2015 : "C’est un procès qui a permis aux victimes de s’exprimer"

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 40 %Défensif 50 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 82 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:29OuverteRéponse directe

    Avez-vous eu le sentiment qu'hier, la justice et le droit ont eu le dernier mot ?

  • 3:10OuverteRéponse directe

    Comment avez-vous reçu ce verdict hier, l'un et l'autre ? Et comment il l'a reçu ?

  • 4:33RelanceRéponse partielle

    Comment vous réagissez à ce que dit...

  • 5:27FerméeRéponse directe

    Question simple, est-ce que vous allez faire appel ?

  • 5:52FerméeRéponse directe

    Est-ce que vous allez faire appel ?

  • 7:05OuverteRéponse directe

    Comment analysez-vous ce verdict ? Est-ce que c'est un verdict qui était attendu ou plein de surprises ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:59PrésentateurFait
    « des peines de deux ans à la perpétuité incompressible pour Salah Abdeslam. »
  • 1:10PrésentateurFait
    « L'avocate générale avait eu ses mots forts lors du réquisitoire début juin. »
  • 1:16PrésentateurFait
    « votre verdict ne rendra pas leur tranquillité originelle aux victimes, il ne guérira pas les blessures, il ne ramènera pas les morts à la vie, mais il pourra au moins les assurer que c'est ici la justice et le droit qui ont le dernier mot. »
  • 1:45InvitéFait
    « Ce qui est certain, c'est que la justice est passée pour une victime de n'importe quelle infraction, mais en l'occurrence du terrorisme. L'important était que la justice passe. »
  • 3:30InvitéFait
    « Il est vrai que de notre côté, on défendait le fait qu'il ne puisse pas avoir cette peine-là. »
  • 6:15InvitéFait
    « Là où cette décision ne me paraît pas conforme à la justice, c'est que Salah Abdeslam écope de la même peine qu'Oussama Attar, qui a été condamné exactement dans les mêmes termes, Oussama Attar étant le commanditaire du 13 novembre. »
  • 7:14InvitéFait
    « Moi, ce que je note dans le verdict, c'est que tous les accusés ont été condamnés. »
  • 7:56InvitéFait
    « Ils ont aussi tous été condamnés globalement en dessous des réquisitions qui ont été portées par le parquet national antiterroriste. »
  • 9:21InvitéFait
    « Personnellement, j'ai peut-être été un petit peu déçue du temps qui leur a été accordé pour s'exprimer. »
  • 11:16InvitéFait
    « Vous avez vu l'évolution de Salah Abdeslam au fil de tous ces mois de procès, entre son mutisme du début, je me présente comme un combattant de l'État islamique, et puis ensuite, ces mots où il a demandé pardon, de manière sans doute maladroite, où il a dit, je vous demande aujourd'hui de me détester avec modération, je présente mes excuses aux victimes, je sais qu'il y a une haine qui subsiste entre vous et moi, je sais qu'on ne sera pas d'accord, mais je vous demande de me pardonner. »
  • 12:25PrésentateurFait
    « Les deux psychiatres qui ont examiné Abdeslam ont dit avoir eu le sentiment d'être face à la banalité du mal. »
  • 12:30PrésentateurFait
    « L'immensité du mal commis ne pourrait relever que d'une personnalité immensément malade ou maléfique. L'histoire nous montre avec régularité que ça n'est pas le cas. Abdeslam, c'est la banalité du mal. »
  • 14:19InvitéFait
    « Alors, nous avons été rémunérés par l'aide juridictionnelle dans ce procès. »
  • 21:12InvitéFait
    « Il est très probable qu'il y ait un appel. »

Temps de parole

  • Invité22 %
  • Présentateur20 %
  • Invité 213 %
  • Invité 313 %
  • Invité 412 %
  • Invité 59 %
  • Invité 66 %
  • Auditeur4 %

0,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Hier, c'est donc achevé, après dix mois d'audience, le procès des attentats du 13 novembre. Par sa longueur et son ampleur, par la douleur et l'horreur, ce procès marquera profondément l'histoire de la justice française. On va en parler ce matin avec Maître Claire Josserand Schmitt, avocate de 37 partis civils, avec Maître Olivia Ronen et Maître Martin Vett, les deux avocats de Salah Abdeslam. Également avec nous, Sophie Parmentier et Charlotte Piré, journaliste au service police-justice de France Inter, qui nous ont permis de vivre l'ensemble de ce procès au quotidien. Bonjour à tous et merci d'être au micro d'Inter.

Avant de demander à chacun d'entre vous ce que vous retiendrez de ce procès tentaculaire, Commençons par le verdict. Après dix mois de procès, donc, il est tombé hier contre les vingt accusés des attentats, des peines de deux ans à la perpétuité incompressible pour Salah Abdeslam. L'avocate générale avait eu ses mots forts lors du réquisitoire début juin. Je cite, votre verdict ne rendra pas leur tranquillité originelle aux victimes, il ne guérira pas les blessures, il ne ramènera pas les morts à la vie, mais il pourra au moins les assurer que c'est ici la justice et le droit qui ont le dernier mot. Avez-vous eu le sentiment qu'hier, la justice et le droit ont eu le dernier mot ?

1:36
Invité

Le dernier mot, je ne sais pas, on saura sous dix jours si des appels sont formés par les divers partis. Ce qui est certain, c'est que la justice est passée pour une victime de n'importe quelle infraction, mais en l'occurrence du terrorisme. L'important était que la justice passe. C'est un procès qui leur a fait une très large part, qui leur a permis de s'exprimer, de déposer, de déposer de leur souffrance. Ce terme n'est pas anodin, la déposition. Ils ont remis un peu de leur fardeau à la cour, ils ont été très largement écoutés. On leur a même rouvert une seconde session. Donc on en retient en tout cas un procès pour les victimes qui leur a permis d'être reconnues en tant que telles.

Comment certaines d'entre elles, les 37 que vous représentez, ont réagi hier soir ? Pas uniformément. C'est impossible de répondre aux questions sur les victimes en disant que les victimes pensent que pour certains, la peine était un sujet, pour d'autres pas du tout. Et j'ai envie de dire, celles et ceux qui ont participé, enfin qui se sont impliqués dans le procès, étaient plutôt indifférents. Il y a des liens qui se sont créés, des liens très forts. Il y a une confrontation avec les accusés qui a eu lieu, qui leur a permis aussi d'accéder à leur part d'humanité. On parle toujours de Salah Abdeslam, mais il y a tous les autres. Ça leur a permis de les entendre.

Ça leur a permis d'être entendus, de faire entendre aux accusés leurs souffrances. Et pour cela, la peine finalement n'était pas leur sujet principal. Maître Olivia Ronen, Maître Martin Vett, vous étiez tous les deux les avocats de Salah Abdeslam. Il écope donc de la perpétuité incompressible, c'est-à-dire la plus lourde peine du droit français. Comment avez-vous reçu ce verdict hier, l'un et l'autre ? Et comment il l'a reçu ? Alors, comment il l'a reçu ? On ne s'exprimera pas comment nous on l'a reçu. Il est vrai que de notre côté, on défendait le fait qu'il ne puisse pas avoir cette peine-là.

Juridiquement, on est vraiment sur une grande élasticité du droit pénal qui nous a été vendu par le parquet et manifestement adopté par les magistrats de la Cour d'Assise, spécialement composé. Juridiquement, je trouve ça extrêmement compliqué. On est normalement sur une interprétation stricte du droit pénal. On est normalement sur une interprétation stricte des qualifications qui sont proposées. Et là, on propose de condamner une personne dont on sait qu'elle n'était pas au Bataclan, comme si elle y était. Et véritablement, il y a des questions qui se posent. Et ce procès était extrêmement important. Ce procès était extrêmement émouvant. Ce procès était bouleversant.

Néanmoins, on ne peut pas cacher une déception du fait de voir qu'il y a eu, je pense, quelque chose d'un peu étrange dans l'application du droit. Comment vous réagissez à ce que dit... Je vais vous donner la parole, mais je voudrais entendre quand même Maître Claire Josseran-Schmidt. Comment vous réagissez quand vous entendez la déception de l'avocate de Salab d'Assise ? Elle se comprend parce qu'on est aujourd'hui avocat de partie civile, mais hier, demain, on sera avocat d'accusé. Donc, évidemment que c'est une réflexion que l'on comprend. Je pense que ça interroge également très profondément le sens de notre justice.

Punir, oui, mais quel espoir la justice peut-elle apporter à un accusé ? Ce n'est pas faire preuve d'angélisme de se poser cette question-là. Les crimes sont odieux. Moi, j'ai accompagné des gens pendant six ans. J'ai pleuré avec eux jusqu'à hier soir. J'ai pleuré avec eux. Le crime est odieux, évidemment. Il est pleinement responsable. Il n'a pas nié sa responsabilité. En tout cas, je n'ai pas entendu nier sa responsabilité. Il devait être puni sévèrement, ça c'est une certitude. Mais quel que soit le crime, quel espoir la justice accepte-t-elle de laisser perdurer ? Pour l'accusé, il va être condamné.

Ça peut être étonnant, ceux qui n'ont pas suivi le procès comme vous, qui ne sont pas avocats, de vous entendre et l'un et l'autre dire. Puisqu'au fond, ce qui tourne toute la question et que vous avez essayé de défendre l'un et l'autre avocat de Salah Abdeslam, c'est le terme d'incompressible. C'est-à-dire que vous saviez qu'il allait être condamné à la perpétuité, mais incompressible, c'est la plus lourde sanction. Question simple, est-ce que vous allez faire appel ? Vous avez 10 jours pour décider si vous allez faire appel ou pas de cette décision ? Alors, comme vous venez de le rappeler, nous avons 10 jours pour faire appel de cette décision.

Il y a une chose très simple, c'est qu'il ne faut pas réagir à chaud. Il ne faut pas être dans l'effet d'annonce. On a un délai de 10 jours. On va l'exploiter. On va prendre le temps d'en discuter évidemment avec le principal intéressé. Néanmoins, ça ne nous empêche pas d'avoir un commentaire à faire sur cette décision. Là où cette décision ne me paraît pas conforme à la justice, c'est que Salah Abdeslam écope de la même peine qu'Oussama Attar, qui a été condamné exactement dans les mêmes termes, Oussama Attar étant le commanditaire du 13 novembre.

C'est-à-dire que la justicière a condamné Salah Abdeslam de la même manière, dans les mêmes termes, qu'Oussama Attar qui est le commanditaire, c'est-à-dire qui est celui qui, dès la fin de l'année 2014, a pensé les attentats du 13 novembre, les a conceptualisés, les a organisés pendant près d'un an, avant le 13 novembre 2015. Et je crois qu'on ne peut pas se satisfaire d'une décision, au-delà de la question de faire appel ou pas, mais d'une décision qui met sur un pied d'égalité le commanditaire des attentats du 13 novembre et Salah Abdeslam qui n'est pas le commanditaire, de toute évidence.

6:58
Présentateur

Charlotte Piré, Sophie Parmentier, vous qui avez donc suivi avec minutie et rigueur pour inter ce procès pendant 10 mois, comment analysez-vous ce verdict ? Est-ce que c'est un verdict qui était attendu ou plein de surprises ?

7:14
Invité

Moi, ce que je note dans le verdict, c'est que tous les accusés ont été condamnés. C'est-à-dire qu'il y a plusieurs acquittements qui avaient été plaidés, avec des preuves qui étaient très minces concernant certains accusés. Et il y a des accusés à ce procès qui ont clamé leur innocence. Là, très clairement, la Cour n'a acquitté personne. Elle a condamné tout le monde à des peines diverses. Deux ans de prison pour l'un des accusés détenus qui est sorti de détention cette nuit. Il y a un accusé qui était sur un strapontin qui a été condamné à un an ferme seulement. Et donc jusqu'à cette perpétuité incompressible. Mais en tout cas, tous ont été condamnés.

Je crois que symboliquement, il y a quelque chose de fort là-dedans.

7:54
Présentateur

Sur ce point, Charlotte Piré ?

7:56
Invité

Alors effectivement, ils ont tous été condamnés. Ils ont aussi tous été condamnés globalement en dessous des réquisitions qui ont été portées par le parquet national antiterroriste. Pour certains, des peines qui sont très largement en plusieurs années de détention en dessous. Et puis, il y a quelque chose à noter sur la diversité, en fait. Et c'est vrai que ce n'est pas toujours très facile à appréhender de l'extérieur pour ceux qui n'ont pas suivi forcément au jour le jour les dix mois de ce procès. On a un peu le grand public et l'idée des terroristes dans le boxe. On avait une diversité et un niveau d'implication très très différent d'un accusé à l'autre. Et ça se ressent dans les peines.

Puisqu'effectivement, notamment les trois accusés qui comparaissaient libres ne retourneront vraisemblablement pas en détention. L'un est sorti dans la nuit. Et deux autres au moins peuvent avoir un espoir de libération assez prochain. Parce que, à eu égard au fait qu'il aurait été reproché, les peines ne sont évidemment pas les mêmes.

8:43
Présentateur

Claire Josserand Schmitt, je rappelle une fois encore que vous êtes avocate de 37 partis civils. Vous aviez insisté lors de votre plaidoirie en juin sur le besoin de réponses des victimes. Ils étaient venus aussi avec cette question lancinante. Pourquoi ? Avez-vous le sentiment que ce procès a pu amener des réponses à cette question terrible, vertigineuse de profondeur ?

9:09
Invité

Il faudra prendre le temps d'analyser. D'analyser ce qui a été dit dans ce procès. Ce qui est certain, c'est que tout ce qui a été dit doit servir à l'extérieur, dans la lutte antiterroriste. Personnellement, j'ai peut-être été un petit peu déçue du temps qui leur a été accordé pour s'exprimer. Bon, ça n'engage que moi. J'aurais aimé les entendre davantage. Alors, ils auraient pu parler davantage. Alors, est-ce qu'ils ne l'ont pas fait parce qu'ils ne souhaitaient pas ou parce qu'ils n'ont pas eu suffisamment de temps ? Pour ma part, j'aurais souhaité qu'il y ait des interrogatoires un peu plus longs, qu'il y ait des confrontations qui nous permettent d'en savoir davantage.

Malgré tout, il y a un dossier, il y a une enquête. Certains ont accepté de répondre. Je pense que malgré tout, on en a appris quand même. On a obtenu des éléments de réponse. On a étudié leur parcours. Mais il va falloir du temps. Il va falloir poser tout ça. Il va falloir du temps pour analyser tout ça. Salah Abdeslam, il a fini par parler, notamment avec vos questions. Qu'est-ce que vous retenez de ces moments où finalement, il a pris la parole alors qu'on pensait qu'il allait être mutique ? Mais je pense que c'était compliqué pour lui, au départ, de prendre la parole.

Et là encore, je le dis sans angélisme, mais de 13 objections, il sortait de 6 années de détention extrêmement contraignantes. Et cela interroge sa capacité au premier jour de s'exprimer. On a vu malgré tout au fil des semaines qu'il parlait, alors maladroitement parfois dans la provocation. Mais ce que l'on a ressenti, et j'inclus dans ma démarche ma consoeur Aurélie Cerceau, c'est que nous avons ressenti son besoin de parler. Et nous avons eu le sentiment qu'il avait besoin de parler. Et puis, on ne se départit pas d'un principe de notre système judiciaire, qui est celui de la présomption d'innocence. Les débats sont faits pour cela, pour parler, pour échanger.

Évidemment que l'on condamne les actes odieux, évidemment qu'il a sa part de responsabilité, mais il fallait de l'échange. Il a senti que c'était possible, on l'a eu. C'est tout. Olivier Renan, vous avez vu l'évolution de Salah Abdeslam au fil de tous ces mois de procès, entre son mutisme du début, je me présente comme un combattant de l'État islamique, et puis ensuite, ces mots où il a demandé pardon, de manière sans doute maladroite, où il a dit, je vous demande aujourd'hui de me détester avec modération, je présente mes excuses aux victimes, je sais qu'il y a une haine qui subsiste entre vous et moi, je sais qu'on ne sera pas d'accord, mais je vous demande de me pardonner.

Vous vous attendiez à ce qu'il prononce ces mots-là ? Vous avez réagi comment ? Vous l'avez vu comment ? Il était difficile de passer à côté de son évolution. Et s'il y a eu une vertu à ce procès de 10 mois, c'est le fait de pouvoir arriver un peu à mettre le doigt sur des personnalités et voir éclore certains caractères. Donc, ce procès a eu cette vertu. Après, il est vrai qu'on a eu une personne qui est restée mutique pendant 6 années d'instruction et qui, lors de son procès, a eu envie de s'expliquer, a eu envie de dire comment les choses s'étaient passées, a eu envie de permettre à la justice de comprendre comment les choses s'étaient passées. Et ça, c'est extrêmement important.

Et il est vrai qu'on peut se demander si la justice en a tenu compte.

12:20
Présentateur

Les deux psychiatres qui ont examiné Abdeslam ont dit avoir eu le sentiment d'être face à la banalité du mal. J'en cite un. L'immensité du mal commis ne pourrait relever que d'une personnalité immensément malade ou maléfique. L'histoire nous montre avec régularité que ça n'est pas le cas. Abdeslam, c'est la banalité du mal. Comment avez-vous reçu ces débats et ces analyses psychiatriques-là, Charlotte Piré ?

12:53
Invité

Alors, c'est le cas, en fait, dans tous les procès d'assises. C'est-à-dire que le monstre, ou la question étant de savoir si les actes monstrueux ont été commis par des monstres, on n'a jamais des monstres dans l'époque des cours d'assises. Ce n'est pas comme ça que ça se passe. Et donc, Abdeslam n'a pas fait exception. Ce que disait ce psychiatre aussi, c'était très intéressant. Et c'est vrai que, notamment pour l'avenir, et je pense aussi, pour les victimes, parce que beaucoup ont retenu ces paroles-là, c'est que lui avait décelé une oscillation, en fait, ce sont ces termes, entre le petit gars de Molenbeek, c'est comme ça qu'il l'a décrit, et le combattant de l'État islamique.

Et toute la question était de savoir de quel côté de la balance il allait choisir de pencher pour l'avenir. Ça, c'est un vrai questionnement qui se pose, et qui est important aussi pour nous, société, que de savoir comment on va aussi s'occuper de cette personne-là pour l'aider à pencher d'un côté ou de l'autre.

13:37
Présentateur

La oscillation est vacillement à partir du moment où l'une des facettes, celle du soldat, comme il le dit lui-même, de l'État islamique, s'effondre. À ce moment-là, il y a un effondrement intérieur, on dit les psychiatres. Il y a des questions au standard. Il y en a une, notamment, qui vous est adressée à vous, Olivia Ronen et Martin Vett, qui a réglé la facture des avocats de Salah Abdeslam ? Étiez-vous commis d'office ? C'est une question qu'on nous pose régulièrement. Oui, oui, je sais. Elle revient souvent au standard, dès qu'on fait des émissions sur des procès de ce type ou d'autre.

14:19
Invité

Alors, nous avons été rémunérés par l'aide juridictionnelle dans ce procès. Et je crois qu'il faut le dire, c'est l'honneur de la justice française que de permettre à tous les accusés, quels que soient les crimes qu'on leur reproche, de bénéficier d'une défense. C'est la condition sine qua non d'un procès équitable. Au-delà de ce qu'on pense sur le fond de la décision, c'est une question de principe sur laquelle, pour le coup, nous devons être absolument fermes. Et je crois qu'on peut se féliciter collectivement que la société française ait pu permettre aux avocats de tous les accusés, quels que soient les crimes qu'on leur reproche, de bénéficier de cette rémunération.

Ces dix mois de procès ont permis, vous le disiez au début, d'entendre les victimes, les familles des victimes. Et c'était vital pour eux et aussi pour la société française. Je voudrais savoir, vous tous, vous n'étiez pas du même côté du banc, quel est le témoignage qui vous a le plus troublé, bouleversé, arraché le cœur ? Moi, j'ai retenu Aurélie enceinte au moment des attentats, qui a perdu son compagnon ce soir-là, et qui se considère comme une athlète du deuil. Quels ont été les mots qui vous resteront toute votre vie ? Les mots des victimes ou des familles des victimes ? La question est posée à chacun d'entre vous. Olivia Ronen, je commence et puis...

Ils ont été nombreux, parce qu'on a eu un mois et demi de déposition, presque 400 en tout. Donc, il y a beaucoup de mots qui nous sont restés. Personnellement, j'ai retenu le témoignage dont vous parliez, Léa Salamé, d'Aurélie Sylvestre, mais également les mots de Gaëlle, qui, à la barre, nous a expliqué qu'elle était une gueule cassée, nous a expliqué la quarantaine d'opérations qu'elle avait eues. Et c'était une jolie femme. C'est toujours une jolie femme, très féminine. Elle nous expliquait qu'il allait falloir à nouveau avoir une opération, peut-être prélever des os de son crâne pour pouvoir les mettre ailleurs, et constituer à nouveau son visage.

Et j'ai trouvé ça extrêmement touchant, et c'est le moment où j'ai pu un peu vaciller.

16:18
Présentateur

Et vous, Claire Joss-Franc-Schmidt ?

16:20
Invité

Oui, il y en a beaucoup. Ce que je retiens globalement, c'est que tous ces témoignages leur ont permis de reconstituer le puzzle. Parce qu'il faut savoir quand même qu'après un tel traumatisme, la mémoire est bouleversée, la mémoire a chahuté. Donc déjà, ça leur a permis de se resituer, et de réécrire l'histoire. Ça a permis aussi à chacun de réinscrire son histoire individuelle dans une histoire collective, et de l'apporter à plusieurs. Et comme exemple, je vais citer le témoignage d'un de mes clients, Alain Vallette, dont le fils s'est suicidé deux ans après les attentats. C'était un témoignage très fort, il a parlé de balles psychiques, qui ont tué son enfant.

Ce témoignage est très fort, parce qu'il dit tout de l'importance de ces blessures invisibles. Ce n'est pas parce que ça ne se voit pas, que ça ne tue pas. Et ça a tué Guillaume.

17:05
Présentateur

Charlotte Piré.

17:07
Invité

Alors, c'est très difficile comme question, sachez-le, parce que tous ces témoignages, dans leur globalité, ont été bouleversants. Moi, il y a un sujet qui avait émergé pour moi, avant, quand j'ai commencé à travailler sur ce procès-là, qui est le sujet de la question des enfants qui ont été victimes de ces attentats. Et il y a notamment un témoignage qui m'a fait particulièrement vaciller, y compris à l'antenne, d'ailleurs. On a eu le grand-père d'un petit garçon qui se trouvait au Bataclan ce soir-là, qui avait cinq ans, avec sa maman et sa grand-mère, qui sont toutes les deux décédées.

Et ce grand-père a raconté comment il a rencontré le policier qui l'avait récupéré dans le Bataclan, caché sous un corps. Et à quel moment, quand ce policier prend cet enfant dans ses bras et essaie de le cacher sous sa veste, cet enfant lui dit « Vous êtes gentil, monsieur. » « Vous êtes gentil, monsieur. » Et j'ai trouvé que dans ces paroles-là, il y avait en creux l'immensité de l'horreur que cet enfant a dû subir, voire écouter. On ne le sait pas, parce qu'il ne met pas de mots encore aujourd'hui sur ce traumatisme-là. Mais effectivement, j'ai trouvé qu'il y avait quelque chose de terriblement vertigineux dans ce témoignage-là.

18:13
Présentateur

Sophie Parmentier ?

18:15
Invité

Alors, il y en a beaucoup, pour moi aussi, évidemment, qui m'ont bouleversée. Je pense à Maya, qui était au Carillon, qui est la première que j'ai vue avec des larmes, des plaques rouges sur les joues au moment où elle racontait ce qu'elle a vécu au Carillon. Elle était, avec l'amour de sa vie, son premier amour, avec des amis. Il n'avait pas 30 ans, il parlait de leur anniversaire. Et les terroristes sont arrivés. Et Maya a raconté qu'elle s'était protégée dans le caniveau, derrière les roues d'une voiture, et puis qu'elle avait vu un trou dans sa bottine, qu'elle avait vu le regard vide du premier amour de sa vie.

Elle était d'une dignité extraordinaire, avec ce visage en larmes, ruisselant. Elle expliquait qu'elle avait dû se battre pour tenir debout, qu'elle était debout et qu'elle voulait juste vivre. Et j'ai trouvé ça profondément bouleversant.

19:01
Présentateur

Les larmes, on les a tous aux yeux dans ce studio, Martin Vett ? Moi, je retiens,

19:07
Invité

évidemment, c'est très difficile de faire le tri, si je puis dire, mais la déposition de la maman de Lamia a eu un retentissement majeur sur ce procès. Elle a perdu sa fille à la terrasse de la baie d'équipe qui prenait un verre avec son compagnon. Les deux sont décédés. Son retentissement, enfin, sa déposition, pardon, a eu un retentissement très très important. Et puis, je retiens aussi les dépositions de partis civils qui ont dit, après les excuses de Salah Abdeslam, qu'ils avaient entendues ces excuses, qu'ils les avaient entendues. Et voyez, ce que certaines victimes ont su faire, je regrette que la cour ne l'ait pas fait.

19:44
Présentateur

On passe au standard d'Inter où nous attend Vincent. Bonjour, Vincent. Rapprochez-vous de votre téléphone qu'on vous entende bien. Oui, bonjour. Vous êtes là ? Oui, tout à fait. On me dit que vous êtes psychiatre ? Oui, c'est ça. Allez, on vous écoute.

20:01
Auditeur

Je voulais savoir, dans l'hypothèse la plus vraisemblable qu'il y aura appel concernant Salah Abdeslam puisque, effectivement, l'appel paraît évident puisqu'il ne peut pas avoir une peine beaucoup plus lourde que la peine qu'il a là. Donc, la question que je me posais, est-ce que comment la durée du procès qui va venir, le second procès, va-t-il être aussi long que le premier ? Comment les victimes qui pourraient peut-être maintenant être un peu en paix avec la fin de ce procès ? Vont-elles à nouveau en durée dix semaines ou douze semaines à nouveau de déposition ? Et donc, je me demandais vu que c'était une cour d'assises de professionnels, quelle était l'idée ?

Est-ce que c'était politique pour contenter un peu ? Enfin, je ne vois pas. On voit bien que l'avocat de la défense serait contenté d'une perpétuité. Or, là, effectivement, on est presque certain qu'il va y avoir un appel. Je ne vois pas comment ils vont faire autrement.

21:05
Présentateur

Merci Vincent pour cette question. Alors, sur l'hypothèse d'un deuxième procès et ses modalités, peut-être Charlotte Piré ?

21:12
Invité

Alors, il est très probable qu'il y ait un appel. Effectivement, il y a 14 accusés qui étaient présents à l'audience qui peuvent faire appel s'ils le souhaitent et il y a eu plusieurs perpétuités prononcées. Mais pas que. Il y a aussi d'autres accusés qui clamaient leur innocence et qui ont été condamnés et qui peuvent faire ce choix-là. Il est très probable aussi que cet appel soit de moindre ampleur par rapport au procès de première instance.

C'est ce qu'on voit, par exemple, avec le procès des attentats de janvier 2015 sur l'Hiebdo, Montrouge et l'Hypercacher dont l'appel va arriver dans les prochains mois à l'automne et qui sera vraisemblablement réduit par rapport à celui de première instance. Quant aux dépositions des parties civiles, personne n'est obligé de venir déposer à la barre. D'ailleurs, 415 l'ont fait mais elles sont 2400 au total. Donc, celles qui estiment l'avoir fait une fois et que ça leur suffit dans leur démarche à elles et dans ce qu'elles ont pu apporter à la justice ne reviendront pas au procès en appel.

21:58
Présentateur

Sophie Parmentier, un mot ?

22:00
Invité

Oui, c'est-à-dire que la longueur du procès, c'est aussi parce qu'il y avait autant d'accusés. S'il y a peu d'accusés qui font appel, bien sûr, le procès en appel sera moins long.

22:08
Présentateur

Une question pour les avocats de Salah Abdeslam. Est-ce qu'il est désormais libéré de la surveillance vidéo 24h sur 24 dans sa cellule ? Qui veut répondre, Olivia Ronen ? C'est une excellente question. C'est Jules qui la pose sur l'application de France interne.

22:26
Invité

Il faut dire que ça a été quelque chose qu'on a dénoncé, qu'on a pu dénoncer notamment au cours de nos plaidoiries. Alors, on sait que ce n'est pas toujours simple d'accueillir des critiques sur les conditions de détention de Salah Abdeslam. On sait qu'il y a beaucoup de choses qui sont difficilement audibles. Il n'empêche qu'on a des principes qui sont très fermes normalement dans notre pays et qui devraient permettre au moins d'honorer la dignité des uns et des autres. Et là, il y a eu cette surveillance de deux caméras pendant six années qui a rendu les choses très difficiles.

Ce que j'ai essayé de dire à la cour, c'est qu'il faut s'imaginer scruter chaque heure, chaque minute dans les moments les plus intimes. Et donc, là, est-ce que les choses vont changer ? On peut imaginer que oui parce que l'idée était quand même de le faire arriver vivant à son procès. L'idée était de faire qu'il évite de se suicider avant. Donc, on peut imaginer que oui, mais pour le moment, on n'a absolument aucune garantie, aucune certitude. Et là, aujourd'hui, demain, vous allez le voir, ces deux avocats, et lui poser la question de s'il veut faire appel ou pas. C'est ça qui va se passer. On va discuter, oui. Pour l'instant, il ne vous a pas ni dit oui, oui, ni non.

Alors, comme vous le savez, il y a le secret professionnel, il y a le délai d'appel et évidemment, qu'en dernier lieu, c'est une décision qui lui revient.

23:36
Présentateur

Le même Jules, toujours sur l'application, nous dit qu'il était au Bataclan le 13. Il cite la question que je vous ai posée et il dit, pour répondre à Nicolas Demorand, non, on n'a pas eu de réponse au pourquoi. Parfois, la faute du juge qui avait tendance à trop couper la parole aux accusés alors qu'on sentait que des choses pouvaient être dites. Que répondez-vous à ce constat, cette observation, Claire Joss-Ranchmitt ?

24:03
Invité

Oui, mais alors, on peut toujours critiquer le calendrier d'audience et puis la façon dont l'audience est menée. Il y avait de toute façon une difficulté qui a résolu quand même le président sur ces 10 mois, c'est de tout faire tenir en 10 mois. C'est déjà un procès extrêmement long. Après, voilà, oui, je vous l'ai dit, on aurait souhaité en entendre davantage. Considérez qu'on a eu des réponses exhaustives, je rejoins votre auditeur. On aurait, oui, effectivement, aimé les entendre davantage.

C'est aussi pour cela qu'on a insisté dans les questions qu'on a posées, notamment à Salah Abdeslam, quand on a senti qu'un échange était possible et puis qu'il y a une part d'humanité à côté de laquelle les victimes ne passent pas. Pour terminer, je vais vous lire la réaction sur l'appli d'inter de Marine. Je suis avocate et impressionnée par les confrères que j'entends aujourd'hui. Merci pour la justesse de vos propos et la dignité que vous portez tous. Je sais le poids des dossiers, les répercussions sur les vies de ceux qui les défendent. Le courage de la défense est immense. Voilà le message d'une collègue avocate qui vous écoute ce matin.

Nous, on est admiratifs du travail de nos consorts à nous, journalistes, Charlotte Piré et Sophie Parmatier qui ont vraiment tenu pendant ces dix mois et on vous a vu de loin dans cette vie à côté de la vie pendant ces dix mois de ce procès et dans cette ville à côté de la ville ou à l'intérieur de la ville de Paris où vous avez suivi avec rigueur, avec minutie, avec émotion aussi. Ce procès, vous l'avez fait vivre sur l'antenne. Merci.

25:33
Présentateur

Merci infiniment à tous d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Ça a été dur.