Intervention américaine au Venezuela : pourquoi E.Macron a-t-il opéré un revirement ?
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Europe 1 Info, Clélie Mathias. La suite sur Europe 1 à 13h32 avec vos deux chroniqueurs Clélie, Jules Therès et Xenia Federova. Bonjour Xenia Federova. Bonjour. Soyez la bienvenue. On va commencer justement par Emmanuel Macron qui s'adressait aux ambassadeurs, c'est le traditionnel vœu aux ambassadeurs du chef de l'État. Et il a réagi à ces événements internationaux de ces derniers jours et notamment au coup de force de Donald Trump au Venezuela. Écoutez le président de la République.
Les États-Unis sont une puissance établie mais qui se détourne progressivement de certains de ses alliés et s'affranchit de règles internationales qu'elles promouvaient encore récemment, qu'il s'agisse du commerce, de certains éléments de sécurité ou de certaines enceintes. Et la Chine est une puissance toujours montante qui doit faire le choix de partenariats diversifiés mais qui témoigne d'une agressivité commerciale de plus en plus désinhibée et surtout depuis la période de sortie Covid et qui met à mal aujourd'hui l'économie européenne.
Jules Torres, on est loin finalement des premières déclarations après le coup de force de Donald Trump au Venezuela et de ce premier tweet du président de la République qui avait été d'ailleurs très apprécié par Donald Trump. Là, il le dit clairement, les États-Unis se détournent progressivement, ainsi que de certains alliés, et ça franchit des règles internationales.
Oui, visiblement Emmanuel Macron a lu le JDD dimanche parce qu'évidemment, il assiste comme tout le monde assiste à ce nouvel ordre mondial où il y a un retour des grandes puissances, un recours des grands empires. Alors on peut aussi parler d'impérialisme pour les Américains, on parle de zone d'influence. Ben oui, c'est le cas aujourd'hui, mais on a bien quand même compris qu'Emmanuel Macron, il jouait coup double dans cette affaire. Samedi, il fait un tweet pour se féliciter de la chute du régime de Maduro sans parler du bafouement du respect du droit international des Américains, mais parce qu'on savait très bien qu'il avait un enjeu.
C'était mardi, cette coalition des volontaires qui se réunissait au palais de l'Elysée pour signer une déclaration d'intention pour envoyer des soldats, des soldats britanniques et français, en Ukraine et avoir le soutien durable des Américains, et notamment via l'intermédiaire de M. Witkoff. Donc c'est pour cela que les premiers jours, il ne voulait pas heurter la sensibilité américaine.
Je ne crois pas que les Américains connaissent très bien Maude Brejon, la porte-parole du gouvernement, ou même le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui eux ont été sur la ligne de « on se félicite de la chute de Maduro, mais on condamne l'intervention américaine, qui n'était pas la position du président de la République ». C'est pour cela qu'aujourd'hui, il change complètement son fusil d'épaule et qu'il consacre le fait qu'on n'est plus dans cet ordre mondial qui régissait le droit international depuis 1949 et la signature du traité de l'Atlantique Nord. C'est terminé tout ça. Le multilatéralisme ne fonctionne pas.
Et d'ailleurs, dans son discours, il me dit « il acte le fait qu'il y a ». Oui, mais justement, le monde a changé,
et le nouvel ordre mondial, celui issu de la Seconde Guerre mondiale, n'est plus en vigueur visiblement. Mais qu'est-ce que ça change ? Ça y est, il s'offusque et…
Eh bien, c'est tout le problème. C'est tout le problème, c'est que l'Europe et les dirigeants européens ne sont que dans les incantations. Oui, il faut acter le fait qu'on est dans un nouvel ordre mondial, ça c'est très bien, mais en revanche, qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce que va faire demain les Danois et les Européens si le Groenland est envahi ? Parce qu'à part dire « il ne faut pas le faire, Donald Trump ne va pas le faire, il ne faut pas qu'il le fasse », bon, j'ai l'impression qu'on est un petit peu dans des prophéties autoréalisatrices.
Il faut quand même savoir que si demain, les Américains envahissent le Danemark, bon, a priori, là, on est plus sur un rachat, le Danemark ne pourra rien faire, sachant qu'il y a des F-35 danois qui sont des avions américains qui peuvent être immobilisés par les Américains du jour au lendemain, qu'on est complètement des vassaux des Américains aujourd'hui, que ce soit sur notre diplomatie, sur l'économie, ou même sur notre armement, donc à un moment donné, il va falloir changer notre modèle. Il faut changer le modèle et accepter qu'on n'est plus du tout dans cet ordre mondial qui a régi le monde pendant les 80 dernières années.
Votre réaction, Xavier Federova ? Sur quelle partie ? Sur le fait que... Parce qu'il y a beaucoup de sujets. Oui, c'est vrai d'ailleurs, vous avez raison. Je vais préciser un petit peu ma question. Déjà sur la voix d'Emmanuel Macron et ce qu'il a dit tout à l'heure devant les ambassadeurs réunis à Paris pour les voeux du chef de l'État aux ambassadeurs. Et sur ce revirement et ce changement de position où maintenant, voilà, il dénonce ce coup de force intenté par Donald Trump contre le Venezuela et contre Maduro.
Emmanuel Macron a essayé d'un peu suivre la majorité de voix aujourd'hui qui pense que c'est la tranche de loi internationale par Donald Trump et par les États-Unis. Après, je pense qu'il comprend très bien, tous les cas, tout le monde comprend que les États-Unis sont en train d'exécuter une façon de politique pour les années de venir où une puissance, une grande puissance, une puissance militaire peut se permettre de faire les choses contre la loi internationale. Et en fait, je pense qu'on va voir les mondes changer énormément à cause de cette position des États-Unis.
Parce qu'on peut attendre que la Chine va faire la même chose éventuellement avec Taïwan ou dans les zones d'influence de la Chine. On peut attendre la même chose. En fait, on voit que cette situation change énormément avec les conflits en Ukraine aussi. Mais jusqu'à maintenant, on a vu que la Russie a quand même essayé de respecter les lois internationales. Sauf que les lois internationales n'existent pas depuis les bombardements de Yougoslavie, de Serbie par l'OTAN. Vous dites que la Russie a respecté le droit international ? Moi, je pense que oui. Parce que si on regarde la façon comment Donald Trump a fait avec Madour, la Russie n'a pas kidnappé Zelensky et sa femme.
Oui, il faut même rentrer dans le pays. Oui, on peut parler d'invasion, évidemment. Mais encore une fois, pour la Russie, ce n'est pas une invasion. Pour la Russie, c'est une opération militaire pour sauver les russes au fond dans la région de Donbass. Ça, c'est ce qu'a dit évidemment le Kremlin. C'est la justification du Kremlin. Voilà, il a toujours ses points de vue différents.
Emmanuel Macron