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interviewBLAST (sur YouTube)· 24 février 2022 17 min

UKRAINE : L'ÉCHEC DE MACRON

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Vous constatez, cher président, que ces efforts n’ont pas été complètement suivis d’effet. Est-ce que Vladimir Poutine a respecté sa parole ? La réponse est non.

Je ne sais pas s’il s’est fait manipuler. Hier matin, on se lève avec une annonce de l’Élysée en sauveur de paix disant : “Il va y avoir un sommet Biden - Poutine” et hier soir, on se couche avec une invasion d’une partie de l’Ukraine par Poutine. On comprend toutes les raisons qui ont pu conduire les Russes à se comporter de cette manière, mais ils se comportent d’une manière que nous, on ne peut pas accepter.

Il faut effectivement investir dans nos armements, considérer qu’il y a de nouvelles menaces, arrêter de faire de la Russie un ennemi. Marine Le Pen, quelque part, depuis très longtemps est la porte-parole de Vladimir Poutine en France. Éric Zemmour est fait du même bois.

Emmanuel Macron et la guerre en Ukraine, la machine infernale des parrainages, et une étrange proposition de nomination au Conseil constitutionnel, c’est le sommaire du numéro 33 d’un Bourbon Sinon Rien. Comment la guerre en Ukraine ne se serait-elle pas invitée, mardi, à l’Assemblée nationale ? La veille, l’Élysée avait annoncé une rencontre entre Joe Biden et Vladimir Poutine, un sommet à l’initiative d’Emmanuel Macron.

Le soir même, le maître du Kremlin reconnaissait l’indépendance du Donbass et annonçait le déploiement de ses troupes dans cette enclave ukrainienne. Emmanuel Macron est visiblement allé un peu vite en besogne. Lors de la séance des questions au gouvernement, Jean Castex s’est expliqué sur ce revers de la diplomatie française et européenne.

Emmanuel Macron préside en effet le conseil européen jusqu’au 1er juillet. Vous constatez, cher président, que ces efforts n’ont pas été complètement suivis d’effet. Évidemment, ça ne saurait en quoi que ce soit invalider leur absolue nécessité et la poursuite inlassable de la France et de ses alliés occidentaux dans la recherche de la paix.

Aujourd’hui, la Russie, par les actes et les déclarations du président Poutine hier soir, a franchi une étape supplémentaire que nous avons condamnée avec la plus grande fermeté. Emmanuel Macron a-t-il été naïf ? Pour Christophe Castaner, c’est Poutine qui n’a pas été loyal.

Est-ce que Vladimir Poutine a respecté sa parole ? La réponse est non. Il se trouve que la solution diplomatique s’appuie sur le respect, à minima, de la parole donnée.

Le président Poutine s’en est totalement affranchi, c’est regrettable. L’explication est un peu courte. Poutine est un ancien du KGB, les services secrets de la défunte Union soviétique.

Autrement dit, un manipulateur-né. Emmanuel Macron aurait dû se méfier. Je ne sais pas s’il s’est fait manipuler, mais le résultat c’est qu’il a été, à son corps défendant, une forme de camouflage pour le président Poutine, qui a laissé entendre qu’il pouvait être dans la désescalade, qu’il pouvait être dans le dialogue, alors même qu’il avait prévu d’annexer, en fait, les territoires du Donbass.

Et si, tout simplement, Emmanuel Macron avait péché par orgueil, se voyant déjà en sauveur de la paix à la veille de la présidentielle ? Franchement, hier matin, on se lève avec une annonce de l’Élysée en sauveur de paix disant : “Il va y avoir un sommet Biden - Poutine” et, hier soir, on se couche avec une invasion d’une partie de l’Ukraine par Poutine. On a une vraie gêne à voir que notre président de la République s’est fait balader par le dictateur russe.

C’est ça la réalité. Honnêtement, après son échec au Liban, après l’humiliation en Australie et les sous-marins, après le Mali qu’on doit quitter piteusement par les échecs de sa stratégie ou de ses stratégies successives au Mali, cette humiliation du président russe en direction du président de la République, mais donc en direction de la France, ça fait beaucoup pour la France. Si le président de la République s’est fait balader, c’est peut-être aussi parce qu’il est incapable de se mettre dans la tête des Russes.

Une fois que l’Union soviétique a implosé, les… ce qu’on appelait “l’ouest”, le camp de l’ouest, avait pris l’engagement qu’on n’étendrait pas la limite de l’OTAN. Les États-Unis en ont profité pour se dire : “Puisque c’est comme ça, on avance” accomplissant une politique qui n’avait plus de sens, car, avant, il s’agissait d’encercler l’Union soviétique, pas la Russie. La Russie, c’est un pays capitaliste comme un autre aujourd’hui.

Le gouvernement de Poutine a essayé continuellement de reprendre le terrain, notamment en termes de puissance militaire, d’équipement, de modernisation. On comprend toutes les raisons qui ont pu conduire les Russes à se comporter de cette manière, mais ils se comportent d’une manière que nous, on ne peut pas accepter. D’abord, on ne peut pas accepter qu’ils roulent notre président dans la farine, même si on est des opposants.

Quand même, c’est la France, c’est notre pays ! Et puis, deux, on ne peut pas accepter la méthode de l’invasion permanente, ça, ce n’est pas possible. Jean-Luc Mélenchon met en cause l’OTAN.

Cette alliance militaire, dominée par les Américains, est-il besoin de le rappeler, a une conception du droit international à géométrie variable. Elle ne se préoccupe de l’intégrité territoriale des États que lorsque ça l’arrange. À preuve la sécession du Kosovo en 1999 et le bombardement de Belgrade.

Ça a commencé avec la puissance américaine qui, en 1999, en déclarant l’indépendance du Kosovo et en faisant exploser un pays qui était la Serbie, a provoqué la colère des Russes. Et les Américains s’étaient eux-mêmes assis sur la Charte des Nations Unies. Donc en réalité, à partir du moment où vous avez deux grandes puissances mondiales qui ne respectent pas le droit, eh bien ce droit n’a quasiment plus aucune valeur.

Notre vision du monde, qui est une vision fondée sur le droit, est aujourd’hui totalement dépassée par l’évolution géopolitique. Ça signifie qu’il faut effectivement investir dans des armements, considérer qu’il y a de nouvelles menaces, arrêter de faire de la Russie un ennemi. Les Russes sont redoutables.

Depuis plusieurs années, dans l’ombre, ils ont tissé leur toile en France : une cinquième colonne prête à passer à l’action. Heureusement, un homme a démasqué ces envahisseurs. C’est le David Vincent de l’Assemblée nationale.

Le Rassemblement national est le relais actif des positions de Vladimir Poutine en France depuis de très nombreuses années. Ils sont les relais conscients, dans les médias, dans les débats publics, dans les débats politiques, des positions du Kremlin. Marine Le Pen, quelque part, depuis très longtemps est la porte-parole de Vladimir Poutine en France.

Éric Zemmour est fait du même bois, est fait du même métal que celui de Marine Le Pen. C’est l’histoire de l’arroseur arrosé. Voilà que l’extrême droite française, qui s’est construite en partie sur la dénonciation de la menace soviétique, se retrouve aujourd’hui accusée d’être à la solde de Moscou.

Ces enfantillages cachent mal l’impuissance européenne. En son temps, le Général de Gaulle avait compris le piège que représentait l’OTAN : cette alliance militaire ne sert que les États-Unis. Au moment où une nouvelle guerre éclate sur le sol européen, il est bon de s’en souvenir, surtout si le vieux continent veut stopper l’agression russe.

Je vous en ai longuement parlé lundi dans la Guerre du trône, les difficultés rencontrées par Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Éric Zemmour pour recueillir leurs 500 parrainages prennent des proportions inquiétantes. Marine Le Pen a carrément suspendu sa campagne pour se consacrer au démarchage des élus. Pour prévenir l’accident démocratique qui s’annonce, François Bayrou a mis sur pied une “banque” des parrainages.

Vous avez cette initiative, cette “banque” des parrainages. Je rappelle que le site qui est mis en place s’intitule Notredémocratie.fr.

Elle comptait hier près de 85 maires. C’est bien cela, François Bayrou ? Et aujourd’hui nous dépassons 120.

Ces maires disent une chose très simple, ces maires, ces élus capables de parrainer, disent : “nous voulons garantir que la démocratie soit transparente, que puissent se présenter même des gens avec qui nous sommes en désaccord profond.” 120 parrainages, c’est mieux que rien. Mais s’ils sont saupoudrés sur chacun des trois candidats, ça ne suffira pas.

Et puis, cette initiative vient bien tard. J’aurais aimé que François Bayrou ait cette initiative en faisant voter une loi avec ses amis, qui tiennent la majorité ici à l’Assemblée nationale, et qui permette qu’il y ait des parrainages citoyens et pas que des parrainages d’élus. Parce que là, on organise une espèce de loterie.

On va faire une banque et puis après on tire au sort à qui on donne la voix… Dans l’immédiat, le président de l’UDI incite ses amis politiques à venir en aide aux candidats en difficulté. J’ai dit aux élus de l’UDI qui n’ont pas encore parrainé Valérie Pécresse qu’ils devaient réfléchir éventuellement à permettre à d’autres candidats de se présenter parce qu’il n’est pas normal qu’ils soient éliminés par ce système. Il ne reste plus beaucoup de gens qui n’ont pas parrainé.

C’est mon cas, et moi je vais parrainer un des trois candidats qui aujourd'hui sont en carafe ou en difficulté pour les signatures, tout simplement parce que je combats ses idées, mais il n’y a pas de raison qu’il ne puisse pas les exprimer. Vous choisissez qui ? Ce sera Jean-Luc Mélenchon parce que, dans ma circonscription, à la dernière élection présidentielle, c’est lui qui est arrivé en tête.

Par respect pour les électeurs de ma circonscription, ils n’ont pas à être privés de ce choix-là à l’élection présidentielle. Les socialistes, eux, se montrent moins généreux. Il est vrai que si Jean-Luc Mélenchon ne pouvait pas se présenter, cela arrangerait les affaires de leur candidate.

Écoutez, il y a 42 000 élus qui peuvent apporter leur parrainage. Ils ne sont pas tous du Parti Socialiste, ça se saurait. Donc il y a la place pour que les autres candidats obtiennent leurs parrainages.

J’observe d’ailleurs qu’un certain nombre de candidats, je pense à madame Arthaud, je pense à Jean Lassalle, voilà, je le savais, merci, Jean Lassalle, ont leurs 500 signatures. Voilà, donc on ne va pas régler le problème de la division de l’extrême-droite. Du côté des Républicains, on est sur la même ligne.

Ce qui n’est pas très habile. Car si Valérie Pécresse veut conserver une maigre chance d’être au second tour, elle a tout intérêt à ce que Zemmour et Le Pen soient sur la ligne de départ. Comment se fait-il que Nathalie Arthaud, Jean Lassalle, arrivent à avoir leurs parrainages, et que monsieur Zemmour et madame Le Pen n’y arrivent pas ?

Moi, je souhaite qu’ils soient candidats, je ne veux pas d’accident démocratique. Mais… moi, je parraine la candidate que je soutiens. Oui mais si vous ne les parrainez pas, il y aura un accident démocratique.

Non, ce n’est pas à nous LR de parrainer des candidats qui sont autres. Nous, la ligne elle est claire, c’est que les élus LR soutiennent la candidate LR. Ensuite il y a plein d’élus qui n’ont pas d’étiquette.

C’est à eux de prendre leurs responsabilités. Socialistes et Républicains se lavent les mains de cette question des parrainages. Ils oublient simplement que l’élection présidentielle perdra toute sa légitimité si Mélenchon, Zemmour ou Le Pen venaient à ne pas pouvoir se présenter.

Le 15 février, Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, a proposé de nommer au Conseil constitutionnel une magistrate, Véronique Malbec, l’actuelle directrice de cabinet du garde des Sceaux. Jusque-là, rien de choquant. Mais voilà, en 2017, cette magistrate était la supérieure hiérarchique du magistrat qui a classé le dossier des Mutuelles de Bretagne au bénéfice de la prescription.

Une affaire dans laquelle Richard Ferrand était poursuivi pour prise illégale d’intérêts. De là à conclure à un renvoi d’ascenseur, il n’y a qu’un pas. C’est ce qu’on appelle en droit la théorie des apparences : un principe d’inspiration anglo-saxonne qui veut que les décisions de la Justice aient l’obligation d’écarter tout risque de suspicion dans l'opinion.

C’est de cette théorie dont il fut largement question mercredi après-midi à la commission des lois. Celle-ci auditionnait justement Véronique Malbec. On est tous interrogatifs, à tort ou à raison !

Et quand bien même ce serait à tort, interrogatifs sur le choix qui est fait par le président de l’Assemblée de vous nommer. Même si c’est à tort. Et donc, puisqu’on dit parfois que le Conseil constitutionnel c’est le “Conseil des sages”, considérez-vous, personnellement, un acte de sagesse d’accepter une telle proposition qui, en dépit des faits et des réalités, va jeter un peu plus d’opprobre sur une institution majeure qu’est le Conseil constitutionnel.

Je le dis sans détour, Madame Malbec, vous auriez dû refuser la proposition qui vous a été faite. Si vous croyez à ce que vous racontez sur l’indépendance, vous auriez dû refuser. Et oui, je m’adresse à vous, chers collègues de la majorité, chers collègues en général, pour que vous rendiez un avis défavorable à la proposition qui est faite par le président de l’Assemblée nationale, parce que la proposition de nommer madame Malbec entâche l’impartialité, l’indépendance, la théorie des apparences, tout ce que nous sommes en droit d’attendre d’une nomination de ce genre.

Est-elle légitime ou pas ? Certains diront “non”, certains autres diront “oui”. C’est la question de la théorie des apparences, parce que ce n’est pas un mauvais procès, contrairement à ce que j’ai pu entendre, mais finalement un attachement à nos institutions.

Et si nous ne posions pas ces questions qui ont traversé la presse, qui nous ont interrogés, nous manquerions finalement à notre devoir et on nous reprocherait, nous, législateurs, de faire l’impasse sur des questions qui ont préoccupé la sphère publique. Donc je pense qu’il ne faut pas s’offusquer de ces questions qui peuvent paraître quelquefois déplacées pour certains. “Il ne faut pas s’offusquer de ces questions”, dit la rapporteure de la commission des lois, Cécile Untermaier.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Richard Ferrand, n'était pas dans cette disposition d’esprit, le matin, devant mes confrères de l’Association des journalistes parlementaires. Écoutez sur quel ton le président de l’Assemblée nationale répond à la question que lui pose Antoine Etcheto pour Blast : Je voulais revenir sur la nomination de madame Malbec au Conseil constitutionnel. N’était-il pas malvenu d’alimenter des soupçons d’un éventuel favoritisme en proposant cette magistrate, quand on connaît le rôle qu’elle a joué dans le classement de votre dossier dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne, merci ?

Quel rôle ? Le fait que votre dossier ait été classé sans suite. Donc, quel rôle ?

Elle était au parquet de Rennes. Oui, et alors ? On peut imaginer… Non mais soyez précis.

Parce que ma réponse va être précise. Soyez précis dans votre question. Oui, donc le fait… Soyez précis, que tout le monde entende le journalisme que vous pratiquez.

Ah ! Je vous épargne les minutes qui suivent pour aller directement à la conclusion : Et je vous rappelle donc que, malgré les stupidités qui ont été écrites, cette dame, lorsqu’elle était procureure de Rennes, outre que je n’en savais rien, n’a évidemment joué strictement aucun rôle sur cette affaire, et j’ajoute que la décision prise a été ensuite confirmée par des juges du siège trois ou quatre ans après. Donc vous voyez, c’est terrible, c’est terrible, cet aveu de l’obsession du soupçon, du vice, de cette idée que les uns et les autres seraient nécessairement sales, travailleraient dans le renvoi d’ascenseur.

Tout ça est grotesque et c’est salissant, mais au moins autant pour ceux qui le prétendent. Quoi qu’en dise Richard Ferrand, le trouble suscité par cette proposition de nomination est manifeste. Sur les 41 votants de la Commission des lois, seuls 27 se sont prononcés en faveur de Véronique Malbec.

Pas très glorieux. Chronique parlementaire, Un Bourbon Sinon Rien épouse le calendrier de l’Assemblée nationale et celle-ci suspend ses travaux le 27 février. C’est la fin de la législature.

Je reprendrai donc l’émission après les élections législatives, à la fin du mois de juin. Avec bien sûr, un nouveau casting, puisque les Français se seront prononcés sur leurs représentants dans l’intervalle. Mais la politique ne déserte pas la case du jeudi.

La Guerre du trône sera désormais présente deux fois par semaine, le lundi et le jeudi. Et, de temps à autre, il y aura un entretien à la place d’un des deux rendez-vous. Si vous avez apprécié cette chronique, si vous voulez nous soutenir, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube.

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