LE JOURNAL - JEUDI 08 FEVRIER 2018
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
[Musique] Nous sommes le 8 février 2018. Le 20h s’est échappé de la télé. Vous regardez le journal du média.
Bonsoir à tou.te.s.
Dans le journal ce soir, Marc De Boni se lance dans une entreprise de démystification de Laurent Wauquiez le nouveau patron de “Les républicains”. Bonsoir Aude, alors effectivement ce soir on va essayer d'y voir un peu plus clair dans le jeu de cet ambitieux qui est controversé jusqu'au sein de son propre parti. Nous reviendrons sur la victoire des chibanis contre la SNCF leur avocate, Clélie de Lesquen, sera en plateau avec Reda Settar et enfin nous parlerons d’un barrage électrique qui a failli provoquer une guerre dans la corne de l'Afrique, ce sera avec Léonard Vincent, on voit ça tout à l'heure.
Mais d'abord c’est l’actu. Le 7 mars prochain le gouvernement présentera un projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles c'est dans ce cadre que le Sénat a rendu aujourd'hui un rapport sur les infractions sexuelles sur mineur.e.s le texte fixe une liste de 34 recommandations qui pourraient avoir un impact sur la future loi. -Virginie tu nous en dis un peu plus -Oui, parmi elles il y en a qui paraissent évidentes comme la sensibilisation des enfants à l'école, ou encore la formation des professionnel.le.s, comme les médecins ou les enquêteurs/trices de police et dans ce rapport le Sénat s'accorde avec le gouvernement pour alléger /!\ de 10 ans le délai de prescription mais ils s'opposent sur un point important de la future loi, c'est la création d'un âge de consentement à un acte sexuel.
Le gouvernement veut faire entrer dans la loi ce qu'il appelle une présomption de non consentement de la victime au-dessous d'un certain âge Emmanuel Macron a d'ailleurs dit qu'à titre personnel il souhaitait que cet âge soit fixé à 15 ans c'est à dire que tout acte sexuel sur mineur.e.s de moins de 15 ans serait considéré comme une agression ou un viol mais (!!!) les sénateurs/trices trouvent cette mesure brutale et arbitraire on a demandé à Mié Kohiyama qui est journaliste et qui a été victime de viol à l'âge de 5 ans ce qu'elle en pense Mié Kohiyama connaît très bien le sujet puisqu’elle a été auditionnée au Sénat en décembre dernier, on écoute : Pourquoi les associations, les professionnel.le.s, tout le monde demande un âge de consentement légal ?
Parce que en France il y a un problème majeur de protection de l'enfance, et c'est une question de protection absolue de l’enfant je ne vois pas pourquoi ils/elles s'opposent à la question fondamentale : pourquoi on fixe un âge de consentement légal, un seuil minimum? C'est pour protéger absolument l’enfant, point barre. Je suis extrêmement déçue parce que l'urgence c’est effectivement de protéger l’enfant !
Donc là on nous dit, non on ne va pas fixer un âge de consentement légal et on nous dit même : C’est arbitraire et brutal, je suis désolée, j’ai envie de dire et être déclaré.e.s consentant.e.s quand on est violé.e.s et quand on est mineur.e.s c'est un acte qui est qualifié comment ?
Alors Mié Kohiyama trouve que ce rapport est totalement insuffisant m'a telle dit parce que déjà il ne mentionne pas l'amnésie traumatique. Qu'est ce que c'est ? c'est un phénomène qui se passe dans le cerveau, tellement violent que le cerveau va se couper pendant des années de ce que l'enfant a subi et il y a plus de 40% des victimes de viols sur mineur.e.s qui en souffrent.
C'est un sujet sur lequel on reviendra évidemment, et c'est un rapport,ce n'est pas le projet de loi sur lequel on y reviendra aussi. La loi de programmation militaire présentée ce matin en conseil des ministres. Une loi annoncée à grand renfort de clairon comme un effort exceptionnel en faveur des armées, dont les chefs sont en froid avec l'elysée depuis plus de 6 mois on se souvient de la démission spectaculaire du chef d'état major des armées, le général de Villiers après l'annonce d'une nouvelle baisse des dotations, 295 milliards d'euros d'investissements d'ici 2025 ont été annoncés ce matin. 2025 c'est à dire au delà du mandat d’Emmanuel Macron, ce qui est bien pratique pour ne pas tenir ses engagements, car de mémoire de troufions comme d'officiers, jamais une loi de programmation militaire n'a été respectée.
D'ailleurs les militaires, c'est bien pratique, sont tenus à un devoir de réserve et ne peuvent pas se plaindre ouvertement. L'objectif en fait, disons le, est aussi de se faire bien voir du président américain Donald Trump qui exige que les budgets de la défense des partenaires au sein de l'OTAN atteignent 2 % de leur PIB. La CGT n'ira pas à Matignon demain.
Le syndicat a décliné l'invitation du premier ministre Edouard Philippe à une réunion sur l'apprentissage, réunion lors de laquelle il doit annoncer les premières mesures sur le sujet. Oui mais voilà une réunion de négociations est prévue le même jour sur la formation professionnelle. La CGT dénonce une opération de communication gouvernementale qui percute de plein fouet la liberté de négocier.
Dimanche dernier 2 député.e.s de la droite ont battu la majorité “la république en marche” et rejoint l'Assemblée alors aujourd'hui, Marc, tu as décidé de te pencher sur ce qui est présenté comme le retour d'une droite vraiment de droite et aussi sur son chef Laurent Wauquiez, on va regarder une petite vidéo pour planter un peu le décor.
Oui ce soir, nous pouvons dire la droite est de retour. Depuis la fin de l'année dernière “les républicains” se sont trouvé un nouveau chef mais Laurent Wauquiez est il vraiment l'homme providentiel qui relancera la droite après le naufrage de François Fillon avec 2 victoires à droite le résultat des dernières élections législatives partielles pourraient le laisser penser. Mais sa personnalité et sa ligne politique clive l'opinion jusqu'au sein de son parti.
Wauquiez défenseur du retour de la vraie droite se pose en héritier de la droite décomplexée de Nicolas Sarkozy, de quoi faire fuir Alain Juppé, les “constructifs” qui ont rejoint Macron et même certains sarkozystes. Cette semaine, c'est une figure modérée du parti, Nathalie Kosciusko Morizet, qui annonce prendre ses distances avec les républicains. Il faut dire que la ligne du nouveau président du parti n'est pas toujours facile à suivre.
Très conservateur sur les sujets de société, on trouve aussi des accents protectionnistes dans son discours économique. En tout cas, l'ascension fulgurante du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes ne lui vaut pas une bonne réputation. Ses détracteurs l'imputent à ses nombreux retournements de veste, ses propositions radicales et même à quelques intox.
On l’a vu par exemple manifester en 2014 contre le mariage pour tou.te.s.
Pourtant, dix ans plus tôt on le croisait au palais bourbon en train de s'indigner sur l'absence des minorités au sein de la représentation nationale. Dans un autre registre, alors qu'il est encore le benjamin de l'assemblée nationale, Laurent Wauquiez travaille à l'éradication de la pauvreté chez les enfants. Le même, quelques années plus tard, deviendra le pourfendeur du cancer de l'assistanat.
Il y a aussi ces histoires un peu troubles qui lui confèrent une image d'ambitieux sans scrupules, comme cette longue amitié avec soeur Emmanuelle, contestée par les proches de la religieuse, ou encore cet enracinement dans la France rurale qu'il revendique, une caractéristique sur laquelle on peut s'interroger pour ce diplômé du lycée parisien Henri IV, passé par sciences po, Paris Normale Sup ou encore l'ENA. En 15 ans d'ascension politique, Laurent Wauquiez se fait également une spécialité du grand écart idéologique. Il a commencé en politique du côté du gaullisme social aux côtés du centriste Jacques Barrot son mentor, mais aujourd'hui on lui prête une proximité idéologique avec Patrick Buisson, le mauvais génie de Nicolas Sarkozy, qui rêve de passerelles avec le Front National.
Une chose est sûre, son ambition incontestable l'amène à passer par toutes les écuries de la droite depuis les années 2000. D'abord fidèle de Jacques Chirac, il rallie ensuite Nicolas Sarkozy dont il devient ministre, soutient François Fillon face à Jean-François Copé pour prendre la tête de l'UMP, puis revient à nouveau vers Nicolas Sarkozy pour la primaire LR de 2016. Aujourd'hui, Laurent Wauquiez a fait son trou, il roule pour sa pomme, et entend incarner un anti-modèle face à Emmanuel Macron.
Alors dans les sondages, on voit aussi que Laurent Wauquiez a du mal à se décoller d'une image qui n’est pas très positive. Alors pas très positive, c'est le moins qu'on puisse dire Aude, au point de faire fuir d'ailleurs les allié.es historiques de la droite.
Pour la première fois cette semaine, les centristes de l'UDF ont décidé de rallier la République en Marche plutôt que les Républicains pour les deux législatives partielles qui auront lieu en mars prochain en haute Garonne et en Guyane. Alors pour essayer de comprendre ce que lui trouve ceux/celles qui le soutiennent encore, on a décidé d'aller rencontrer l'un des vice-présidents des Républicains Damien Abad. Alors Damien Abad c'est le député de l'Ain, il vient de l'UDF il n'a pas fui le navire avec les autres modéré.es du parti, il a même l'air plutôt en paix avec cette ambition sans scrupules que l'on prête à son patron.
En politique c'est comme dans la vie, c'est celui/celle qui a le plus envie qui arrive au bout. Et Laurent Wauquiez le démontre, moi je le connais bien parce que dans la même région. Et il démontre son avis, cette énergie un peu sarkozienne on va dire, et qui est importante pour nous.
L'ambition fait partie de la vie politique, simplement il ne faut pas que l'ambition ne serve que des intérêts personnels. Non, le problème c'est que quand Laurent Wauquiez dit quelque chose, on met toujours en doute sa parole. Eh bien je pense qu'au contraire on doit pouvoir aussi faire confiance à ce qu'il dit, ses racines auvergnates il les a démontrées, son enracinement local c'est une force.
La vérité, c'est qu'il a mis une équipe dirigeante comme jamais personne à droite n'avait fait, avec une moyenne d'âge de 43 ans. Il a compris qu'il fallait une nouvelle droite. Donc c’est sûr ça bouscule les habitudes, ça change un petit peu les comportements et parfois ça peut heurter, ça peut créer un sentiment de clivage.
En même temps, ce n'est que comme ça qu'on arrivera aujourd'hui à retrouver une flamme, à retrouver une alternance crédible à droite, et donc je pense qu'il est sur le bonne voie. Alors pour retrouver la flamme justement, Laurent Wauquiez assume de courir derrière les électeurs/trices du Front National. C'est aussi pour ça qu'il proclame le retour d'une droite vraiment de droite.
On a demandé à Damien Abad s'il faut comprendre dans cette expression qu’avant il y avait une fausse droite, les fillonnistes apprécieront ! On lui a surtout demandé si ça ne le dérange pas un peu que son parti à ce point aux basques des électeurs/trices FN. C'était une droite qui était de droite dans les discours mais pas dans les actes.
Et ce que veut dire Laurent Wauquiez c'est qu'il faut que la droite au pouvoir ressemble la droite en campagne. Que les français.es attendent de nous pas simplement le verbe haut, ils/elles attendent de nous l'action forte et que la droite, quand elle est en responsabilité, elle ne se renie pas.
En tout cas il y a l'idée que la droite ne veut /!?\ pas se contenter du sang et des larmes.
Il y a l'idée qu'on ne peut pas avoir simplement un programme de souffrance pour les français.es, on doit aussi donner une espérance nouvelle. Il y a beaucoup de français.es qui ont voté au Front National ou France Insoumise parce qu'ils/elles ont un sentiment d'être rejeté.e.s par le système politique. de l Il y a un sentiment de ras-le-bol par rapport à la classe politique.
Il faut entendre ce message politique-là. Il y a effectivement une partie des électorats que nous pouvons attirer à nous en démontrant que, d'abord, le Front National est une impasse politique, que Marine le Pen était complètement décrédibilisée et que le Front National vit sur la peur des français.es et n'apporte aucune solution et aucune réponse aux françaises.
Et donc, la ligne qui est la nôtre, elle est très claire : c'est de dire jamais d'alliance ni de près ni de loin avec le Front National. Mais par contre, on n'a pas à se faire prendre des sujets par le Front National qui parle mal d'immigration, qui parle mal d'identité, qui parle mal de beaucoup de sujets et qui surtout n'apporte aucune réponse concrète. Au récit finalement, le principal souci de Laurent Wauquiez, ce n'est pas qu’Emmanuel Macron mette en oeuvre une partie du programme dont la droite rêvait.
D’ailleurs au final, est-ce que ce n'est pas une sorte d'anti Macron que LR a voulu mettre à sa tête ? On voit ce qu'en pense Damien Abad. Pour être honnête avec vous, dans les deux premiers mois on a cru effectivement qu’Emmanuel Macron allait faire une politique de droite.
Quand on écoutaient ses discours, on s'est dit ça y est, il y a quelqu'un qui va faire une politique de droite. Et puis au bout d'un moment, on s'est rendu compte que non. En fait, il y a juste la parole qui est forte, mais les actes eux sont très loin d’actes de droite.
Et donc il y a un espace politique pour nous. Certes ce sont deux communicants, c'est vrai. La grande différence entre Emmanuel Macron et Laurent Wauquiez, c'est que Laurent Wauquiez est en prise avec le réel.
Ceux/celles qui nous écoutent pourraient dire : “ben oui mais Laurent Wauquiez, il est trop à droite pour moi.” La vérité c'est quoi ? Comparons les au pouvoir : Emmanuel Macron avait promis de dépasser le clivage droite/gauche, c'est vrai c’était une promesse macroniste.
Résultat des courses : en fait on est dans un parti unique où les député.e.s en Marche n’ont même /!?\ pas le droit de co-signer un amendement avec un autre parti politique, ce qui n’est jamais arrivé dans l'histoire la Vème République.
Donc voyez ! De la promesse centriste macroniste de dépassement des clivages droite / gauche, on tombe dans un parti unique La vérité aujourd'hui, c'est que les français.e.s n'ont pas besoin d'artifices de communication.
Ils/elles ont besoin de résultats sur l'emploi, sur le pouvoir d'achat et sur la sécurité. On l'a vu la droite s'est donc trouvé un nouveau chef, il lui reste maintenant à réécrire un programme politique complet. Ne doutons pas qu'en matière d'emploi, d'insécurité, de pouvoir d'achat comme disait Damien Abad, les français.e.s seront servi.e.s.
On n’a absolument aucun doute là dessus hélas ! Merci Marc. On continue avec la suite de l'actu.
Plus de 55 ans après la fin de la guerre d'Algérie, Le conseil constitutionnel a décidé que les civil.e.s algérien.ne.s victimes des violences liées au conflit pourrait désormais prétendre à des pensions versées par la France.
Le régime d'indemnisation réservait ce droit aux personnes de nationalité française, les sages ont estimé que la différence de traitement entre les victimes françaises et étrangères était contraire au principe d'égalité devant la loi d'autant que les dommages ont été subies sur un territoire français au moment des faits. Cette décision a été publiée ce matin 8 février, date symbolique, c'est l'anniversaire de la manifestation dite de Charonne, ce jour-là 20000 personnes défilent à Paris contre les attentats de l'OAS et pour la paix en Algérie, à l'issue de cette marche pacifique mais interdite par le préfet de police de Paris à l'époque Maurice Papon, les forces de l'ordre chargent les manifestants aux abords de la station métro charonne. Un déferlement de violences qui a fait 9 mort.e.s et plus de 250 blessé.e.s .
Reda, tu as choisi de revenir sur la victoire des chibanis sur la SNCF la fin pour l'instant d'une histoire qui dure depuis plus de 40 ans. Oui l'histoire des chibanis c'est une petite histoire dans la grande Histoire de l'immigration. Au début des années 70 la France a besoin de main d'oeuvre.
La SNCF et son homologue marocain s'accordent et 2000 cheminots viennent travailler en France. L'accord prévoit une égalité de salaire et de traitement, mais dans les faits ces jeunes immigrés se retrouvent souvent assignés aux tâches les plus ardues : manutention, graissage, charbon, souvent dans des gares de triage. Ils forment des jeunes qui deviennent leurs supérieurs, ils sont exclus des cycles de formation.
Leur salaire n'évolue pas, leur statut non plus, et en fin de carrière ils sont devenus des chibanis donc des anciens. Ils gagnent deux fois moins que leurs collègues nationaux, pour partir à la retraite il leur faut travailler dix années de plus que leurs homologues français et une fois qu'ils y sont, souvent brisés par les années de travail ils ont droit à une pension deux fois inférieure à celle versée à leurs anciens collègues. Et leurs épouses en cas de décès n'ont droit à rien ou presque.
Là où les veuves des travailleurs français sont bien mieux protégées. En fait ils sont contractuels, ils dépendent du régime général et n'ont pas accès au statut de cheminot.e, réservé aux nationaux/ales, une précarité qui dissuade accessoirement la protestation.
Jusqu'en 2001 près de 900 chibani retraités, ou proches de la retraite, réclament réparation à la SNCF devant le conseil des prud'hommes. Condamnée en 2015 la SNCF fait appel, le 31 janvier dernier la cour d'appel de Paris condamne la SNCF, jugeant que la réalité de la discrimination est établie. On assiste à des scènes de liesse rares dans les allées du palais de justice.
Voilà, des dizaines de représentants de ces chibanis qui portent leur avocate, qui l’embrassent, qui l’enlacent. Maître Clélie de Lesquen-Jonas, bonsoir, merci d'être avec nous vous êtes donc l'avocate qui a défendu ces travailleurs la première question est un peu personnelle, on a vu votre émotion en fait à la sortie de cette salle, c'est assez rare de la part des avocats, pourquoi est ce que vous étiez émue à ce point ? Parce que nous attendions ce verdict depuis longtemps, depuis plusieurs années.
J'avais plaidé en mai dernier donc il y a huit mois et l’attente était très très longue, et les enjeux étaient importants puisque nous attendions absolument la reconnaissance de leur statut de cheminot, donc il y avait une fébrilité qui était manifeste, et qui était portée par le nombre de personnes qui attendaient derrière la salle lorsque j'ai lu les arrêts et que j'ai appris la bonne nouvelle. Voilà, donc ...
C'était du direct ! Pourquoi cette décision était tellement importante pour vous ? Elle est importante parce qu'elle concerne des centaines de personnes qui ont passé 40 ans à la SNCF et qui ont été reléguées au plus bas niveau, et que la SNCF a toujours fait en sorte de masquer cela, et continué des années durant à faire des économies sur leur dos en les laissant faire les tâches les plus dures alors qu'ils ont atteint des âges jusqu'à 65 ans, 70 ans même pour certains, donc elle a eu un comportement parfaitement inadmissible à leur égard.
Et c'est ce que j'ai dénoncé, nous avions des preuves incontournables qui ont montré le préjudice subi par mes clients. C'est ce statut de cheminot qu’ils voulaient vraiment, ce n'était pas juste anciens /!?\ de la SNCF L’objectif, était-il d'être traité.e.s d'égal à égal avec les autres cheminots ?
Exactement puisqu'ils/elles ont fait un métier dur, dans le rail, et ils/elles ont été traité.e.s comme des contractuels alors qu'ils/elles faisaient le même métier que leurs collègues français.e.s et que la SNCF est venue les chercher, au Maroc, dans les années 70 en leur faisant signer un contrat de travail, en leur disant qu'ils/elles seraient traité.e.s comme des ouvriers français donc elle leur a sciemment menti.
Et c'est vraiment un mensonge organisé, planifié par la SNCF, qui savait ce qu'elle faisait en allant les chercher, qui a continué à mentir, et qui est toujours dans le déni. La cour d'appel a donc condamné la SNCF à leur verser des indemnités en rattrapage des discriminations qu'ils/elles ont subies, mais a aussi reconnu un préjudice moral à dédommager. De quel montant parle-t-on ?
Alors en première instance, on a obtenu par personne entre 150 000 et 250 000 euros à peu près, et là c'est sur des amplitudes plus élevées puisqu'il y a des sommes jusqu'à 400 000 euros, même un peu plus pour certains. Mais ça descend pour d'autres un peu aussi. Voilà, il y a une plus grande disparité dans les montants, mais le montant total de condamnation contre la SNCF avoisine 160 millions d'euros c'est à dire le même qu'en première instance.
Alors est-ce que ce montant peut expliquer la longueur de cette procédure judiciaire? La longueur de la procédure judiciaire...
Les premiers dossiers ont été déposés aux prud'hommes en 2010-2011, et puis après certains ont suivi...
Non, la longueur de la procédure est que la SNCF a usé de demandes de renvoi, d'arguments de procédure pour retarder l'issue du procès. Elle a joué la montre, vous voulez dire ? Elle n'a cessé de jouer la montre, elle a encore tenté de jouer la montre en cause d’appel, mais la justice a été rendue et c'est une bonne chose.
Vous l'avez dit “ la SNCF a joué la montre” comme souvent c'est le cas dans les tribunaux, mais c'est une entreprise publique. Est-ce que le pouvoir politique a été à la hauteur, est-ce qu'il a été absent, est ce qu'il a agi ? Est-ce qu’il a mis la pression à la SNCF ?
Danièle Obono de la “france insoumise” a interpellé la ministre des transports en lui demandant si elle allait faire quelque chose pour la SNCF, Pensez vous que le pouvoir politique a été à la hauteur dans cette histoire qui dure depuis 15 ans? Non je ne pense pas, puisque dans les centaines de pièces que j'ai versé aux débats il y avait notamment des courriers écrits par un certain nombre de cheminot.e.s aux différents ministères des transports qui se sont succédés pendant ces années et rien n'a été fait !
Alors la SNCF a encore la possibilité de se pourvoir en cassation, pensez vous que l'entreprise va oser le faire ? va le faire ? Je n'ai pas encore d'informations sur la question, j'avoue que ce serait vraiment honteux.
Contester cette décision en justice devant la cour de cassation pour une entreprise publique montrerait qu'elle reste dans le déni, mais connaissant l'attitude de la SNCF et le mépris qu'elle a eu à l'égard de ses cheminots marocains, ça ne m'étonnerait plus ! Elle a combien de temps pour le le faire ? Elle a 2 mois à compter de la notification des arrêts, mais il n'en demeure pas moins que les décisions que nous avons obtenues sont exécutoires donc aujourd'hui elle doit payer sa dette.
Cela c'est la différence avec la première instance où les décisions n'étaient pas exécutoires. Et c'est une belle victoire. Très bien, merci beaucoup Maître de Lesquen -jonas d’être venue avec nous, on suivra donc cette affaire de très près.
Merci beaucoup. En bref toujours. L’élection présidentielle au Venezuela se tiendra le 22 avril, c'est la décision annoncée hier par la commission électorale, après un compromis entre gouvernement et opposition réunies dans une conférence de négociations, depuis des mois en République Dominicaine.
En revanche les négociations butent toujours sur les conditions de la tenue du scrutin. On rappelle que l'opposition qui va des libéraux à l'extrême droite est très divisée, et qu'elle ne parvient pas à fixer une ligne commune sur sa participation à la présidentielle. Ses représentant.e.s en République dominicaine ont demandé que le scrutin se tienne plutôt au cours du deuxième semestre de l'année, de manière à pouvoir organiser des primaires et se choisir un candidat unique.
De leur côté les négociateurs/trices du gouvernement soulignaient l'urgence de sortir par la voie des urnes de la crise politique et économique que traverse le pays depuis deux ans. Petit retour aux rudes réalités terrestres pour Elon Musk le patron de la firme américaine Space X qui possède la marque de véhicules électriques Tesla : hier il envoyait dans l'espace une de ses voitures, elle-même attachée à Falcon Heavy, décrite comme la plus grosse fusée au monde, un bel exploit sauf qu'aujourd'hui Tesla annonce des pertes importantes, pas moins de 675 millions de dollars sur le quatrième trimestre 2010 et la compagnie a peine à atteindre ses objectifs de production, par exemple fin 2017 elle ne produisait que 2500 modèles de son semi-remorque sedan”, seulement la moitié de ses prévisions. [Musique] Léonard, tu vas nous parler d'un coin d'afrique dont on parle très peu.
Alors que beaucoup en France connaissent les réfugiés venus de cette région, je veux dire la corne de l'afrique : l'Ethiopie, l'Erythrée, le Soudan. On a frôlé la guerre là bas ces derniers mois avec un protagoniste de poids en plus : l'Egypte, en tout cas la tension militaire était extrêmement forte Oui, en effet jusqu'au début de la semaine dernière les observateurs/trices de la situation dans la région était légitimement très inquiet.e.s, tous les voyants étaient au rouge, bien sûr c'était encore une guerre de communiqués et d'intox avec peu de mouvements de troupes mais enfin les vraies guerres commencent comme ça, c'est pourquoi une image a soudain fait baisser la tension et cette image la voici : on y voit les chefs de l'egypte, abdel fattah al-sisi, du Soudan omar el-béchir /!N\ et le premier ministre éthiopien haïlé mariam des salles /!N\ au sortir d'une réunion à trois lundi de la semaine dernière en marge du sommet de l'union africaine qui s'est tenu à addis abeba. /!N\ D'un seul coup c'était l'amitié entre les peuples, l'entente cordiale la fin des problèmes, ouf, on a envie de dire.
Mais ce qu'il faut savoir c'est que si tout le monde a été soulagé par cette image, c’est que dans les semaines précédentes, les images qui nous parvenaient de la région nous montraient plutôt des soldats brandissant leurs kalachnikovs, des convois de camions militaires et des conférences de presse où d'éminents galonnés brandissait le point en jurant de se battre jusqu’au bout. Pour quelles raisons? Et bien pour une histoire vitale d'électricité et de barrages hydroélectriques.
Pour vous expliquer tout ça en détail avec germain vaudry /!N\ et reda settar /!N\ nous vous avons préparé.e.s un petit cours d'histoire géographie.
Regardez. L'Ethiopie est une puissance régionale certes, mais c'est un géant fragile en pleine frénésie de croissance. L'un de ses besoins stratégiques majeures, c'est l'énergie.
Aujourd'hui le pays est surtout alimenté par un réseau hydroélectrique, quelques fermes éoliennes, un peu de géothermie, quelques parcs solaires du recyclage de déchets et une poignée de centrales à diesel. Mais tout cela ne fournit de l'électricité qu'à 24% de la population. Le projet des dirigeants éthiopiens est donc de monter en puissance d'où l'idée d'un premier barrage géant: le barrage de la Renaissance qui pourrait même à terme mener à une surproduction d'électricité étant donné l'environnement politique volatile dans lequel évolue l'ethiopie.
L'arrière-pensée des éthiopiens est évidemment de tisser des alliances régionales plus fortes, plus stables en vendant de l'électricité à ses voisins notamment le Soudan, le Kenya et Djibouti. Voilà donc le point central de la crise le, je cite son vrai nom, “barrage de la grande Renaissance” éthiopienne. Rien de moins.
On dit plus simplement le barrage de la Renaissance. Ce sera le plus grand barrage hydroélectrique d'Afrique. Il devrait produire l'équivalent de 3 fois le barrage d'Assouan en Egypte.
Et c'est là que l'Egypte entre en jeu parce que ça les fait que moyennement rigoler et c'est un casus belli même. Oui et ce depuis l'annonce du lancement du chantier en 2011. Alors je vais étonner personne en disant que l'Egypte c'est le Nil et le Nil c'est l'Egypte.
Le fleuve est la colonne vertébrale du pays depuis l'âge de pierre c'est autour de lui que l'immense civilisation égyptienne s'est bâtie. C’est sur ces rivages que les grandes villes égyptiennes ont vu le jour. Ce sont ces crues annuelles qui irriguent le désert et satisfont depuis 5000 ans la faim et la soif des égyptiens.
Le barrage de la Renaissance risquerait, selon le Cair, d'altérer le cours du Nil, notamment lors de la très longue phase de remplissage, presque sept ans. Une phase de remplissage qui était imminente puisque le chantier était presque terminé. /!?\ La question de l'évaporation de l'eau du réservoir et de la retenue des limons sont aussi des motifs d'inquiétude.
Mais bien sûr dans le monde d'aujourd'hui, on ne fait plus beaucoup la guerre, armée contre armée: on utilise plutôt des intermédiaires. Et dans la région comme partout dans le monde, les raisons de se détester ne manquent pas. Les hommes prêts à la guerre non plus, regardez...
Dans la corne de l'Afrique, quasiment tous les pays entretiennent sur leur sol des réfugié.e.s mais aussi les guérillas de leurs voisins.
Au Soudan on trouve des mouvements rebelles tchadiens, libyens et des milliers de réfugiés érythréens. En Ethiopie d'impressionnants camps de réfugiés somaliens, sud-soudanais et erythréens mais aussi la base arrière de l'opposition sud-soudanaise et de mouvements armés érythréens opposés à la dictature d'Asmara. Et en Erythrée, des guérillas éthiopienne soutenues par l'Egypte ainsi qu'un lien privilégié avec l'opposition armée soudanaise du Darfour ou de l'état du Kassala.
Le décor est donc planté pour commencer le Grand jeu auquel se sont livrés l'Egypte, le Soudan et l'Ethiopie ces derniers mois. Le pion au centre du damier, vous l'avez vu: c’est l'Erythrée, l'allié de l'Egypte, l'ennemi juré de l'Ethiopie, qui occupe d'ailleurs quelques villages érythréens depuis la fin de la désastreuse guerre que se sont livrés les deux pays entre 1998 et 2000. La raison de la montée des tensions est que les négociations autour des eaux du Nil n'avancent pas.
De conférences bilatérales en rapports d'expert, l'Egypte et l'Ethiopie n'en démordent pas: pour chacune des capitales l'enjeu est vital. Et la date butoir de l'achèvement du chantier approche. Alors dans ces cas-là, qu'est ce qui se passe?
Eh bien on montre les muscles. C'est ce qu'a fait le Soudan en janvier, en fermant la frontière érythréenne et en dépêchant dans le coin une force d'élite, la Force de soutien rapide d'un ancien chef janjawid, Mohamed Hamdan Dalgo, alias Hemiti. Un seigneur de la guerre qui s'était fait connaître il y a dix ans, au Darfour et qui rend toujours beaucoup de service au président soudanais Omar el-Béchir.
De quoi refroidir toute velléité égyptienne à travers son allié de l'autre côté de la frontière, l’Erythrée. Et de quoi préparer la mèche qui peut mettre le feu à toute la région. Et c'est dans ce contexte qu'a eu lieu la réunion de la dernière chance, au sommet de l'union africaine la semaine dernière.
Et que les trois chefs d'Etat africains qu'on a vu tout à l'heure sur les images ont accouché de ça...
Un texte court qui définit le cadre général pour le partage des eaux du Nil et les mécanismes de résolution d'éventuels conflits. Alors les optimistes souligneront que cette fois, on n'est pas passé.e.s loin du conflit armé.
Et que la tension est heureusement retombée. Mais les pessimistes diront que c'est la troisième fois que les trois pays signent, la main sur le coeur, la promesse que cette fois, c'est fini, c'est la paix. Et que l'Erythrée, isolée comme jamais et humiliée par cet épisode, pourrait maintenant avoir envie de hausser le ton à son tour.
On comprend effectivement mieux pourquoi les gens fuient la région, parce qu'en plus de tout ça, on peut ajouter aussi l'oppression politique et la violence sociale...
Merci Léonard. Je précise que l’on te retrouvera désormais tous les jeudis. On termine en bref.
Thomas Thévenoud n'a pas eu peur de se plonger dans la paperasse et les démarches fastidieuses pour déposer lui-même à l'Institut national de la propriété industrielle (l’INPI) la marque “phobie administrative”...
Un surprenant dépassement de ses peurs, un dépassement de soi et surtout un sens aigu des affaires, doublé d'un parfait cynisme. On rappelle que cette pathologie, évidemment imaginaire, avait servi d'excuse à cet ex-secrétaire d'Etat de François Hollande, pour justifier le non paiement de ses impôts. Enfin, il avait théorisé l'entraide comme facteur d'évolution de l'humanité.
Il décrivait la solidarité humaine comme profondément enraciné dans l'intelligence et le coeur de l'homme Pierre Kropotkine, théoricien du communisme libertaire est mort le 8 février 1921, il y a 97 ans. C'est la fin du journal, votre journal. Restez avec nous, tout de suite vous allez pouvoir entrer “Dans la Gueule du Loup”.
C'est votre nouveau magazine de débats de société présenté par Jacques Cotta. Demain à cette place, et comme tous les vendredis vous retrouverez Catherine Kirpach. Quant à moi je serai de retour lundi.
Merci aux socios qui nous permettent d'exister et de proposer ce 20h en libre accès. Belle soirée. [Musique]
Laurent Wauquiez