Face à Face : Bruno Le Maire - 20/03
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Vous écoutez RMC, face à face, Apolline de Malherbe. Il est 8h33 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Bruno Le Maire.
Bonjour Apolline de Malherbe.
Vous êtes le ministre de l'économie, évidemment. L'économie qui est la justification aux yeux d'Emmanuel Macron pour l'utilisation du 49-3. On est donc tant que ça dans une urgence ou au bord de la faillite qu'il faille dégainer le 49-3 pour sauver l'économie française ?
Non, mais nous sommes confrontés à des chocs qui sont puissants. L'économie française, elle se porte bien. Je rappelle que la Banque de France vient de rehausser sa prévision de croissance pour 2023 à 0,6%. Elle se rapproche donc de la prévision du gouvernement. Je dis depuis l'automne dernier que la croissance française résisterait. J'ai expliqué à quel point les cassantes qui nous prévoyaient une récession, une croissance très molle, se trompaient. La Banque de France vient de confirmer que la croissance française serait solide en 2023.
Elle revoit ses perspectives de croissance à la hausse.
Elle revoit ses perspectives à la hausse, à 0,6%. Et elle confirme, ce qui est le plus important pour nos compatriotes, que l'inflation devrait commencer à refluer vers mi-2023. Mais il n'en reste pas moins que nous sommes confrontés, oui, à des chocs qui sont importants. D'abord, il y a un choc démographique. Il y avait 12 millions de retraités en 2020. Ils seront 19 millions en 2030. C'est des pensions qu'il faut payer. Et comme nous, nous ne voulons pas baisser les pensions, nous assumons une réforme des retraites qui garantit l'équilibre financier. Et donc, qui garantit à tous les retraités qui nous écoutent que leurs pensions ne baisseront pas.
Il y a un deuxième choc, c'est le choc financier.
Mais si ça ne va pas si mal, pourquoi est-ce que la première justification donnée par Emmanuel Macron pour ce 43, c'est la situation financière et économique ?
Parce que je rappelle que nous avons près de 3 000 milliards d'euros de dettes, que nous avons fait un choix qui était généreux, nécessaire, qui était d'amortir le choc du Covid, d'éviter les faillites, d'éviter la flambée du chômage avec le quoi qu'il en coûte. Mais que maintenant que justement la situation économique va mieux, c'est le moment de rétablir les comptes publics. C'est le moment de retrouver un équilibre financier. Quand vous avez près de 3 000 milliards d'euros de dettes, ne vous rajoutez pas de la dette à la dette. Vous garantissez l'équilibre financier du régime de retraite par répartition. C'est ce que nous faisons.
C'est d'autant plus nécessaire, et je voudrais vraiment que chacun le comprenne, que nous sommes rentrés dans une nouvelle ère financière où les taux d'intérêt sont plus élevés. L'ère de l'argent gratuit, c'est fini. L'ère où l'État français pouvait emprunter à 0%, c'est fini. Nous empruntons aujourd'hui à près de 3%. La charge de la dette, c'était 30 milliards d'euros en 2021. C'est passé à 40 milliards d'euros en 2022. C'est 10 milliards d'euros uniquement sur la charge de la dette, qui pourraient être utilement consacrées aux hôpitaux, aux crèches, aux universités. Moi, je ne veux pas que nous jetions l'argent des Français par la fenêtre.
En ayant une charge de la dette qui explose, ça suppose de réduire la dette, et donc d'éviter d'avoir un régime des retraites qui accumule les dettes les jours après les jours.
Marine Le Pen, ce matin, vous cible, vous précisément, Bruno Le Maire, en disant, quand un ministre a 6 000 milliards d'euros de dette et qu'il a tant dépensé pour les derniers budgets, alors on se tait.
Et qu'est-ce qu'elle voulait qu'on fasse, Marine Le Pen ? Et qu'elle ne compte pas sur moi pour me taire. Surtout quand on dit des choses qui sont aussi révoltantes pour nos compatriotes. Elle aurait voulu quoi ? Qu'on abandonne les Français pendant la crise du Covid ? Lorsque l'économie française ne tournait plus, qu'on laisse les faillites se multiplier ? Elle voulait qu'on abandonne les chômeurs ? Elle voulait qu'on perde nos compétences ? C'est ça que voulait Marine Le Pen à Pauline de Malherbe ? Franchement, c'est irresponsable. Donc nous avons pris les décisions justes, généreuses, nécessaires pour que notre économie soit protégée. Du coup, chiffre à l'appui, elle repart aujourd'hui.
Donc les Français peuvent faire confiance aux évaluations du gouvernement. Mais il n'en reste pas moins que maintenant que la situation économique se normalise, il faut baisser la dette pour que nous n'ayons pas une charge de la dette insupportable qui pèse sur nous et sur nos enfants. Et puis nous avions un troisième choc après le choc démographique et le choc financier, c'est le choc économique. Chacun voit bien que la Chine, les Etats-Unis de M. Biden, l'Allemagne sont en train d'investir massivement sur la décarbonation de leur économie. Ils investissent sur les véhicules électriques, sur les batteries.
Je souhaite que la France réussisse sa décarbonation et investisse massivement dans l'économie.
Quand vous avez lancé ce débat sur la réforme des retraites, quand vous avez décidé du calendrier, vous, pas personnellement Bruno Le Maire, mais Emmanuel Macron et l'ensemble du gouvernement, vous saviez le contexte, vous saviez les difficultés, vous saviez l'inflation, vous saviez tout ça ?
Est-ce que vous m'avez entendu dire autre chose que la nécessité de rétablir en 2030 l'équilibre financier du régime de retraite ?
Mais ça ne sera pas le cas dans le texte tel qu'il est ressorti de la conduite ?
Ce sera le cas, je garantis qu'en 2030, le régime des retraites sera à l'équilibre financier que par conséquent, contrairement à ce que proposent les Marine Le Pen et qu'on sort, nous ne baisserons pas les pensions de retraite. Et nous n'augmenterons pas les cotisations, donc les impôts des Français. Nous nous protégeons, contrairement à Marine Le Pen, le pouvoir d'achat des Français parce que nous refusons cette augmentation des impôts et nous refusons la baisse des pensions de retraite. Et nous garantissons l'équilibre financier en 2030. On peut rentrer dans la technique par des transferts de la branche des actions du travail vers la maladie.
Vous me dites à l'instant, je garantis que le système des retraites sera à l'équilibre en 2030. C'est effectivement la promesse que vous faisiez, que faisait notamment Olivier Dussopt au début de l'examen de ce projet. Mais ce qui ressort de la commission mixte paritaire est un projet qui n'est plus à l'équilibre. Vous aviez même de l'excédent promis en 2030, mais après toutes les concessions qui ont été faites à LR pour le résultat qu'on voit, il n'y a plus d'équilibre. Il y a même un petit peu de déficit.
Je vous suis reconnaissant de reconnaître qu'il y a beaucoup de concessions dans ce texte. 7 milliards d'euros. 7 milliards d'euros de mesures d'accompagnement social. Là aussi, tout ce qui dit...
Oui, mais forcément, du coup, c'est ça de moins de l'équilibre que mon premier pied.
Non, non, je dis simplement qu'en contraire, vous ne pouvez plus dire aujourd'hui... Soit de contradiction, soit d'approximation, soit malheureusement trop souvent de mensonges. On ne peut pas nous dire à la fois, mais vous avez une réforme qui est brutale, et de l'autre, nous dire, vous avez fait trop de concessions et trop de mesures sociales. Ces mesures sociales, elles sont nécessaires pour accompagner ceux qui ont démarré tôt, pour accompagner les femmes, pour accompagner ceux qui sont dans une situation d'invalidité. Nous avons mis 7 milliards d'euros de mesures d'accompagnement social. C'est généreux et c'est nécessaire.
Le financement sera garanti pour qu'en 2030, il y ait l'équilibre financier. Soit par la lutte contre les fraudes, soit par le transfert de la branche des accidents du travail vers la branche vieillesse.
Ça veut dire que vous allez devoir trouver ailleurs les sous pour compléter cette réforme. Il faudra faire des transferts, bien entendu.
Il faudra, je le reconnais bien volontiers, compléter les financements par les mesures que je viens d'indiquer. Mais nous garantirons l'équilibre financier. Et je veux dire à quel point, de ce point de vue-là, cette réforme, parce qu'elle évite la baisse des pensions, parce qu'elle évite l'augmentation des impôts, parce qu'elle permet de travailler tous collectivement davantage, progressivement, pour financer notre modèle social qui est tout simplement le plus généreux de la planète. C'est la pierre d'angle de la transformation économique de la France. C'est pour ça que j'en fais une réforme qui est à mon sens vitale.
La réforme des retraites est la pierre d'angle de la transformation économique de notre pays, parce qu'elle va entraîner plus de travail collectif, donc plus de prospérité, donc la capacité à garantir la prospérité de nos enfants.
Je voudrais qu'on voit la suite, la suite aujourd'hui et dans les jours qui viennent, voire même la suite d'ici la fin du quinquennat, savoir quels sont les outils qui restent à votre portée. D'abord la suite aujourd'hui, à la fois à l'Assemblée et dans la rue. À l'Assemblée avec ses deux motions de censure, et dans la rue avec cette colère qui, jour après jour, dans des manifestations plus ou moins spontanées, s'expriment d'abord à l'Assemblée. Ces deux motions de censure, est-ce qu'il y en a une des deux que vous craignez ? On apprend à l'instant, par la voix d'Aurélien Pradié, que 15 députés LR voteront la motion de censure déposée par Charles de Courson.
Il faut toujours faire preuve d'humilité quand on se confronte à un vote, que ce soit le vote direct de nos compatriotes, ou que ce soit un vote des représentants des Français au Parlement. Donc nous devons nous mobiliser totalement. Mais un vote, par définition, c'est une incertitude. Donc je le dis avec beaucoup...
Donc vous dites, à ce stade, on ne sait pas si on est là ?
Non, je pense que ce sera le cas, et évidemment, je le souhaite. Je rappelle à quel point cette réforme des retraites est un principe de réalité, de responsabilité. Quelle est la pierre d'ombre qui va permettre à notre pays de garantir sa prospérité, ses emplois, le financement de notre modèle social, qui est, je le redis, le plus généreux au monde, qui va nous éviter aussi des difficultés de point de vue financier. Mais je le dis avec beaucoup d'humilité, un vote est un vote, avec sa part d'incertitude.
Emmanuel Macron qui a fait savoir qu'il souhaite, je cite, que la réforme puisse aller au bout de son cheminement démocratique dans le respect de tous. Est-ce que les mots ont été véritablement bien choisis quand on voit que c'est par un 49-3 et qu'il y avait un record de monde dans la rue ? Est-ce vraiment le cheminement démocratique et le respect de tous ?
Bien sûr. Je trouve qu'on a la mémoire courte. On a la mémoire courte, Apolline de Malherbe. Cette réforme des retraites, elle a été proposée il y a un an, en 2022, par le président de la République, avec candidats à l'époque, dans sa campagne présidentielle. Elle a été ensuite proposée par les candidats à la députation dans le programme de la majorité. Elle a été ouverte à la discussion des syndicats, certains d'ailleurs ayant refusé cette discussion. Ensuite, elle a fait l'objet d'une présentation au Parlement.
Nous avons reculé, je le rappelle, de quatre mois, la présentation de ce texte pour donner le temps, ça devait être fin 2022, on l'avait calé à début 2023, pour laisser le temps à la concertation, au dialogue. Nous avons une réforme où, à l'origine, l'âge légal de départ était à 65 ans, nous l'avons abaissée à 64 ans. Nous avons complété, comme vous l'avez parfaitement rappelé, de 7 milliards d'euros de mesures d'accompagnement des plus fragiles. Il y a eu un vote au Sénat, majoritaire. Il y a eu un vote de la commission mixte paritaire, 10 voix pour, 14 voix contre. Il y a eu des centaines d'heures de débat à l'Assemblée nationale. Mais la faute à qui ?
La faute à vous aussi.
Mais non, la faute à la NUPES, à la France Insoumise, qui n'ont cessé de faire obstruction. Nous voulions un vote sur l'article 7. Et je veux vraiment que nos compatriotes comprennent.
Vous avez choisi une procédure express.
Les députés de la France Insoumise ont refusé catégoriquement. Mais ils ne pouvaient pas nier qu'il y en a une aussi du côté du gouvernement. Non, ils portent l'entière responsabilité de l'absence de vote sur l'article 7. Il pouvait y avoir un vote sur l'article 7. S'il n'avait pas multiplié les milliers d'amendements avec une virgule, un point virgule, un adjectif qu'on retire ou qu'on rajoute, il y aurait eu un vote sur l'article 7. Mais nous assumons la responsabilité sur le texte. Mais qu'on ne dise pas qu'il n'y a pas eu de cheminement démocratique. Il y a eu un cheminement démocratique de plusieurs mois. À un moment donné, il vient le temps de la décision.
La décision, c'est aujourd'hui, avec cette motion de censure. Mais les débats ont eu lieu, la discussion a eu lieu, le dialogue a eu lieu. Le texte est entré avec certaines caractéristiques. Elles ont été profondément modifiées à la fin de ce dialogue. Je le rappelle d'ailleurs. Et s'il n'y a pas eu de vote sur l'article 7, c'est parce que systématiquement, méthodiquement et volontairement, la France Insoumise a fait obstruction pendant les débats.
Bruno Le Maire, quand vous voyez qu'il y a des députés, y compris au sein de la majorité Renaissance, qui se disent députés de ce choix de 49-3, le député Renaissance des Côtes d'Armor, Éric Bottorel, qui écrivait « J'occile entre colère et déception après ce 49-3, défaite ou victoire au vote, la démocratie aurait parlé ». Quand vous voyez Richard Ramos, proche de la majorité, du côté du Modem, lui, il dit « Il faut un gouvernement qui rebatte les cartes avec des ministres capables d'écouter le peuple français, et pas une bande d'arrogants qui expliquent aux Français pourquoi ils sont idiots ». Que dites-vous à ces députés-là ?
Je dis que la majorité a fait bloc, c'est ce que je constate, et qu'elle a été exemplaire, que ce soit Renaissance, Horizons, Modem, il peut toujours y avoir des voix isolées qui critiquent, ça s'appelle la démocratie. Mais dans une majorité qui est une majorité relative, elle a tenu bon, sous les critiques, sous le feu des oppositions, dans des conditions, on l'a vu à l'Assemblée nationale, lamentables, parfois très violentes, elle ne s'est pas désunie. Moi, je lui rends hommage. C'est tout ce que j'ai à dire sur notre majorité. J'en suis fier.
Voilà ce que vous pouvez répondre aux députés. Que répondez-vous à l'écrivain ? J'en parle avec vous parce que vous vous revendiquez vous aussi, vous l'êtes, vous publiez régulièrement, vous êtes à la fois ministre et écrivain. Nicolas Mathieu, qui est le prix Goncourt, qui est celui qui dit dire la France avec différentes classes qui se regardent, il a écrit dans Mediapart ce week-end, « L'exécutif est certes légitime mécaniquement en vertu des textes, mais il a perdu ce qui donne vie à la vraie légitimité. Il a perdu cela aujourd'hui. Et il ajoute même sa légitimité, ce mesure, ce compare, ce soupèse. Que dire d'un président élu deux fois, mais sans peuple véritable ?
Avez-vous pensé, il s'adresse à vous les ministres, avez-vous pensé à ces corps pliés, tordus, suremployés, qui trimeront par votre faute jusqu'à la maladie, jusqu'à crever peut-être ? Non, vous n'y avez pas pensé. Eh bien, ce monde-là est une nappe d'essence et vous n'êtes que des enfants avec une boîte d'allumettes.
Je ne me reconnais évidemment pas du tout dans ces propos. Ça veut dire quoi être élu sans peuple véritable ? Il conteste la démocratie ? J'ai été élu trois fois député. Dans une circonscription populaire. Circonscription qui d'ailleurs a basculé aujourd'hui au Rassemblement National. Donc les personnes dont on parle de Nicolas Mathieu, il n'est pas les seuls à les connaître. Et je n'aime pas ce procès que l'on fait, que ce soit aux ministres, aux députés de la majorité, en méconnaissance du peuple. Je le trouve insultant et je le trouve injuste. Je le dis après vingt années d'expérience, où j'ai arpenté, je crois, tous les départements français.
Je suis allé comme ministre de l'Agriculture, à la rencontre de tous nos compatriotes, y compris les plus humbles, les plus modestes, les plus délaissés, les plus en difficulté. Si je fais de la politique, c'est d'abord pour eux. Et si je veux une réforme des retraites, c'est d'abord pour eux. Et si je veux garantir les équilibres financiers du régime de retraite par répartition, c'est pour eux. Parce que les riches, les nantis, ceux qui ont de l'argent, ceux qui ont des ressources financières et culturelles, croyez-moi, ils n'ont pas besoin d'une réforme des retraites par répartition. Parce que les répartitions, ils s'en moquent bien.
Ils ont de l'argent à la banque et ils peuvent financer leur fin de vie sans difficulté. Donc je n'aime pas ces propos. Je les trouve injustes. Je les trouve insultants. Je les trouve méprisants.
Je vous trouve beaucoup plus en colère face à l'écrivain que face aux députés.
Oui, parce que, je vais vous dire, ces 20 années d'engagement politique qui, à travers ces propos un peu faciles, d'écrivains, sont remis en cause. 20 années de combat. 20 années où on a pu parfois se faire insulter, se faire menacer. Et si je fais de la politique, ce n'est pas pour une partie de la population. C'est pour toute la France. Et sauver le régime de retraite par répartition. Et assumer le principe de réalité que vous ne pouvez pas accumuler les dettes, que vous ne pouvez pas accumuler les mauvais financements.
Vous avez souvent dit le recette que vous aviez pour lui. Assumer le principe de réalité.
Assumer le principe de réalité. C'est ce qui fait l'honneur d'un responsable politique. Ne pas vendre des illusions aux gens, notamment aux plus modestes.
68% des Français disent éprouver de la colère. C'est notre dernier sondage à l'âme.
Et 68% des Français se disent que travailler davantage, c'est dur. Évidemment. Mais 68% des Français, voire 80, voire 90%, vous direz, mais c'est quoi ce gouvernement de Pantin qui n'a pas su prendre ses responsabilités, qui savait que nous avions une dette élevée, qui voyait que les taux d'intérêt augmentaient, et qui ne garantit pas le financement de notre régime de retraite par répartition.
Comment vous allez faire pour la suite ? Mais ce que ça dit, si on se projette et là encore au-delà de cette journée-ci, c'est-à-dire comment vous allez faire ? Imaginons, puisque je rappelle la règle, vous n'avez le droit à un 49.3, qu'un 49.3 par session, outre les lois budgétaires, comme vous l'avez fait pour la réforme des retraites. Imaginons que le Président décide de l'utiliser uniquement cette année pour la loi sur l'immigration. Ça veut dire que vous, Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, vous serez démuni, vous ne pourrez plus faire passer de loi.
Ce que ça dit d'abord, pour revenir à votre question, c'est que la colère, l'inquiétude, les angoisses dépassent de loin la réforme des retraites. C'est une inquiétude par rapport au travail, par rapport à la considération, par rapport à la dignité, par rapport à la manière dont on peut vivre avec son salaire. Comment est-ce qu'on peut vivre, dit Dieu-moi, avec son salaire, payer son loyer, rembourser ses traites, alimenter correctement ses enfants, faire ses courses, pouvoir peut-être se payer un signe, un resto, peut-être partir en vacances. C'est ça, la colère des gens qui disent, je travaille et malgré tout, je n'arrive pas à vivre correctement. Nous entendons.
Donc, qu'est-ce qu'il faut faire pour la suite, avec beaucoup de modestie, d'humilité, de considération pour chacun ? D'abord, s'intéresser à cette question du travail. Comment est-ce que l'on fait pour que le travail soit mieux rémunéré dans notre pays ? On a déjà fait beaucoup, ça a été le fil rouge du quinquennat passé des médias de Macron. On peut faire davantage. Moi, je souhaite que nous transcrivions le plus vite possible dans le texte législatif, le remarquable accord qui a été conclu entre tous les syndicats, notamment par Laurent Berger, sur l'intéressement, la participation et les primes obligatoires pour toutes les entreprises, y compris les PME.
Ça, c'est une première avancée et je pense qu'on peut trouver facilement une majorité là-dessus. Je souhaite qu'on avante vite sur l'industrie verte et la décarbonation de notre industrie parce que je ne veux pas que la France prenne du retard par rapport aux États-Unis, à l'Allemagne ou à la Chine. Là aussi, on peut trouver, il me semble, une majorité à l'Assemblée nationale sur un texte comme l'industrie verte et une majorité qui soit très large, pas uniquement avec des républicains, peut-être aussi avec des socialistes, peut-être aussi avec des écologistes.
Donc, pour vous, le quinquennat n'est pas fini, en quelque sorte, il reste la possibilité de trouver des accords et des majorités sur des plans importants. Bien sûr, on peut trouver,
nous devons et nous pouvons trouver des majorités larges sur des textes qui répondent aux inquiétudes de nos compatriotes.
Il y a plusieurs points encore. Une minute par question. Essence, banque et inflation. Essence, d'abord, est-ce que vous redoutez une éventuelle pénurie ? Certaines stations disent être au bout de la rupture, notamment du côté des Bouches-du-Rouge.
Pas de réserve. Et nous prendrons nos responsabilités si les choses devaient continuer à être bloquées.
Du côté des banques, UBS a donc annoncé qu'elle allait racheter Crédit Suisse pour 3 milliards de francs suisses. Elle valait le double avant le week-end. Est-ce que, malgré tout, ça vous paraît une bonne nouvelle ? Est-ce que ça vous rassure ?
Oui, c'est un bon accord qui a été trouvé par le gouvernement suisse. On homologue suisse au téléphone longuement vendredi. Je me réjouis de cet accord. C'est un bon accord. Pour autant, nous parlons d'une banque qui a un bilan de plus de 750 milliards d'euros. C'est une banque qui pèse lourd dans le contexte européen. Nous restons extrêmement vigilants sur la réaction des marchés.
Est-ce que les banques françaises vous paraissent suffisamment ?
Non, les banques françaises sont solides. Elles sont solides
parce que le gouverneur de la Banque de France a indiqué ce matin que Crédit Suisse racheté par UBS avait souffert de difficultés et de contrôles internes insuffisants. Est-ce que vous nous dites ce matin que les banques françaises, elles, ont en effet été testées régulièrement ?
Oui, elles ont été testées régulièrement. Ça rejoint ce que je vous disais sur la difficulté en politique. C'est de prendre sur soi la réalité. Là où certains vendent des illusions ou des chimères. Oui, nous avons imposé des règles extrêmement strictes aux banques françaises. Ça s'appelle BAL3. Oui, lorsqu'il a fallu les négocier, je l'ai fait avec les banques françaises. Elles n'étaient pas satisfaites. Elles étaient pas satisfaites. Ça va nous coûter trop cher. C'est des ratios prudentiels, des ratios de liquidité qui sont trop élevés. C'est difficile. Finalement, nous avons trouvé un accord. Nous avons imposé des règles les plus strictes au monde.
On est bien contents de les avoir aujourd'hui.
Bonhomme le maire, les députés s'apprêtent quand même à voter en effet certains textes et notamment celui sur la question des marges de la grande distribution. Michel-Édouard Leclerc qui a été mon invité ce matin sur l'AMC dit qu'il ne comprend pas qu'il y a un peu le good cop, le bad cop dans le gouvernement, que vous, vous faites partie de ceux qui se disent les gentils et que les mauvais, ce serait plutôt du côté du député de Creusaille. En gros, il dit d'un côté on nous demande de faire un panier anti-inflation et de l'autre, on s'apprête à voter une loi qui va nous empêcher de faire des méga-promos et de rogner sur nos marges. De quel côté êtes-vous ?
Il n'y a ni good cop ni bad cop. Il y a un équilibre à trouver. Là aussi, c'est le rôle de l'État et c'est le rôle de la politique de trouver un équilibre. Là où je rejoins Michel-Édouard Leclerc, je pense qu'la proposition des Creusailles est une très bonne proposition. Je verrai le député des Creusailles d'ailleurs dans quelques heures. En revanche, je trouve un peu paradoxal de dire que nous voulons les prix les plus bas pour nos compatriotes et dans le même temps limiter les promotions sur les DPH, les produits détergents, produits d'hygiène à 34%. Donc vous avez demandé
de retirer cette partie-là de savoir ?
Je serais favorable à ce qu'on autorise Michel-Édouard Leclerc et tous les distributeurs à faire des promotions pas simplement à 34% sur les shampoings, les produits d'hygiène, les produits détergents mais jusqu'à 50%. Voilà la proposition que je fais et j'espère que nous trouverons un accord avec M. Descreusailles. La deuxième chose que je demande c'est que les négociations commerciales entre les grands industriels et les distributeurs rouvrent dès le mois de mai. Parce que je regarde de près ce qui se passe C'est ce qui permettra de racheter à la baisse et de faire baisser l'inflation. C'est ce qui me permet de dire et de rappeler de confirmer que l'inflation devrait refluer mi-2023.
Je vois que tous les prix des produits alimentaires de gros baissent sur les marchés. Je voudrais bien que lorsque le prix du blé baisse le lendemain le prix du paquet de pâtes baisse. Ce que j'ai du mal à comprendre un peu une de ma l'herbe lorsque le prix du blé monte le lendemain le prix du paquet de pâtes augmente. Et bien lorsque l'inverse se produit il faut que les Français le voient
et donc nouveau ronde de négociation. Bruno Le Maire ministre de l'économie merci à vous.
Merci à vous.
Bruno Le Maire