Héloïse Linossier et Kevin Cicurel : "La presse jeu vidéo a longtemps été formatée dans des carcans"
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- 0:40OuverteRéponse directe
Comment comptez-vous vous distinguer, Héloïse ?
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Vous dites que ce sera du journalisme indépendant, éthique et rigoureux. Parce que ce n'est pas le cas aujourd'hui dans le secteur du jeu vidéo, Kévin Sicurel ?
- 2:02OuverteRéponse directe
Est-ce que vous l'avez ressenti dans les précédents supports pour lesquels vous avez travaillé, ça ?
- 3:05OuverteRéponse directe
Alors, revenons à votre projet Origami. Il va prendre quelle forme exactement ?
- 5:21OuverteRéponse directe
Je voudrais revenir au financement parce que vous dites que ce sera par vos lecteurs, auditeurs, voilà, ceux qui vont vous suivre.
- 6:14OuverteRéponse directe
C'est risqué d'être au bon vouloir et de ne pas faire un abonnement régulier, non ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« le jeu vidéo, une industrie qui brasse des milliards »
- 0:18PrésentateurChiffre
« En France, c'est même le premier marché culturel. »
- 1:31InvitéFait
« le journalisme jeu vidéo, qu'il soit en ligne ou à plus forte raison papier, a du mal à subsister. »
- 1:50InvitéFait
« se dévoyer un petit peu en faisant du contenu qui n'a plus vraiment à faire au journalisme et qui va plutôt aller chercher à générer des vues et du clic facile »
- 3:22InvitéFait
« la base du projet, c'est tout de même d'avoir un média entièrement financé par son public ou en tout cas très majoritairement financé par son public. »
- 4:07InvitéFait
« La presse jeux vidéo est une presse qui a été très longtemps formatée dans des carcans très vraiment immuables de tests de jeux vidéo. »
- 5:32PrésentateurFait
« Vous dites, ce sera un média qui paye bien. »
- 6:42PrésentateurChiffre
« Vous aviez besoin de 75 000. C'était l'objectif que vous étiez fixé. »
- 6:48PrésentateurChiffre
« vous êtes à 133 000. Voilà, vous avez quasiment doublé ce que vous souhaitiez avoir. »
Temps de parole
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Il est 6h20, un nouveau média va voir le jour dans un secteur archi-dynamique, le jeu vidéo, une industrie qui brasse des milliards, qui a été l'une des rares à ne pas s'effondrer pendant l'épidémie de Covid. En France, c'est même le premier marché culturel. Et pourtant, on va voir que ce n'est pas si facile pour des journalistes de travailler dans ce milieu. Bonjour Héloïse Linossier et Kévin Sicurel. Bonjour. Vous êtes tous les deux journalistes spécialisés dans les jeux vidéo et vous faites partie des 5 cofondateurs d'Origami, qui ne sera pas un magazine papier, il se déclinera en ligne. Des sites sur le jeu vidéo, il y en a déjà un paquet. Comment comptez-vous vous distinguer, Héloïse ?
Tout simplement, en ne fondant pas exactement un site. L'intérêt, c'est d'aller partir vers un modèle économique un peu différent. On ne va pas attendre des pubs de nous apporter l'argent dont on a besoin pour fonctionner. Ce sera un média décentralisé, c'est un terme qui est un peu sujet à controverse en ce moment, mais c'est tout simple, on sera hébergé sur les plateformes de diffusion comme Twitch, comme YouTube ou comme directement dans votre boîte mail via une newsletter. Donc nous, on a vraiment l'envie d'aller chercher directement les lecteurs, les auditeurs, les spectateurs, où ils sont.
Et sur le contenu, j'ai vu votre vidéo de présentation. Vous dites que ce sera du journalisme indépendant, éthique et rigoureux. Parce que ce n'est pas le cas aujourd'hui dans le secteur du jeu vidéo, Kévin Sicurel ?
C'est un peu dur de dire ça, mais ça ne l'a pas toujours été à ce point-là. Et en fait, effectivement, on arrive à un moment où le journalisme jeu vidéo, qu'il soit en ligne ou à plus forte raison papier, a du mal à subsister. Et une des manières qu'il a eu de subsister, ça a été de peut-être se dévoyer un petit peu en faisant du contenu qui n'a plus vraiment à faire au journalisme et qui va plutôt aller chercher à générer des vues et du clic facile, parce que c'est le modèle de la publicité. C'est justement celui qu'on essaie d'éviter.
Des contenus qui font davantage plaisir aux éditeurs, qui mettent une petite pression un peu ?
Peut-être un petit peu aussi.
Est-ce que vous l'avez ressenti dans les précédents supports pour lesquels vous avez travaillé, ça ?
Oui, un peu. Il y a eu une suite un peu des annonceurs. Moi, je viens de la presse magazine, donc je l'ai très bien perçu, dans le sens où ils ont eu de nouveaux supports qui étaient peut-être un peu plus avantageux pour eux, tout simplement sur YouTube, par exemple, avec les youtubeurs, sur les plateformes de streaming, tout simplement parce que là, on a affaire à des créateurs de contenu qui n'ont pas forcément besoin de venir critiquer à deux pages plus loin, finalement, le jeu ou le produit qui a été...
C'est plus simple et plus intéressant de travailler avec des influenceurs qui n'ont pas tendance à les critiquer ou à dire, bon, votre jeu vidéo, il n'est pas si terrible que ça, plutôt que d'être avec des journalistes.
Exactement. Et puis, il y a aussi, on a vu, les influenceurs, les vidéastes, se sont vraiment développés ces 15 dernières années. Et donc, il y a un public qui est monstre. Ça a peut-être plus d'intérêt que d'aller dans un magazine spécialisé qui a peut-être un peu moins de lecteurs et un peu moins de visibilité, mais qui ne va pas traiter le sujet de la même manière.
Alors, revenons à votre projet Origami. Il va prendre quelle forme exactement ? Vous nous avez dit média décentralisée. Décentralisée, alors on est protéiforme, on va dire.
C'est peut-être un terme un peu plus juste, mais vas-y, Kavine, je te laisse expliquer. Oui, alors, on en a parlé un petit peu, mais la base du projet, c'est tout de même d'avoir un média entièrement financé par son public ou en tout cas très majoritairement financé par son public. Et de là découlent plusieurs choses. Déjà, c'est cette volonté de ne pas avoir un site qui va centraliser. C'est pour ça qu'on utilise souvent le terme décentralisé, qui ne va pas centraliser toutes les infos au même endroit.
Et en fait, à partir du moment où on est financé par notre public, c'est déjà quelque chose qu'on voit beaucoup dans le milieu du podcast ou d'autres milieux attenants, on peut se permettre beaucoup plus d'ouverture et de liberté dans les formats qu'on propose. Et donc, nous, on pense vraiment à porter de nouveaux formats dans le jeu vidéo. La presse jeux vidéo est une presse qui a été très longtemps formatée dans des carcans très vraiment immuables de tests de jeux vidéo. Il y avait une exhaustivité qui était nécessaire. En fait, on avait besoin de présenter absolument tous les jeux qui sortaient. On devait faire ce qu'on appelle une preview.
Donc, c'est un test avant la sortie du jeu, le test à ce moment-là et après, peut-être des sujets qui...
Avec la colonne point positif, point négatif, qui va, qui n'y va pas, etc. Et il y a autre chose à faire. C'est ça, ce n'est pas que du test.
En tous les cas, nous, on pense qu'il y a quelque chose...
C'est des enquêtes sur les éditeurs, par exemple, des reportages, des analyses... Notamment, effectivement, oui.
Ou même du contenu plus afférent directement au jeu vidéo lui-même, mais sous des angles un petit peu plus originaux, comme le font certains et certaines influenceurs et influenceuses. D'ailleurs, on ne va pas non plus renier tout leur travail. Et on se retrouve, du coup, dans une situation hyper confortable. On va avoir un sujet et on va se dire quel est le support qui va être le plus à même d'expliquer et de montrer le sujet de la meilleure des manières. Donc, ça, c'est un luxe incroyable en tant que journaliste de se dire, voilà, je vais pouvoir faire de la vidéo. Si j'ai besoin d'un live, je le ferai un live.
Si j'ai envie de faire une enquête écrite, on trouvera le moyen de le publier, du coup, sur un site vitrine, par exemple, une sorte de blog ou ce genre de choses. Et ça, c'est juste un plaisir, en fait, de pouvoir se dire ça et de ne pas être bloqué par des décideurs en haut qui vont dire, ah, non, c'est un peu trop cher quand même. Il ne faut pas faire ce genre de choses.
Je voudrais revenir au financement parce que vous dites que ce sera par vos lecteurs, auditeurs, voilà, ceux qui vont vous suivre. Mais je reviens à cette petite vidéo de présentation que vous avez publiée dans la vidéo. Vous dites, ce sera un média qui paye bien. Donc, ça veut dire que ce n'est pas forcément le cas aujourd'hui dans le monde du jeu vidéo. Et dont l'essentiel du contenu restera gratuit. Alors, si c'est gratuit, ils ne payent pas.
En fait, c'est un modèle qui peut un peu surprendre mais auquel on croit profondément aujourd'hui et qui a été installé avant nous. On n'invente pas ce modèle-là. Moi, par exemple, j'ai travaillé longtemps sur une chaîne de télévision spécialisée aussi qui s'appelait No Life et qui avait déjà ce modèle-là. C'est-à-dire que c'est une chaîne dont l'accès était entièrement gratuit mais qui proposait un abonnement de soutien. C'est l'équivalent un peu moderne de passer le chapeau après un spectacle, en quelque sorte. Et nous, on tient vraiment justement à ce que les gens payent pour nous soutenir s'ils estiment que ça en vaut la peine.
C'est risqué d'être au bon vouloir et de ne pas faire un abonnement régulier, non ?
C'est risqué, mais c'est quelque chose auquel on croit vraiment en notre capacité à faire tenir un média comme ça aujourd'hui. Et il est important pour nous de ne pas mettre l'info ou le contenu qu'on propose derrière un paiement, en fait. Parce qu'on pense aussi qu'il est aujourd'hui important que l'info soit accessible à tout le monde.
Et puis, pour le moment, ça commence bien parce que vous avez lancé une campagne de financement participatif. Vous aviez besoin de 75 000. C'était l'objectif que vous étiez fixé. Là, j'ai regardé, vous êtes à 133 000. Voilà, vous avez quasiment doublé ce que vous souhaitiez avoir. Ça va vous servir à payer quoi, tout ça ? Les charges fixes. Vous en êtes où, en fait, du projet ?
Ça va être les charges fixes, principalement, parce qu'on va créer une entreprise. On l'a un peu découvert à ce moment-là. C'est quand même hyper coûteux. Il y a déjà le plateau à équiper parce qu'on ne peut pas faire quelque chose à moitié. Et c'était vraiment pour ça qu'on avait fixé la barre à 75 000 euros. Il va avoir les salaires à avancer. Il va avoir le loyer à aussi avancer parce que je crois que c'est six mois à avancer d'un coup comme ça.
Donc, en fait, ça va être tout ça qui va nous permettre aussi d'avoir un fond de roulement et un confort qui va faire qu'on va pouvoir ne pas rester juste entre nous à nos cinq et aller chercher des talents à droite, à gauche qui ont subi les fermetures de rédaction et qui se retrouvent à devoir soit faire une reconversion, soit à travailler pour presque rien et dans des conditions qui ne sont pas possibles. Et le top départ, c'est pour quand ? Ce sera pour septembre. Ce sera pour la rentrée de septembre.
Et la dernière question, pourquoi ce nom Origami ?
Rien à voir avec la petite cocotte en papier ? Si, un petit peu. Mais tout d'abord, c'est parce que c'est très dur de mettre cinq personnes d'accord. Cinq journalistes, en plus, c'est pour un titre. Parce qu'on trouvait ça joli et qu'il y a quelque chose de ludique dans le pliage de papier, tout ça qui nous paraissait assez convenir à la manière qu'on avait d'aborder le jeu vidéo.
C'est-à-dire que vous avez plié, déplié le jeu vidéo dans tous les sens. Exactement. Merci beaucoup Héloïse Linossier, Kévin Sicurel, donc tous deux cofondateurs d'Origami. Vous êtes cinq au total. Et ce média va voir le jour. Donc courant septembre, bon courage et bonne continuation à vous. 6h28.