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interviewC dans l'air· 4 mars 2026 11 min

L'Iran résiste... jusqu'à quand ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Nouveaux Tic Tac Two : ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. Téhéran se dit prêt à une longue guerre. Le régime, qui a été décapité, joue sa survie.

L'Iran continue de riposter face au rouleau compresseur israélo-américain, avec des attaques à l'aide de drones sur les pays voisins. L'Iran choisit la stratégie du chaos. Avec nous pour en parler, G.Kepel.

Bonsoir. Merci d'avoir accepté cette invitation. Vous êtes professeur émérite des universités, spécialiste du Moyen-Orient et auteur de "Antiterrorisme: la traque des jihadistes".

Est-ce qu'il faut prendre au sérieux l'Iran quand le pays dit qu'au fond, il est prêt à une guerre longue? - G.Kepel: Eux jouent la montre.

Ils veulent que ça dure le plus longtemps possible. Ils savent bien que Trump a l'oeil fixé sur les échéances électorales de début novembre et que plus la guerre dure, plus ses soutiens vont s'éroder aux Etats-Unis. Les Maga ne veulent pas d'opérations à l'extérieur. "Ca va déraper..." Ils essayent de tenir le plus possible.

C'est évidemment très difficile, parce que la pression militaire est gigantesque. Vous avez vu ce sous-marin américain qui a coulé une corvette iranienne, une frégate, je ne sais plus... - C.Roux: Au large du Sri Lanka. - G.Kepel: Tout l'équipage est mort, visiblement.

Les bombardements vont continuer régulièrement. On sent que le corps des Gardiens de la révolution, d'une certaine manière, essaye de faire corps au sens propre. Ils cherchent plus tellement à mobiliser la population.

Ils règnent par la terreur. Ils ont la capacité de le faire. Jusqu'à quand?

Ils ne le savent pas. - C.Roux: Sur la partie militaire...

Vous êtes surpris par la stratégie iranienne, qui consiste à cibler les pays voisins, avec des attaques de drones? Est-ce que la capacité de frappe avec les drones peut permettre à l'Iran de tenir? - G.Kepel: C'est un élément très important et auquel les Américains et Israël n'ont pas vraiment de réplique.

Un drone, ça coûte 10 000 dollars, à peu près. On peut le faire en 2 ou 3 jours. On peut en envoyer autant qu'on veut.

Un intercepteur Patriot, ça va coûter 2 à 3 millions de dollars. Si vous vous débarrassez de tous vos Patriot pour détruire des drones, c'est vous qui perdez. Il y a plein de trous dans le bouclier.

Le glaive l'emporte sur le bouclier. Les drones vont cibler, dans les pays, les pétromonarchies, des infrastructures qui n'étaient pas uniquement militaires, mais aussi des grands data centers qui étaient installés dans ces pays...

C'était pour l'après-pétrole, devenir le centre informatique du monde. Ils avaient jusqu'alors une immense crédibilité. C'est calme, il fait beau, on peut aller à la plage...

Vous avez 400 000 personnes coincées dans les hôtels. C'est quelque chose qui use les pétromonarchies. Les Iraniens espèrent qu'ils vont dire aux Américains: "On arrête car on est en train de perdre notre crédibilité." - C.Roux: Ils pourraient rentrer dans la guerre?

Le Qatar a réagi. Pourraient-ils répliquer? - G.Kepel: Ils en ont en principe la possibilité.

Ils ont acheté des avions aux Occidentaux, des F-15 et des Rafale. Le fait qu'ils s'y engagent, ce serait un pas supplémentaire. Je pense qu'ils ne le feront que quand ils auront l'impression qu'il faut donner le coup final aux Iraniens.

Pour l'instant, je pense que les Iraniens ne peuvent pas faire davantage. Ils peuvent envoyer des drones, des missiles, mais ça va s'arrêter à un moment ou à un autre. - C.Roux: Ce qui est difficile à apprécier, c'est l'état du régime.

Est-ce que le commandement des Gardiens de la révolution est fragilisé, désorganisé? Comment se passe la succession de Khamenei? On a bien compris que l'un des objectifs des Israéliens et des Américains maintenant, c'est la chute du régime.

Où en sont-ils? - G.Kepel: Ce qu'on comprend, c'est que le corps des Gardiens, c'est celui qui tient le pays par la violence, par la peur.

Ils ont perdu, lors des manifestations de janvier et la pression terrible qui a suivi, leur base populaire. Les gens qui ont manifesté sont ceux qui bénéficiaient des petites subventions, les classes moyennes, qui ont vu leurs revenus s'effondrer. Ils sont de plus en plus contractés sur eux-mêmes.

L'une des rumeurs à vérifier qui tourne en ce moment sur les réseaux sociaux, c'est que le successeur de Khamenei serait en passe d'être nommé et que ce ne serait personne d'autre que son propre fils. En principe, le Guide de la révolution islamique, ça doit être quelqu'un qui a fait des études de religion, de jurisprudence, qui a au moins le grade d'ayatollah ou de grand ayatollah. C'est le cas de Khomeiny, qui était ayatollah, qui n'était pas le plus grand.

Khamenei a poussé pour passer. On le prétend ayatollah. Il était à un grade inférieur, mais il est monté politiquement, si j'ose dire.

Le régime n'arrive plus à avoir sa base religieuse, qui a une vocation d'entraînement idéologique, de conviction. On voit cette espèce de rétraction sur la force et la violence qui n'augure pas très bien de la suite. - C.Roux: Aujourd'hui, les funérailles nationales de Khamenei ont été reportées en anticipation d'une affluence sans précédent.

Voilà ce que dit le régime. On peut considérer que c'est la vraie raison? Est-ce qu'il y a une crainte des frappes? - G.Kepel: Vous imaginez que l'establishment des Gardiens marche à pied derrière le cercueil...

Ca m'étonnerait que des frappes israéliennes les ratent. On voit bien qu'ils ne savent pas trop comment gérer ça. - C.Roux: On voit la détermination d'Israël par rapport au successeur de Khamenei.

Voilà ce que dit Israël. - G.Kepel: C'est un enjeu existentiel pour B.Nétanyahou.

S'il arrive à détruire le régime iranien pour de bon, que ce soit avec un Iran résilient comme tel ou s'il y a des Etats successeurs qui se divisent l'ancien territoire iranien...

C'est la hantise de ses voisins du Golfe et des Américains. A partir de ce moment-là, on passe l'éponge sur le fait qu'il n'a pas anticipé le 7-Octobre. C'est un enjeu majeur pour lui pour apparaître, aux yeux des Israéliens et dans l'histoire d'Israël, comme celui qui aura débarrassé Israël de son pire ennemi existentiel, même s'il n'a pas vu que le Hamas allait perpétrer la razzia du 7-Octobre. - C.Roux: D.Trump a dit: "J'ai peut-être forcé la main d'Israël." C'était après les propos de M.Rubio, qui a laissé entendre que les Etats-Unis avaient agi parce qu'Israël s'apprêtait à frapper Téhéran.

Qui est à l'initiative? Qui donne le la? Les Etats-Unis ou Israël? - G.Kepel: On a l'impression que c'est l'initiative d'Israël.

La frappe première, c'est Israël qui l'a faite. Les Etats-Unis sont venus immédiatement après seconder, un peu comme ce qui s'est passé en juin 2025, lors de la guerre des 12 jours. Il fallait que ce soit Israël qui attaque.

Il y avait un contentieux. Les Américains regardaient ce qu'a dit Macron. Il a dit que les Etats-Unis avaient fait une guerre inégale mais qu'Israël avait le droit de se défendre.

On suit ou on ne suit pas ce raisonnement, mais c'est la construction politique de l'affaire. - C.Roux: Vous avez des craintes sur les retombées en France, en Europe, en matière de terrorisme, de cette guerre au Moyen-Orient?

Le ministre de l'Intérieur a exprimé une vive inquiétude face à la menace. Il a écrit aux préfets pour les appeler à une vigilance accrue. "La situation est tellement explosive que l'Iran peut décider de frapper des Américains ou des juifs où elle le peut, peut-être très bientôt en France", selon une source du renseignement français. - G.Kepel: C'est une possibilité qu'on ne peut pas écarter.

Il y a aussi le fait que ceux qui ont soutenu Gaza écrasée sous les bombes par Israël considèrent que, désormais, c'est l'Iran qui est écrasé sous les bombes par Israël...

On le voit dans le vocabulaire de R.Hassan, qui évolue dans cette direction. Sur son site, elle a remplacé sa photo par un drapeau américain en flammes. - C.Roux: Quelles sont vos craintes?

Un embrasement qui porterait le conflit au sud de l'Europe? Une guerre qui s'installe? Une situation qui dérape au Liban?

Quand vous regardez la carte des frappes et la situation actuelle, quelles sont vos principales craintes? - G.Kepel: Ce qui est très frappant, c'est que le territoire européen a été touché, à Chypre.

Un drone venu, semble-t-il, du Liban. C'est une menace potentielle sur l'Europe. C'est la question.

Le principal enjeu se joue Aujourd'hui dans le Golfe. Le détroit d'Ormuz est bloqué. Le pétrole n'a pas trop augmenté pour l'instant, parce que c'est celui qui va vers la Chine qui passe par là essentiellement.

Il y a de la production. Si ça continue, ça peut être très compliqué. C'est toute la stratégie, la vision des pétromonarchies, qui jouent un rôle tellement important, financier et politique...

Qui est prise en otage par l'Iran. C'est très délibéré.