"Notre modèle social est en train de s'effondrer", selon Robin Renucci, directeur du théâtre de la Criée à Marseille
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Défensif 100 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:41OuverteRéponse directe
Est-ce que votre public se rend compte de la situation ?
- 1:48OuverteRéponse directe
Est-ce que le public sait que son billet ne représente que 7% du coût d'un spectacle ?
- 2:51OuverteRéponse directe
Ça voudrait dire quoi, effondrement ?
- 4:04OuverteRéponse directe
Est-ce que Thomas Jolie a raison en partie ?
- 5:05OuverteRéponse directe
Il y a une autre inquiétude politique : le festival actoral privé de 90 000 euros. Ça vous inquiète ?
- 6:07OuverteRéponse directe
Des décisions politiques pourraient-elles vous conduire à quitter vos fonctions ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:36Invité politiqueChiffre
« l'État confirme une forte baisse des crédits qui sont consacrés à la culture et à la création. »
- 1:54Invité politiqueFait
« Ces coupes ne touchent pas seulement des structures, elles touchent des familles, des emplois qui sont supprimés, des salariés qui sont licenciés, des artistes. »
- 2:12Invité politiqueFait
« toute une chaîne, la culture est un ensemble d'éléments qui, dans le cadre aujourd'hui des baisses que l'État est en train de nous infliger, l'ensemble des structures associatives, par exemple, sont touchées. »
- 4:16Invité politiqueChiffre
« nous avons une fréquentation de 95% des habitants de Marseille et autres qui nous fréquentent. »
- 4:30Invité politiqueChiffre
« Dont 30% de jeunes, c'est très important de le rappeler. »
- 5:34Invité politiqueFait
« Il y a une loi qui s'appelle la loi El Cap, qui est une loi qui a été révisée en 2026 particulièrement, qui interdit toute ingérence en matière de programmation, de diffusion. »
- 6:34Invité politiqueFait
« Le premier a été fait à la frontière allemande, à Colmar, de telle sorte que les humains se retrouvent et puissent s'opposer sans se massacrer. »
Temps de parole
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D
'ici Provence,
ici Matin.
7h46, David Houssiou, l'invité d'ici Provence pour parler de la vive inquiétude du monde de la culture en Provence.
Des théâtres, des festivals, des compagnies qui voient leurs subventions qui se réduisent, voire qui disparaissent. Le dernier coup dur, c'est celui qui vient de tomber. La métropole d'Aix-Marseille bloque pour l'instant le vote des aides. Le moral est au plus bas pour les professionnels du spectacle. Des dates de spectacle annulées, des licenciements, des contrats supprimés. Un exemple, le théâtre Antoine Vitesse à Marseille qui prévoyait un festival avec 200 lycéens des Bouches-du-Rhône mais qui vient de perdre 23 000 euros de subventions. On ne l'a pas encore dit aux enfants, dit ce matin dans la presse la directrice.
Bonjour Robin Renucci. Bonjour. Bienvenue sur Ici Provence et merci de répondre ce matin aux questions de David Houssiou. Je rappelle que vous êtes le directeur du théâtre Lacry à Marseille. Vous êtes aussi délégué régional du syndicat des entreprises artistiques et culturelles. J'imagine qu'il y
a
eu des matins plus optimistes.
Oui, en effet, nous sommes dans une situation qui est inédite. Le secteur culturel a pleinement conscience de l'état des finances publiques.
Il
a pris part et il continue de prendre part à l'effort de redressement demandé à tous. Mais cette fois, nous sommes dans une situation qui ne s'est jamais produite. Les lieux intermédiaires que nous sommes, les relations que nous avons avec les publics, l'ensemble des structures qui font vivre le service public de la culture sont déjà au maximum de leur capacité. Et en effet, dans le plan de financement aujourd'hui, qu'on appelle le plan de loi de finances, le PLF, l'État confirme une forte baisse des crédits qui sont consacrés à la culture et à la création.
Est
-ce
que
vous
pensez, Robin Renouji, que votre public se rend compte de la situation ?
Est
-ce qu'il sait que son billet, et là c
'est
un chiffre que vous donnez, ne représente que 7% de ce que coûte un spectacle auquel il assiste ? 7% ce n
'est
pas grand-chose.
Bien sûr, grâce à vous, nous pouvons parler davantage au public, lui dire que cela le concerne pleinement dans son quotidien, dans sa famille. Ces coupes ne touchent pas seulement des structures, elles touchent des familles, des emplois qui sont supprimés, des salariés qui sont licenciés, des artistes.
Vous
venez de parler également du sport, les sportifs également, puisque toute une chaîne, la culture est un ensemble d'éléments qui, dans le cadre aujourd'hui des baisses que l'État est en train de nous infliger, l'ensemble des structures associatives, par exemple, sont touchées. Donc toutes celles et ceux qui sont privés de contrat, tous les bénévoles qui vont disparaître, le fruit de leur engagement, bien ce sont des familles. Et aujourd'hui, elles subissent les conséquences directes, à n'en pas douter de ce que sera leur quotidien demain.
Vous dites effondrement du service public de la culture avec un point d'interrogation. Ça voudrait dire quoi, effondrement
?
Ça veut dire que notre modèle social qui a été construit sur la relation des uns avec les autres, la tolérance, le désir de partager la différence de chacune et de chacun, est en train progressivement, du fait que nos lieux soient à ce point altérés, en train de s'effondrer tout simplement. Et c'est là le lien social qui est particulièrement atteint. Nos maisons sont des maisons d'accueil, de rencontres, de partages symboliques, certes. On raconte le monde devant les uns et les autres, et avec les uns et les autres. Mais si nous ne pouvons pas nous rencontrer comme c'est l'histoire de notre pays, eh bien c'est un effondrement du service public.
Derrière tout cela, le cadre de l'hôpital est dans la même situation. Celui de l'éducation,
on
le sait également. Donc nous sommes soucieux, en effet, de ce modèle social qui est en train de s'effondrer, c'est le cas de le dire.
Alors Robin Renucci, j'imagine que vous acceptez la critique quand même. Oui, bien entendu. Alors écoutez cette petite musique. La musique des JO 2024, et l'homme qui a mis en scène la cérémonie d'ouverture, c'est Thomas Jolie. Pourquoi je vous parle de lui ? D'abord parce qu'il a dirigé un centre d'armatique national, et qu'il dit, on tourne en rond devant les mêmes spectateurs avec lesquels nous sommes toujours d'accord. Est-ce qu'il a raison en partie, parfois ?
Alors, il a peut-être raison dans certains lieux. Je peux vous dire qu'à Marseille, aujourd'hui, à la Crier, alors même que nous sommes dans une recrudescence de public, nous avons une fréquentation de 95% des habitants de Marseille et autres qui nous fréquentent. Vous connaissez puisque vous venez nous rencontrer.
C'est ça qui est fou d'ailleurs.
Vous avez une énorme fréquentation, et vous êtes quand même menacé.
Dont 30% de jeunes, c'est très important de le rappeler. Donc,
il
y a cette présence très importante du public et qui est brassée. Parce qu'il y a à la fois ce travail du théâtre, que l'on vient voir, mais il
y
a aussi toutes les actions qui sont parallèles. Le fait que l'éducation artistique et culturelle, dans les nombreux, dans tous les collèges, les lycées, l'ensemble des milieux scolaires que nous fréquentons, mais partout en France, je pense que Thomas Jolie est un peu sévère par rapport à certains lieux, mais la majorité des lieux travaillent très très proche des familles, des individus, et à chaque fois, dans un souci d'émancipation et de reconnaissance de la capacité de chacun à se
rencontrer.
Il y a une autre inquiétude qui commence à se faire entendre dans le monde culturel. Elle est politique. Le festival actoral est privé de 90 000 euros de subvention du département des Bouches-du-Rhône après une intervention du rassemblement national. Est-ce que ça vous inquiète, ça
?
Alors, ce qui nous soucie, évidemment, c'est ce regard que portent des collectivités territoriales sur un droit de programmation, un droit de censure, parfois, lorsqu'elle sait que censure est politique. Et cela, il faut rappeler que c'est hors la loi. Il y a une loi qui s'appelle la loi El Cap, qui est une loi qui a été révisée en 2026 particulièrement, qui interdit toute ingérence en matière de programmation, de diffusion. Ça fait partie de la liberté d'expression, ce sont nos droits communs de l'homme. Mais lorsque cela est seulement, pour une raison politique, cela est totalement hors la loi.
Donc, il faut le rappeler aussi aux élus qui sont hors la loi lorsqu'ils déprogramment ou lorsqu'ils interdisent la liberté d'expression dans les lieux artistiques.
Est-ce qu'il
y a
des décisions politiques qui pourraient vous conduire à quitter vos fonctions, par exemple ? Est-ce qu'il
y a
des moments où vous vous diriez « je fais résistance, je m'en vais
» ?
Pour nous, vous savez, c'est un travail d'insistance plutôt que de résistance que nous faisons. Nous insistons sur les valeurs. Les centres dramatiques nationaux, par exemple, ont été fondés à la suite de la Deuxième Guerre mondiale. Le premier a été fait à la frontière allemande, à Colmar, de telle sorte que les humains se retrouvent et puissent s'opposer sans se massacrer. La question politique et de notre vie sociale, d'ailleurs, c'est une capacité d'opposition, de reconnaissance des différences des uns et des autres, et de la capacité de se confronter les uns aux autres, mais à condition de ne pas se massacrer. Et les lieux de théâtre sont des lieux faits pour cela.
Ce sont des lieux politiques en soi. Ils
sont
des lieux d'insistance et de résistance, oui, à certaines valeurs qui sont celles de la tolérance, du regard que l'on porte les uns envers les autres et de l'accueil que l'on fait aux plus démunis en général. Donc ce travail-là, c'est un travail qui est profond, à la fois sur les plateaux, lorsqu'on raconte l'histoire. Ça peut plaire en effet à une certaine marge de politique aujourd'hui qui ne serait pas d'accord avec cette tolérance, cette ouverture d'esprit, mais en tout cas, c'est celle des centres dramatiques et c'est ce qui nous a fondés.
Merci Robin Renucci, directeur du théâtre de
La Crier à Marseille. Voilà la culture en danger par manque de subvention. Article aussi à retrouver sur ici.fr. En musique, une belle histoire. On pourrait en faire une...