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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 20 novembre 2025 6 minContradictoireActualité / polémiqueSanté

"6 à 7 millions des Français déclarent, assez spontanément, avoir été victimes de violences" dans leur enfance

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

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Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:35InvitéChiffre
    « 6 à 7 millions des Français déclarent assez spontanément avoir été victimes de violences de toute nature. »
  • 1:21InvitéFait
    « 4% d'entre eux disent aussi qu'ils ne savent pas, ils ne répondent pas. »
  • 1:35InvitéFait
    « On connaît tous quelqu'un qui a été victime et qui ne l'a pas forcément dit. »
  • 1:42InvitéFait
    « Elles ne sont pas suffisamment dénoncées. »
  • 1:56InvitéChiffre
    « 1,6% des mineurs bénéficient d'une mesure de protection. »
  • 4:02InvitéFait
    « Le problème, il est plutôt du côté du grand public qui ne connaît pas forcément la nature de ces violences, qui ne sait pas forcément les repérer. »
  • 5:04PrésentateurFait
    « La situation continue de s'aggraver pour la protection de l'enfance. »

Temps de parole

  • Invité72 %
  • Présentateur28 %

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0:00
Présentateur

Il est 6h21, 12% des Français disent avoir subi des maltraitances durant leur enfance, 12%. Chiffre qui nous vient du dernier baromètre de la fondation Action Enfance. Bonjour François Vachera.

0:19
Invité

Bonjour Mathilde.

0:20
Présentateur

Vous êtes le directeur général de cette fondation qui existe depuis près de 70 ans, reconnue d'utilité publique. Vous vous occupez d'enfants placés qui ont été victimes de violences. Donc près d'un enfant sur dix déclare avoir subi des maltraitances pendant l'enfance. Est-ce que vous-même ce chiffre vous a étonné ?

0:35
Invité

Oui c'est un chiffre qui nous a beaucoup étonné quand on en a pris connaissance. Parce que si on le rapporte à la population française, ça veut dire que 6 à 7 millions des Français déclarent assez spontanément avoir été victimes de violences de toute nature. Psychologiques, physiques, sexuelles.

0:50
Présentateur

C'est ce que j'allais vous dire, de quoi parle-t-on ? Où commence la maltraitance ?

0:53
Invité

La maltraitance ça peut être un des intérêts des parents ou une des difficultés des parents à s'occuper de leurs enfants. Et ça va jusqu'à des violences sexuelles inouïes, des violences physiques inouïes qui peuvent laisser des séquelles. Donc quand les Français déclarent qu'ils ont été, 12% déclarent qu'ils ont été victimes, c'est victimes de violences qui peuvent être de nature et d'intensité extrêmement différentes. Mais ça c'est un chiffre qui nous a beaucoup surpris, d'autant que 4% d'entre eux disent aussi qu'ils ne savent pas, ils ne répondent pas. Donc peut-être qu'on peut imaginer que c'est un peu plus que ça. Ça fait 6 à 7 millions de Français, c'est énorme.

Et ça veut dire aussi que dans notre entourage, on connaît tous quelqu'un qui a été victime et qui ne l'a pas forcément dit. Et donc vit avec ce traumatisme pendant toute sa vie.

1:38
Présentateur

C'est ça aussi ce qu'on voit à travers votre étude, c'est que le problème c'est que ces violences ne sont pas souvent dénoncées.

1:42
Invité

Alors elles ne sont pas suffisamment dénoncées et je voudrais mettre ce chiffre de 12% en relation avec un autre chiffre qui n'est pas dans l'étude dont on parle. On sait aujourd'hui que 1,6% des mineurs bénéficient d'une mesure de protection. Alors si on rapporte les mineurs en France, c'est à peu près 21% de la population. Si vous rapportez ce chiffre à 12% d'adultes, ça veut dire qu'on sait aujourd'hui que simplement une situation sur deux est prise en charge. C'est-à-dire qu'il y a un enfant sur deux victime de violence qui reste avec sa violence et qui n'est pas accompagné ou les parents ne sont pas accompagnés.

2:18
Présentateur

Et alors comment on fait pour encourager à signaler ? Déjà il faut les repérer. C'est ce que vous dites aussi dans cette étude, c'est qu'on ne sait pas trop ce qu'il faut voir. Ce qui est à partir du moment où ça devient suffisamment grave pour appeler le 119, c'est ça le réflexe à avoir ?

2:32
Invité

Oui c'est ça, c'est le 119. Alors ce qui est intéressant avec le 119, c'est que je pense qu'il ne faut pas hésiter à appeler le 119 parce que vous avez affaire... A la moindre alerte ? A la moindre alerte, oui. D'accord. Quand vous constatez quelque chose, il faut appeler le 119 puisque vous avez affaire à des professionnels et vous avez la garantie là qu'ils vont prendre en charge la situation et ils vont le faire de façon tout à fait professionnelle, c'est-à-dire qu'ils vont vérifier, documenter la situation et éventuellement faire en sorte que des mesures soient prises pour protéger les enfants.

La seule chose c'est qu'il faut les contacter avec des informations qui sont assez précises, notamment sur l'identité des enfants bien entendu. Mais en tout cas, il ne faut pas hésiter à appeler le 119, ça c'est absolument fondamental.

3:07
Présentateur

Et alors pourquoi ça se fait si peu dans votre étude ? Vous dites parmi tous ceux qui sont témoins de ce genre de violence, déjà il n'y en a pas beaucoup, seul un quart entreprennent des démarches. Pourquoi ? C'est quoi ? C'est par désintérêt ? Par l'archeté ? Parce que c'est compliqué ?

3:19
Invité

Je pense que les gens peut-être ne savent pas ce qu'il faut entreprendre ou ne savent pas comment entreprendre ou parce que c'est pour des raisons familiales, c'est-à-dire qu'ils constatent dans le milieu familial qu'il peut y avoir des violences, mais ils savent aussi que si c'est dénoncé... C'est dénoncé, ça crée au sein des familles des conflits extrêmement importants. Ce qu'il faut savoir, c'est que la plupart des signalements qui sont faits aujourd'hui le sont par des professionnels de l'éducation nationale, de la petite enfance.

J'ai écouté hier sur votre antenne une de vos collègues parler du travail que Sarah Bitbol, que vraiment je félicite parce qu'elle a fait un travail remarquable dans le monde du sport. Je vois aussi que dans les associations sportives, dans les fénérations sportives aujourd'hui, on prend en charge cette question, on la prend en sérieux. Donc ça, j'allais dire aujourd'hui, c'est quelque chose qui est en mouvement. Le problème, il est plutôt du côté du grand public qui ne connaît pas forcément la nature de ces violences, qui ne sait pas forcément les repérer.

Après, je pense que là, on a tous, tout un chacun, j'allais dire presque une éducation à se faire sur ces sujets-là pour apprendre à repérer, pour être sensibilisés à ces questions-là. Et donc, il y a le 119, ça c'est important. Je voudrais aussi vous parler d'un film qui s'appelle Sidération, qui est un film qui a été réalisé par l'excellente Guilla Braoudet, que j'encourage tout le monde à regarder. C'est un film d'une sensibilité extrême, d'une pudeur extrême, qui raconte justement les violences à l'intérieur des familles. Malheureusement, ce film n'a pas été diffusé sur les chaînes de télé, je le regrette.

4:48
Présentateur

Il n'est peut-être pas trop tard si les chaînes vous écoutent. Il y a Claire Edon, la défenseur des droits, qui a remis un rapport hier au président, dans lequel elle dit notamment que la situation continue de s'aggraver pour la protection de l'enfance. Elle dit que les foyers et les villages d'enfants sont saturés. C'est le cas pour votre fondation, puisque vous, vous accueillez 1200 enfants dans des villages d'enfants qui sont des maisons à taille humaine avec des éducateurs pour les aider à se reconstruire. Est-ce que vous avez des problèmes, vous ? Ça déborde ?

5:18
Invité

Oui, on a un développement qui est considérable aujourd'hui, puisque au moment où je vous parle, on a 12 villages à construire dans les années qui viennent, d'ici 2030, donc c'est énorme. Je rappelle qu'on en a 19 aujourd'hui, donc on a un développement qui est considérable. C'est aujourd'hui la mode d'accueil, les villages d'enfants, qui est un mode d'accueil extrêmement reconnu par les pouvoirs publics, en particulier les départements, parce qu'il faut rappeler aussi que ce sont les départements qui ont cette magnifique et extrêmement difficile responsabilité de la protection de l'enfance.

Donc nous, on intervient à la demande des départements pour apporter les solutions et accueillir des enfants dans des maisons, puisque chez nous, les enfants, c'est leur domicile. Ils ont leur chambre et ils vivent avec des éducateurs qui font ce que normalement des parents devraient faire, c'est-à-dire s'occuper de ces enfants au quotidien, les emmener à l'école, s'occuper de leur soutien scolaire, et puis faire en sorte qu'ils aient des activités culturelles, des activités sportives, ça c'est fondamental.

6:07
Présentateur

Merci François Vachera, directeur général de la Fondation Action Enfance. Et on rappelle, le 119, le numéro qui permet de signaler des violences sur les enfants et on n'hésite pas.

6:15
Invité

C'est essentiel.