Jean Imbert : "Je ne suis pas de nature très blasée, je suis toujours émerveillé de tout"
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- 0:05OuverteRéponse directe
Si vous étiez un plat, un film et un paysage ?
- 0:31OuverteRéponse directe
Si on vous demande un paysage, c'est la Bretagne ?
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Vous vous sentez un peu sorcier ?
- 1:25OuverteRéponse directe
Vous êtes l'un des chefs les plus célèbres de la cuisine française aujourd'hui, élu homme de l'année l'an dernier par le magazine GQ, dans le classement des 50 français les plus influents du monde également.
- 2:23OuverteRéponse directe
Ça représente quoi encore aujourd'hui d'avoir une étoile au Michelin ?
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Qui fait la cote d'un cuisinier ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Je ne suis pas de nature très blasé, je suis toujours émerveillé et tout. »
- 2:00Invité politiqueFait
« Peut-être la première au Plaza, parce que c'était huit semaines après mon arrivée, elle avait une saveur assez incroyable. »
- 2:10Invité politiqueFait
« C'est un projet où je me suis beaucoup investi personnellement, c'est-à-dire que je pense que si ça avait été un échec, je l'aurais vraiment pris sur mes épaules. »
- 2:34Invité politiqueFait
« Je ne sais pas si je suis d'accord avec la cote qui se fait sur les réseaux sociaux. »
- 4:56Invité politiqueChiffre
« Moi, comme je disais, je suis passé en 4 ans, je suis passé de 4 collaborateurs de mon restaurant avec ma grand-mère qui était à 500 mètres d'ici. On était deux en cuisine dans la salle à 1 000 collaborateurs en 4 ans. »
- 5:40Invité politiqueChiffre
« Elle avait 90 ans, c'était deux ans avant le Covid. »
- 7:31Invité politiqueFait
« Moi, quand j'ai gagné Top Chef en 2012, je l'ai gagné face à quelqu'un qui avait une étoile Michelin, alors que moi, je n'en avais pas. »
- 8:35Invité politiqueFait
« Oui, on ne va pas mentir. Enfin, ça a blessé surtout ma famille quand les papiers sont sortis, quand j'ai pris le Plaza Athénée en plein mois d'août. »
- 8:55Invité politiqueFait
« Donc, mon papa, comme je disais, ou plein d'autres. Et en fait, cette façon d'être dans la revanche un peu m'a beaucoup aidé. »
- 10:23Invité politiqueFait
« Bon, après, il faut imaginer ce qu'il représentait dans le sens où mon papa m'a bercé au film de De Niro et de Brando quand j'étais petit. »
- 12:46Invité politiqueFait
« Je savais que j'allais arriver à l'école Bocuse dans pas longtemps. »
- 16:53Invité politiqueFait
« Honnêtement, je vous... Oui, enfin, non, on a toujours des choses qu'on aurait voulu accomplir. »
- 17:11Invité politiqueFait
« être sur l'île de Marlande-Brandeau, cuisiner à la pêche avec son fils, échanger avec lui, être dans l'Orient Express, pour moi, c'était la quintessence d'une certaine idée du voyage, de tout ça »
- 18:46Invité politiqueFait
« Non. »
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Chef cuisinier. Bonjour Jean-Himbert.
Bonjour à vous, bonjour à tous.
Bienvenue sur Inter. Je commence par mes questions rituelles. Si vous étiez un plat, bon c'est pas très original, mais si vous étiez un plat, un film et un paysage ?
Un plat je dirais plutôt une odeur, celle quand je rentrais chez ma grand-mère, l'odeur du poteau feu dans la cuisine. Un film, Sabrina Audrey Byrne, quand elle quitte les Etats-Unis pour aller apprendre la cuisine à Paris. J'adore cette scène, ça me donnait toujours envie de faire de la cuisine. Un paysage en Bretagne, chez moi, la falaise, le Cap Fréel, la houle qui tape dans les récifs.
A la fin, vous qui voyagez tout le temps, qui avez fait le tour du monde, qui avez des restaurants partout dans des endroits merveilleux, dont l'île de Marlon Brando. A la fin, si on vous demande un paysage, c'est la Bretagne.
Ah oui, c'est ma Madeleine de Proust, c'est mon endroit. J'étais au Brando il y a quelques temps, je prends l'Ontexpress demain et c'est vrai que je voyage beaucoup, mais la Bretagne ça reste... J'ai besoin de ça, j'ai besoin d'avoir les pieds dans le sable et du sel dans les cheveux.
« Si vous n'êtes pas capable d'un peu de sorcellerie, ce n'est pas la peine de vous mêler de cuisine », écrivait Colette. Quant à Marguerite Duras, elle écrivait « Faire la cuisine, c'est être un peu sorcier, un peu magicien ». C'est marrant, les deux, Duras et Colette, parlent de sorcellerie et font le mélange entre la sorcellerie et la cuisine. Vous vous sentez un peu sorcier ?
Je me sens un peu... On fait des potions magiques, on peut dire. Peut-être que je suis tombé dedans quand j'étais petit. Sorcier, je ne sais pas, mais la cuisine, je l'ai toujours sentie très sentimentale, très proche de l'amour, tout ça. Donc il y a quelque chose qui peut se rapprocher de ça, oui, c'est sûr.
Jean-Hambert, vous êtes l'un des chefs les plus célèbres de la cuisine française aujourd'hui, élu homme de l'année l'an dernier par le magazine GQ, dans le classement des 50 français les plus influents du monde également. Et vous avez été une nouvelle fois récompensé cette semaine par le guide Michelin. Après votre étoile au Plaza a été née à Paris, vous avez reçu une première étoile pour la Palme d'Or, votre restaurant de l'hôtel Martinez de Cannes, hôtel mythique, dont vous avez repris le restaurant il y a un an à peine, et déjà une première étoile.
Ça fait autant plaisir qu'il y a trois ans quand vous avez reçu votre toute première étoile de votre vie pour le Plaza, où on commence à être habitué, quoi.
Alors je ne suis pas de nature très blasé, je suis toujours émerveillé et tout. Peut-être la première au Plaza, parce que c'était huit semaines après mon arrivée, elle avait une saveur assez incroyable. Là honnêtement, je ne m'y attendais pas trop, on a ouvert qu'il y a dix mois. C'est un projet où je me suis beaucoup investi personnellement, c'est-à-dire que je pense que si ça avait été un échec, je l'aurais vraiment pris sur mes épaules. Là, le fait que ce soit un succès et qu'en plus on ait l'étoile directement, je suis heureux, j'ai la chance d'être avec des collaborateurs aussi exceptionnels.
Mais ça représente quoi à l'heure où la cote d'un chef se fait sur les réseaux sociaux, se fait au nombre d'abonnés ? Ça représente quoi encore aujourd'hui d'avoir une étoile au Michelin ?
Je ne sais pas si je suis d'accord avec la cote qui se fait sur les réseaux sociaux. Je pense que je dirais que peut-être la cote, elle se fait au niveau des collaborateurs qu'on a et au niveau des projets qu'on fait. Ce n'est pas parce qu'on a beaucoup de followers sur les réseaux sociaux ou qu'on a des étoiles que d'un seul coup, on devient plus important ou qu'on fait des plus beaux projets. C'est un écosystème et on ne va pas cracher dans la soupe sur les réseaux ou sur les étoiles. Je pense que les deux sont importants dans l'écosystème.
Mais si je mets bout à bout tous les projets que j'ai, je dirais que c'est plus ça qui parle et la qualité des collaborateurs, plus de 1000 personnes qui m'accompagnent. Je dirais que c'est plus ça qui devient important, je trouve.
Qui fait la cote d'un cuisinier. Aujourd'hui, vous êtes à la tête de 20 restaurants dans le monde. Il y en a, on parlait de l'île de Marlène Brando, il y a l'Orient Express, effectivement, dans le train, c'est vous qui cuisinez.
Je le prends demain, là, mais oui.
Il y a Dubaï, il y a au Mont-Saint-Michel, il y a un peu partout. Vous vous sentez toujours comme un artisan ou vous vous sentez plus comme un entrepreneur, comme un chef d'entreprise ?
Je ne me suis jamais senti comme un chef d'entreprise parce qu'il y aurait un côté organisation dans tout ça, il y aurait un côté plan de carrière que je n'ai jamais eu. Vous n'êtes pas bon en organisation ? Si, mais en fait, j'ai mon noyau dur qui m'accompagne, ils sont là depuis 10 ans, 15 ans. C'est-à-dire que j'ai une fidélité d'équipe, on a une organisation, je trouve qu'on est devenu très efficace. Hier, j'étais au Mont-Saint-Michel de Mont-Prince-Express, il y a quelques jours, on était au Brando. C'est vrai qu'on ne va pas mentir, ce n'est pas facile.
Voilà, il y a beaucoup de choses compliquées, mais je me verrais plus comme un artisan, en tout cas pas comme un artiste, même si on crée des choses éphémères, on va dire. Mais j'adore avoir les mains dans la matière, surtout d'ailleurs quand je suis en Bretagne, où vraiment je cuisine pour ma famille, etc. Je ne vais pas dire que tous les matins, je vais au Plaza pour éplucher les carottes et faire les poissons, mais j'adore ce rapport à la matière, j'adore goûter. La cuisine, c'est aussi un palais, c'est aussi savoir sentir les saveurs.
Mais globalement, vous êtes où entre ces 20 restaurants ? Par exemple, hier soir, vous cuisinez où ? Vous êtes où ? Ce soir, vous êtes où ?
Où est-ce qu'on vous trouve ? Ce soir, je suis au Plaza, mais demain, je serai dans le train. En fait, il y avait cette phrase de Paul Bocuse, je lui demandais qui c'est qui cuisine quand vous n'êtes pas là. Il disait les mêmes que quand je suis là. Et j'aimais beaucoup cette phrase parce qu'en fait, il ne faut pas mentir aux gens en disant que tous les matins, c'est moi qui vais tout faire ou tous les soirs. Mais si on veut cuisiner pour une seule personne, on cuisine dans ce cas-là, c'est on est une grand-mère, on cuisine pour sa famille, on va le matin au marché. Après, on a un restaurant.
Si on est à la ligne de la viande, comme ça, on n'est pas à la ligne du poisson, on n'est pas en train de faire les entrées, on n'est pas en train de vérifier les desserts. Donc de toute manière, on est accompagné. Moi, comme je disais, je suis passé en 4 ans, je suis passé de 4 collaborateurs de mon restaurant avec ma grand-mère qui était à 500 mètres d'ici. On était deux en cuisine dans la salle à 1 000 collaborateurs en 4 ans. Et quand je vois le niveau des gens, je suis extrêmement flatté, je suis extrêmement honoré d'avoir ces gens-là qui m'accompagnent.
Vous parlez beaucoup de votre grand-mère. Elle est décédée il y a 3 ans, très très importante dans votre vie, à tel point que tous les quelques temps, vous continuez à mettre des vidéos d'elle dans sa cuisine, sur les réseaux sociaux. Vous pensez à elle ?
Je pense à elle parce que le fait qu'elle soit partie, qui me rend triste, mais j'ai envie de dire comme tout le monde, quand on perd quelqu'un, et que j'ai cette nostalgie de, je pense que, je ne sais pas si je retrouverai un jour l'adrénaline de ce que ça m'a procuré d'ouvrir un restaurant avec elle. Elle avait 90 ans, c'était deux ans avant le Covid. Et en fait, ouvrir un restaurant avec sa grand-mère, c'était un de ses rêves aussi depuis tout petit.
Je ne sais pas si on mesure ce que ça procure comme émotion, et que même toutes les étoiles, tout platzaté, tout ce qu'on veut, l'île de Marlon-de-Bruns, tout ça, je pense, ne m'amènera pas à cette idée magique que j'ai réussi à faire ça avec une des personnes qui m'étaient les plus chères.
Et on l'écoute, même quand elle dit des gros mots.
Mamie, on ne dit pas merde dans la cuisine, s'il te plaît.
Écoute, j'ai pas de bon matériel. J'ai pas de ciseaux, j'ai pas de... Regarde comment je fais. Vas-y, donne tout, il faut que tu coupes fort. Écoute. C'est incroyable.
Vous voulez me rendre émotiv ce matin, là ?
Non, non, je ne vais pas vous faire pleurer, mais c'est vraiment... Elle a eu le temps de vous voir exploser, entre guillemets, votre grand-mère ? Elle a vu l'ampleur que ça prenait ?
Oui, je pense, je me souviendrai toujours, je l'avais accompagnée au marché une fois, elle avait dit à quelqu'un, elle a acheté une volaille, elle avait dit, mon petit-fils, il a gagné Top Chef, et tout ça, il y avait un truc, en fait, qui était un peu, oui, de fierté, mais que j'avais aussi chez ma mère, beaucoup moins chez mon père, mais... Bon, c'est comme ça, mais elle est venue au Plaza Athénée le jour où j'ai ouvert, je l'ai amenée dans quasiment tous mes projets. Elle rêvait d'aller un jour aux Etats-Unis, on ne l'a malheureusement pas fait, donc j'irai un jour ouvrir là-bas pour lui rendre hommage.
Vous parlez de Top Chef, cette année, le Michelin a récompensé six chefs qui ont commencé dans l'émission d'M6. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ils ont aussi fait un partenariat avec Top Chef pour qu'un gagnant, potentiellement, ait une étoile, ce qui a provoqué des remous dans le milieu gastronomique en disant, qu'est-ce que c'est ça, le Michelin qui fait un deal avec une émission de télé ? Qu'est-ce que ça dit aujourd'hui de la société, du monde de la cuisine ?
Moi, quand j'ai gagné Top Chef en 2012, je l'ai gagné face à quelqu'un qui avait une étoile Michelin, alors que moi, je n'en avais pas. Je ne sais pas ce que ça dit exactement. Je pense qu'il y a beaucoup de polémiques qui ne servent à rien. Je pense qu'un gagnant de Top Chef, je peux prétendre au niveau d'avoir une étoile, ça ne me choque pas. Il y a beaucoup de chefs qui sont passés par Top Chef qui ont eu des étoiles depuis, plein d'autres, moi aussi. Mais il n'y a pas besoin, je pense, de faire une histoire là-dessus.
Il y a dix ans, Libération titrait « Le portrait de vous, Jean-Himbert, star sans étoile ».
Je me souviens de ce papier, c'était l'Ader.
Il y a une forme de revanche en ayant eu, au moment où vous prenez le Plaza Athénée après Alain Ducasse qui avait marqué ce restaurant pendant des années de son empreinte, il y a eu des papiers critiques. Jean-Himbert, c'est l'ami des stars. Jean-Himbert, c'est l'ami de BNC, Pharrell Williams, etc. Ce n'est pas un vrai cuisinier. Et puis finalement, vous avez eu une première étoile. Et puis aujourd'hui, vous avez une deuxième étoile avec le restaurant du Martinez. C'est des choses qui vous ont blessé.
Oui, on ne va pas mentir. Enfin, ça a blessé surtout ma famille quand les papiers sont sortis, quand j'ai pris le Plaza Athénée en plein mois d'août. J'étais en vacances avec mes parents. Et quand j'ai fait la couve de M du monde et qu'il y a eu deux, trois choses un peu tendues. Après, j'ai essayé d'être hermétique à tout ça. Et j'ai un peu cette chance, c'est que je me suis beaucoup construit depuis que je suis tout petit sur des gens qui ne croyaient pas en moi. Donc, mon papa, comme je disais, ou plein d'autres. Et en fait, cette façon d'être dans la revanche un peu m'a beaucoup aidé. Alors, je dirais que je l'ai un peu soupé maintenant que je suis passé quelques mois.
Je n'ai plus envie d'être dans la revanche de rien. Je pense que je l'ai fait pendant... C'est bon, j'ai 40 ans. Je l'ai fait pendant longtemps, tout ça. J'ai envie d'être dans plus, dans autre chose. J'ai envie d'être dans des choses positives. Je n'ai plus envie de regarder en arrière sur des gens qui ne croient pas en moi ou qui ne croient pas à tout cet écosystème. Mais vous avez compris c'est quoi ?
C'est que vous avez...
Non, mais je me souviens très... En fait, je me souviens comme si c'était hier. Vous énervez les gens. Je pense que le papier, je pourrais le lire en entier, tellement je m'en souviens par cœur. Et d'ailleurs, je l'ai affiché dans mon bureau comme avec un autre papier où il disait du mal. Parce qu'en fait, c'est... Oui, c'est des... Je vais les enlever là. Mais c'est... Oui, un système de revanche. J'étais allé me défendre à quotidien à l'époque pour expliquer que... Voilà, je pense qu'il faut attendre... Je pense que les critiques auraient pu attendre que j'ouvre les restaurants pour dire... Et finalement, quand on a eu l'étoile directe, que là, maintenant, je dirais...
En fait, les partenaires avec qui je travaille, que ce soit LVMH et plein d'autres, je veux dire, si je n'étais pas entre mes cuisiniers, ils ne travailleraient pas avec moi. Donc, de toute manière, on est quand même... Et puis, je vous dis, j'ai mille personnes avec moi. Vous imaginez bien que j'espère que j'essaie cuisiner.
Oui. Votre plus beau souvenir, c'est avec une star, mais c'est vraiment quelqu'un que vous adorez. C'est lui.
Vous dites, le plus beau souvenir de ma vie,
c'est d'avoir cuisiné pour Robert De Niro une bouillabaisse et d'avoir dégusté la bouillabaisse avec lui.
Oui, alors j'ai cuisiné beaucoup pour Robert De Niro, c'est vrai. Bon, après, il faut imaginer ce qu'il représentait dans le sens où mon papa m'a bercé au film de De Niro et de Brando quand j'étais petit. Donc, j'avais déjà cet affect très personnel où j'avais l'impression de venger mon papa qui ne les connaissait pas. Et moi, j'étais devenu un ami avec lui. Oui, à Cannes, on était allé se faire une bouillabaisse ensemble avec J.R. et le magicien David Blaine, tous les quatre. Et c'est un moment... Déjà, quand De Niro, il vient vous chercher en voiture pour y aller, c'est déjà quelque chose. Et ce que j'aime, c'est...
Oui, il est pudique, même s'il fait des prises de parole très engagées ces dernières années. Mais quand il raconte les tournages, il y a quelque chose où, un seul coup, son oeil s'illumine. Et le mien aussi, parce que, pour moi, on ne parle pas de stars, on parle d'icônes, on parle de gens qui resteront dans l'histoire. Et de pouvoir partager des moments comme ça, intimes avec ces gens-là, c'est la grande chance de mon métier qui est toujours lié à la cuisine, d'une autre manière, qui n'est pas... Voilà.
Ce restaurant, La Palme d'Or, du Martinez, qui fait le Festival de Cannes, puisque vous cuisinez pour le jury, vous avez fait la cuisine, vous avez cuisiné pour la soirée spéciale d'Emilia Pérez, du film au dernier... D'ailleurs, vous n'avez plus le temps d'aller voir des films pendant la quinzaine du festival, alors qu'avant, vous alliez tout le temps à la séance du matin. Ce restaurant, il est nimbé de cinéma, il est partout, il y a le pique à glace de Sharon Stone dans Basic Instinct, il y a...
Il y a le short de De Niro de Ragging Bull, le vrai qu'il a porté.
Le vrai. Il y a les lunettes de Leonardo DiCaprio dans... Dans le Loup de Wall Street. Parce que c'est capital pour vous, c'est-à-dire plus qu'une passion cuisine, chez vous, Jean-Himbert, il y a une passion pour la mise en scène de la cuisine. C'est depuis que vous êtes gamin, parce qu'il faut savoir, les gens qui vous connaissent peut-être pas, c'est que quand vous étiez môme, vous vous réveillez à 5h du mat et vous cuisiniez. C'était une idée fixe chez vous. Vous faisiez des dressages particuliers, vous invitiez vos parents, vous forciez votre frère à être serveur. Et vous connaissez tout, Léa, c'est un truc de fou. J'ai un peu bossé, accessoirement.
J'ai lu le M Magazine du Monde, mais j'ai lu les autres aussi. Et c'est très important pour vous, c'est-à-dire qu'il y a le cadre aussi.
Oui, j'adore raconter des histoires depuis tout petit. Et même quand j'avais 10 ans, c'est vrai que je cuisinais pour mes parents à la maison. Mon frère est questionné en service. La première année où je suis allé à Paris, l'année de mon bac à 17 ans, je cuisinais le matin, je me levais à 5h pour me faire des repas que j'apportais dans des doggy bags, dans des petits bois plastiques, pour manger tout seul. Je mangeais tout seul dans un banc au Luxembourg. Et je me faisais à manger. Moi, je retournais à l'Ile-les-Roses le soir, mais je me faisais des rougets grillés, je me faisais des côtes de bois à la tomate. Oui, non, mais j'étais vraiment...
Je savais que j'allais arriver à l'école Bocuse dans pas longtemps. C'était comme si j'étais en entraînement. Mais après...
Vous avez arrêté vos études pour aller plus jeune apprenti chez Bocuse. Votre père, ça revient depuis le début de l'entretien, il n'y croyait pas. Il disait, mon fils, il va faire de la mayonnaise toute sa vie.
Oui, je pense qu'il n'y a pas qu'à moi que ça parle. Peut-être que ça peut vous parler aussi. Mais toute étoile, toute chose qu'on peut accomplir dans la vie, ça ressemblera à rien que j'ai dit si mon père me regardait dans les yeux et qu'il me disait, je suis fier de toi. Ça reste quelque chose de... C'est une quête, en fait, qui m'a beaucoup nourri, qui m'a beaucoup poussé à devenir meilleur. Et maintenant, je dirais que...
Ça y est, il vous regarde avec... Non, mais je dirais que je suis un peu... Toujours pas ?
Oui, enfin, il ne me le dira pas. Il va le dire à ma mère qui va me le dire. Mais on est dans une famille très pudique où mon papa a perdu son papa très tôt. Donc, on était dans... Voilà, on ne parlait pas de ces sujets-là.
Et vous, pas beaucoup d'amis à l'école, vous dites ? Aucun, quasiment.
Non, j'étais complètement dans ma bulle. Après, c'est pour ça. Après, j'ai mes amis d'enfance de Bretagne. Sans eux, voilà, qu'ils étaient là quand je n'avais rien. Et c'est une fierté de les accompagner dans tous mes projets dans le monde entier, c'est sûr.
Et votre icône, je crois que vous ne l'avez jamais rencontré, celle-là, de toutes les stars que vous avez rencontrées, c'est Michael Jordan.
Je l'ai croisé, mais... Ah, vous l'avez croisé ? Non, mais je ne veux pas lui serrer la main. Moi, j'ai dit, si un jour Michael Jordan vient manger dans mon restaurant, j'arrête ma carrière. Parce que voilà, il m'a tiré vers l'eau quand j'étais petit, pour plein de raisons.
Et puis, Jean-Hambert, il y a l'étoile et on vous a aussi invité pour ça.
Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux. Il faut se satisfaire du nécessaire. Un peu d'eau, fraîche et de verdure.
Hum, le livre de la jungle qui ne fait pas partie du menu, mais j'avais juste envie de l'écouter, Balou. Ça fait du bien. Qui ne fait pas partie du menu spécial du restaurant gastronomique que vous avez ouvert le mois dernier à Disneyland Paris. C'est quand même de la folie d'ouvrir un gastro en plein parc d'attractions. C'est quoi cette dernière lubie folle ?
C'est le petit Peter Pan en moi qui a parlé, on va dire. Non, voilà, c'est un projet que j'avais dans les tuyaux depuis quelques années. C'est marrant, c'est qu'en quelques mois, j'ai ouvert le Mont-Saint-Michel et Disney qui sont vraiment deux projets à l'opposé. Mais en fait, qui nourrissent les deux un imaginaire, un rêve, quelque chose un peu d'enfant, d'iconique aussi pour le Mont-Saint-Michel. Après, à Disney, oui, on mange la ratatouille, les spaghettis de la belle et clochard, des ptas de la petite sirène ou d'Alice au Pays des Merveilles.
Mais c'est vraiment, voilà, c'était, je pensais à tous les enfants, les petits enfants qui vont venir là-bas et qui veulent manger un grand repas avec leurs parents. Tout ça, ça m'a vraiment nourri tout ça.
Ratatouille. Ratatouille. Et c'était Camille. Le Nouvel Up s'écrivait en 2013, il y a 12 ans. Jean-Humbert est au fourneau, c'est que Lady Gaga est à la musique. Ça vous va comme comparaison ? C'est pas mal, Lady Gaga.
Oui, ça va. En tout cas, elle est créative. Elle est toujours dans l'excellence. J'ai eu la chance de côtoyer beaucoup d'artistes dans l'univers créatif et pas juste chef des stars, comme on dit, mais les suivre en studio, de comprendre ce que c'était que le process de création d'un album ou d'une tournée, parce que j'ai beaucoup fait de tournées aussi pour des artistes où je les suis pendant parfois 30 jours. Et oui, ça m'a beaucoup inspiré d'être proche de ces gens-là pour cet univers, l'implication créative qu'ils mettent dans leur projet.
Moi, j'avais toujours l'impression qu'en cuisine, j'étais nul, qu'on ne créait pas d'histoire, qu'on ne pensait pas à la lumière, la musique, le détail. En fait, l'importance de toutes ces petites choses, je trouve que les artistes de ce niveau le mettent à tel baromètre que je voulais aller essayer d'aller là-dedans.
Il y a quelque chose de très américain dans votre manière de voir les choses. Sky is the limit. Oui, il faut que ça brille. Oui, les paillettes, je m'en fous. Mais en même temps, je vais dans mon petit coin en Bretagne. Je rêve de faire mon...
Sky is the limit, si vous me demandez à quoi je pense tous les jours, je pense vraiment à me balader sur ma plage en Bretagne et aller récolter des betteraves dans mon potager, cuisiner, allumer un feu de chumet, mettre un vinyle et voilà. Alors oui, peut-être je rêve de ça parce que j'ai la chance d'avoir accompli tous mes rêves de quand j'avais 18 ans.
Vous les avez tous faits ?
Honnêtement, je vous... Oui, enfin, non, on a toujours des choses qu'on aurait voulu accomplir. Il n'y a pas que la vie pro, mais c'est vrai que si je prends juste trois projets comme ça, être sur l'île de Marlande-Brandeau, cuisiner à la pêche avec son fils, échanger avec lui, être dans l'Orient Express, pour moi, c'était la quintessence d'une certaine idée du voyage, de tout ça et prendre la succession d'Alain Ducasse aux places d'Athénée pour parler de ces trois-là.
C'est énorme. Vous dites aux Parisiens « Désormais, mes projets seront plus personnels que professionnels. Il est temps de se concentrer sur le Jean-Himbert perso. » Ça veut dire quoi, ça ?
Non, mais c'est vrai qu'il y a eu beaucoup de sacrifices ces dernières années. Depuis quatre ans, je pense que même si je peux être très solitaire, je suis capable de ne pas toucher mon téléphone pendant une semaine et me renfermer, mais ça va être de toute manière pour créer quelque chose d'un projet. Donc, il faut... Moi, ça veut dire plein de choses. Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça, mais...
Ça veut dire que vous êtes prêt peut-être à avoir des enfants ou... ?
Là, je dirais que c'est ma vie perso, mais forcément, j'ai... On veut tous une famille peut-être, oui.
Les impromptus, pour terminer, vous préférez cuisiner le poisson ou la viande ?
Poisson.
TikTok ou Instagram ?
Instagram.
La Bretagne ou Cannes ?
Ah, la Bretagne. Désolé pour Cannes.
L'aile ou la cuisse ?
La cuisse.
C'est vrai que vous connaissez par cœur toutes les variétés de carottes ?
Carottes, tomates, pommes, poissons, oui. Tout ? Non, j'en connais beaucoup, oui. J'en plante, j'ai 160 fruits et légumes dans mon potage en Bretagne.
Est-ce que vous avez des recettes ? Est-ce que vous allez trouver des recettes sur Chajipiti ?
Non. J'ai essayé... On a regardé ça pour rigoler, mais ça ne marche pas du tout. Enfin, en tout cas, en termes de recettes, ça ne marche pas. C'est nul.
Vous n'êtes pas encore remplaçable. Est-ce qu'il y a un aliment que vous détestez ?
La réglisse.
Ah, la dernière fois que vous avez pleuré, Jean-Hubert ?
Je ne sais pas, il y a quelques jours.
L'argent fait-il le bonheur ?
Non.
Le soir, vous cuisinez quoi quand vous n'avez pas le temps ?
Des pâtes. À quoi ? Je suis en Bretagne, je vais récolter mes tomates. Je fais une petite sauce en deux minutes avec des petits oignons, un peu d'ail. Mais avec de la farine de corasson, que j'adore, sans gluten.
Liberté, égalité, fraternité, vous choisissez quoi ?
Fraternité.
Vous votez ?
Oui.
Et Dieu dans tout ça ?
Pas tous les jours.
Pas tous les jours. C'est la réponse la plus vieilleuse que j'ai eue. Jean-Hubert était notre invité. Nouvelle étoile, donc au Michelin, ça vous en fait deux, peut-être trois l'année prochaine. On verra. Très belle journée à vous. Merci d'avoir été là. Merci beaucoup. Merci de nous avoir amené des pains au chocolat dingo qui ont l'air dingo. Il faut les goûter maintenant. Maintenant, il faut manger.
Merci Léa. Merci.