Pascal Lavergne : "Il y a bien longtemps qu'on a changé nos pratiques" dans l'agriculture française
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Minoze, le 5-7. Il est 6h21, cela fait plus d'un an que les agriculteurs l'attendent, le projet de loi agricole, plusieurs fois repoussé, va enfin être présenté ce matin au Conseil des ministres. Le gouvernement l'a d'ailleurs retravaillé pour prendre en compte la colère qui s'est exprimée lors des manifestations paysannes au début de l'année. Et je reçois ce matin le rapporteur de ce texte, bonjour Pascal Lavergne. Bonjour. Vous êtes député Renaissance de la Gironde et éleveur bovin. La revendication numéro 1 des agriculteurs, c'est de mieux gagner leur vie. Est-ce qu'ils vont être mieux rémunérés grâce à ce projet de loi ?
Alors écoutez, ce projet de loi, il n'avait pas pour objectif effectivement de parler de la rémunération en elle-même. Ça sera étudié évidemment, mais dans le cadre, on va dire, d'une autre loi ou potentiellement de modification de loi existante, en l'occurrence EGALIM, dont on a beaucoup parlé pendant la crise agricole. Mais ce texte-là, il a pour vocation à donner un cadre, à donner une vision pour l'agriculture et à voir comment on forme de nouvelles générations pour devenir agriculteurs dans un contexte de changement climatique notamment.
Et alors, je vais quand même revenir sur la deuxième revendication, avant d'apporter justement cette vision de l'agriculture et la crise des vocations. Les agriculteurs, on les a beaucoup entendus réclamer une simplification des normes, simplification administrative qu'ils disent trop nombreuses, trop lourdes ces normes. Est-ce que là, vous estimez y répondre avec ce texte ?
Alors, il y a déjà des réponses qui ont été apportées par le gouvernement par la voie réglementaire. Un certain nombre de réponses ne peuvent pas être apportées par voie réglementaire. Elles seront effectivement dans ce projet de loi. Alors, il y a quoi par exemple ? Écoutez, il y a notamment les mesures par rapport à l'échelle des peines quand on arrache une haie, où en fait on pouvait finalement être mis en prison comme si on avait tué quelqu'un. J'exagère un petit peu, mais c'était un petit peu ça. Donc on va rééquilibrer.
Mais il y a déjà des paysans qui sont allés en prison pour avoir arraché une haie ?
Ah ben oui, pour avoir arraché en fait 20 mètres de haie, on pouvait écouper un nom, évidemment. Mais à un moment donné, on ne peut pas avoir une loi ou une échelle des peines qui est comprise comme étant trop forte. Ça contribue à décourager et à véhiculer une ambiance délétère pour les agriculteurs en les montrant du doigt de façon systématique.
D'accord. Donc des peines plus faibles si on taille une haie en dehors des périodes autorisées. Entre autres, évidemment.
Mais il y a plein d'autres choses en termes de simplification. Vous savez que pour monter par exemple un projet pour faire du poulet, dire d'ailleurs au passage que 50% du poulet que nous mangeons en France, nous ne le produisons pas. Tout simplement parce que nous avons des règles de production qui sont aujourd'hui beaucoup plus contraignantes, qui font que 1. nous savons produire du poulet, mais qui est beaucoup plus cher que ce que le consommateur est capable d'acheter. Et les conditions de production aujourd'hui pour pouvoir produire du poulet que le consommateur achète, nous ne sommes plus capables de les mettre en œuvre dans notre pays. Donc il faut également simplifier sans doute.
Alors on ne va pas revenir sur le bien-être animal, on ne va pas revenir sur le respect des règles du respect de l'environnement ou du voisinage. Néanmoins, il faut faire en sorte que quand quelqu'un a un projet d'un poulailler qui coûte extrêmement cher, que la procédure ne dure pas 10 ans, qu'à un moment donné, les recours qui peuvent être intentés en direction du porteur de projet, il cesse pour qu'enfin on dise oui ou on dise non.
Est-ce que simplifier, ça veut dire moins de contraintes environnementales ? C'est ce que vous reproche la Confédération Paysanne notamment, de sacrifier l'écologie ?
On peut reprocher plein de choses, mais je crois que depuis très longtemps, les agriculteurs ont compris le message que la société leur envoie et la nécessité de respecter l'environnement et la biodiversité. Tout simplement parce que c'est quand même le milieu dans lequel ils vivent de façon permanente, qu'ils observent et qu'ils voient évoluer.
Effectivement, les pratiques qu'on a eues pendant un certain nombre d'années et qui sont d'ailleurs encore en cours à d'autres endroits de la planète et d'autres endroits de la planète où on déforeste et où on a des pratiques après en matière de fertilisation des sols extrêmement néfastes pour la structure des sols, il y a bien longtemps qu'on a changé nos pratiques pour être beaucoup plus respectueux de nos sols et on continuera à le faire.
Pascal Lavergne, à l'intitulé de ce projet de loi a changé, vous avez ajouté le terme de souveraineté dans le texte. Souveraineté en matière agricole, ça veut dire quoi exactement ?
Écoutez, c'est la capacité finalement d'un peuple, la souveraineté agricole, si on reprend une définition mondiale, la capacité d'un peuple à définir sa politique agricole pour pouvoir se nourrir. Là, ce que l'on souhaite, c'est définir une politique agricole qui permettra de produire ce que nous sommes en capacité de consommer dans notre pays.
Ça veut dire ne dépendre d'aucun autre pays pour se nourrir ?
Ce n'est pas ne dépendre d'aucun autre pays, mais c'est de faire en sorte d'en déprendre le moins possible. Aujourd'hui, nous sommes très dépendants, je l'ai dit, par rapport au poulet. Il faut que l'on puisse effectivement reconquérir cette forme de souveraineté et nous le sommes également en matière de protéines végétales. Vous savez qu'on fait consommer beaucoup de soja OGM qui vient du Brésil notamment et aujourd'hui, il faut qu'on renforce encore une fois de plus le plan protéines qui a déjà été mis en place.
Mais au-delà des mots, le fait d'inscrire, de marquer cette souveraineté en matière agricole, ça changerait quoi ? Je vous donne un exemple. Il y a eu récemment une rivière quasiment à sec dans les Pyrénées-Orientales avec une bataille autour du débit. Est-ce qu'on maintient le débit, même faible, pour conserver la biodiversité, les poissons notamment qui y sont, ou est-ce qu'on le réduit pour donner plus d'eau à l'irrigation ? Est-ce que le fait de consacrer cette souveraineté donne plus de poids aux agriculteurs ?
Non, écoutez, c'est pas comme ça qu'il faut envisager la chose. Évidemment que le partage de l'eau, il est nécessaire, puisque les plantes, elles poussent avec de l'eau. Ça, tout le monde le sait. Si on veut effectivement continuer à avoir une agriculture qui soit en capacité de nourrir les Français, il faut évidemment qu'on puisse partager l'eau. Partager, ça veut pas dire mettre les rivières à sec. Ça veut peut-être dire stocker de l'eau au moment où elle tombe en abondance pour pouvoir maintenir les débits d'étillage sur une rivière. Vous savez, moi je suis dans une vallée, qui s'appelle la vallée du Drô, ça fait 30 ans qu'on fait ça.
On stocke 15 millions de mètres cubes d'eau et on la restitue au milieu naturel pendant l'été. Pour deux usages, d'abord l'usage agricole, enfin d'abord, il n'y a pas de priorité, l'usage agricole et maintenir un débit d'étillage pour que la biodiversité puisse continuer à exister. Jamais nous n'avons eu dans cette vallée une biodiversité aussi importante que depuis qu'on a pratiqué ainsi.
Pascal Lavergne, merci. On n'a pas eu le temps d'évoquer le volet sur la favorisation, le renouvellement des générations. On l'a évoqué dans un reportage qu'on a déjà diffusé ce matin sur France Inter. Je rappelle que vous êtes député Renaissance de la Gironde et éleveur bovin. Quant à ce projet de loi, le calendrier, c'est mai à l'Assemblée et juin au Sénat, c'est ça ?
Oui, absolument, c'est ça.
Merci beaucoup, Pascal Lavergne. Merci.