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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 15 avril 2026 24 min

Victorin Lurel : « L’égalité est un impératif dans les outre-mer »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Et on accueille sur ce plateau Victorin Lurel. Bonjour. Bonjour. Vous êtes sénateur socialiste de Guadeloupe, ancien ministre des Outre-mer sous François Hollande. On va commencer comme chaque jour en sélectionnant trois titres de la presse régionale que nous allons regarder ensemble. D'abord, la une de la dépêche du midi sur le détroit d'Hormuz, fermée à double tour. Ensuite, la une du journal Ouest France, consacrée finalement à ce que veulent les jeunes face à nos responsables politiques sur le travail, sur la santé, sur le logement. Et puis, troisième une à sélectionner aujourd'hui, la une de presse océan sur l'esclavage.

La ville de Nantes face à son passé. Pierre Guillon de Princes, descendant d'esclavagistes et dieudonnés Boutrin, dont les ancêtres ont été réduits en esclavage, vont inaugurer le mât de la fraternité. Donc, un monument sur la mémoire de l'esclavagisme. Victorin Lurel, quelle une choisissez-vous ?

1:01
Invité

Le détroit d'Hormuz.

1:02
Présentateur

Le détroit d'Hormuz, fermé à double tour.

1:05
Invité

Oui, à double tour. Je choisis ce sujet-là parce que depuis de longs mois, je regarde, j'analyse, je me documente, si j'ose dire, sur la guerre entre l'Iran, les États-Unis et l'Israël. Il y a une solution, une solution que personne n'évoque, sur aucun plateau de télévision, pas dans les chancelleries et pas sur la table des négociations, qui est la dénucléarisation du Moyen-Orient. Si on veut dire, et je comprends ça et j'approche ça, que l'Iran ne doit pas posséder la bombe atomique, il faut l'imposer à tous. Or, tout le monde sait depuis longtemps qu'à Dimona, dans le Négev, il y a la bombe nucléaire, peut-être entre 100 et 300 têtes nucléaires possédées par Israël.

Pourquoi cette question-là est taboue et gêne un peu les interlocuteurs ? Pourquoi, si on veut une paix durable, permanente, retrouver la fraternité entre tous les enfants d'Abraham, parce qu'ils sont tous descendants d'Abraham, de dire, comme l'a fait l'Afrique du Sud dans son temps, qui ont démantelé leur puissance nucléaire pour garder le nucléaire civil, l'Iran, vous n'aurez jamais la bombe, mais Israël, vous devrez démanteler votre arsenal nucléaire. Pour vous, c'est la solution ? C'est la solution pour une paix durable. Comment voulez-vous que, chaque fois qu'un pays a fait la bombe, les États-Unis l'ont fait ? Eh bien, Staline a eu sa bombe. L'Inde l'a fait ?

Eh bien, le Pakistan l'a eu. La Chine l'a fait ? Eh bien, la Corée du Nord l'a fait. Et chaque fois que quelqu'un, au moins l'Orient, sachant qu'Israël possède cette puissance nucléaire, avec des ogives, avec des vecteurs, qui sont des missiles Jéricho et des avions, disons, nucléaires, donc des vecteurs appropriés. Pourquoi, chaque fois que les pays avoisinant, sachant cela, que la prolifération va prospérer, Eh bien, Israël a bombardé. En 81, c'était en Irak. Ça a été après en Syrie. Ça a été après en Libye. Demain matin, la Turquie dit « je veux faire la bombe ». L'Arabie Saoudite, je veux faire la bombe.

Si on veut une paix durable entre ses frères et sœurs, ses cousins-là, il faut dénucléariser avec un contrôle international. Il faudrait qu'au préalable, tous les pays arabes reconnaissent Israël et qu'Israël en fasse de même. Il y avait un processus qui avait été engagé. Aujourd'hui, non, on fait jouer le piège de Thucydide, le fort qui décide d'en ficher qu'un pays émergeant leur concurrence. Et donc, on déclare la guerre. C'est ça qui se passe aujourd'hui. Dire ça, vous allez passer pour antisémites. C'est pourtant une vérité simple que l'Occident, les États-Unis, la Russie, toutes les puissances nucléaires… Je rappelle et je finis, l'Iran a signé le traité de non-prolifération nucléaire.

Il a signé les inspections de l'AIE à l'Agence internationale sur l'énergie atomique. Israël ne l'a pas signée. On sait que depuis la fin des années 1960, il possède cette arme-là. Pourquoi ? Israël ne viole pas le droit international parce qu'il ne l'a pas signée. En revanche…

4:15
Présentateur

Donc Israël a une responsabilité dans la montée des tensions dans cette région.

4:18
Invité

Il y a une responsabilité parce que lorsque vous voulez pérenniser une hégémonie, donc une asymétrie entre des pays, vous êtes le pays dominant et donc vous faites jouer la théorie du piège de Thucydide. J'attaque le plus faible. C'est la dissuasion du fort au faible. Le faible ne doit pas progresser. Je dois garder mon hégémonie. Pourquoi ce n'est pas sur la table des négociations ? Je suis sûr qu'avec ça, les gens vivraient en paix et en fraternité.

4:45
Présentateur

Alors sur le détroit d'Hormuz, il y a un pluriel qui est fermé à double tour, qui est bloqué par les Iraniens. Les ports iraniens font l'objet d'un blocus de la part des Américains. Emmanuel Macron va organiser vendredi une conférence pour une mission internationale de sécurisation du détroit d'Hormuz une fois qu'il sera réouvert, avec la possibilité de sécuriser le trafic maritime. Vous êtes favorable à cette mission ?

5:09
Invité

Est-ce qu'il faut envoyer des frégates françaises pour sécuriser ce détroit en stable ? C'est une bonne initiative, mais il y a une condition préalable. Lorsque la paix sera restaurée, là on viendra accompagner les navires. C'est une diplomatie verbale, il fallait la faire. Mais ce qu'il faut faire, en tout cas, en termes d'équilibre et de justice, c'est ce que fait l'Espagne. L'Espagne est l'honneur de l'Europe. De dire, moi j'ai des choses graves, je prends des décisions. Il vient de décider, je crois, hier ou avant-hier, que la convention de coopération avec Israël va être peut-être abrogée ou terminée ou suspendue. L'Europe est incapable de faire ça. Il vient de fermer son espace aérien.

C'est courageux. Il faut que tous se mettent autour d'une table avec cette idée simple, pas de nucléarisation, chacun se respecte et on retrouve la fraternité dans le respect de chacun. La Palestine a son État, Israélois vivent en sécurité, reconnus partout, c'est travaillé ensemble. Je dis, moi, cette famille-là, ils sont tous, j'allais dire, descendants d'Abraham. C'est abrahamique, tout ça. Voilà, donc je dis, ayons le courage de l'évoquer.

6:26
Présentateur

Alors, cette guerre au Moyen-Orient provoque la hausse des prix de l'essence en France, en métropole, mais également dans les Outre-mer. Les habitants de Guadeloupe font face, depuis plusieurs semaines, à une envolée des prix à la pompe. Et on va écouter les explications de Clément Pravas, journaliste à Guadeloupe, la première depuis Bemao.

6:48
Invité

Chercher la station-service la moins chère, c'est un réflexe qui n'existe pas ici, en Guadeloupe, puisque le carburant est vendu au même prix partout. Ce prix, il est fixé par arrêté, tous les mois, par le préfet de la région Guadeloupe. Alors, en théorie, c'est un prix maximum, mais dans les faits, personne ne vend ce carburant plus bas. Alors, derrière ce prix, il y a un calcul assez complexe pour garantir notamment une rentabilité à l'unique société qui raffine du pétrole ou encore pour garantir le salaire des pompistes. Car oui, en Guadeloupe, nous avons encore des pompistes pour mettre de l'essence dans nos voitures, mais surtout pour garantir des emplois.

Notez également que l'État ne perçoit pas de TVA ou pas de taxes sur la consommation de produits pétroliers, puisque ces taxes ont été remplacées par des taxes locales. Monsieur Lurel, vous avez récemment fait une proposition pour réformer ce système afin de faire baisser les prix. Alors, concrètement, que faut-il garder ? Que faut-il, au contraire, supprimer ? Et est-ce que vous diriez qu'aujourd'hui, en Guadeloupe, avoir une station-service, c'est avoir un peu une poule aux œufs d'or ? C'est au peu le cas parce que c'est l'une des marges les plus élevées du monde.

Les marges des distributeurs dans les Outre-mer ont été préservées à condition de garder 1 000 emplois chez moi en Guadeloupe, autant en Martinique qu'à La Réunion et en Guyane. Ça ne se fait plus. C'est vrai que vous voyez déjà les pompes automatiques qui apparaissent. Le soir, c'est vrai, avec une carte bancaire, vous pouvez faire votre plein. On peut comprendre ça. Mais il y a des marges. Premièrement, moi j'avais, avec d'autres prix, un décret et trois arrêtés de méthode dans les trois océans, Indien, Pacifique et Atlantique-Caraïbe, de dire que la Sarah, petite raffinerie alimentant Guyane-Martinique-Guadeloupe, c'est 9%. On s'est trompé. C'était à l'époque 15%.

On est descendu à 9%, mais c'est énorme en filière industrielle. 9% de marge. Lorsque vous avez 9% en filière industrielle, c'est très lourd. Même quand vous placez votre épargne à la caisse d'épargne ou ailleurs ou à la Poste ou dans les autres banques, c'est très peu de choses. C'est beaucoup, il faut revoir ça. Deuxièmement, il y a un triple monopole pour la Sarah. C'est l'importation, c'est le stockage et c'est le raffinage. Mais il faut revoir ces choses-là. Ensuite, vous avez des choses, on donne 4,7 dollars par baril de pétrole venant de la mer du Nord, donc le Brent, sans justificatif. Moi, j'avais réduit à 3,65 dollars, je voulais même supprimer. À l'époque, j'ai perdu l'arbitrage.

Eh bien, les gouvernements l'ont mis à 4,7 dollars par baril payé par le consommateur. Sans justificatif. Ensuite, vous avez des indemnités. Il faut baisser au moins ce type de prélèvement qui augmente la marge de la Sarah, qui a une marge garantie de 9%, au moins 23 millions d'euros. Aujourd'hui, c'est à revoir. Ensuite, vous avez une indemnité de précarité des gérants. Ça existe dans l'Hexagone. Ce sont les compagnies pétrolières qui, sur leur marge, par convention interprofessionnelle pétrolière, payent à leur locataire gérant. Ils ne sont pas toujours propriétaires des murs des stations. Il y en a.

Mais c'est souvent les compagnies, comme Total, qui possèdent 3,300 ici en Hexagone, et la plupart des stations là-bas. Non. Eh bien, ils décident qu'on va donner une indemnité de précarité aux gérants, qui ne sont pas propriétaires, qui sont des gérants. C'est une concussion. C'est un préfet qui décide de remplacer le Parlement, qui a le monopole sur les impositions de toute nature, et qui décide de prélever quelques centimes. C'est le consommateur qui paye. On dit, ne le supprimez pas, mais payez-le sur vos marges. Ensuite, vous avez un certain nombre de choses, par exemple, sur les cubes.

Si on veut ouvrir la concurrence, et vous avez entendu le journaliste dire, il n'y a pas de concurrence chez nous, le préfet fixe un prix plafond, tout le monde pratique le prix plafond. Donc, il y a une cartélisation qui se fait, et il n'y a pas une concurrence, c'est un jeu de la concurrence. La DLC et la commission de régulation de l'énergie devraient le contrôler.

11:02
Présentateur

Une réaction sur le gouvernement qui envisage d'encadrer les marges des distributeurs. Alors là, au niveau national, dans cette crise de la hausse du prix de l'essence, est-ce que ça va assez loin ? Est-ce que c'est suffisant ?

11:13
Invité

Non, ça ne va pas assez loin. C'est une bonne initiative, mais ça ne va pas assez loin. Je prends un cas précis. Il y a des produits d'appel dans les grandes surfaces ici. La marge est très faible dans le commerce de grandes distributions. Ce sont des produits d'appel.

11:25
Présentateur

Sur l'essence, au niveau national, la marge n'est pas énorme. On parle de 1 à 2%.

11:28
Invité

Oui, ce n'est pas énorme. Ce n'est pas forcément là qu'on va avoir quelques grains à moune pour le pouvoir d'achat. Il faut le faire, mais ça n'ira pas loin. D'autant plus qu'il y a un seuil minimum, c'est 1,71, que vous avez évoqué. Et c'est à partir de ce 1,71 qu'il y aura une sorte d'index de progression avec peut-être un plafonnement. C'est bureaucratique et inapplicable. Je pense que ça n'ira pas très loin. Il faut soit baisser les prix. Certains le font. L'Espagne le fait. L'Italie le fait. Donc les taxes ? Soit baisser les taxes. Mais ça, il faut être prudent sur ça parce que c'est le consommateur qui finira par payer ça, notamment les classes populaires. Il faut voir.

En tout cas, il y a des super profits. Moi, dans ma petite raffinerie là-bas, c'est déjà considérable. Et si les prix sont légèrement inférieurs à ce qui se fait en Hexagone, c'est parce que les taxes locales sont vertueuses. Elles sont très faibles. Et depuis 2004, on n'a pas augmenté les taxes en Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion, ce qui fait qu'on prend une moyenne ici. Là-bas, quand on est ici à 2,2,10, on est à 1,96, 1,97 sur le gazole et à 1,87 sur le super. Donc, ce qui existe là-bas, c'est peut-être précurseur. Il faut encadrer les marques. Il faut taxer les super profits.

Il faut demander aux gens dans la chaîne de valeur et les plus-values qu'ils font, avec un enrichissement presque sans cause, il faut que l'État donne sa part et que les compagnies fassent des efforts. On me dit que Total en a fait sur ces stations, mais ça ne va pas très loin non plus. Mais c'est déjà ça.

12:59
Présentateur

– Victor Allurel, on continue à parler des Outre-mer, notamment des inégalités dans les territoires ultramarins. Avec vous, Johan Delera, on en parle, puisque Manuel Valls, l'ancien ministre des Outre-mer, est auditionné cet après-midi par la commission d'enquête du Sénat sur le sujet. Et elle s'intéresse aux inégalités systémiques dans ces territoires ultramarins.

13:17
Victorin Lurel

– Oui, et ces inégalités, elles sont criantes avec la France métropolitaine sur le niveau de vie. Par exemple, en 2024, le PIB par habitant dans l'Hexagone était d'environ 39 000 euros. Nettement plus que dans les départements d'Outre-mer, 11 600 euros à Mayotte, c'est le plus bas. Un peu plus de 23 000 euros en Guadeloupe, votre département, monsieur le sénateur. Et le maximum, c'est 26 000 euros seulement en Martinique. Sur la question de l'emploi au dernier trimestre 2025, le taux de chômage en métropole était de 7,9% contre 12,5% en Martinique, 17,2% en Guadeloupe et jusqu'à 29% à Mayotte.

Résultat, le taux de pauvreté va de 26 à 77% selon les départements ultramarins, contre 14,9% pour l'ensemble de la France. Les inégalités qui concernent aussi l'accès aux services publics essentiels, que ce soit la santé, l'éducation, la sécurité, le logement ou encore l'eau potable et l'assainissement, tous les indicateurs montrent le retard immense en Outre-mer.

14:17
Présentateur

Des inégalités aggravées par l'écart de prix avec l'Hexagone.

14:20
Victorin Lurel

Effectivement, des prix beaucoup plus élevés dans les territoires ultramarins, 30 à 42% plus cher en ce qui concerne les produits alimentaires. Et ça, c'est la faute notamment de l'octroi de mer. Il s'agit d'une taxe sur les produits importés en Outre-mer. Le point positif, c'est qu'elle sert à générer des revenus pour les collectivités locales. Mais le point négatif, évidemment, c'est qu'elle fait gonfler les prix dans les rayons. Alors certains réclament sa suppression ou au moins sa réforme. Écoutez Sophie Broca, ancienne directrice générale des Outre-mer.

14:50
Présentateur

Cet octroi de mer qui se justifie évidemment chaque fois qu'il y a une production locale devient un outil pervers qui pèse sur le citoyen, qui pèse sur le panier de la ménagère. Je pense qu'il faut vraiment qu'on s'attaque à ce sujet. Et ce problème de la vie chère en Outre-mer, le gouvernement a décidé de s'y attaquer.

15:15
Victorin Lurel

Oui, avec un projet de loi contre la vie chère dans les Outre-mer. Il vise notamment à réduire l'écart de prix entre les produits vendus dans les territoires ultramarins et ceux commercialisés dans l'Hexagone. L'État pourrait notamment encadrer les prix sur les produits de première nécessité. Le texte a été adopté fin octobre au Sénat. Il doit maintenant passer devant l'Assemblée nationale. Mais pour réduire vraiment les inégalités, il faudrait que l'État aille plus loin avec des réformes économiques majeures en Outre-mer. Écoutez les propositions d'Yvan Odonna, le président de l'IEDOM, la banque centrale des départements d'Outre-mer.

15:49
Invité

Améliorer la concurrence, réduire les rigidités structurelles, renforcer l'accompagnement des entreprises, améliorer le ciblage des investissements sur les projets les plus porteurs, ce sont à mon sens les priorités.

16:05
Victorin Lurel

Monsieur le sénateur, vous y croyez des réformes économiques aussi importantes ? Et si oui, comment on les met en œuvre ?

16:11
Invité

Moi j'ai essayé, j'ai fait une loi à égalité réelle sur 20 ans, période de rattrapage, je pense que la commission d'enquête arrivera nécessairement à ça. Vous avez bien présenté les différents écarts, les retards. Une période de rattrapage, même si le mot est devenu péjoratif, 20 ans, deux plans de convergence. Un plan de convergence, c'est 10 ans. Un contrat, c'est 5 ans après les élections, les alternances. Il faut pouvoir amaudir, modifier. Bon, Macron n'a pas appliqué ça. Il n'a pas voulu. On a appelé ça des contrats de convergence et de transformation. C'est pourtant un instrument de planification et de programmation utile. Ça, c'est une première chose.

Après 20 ans, vous êtes dans l'égalité et vous devez participer à l'effort commun national. Ça, c'est clair. Je ne partage pas tout à fait l'avis que vous avez évoqué, la directrice, l'ancienne directrice de la DGI, sur l'ortoie de mer, seul facteur d'inflation. Ce n'est pas vrai. J'ai lu presque toutes les études et j'ai eu des problèmes de méthode avec eux. Oui, il y a cette part comme tout impôt. Il y a aussi la TVA sur les produits de première nécessité et sur les autres produits. En revanche, il y a des marges qui sont exorbitantes. Il y a de l'opacité. Il y a une absence de concurrence. On en revient aux marges. Voilà, on en revient aux marges. Et là, on a tout un arsenal de moyens.

Le texte VAL, c'était déjà une bonne approche, mais c'était insuffisant. Le texte qui est sorti du Sénat, c'est insuffisant. Moi-même, j'ai fait une BPL Vichère qui a été ici adoptée à l'unanimité. J'attends ça à l'invite à l'Assemblée nationale. C'est tout l'objet de nos discussions en groupe de sénateurs socialistes et de députés socialistes. Je vais voir Maurice VAL au demain ou après-demain pour voir comment faire tout ça sur certains sujets, sur le funéraire. C'est un vrai sujet national et toute la nation, y compris les Outre-mer, sur la démerchandisation de ce secteur, avec plus de concurrence dans ce secteur, éviter les concentrations abusives. C'est tout notre problème.

La chaîne de valeur est opaque. Alors moi, je ne l'accuse pas de telle ou telle entreprise, mais l'État ne se donne plus des moyens d'être un peu dans la régulation. On ne demande pas l'encadrement ni les prix administrés. Depuis 1986, depuis Baladio, c'est terminé. C'est la concurrence qui fait les prix, normalement. Il devrait faire baisser les prix. Mais c'est une illusion s'il n'y a pas une volonté politique. Et aujourd'hui, j'estime qu'il n'y a pas une volonté politique affirmée pour le faire. La conclusion de nos travaux en commission d'enquête, je pense, devra déboucher sur une période pour résorber ces déficits.

Après, savez-vous que les écarts de patrimoine, les écarts de revenus entre les plus riches au 9e décile et le 1er décile, donc les 10% les plus faibles, c'est plus élevé que dans l'hexagone. Mais en même temps, les revenus sont plus faibles. La santé, il y a des déficits considérables. Une offre de soin qui n'est pas suffisamment encore de qualité et de niveau. Il faut donc cette période de rattrapage, même si certains réculsants disent, « Ouais, on court derrière un modèle qu'on nous impose. » Non, moi j'ai fait un texte que l'égalité est un impératif. C'est dans la devise de la République, ça n'existe pas là-bas. C'est pourquoi j'ai appelé ce texte à l'époque « Égalité réelle ».

Après, bien sûr, chacun devra contribuer en fonction de ses facultés et de ses capacités.

19:29
Victorin Lurel

Mais ce qui ressort pour l'instant des travaux de la commission d'enquête, c'est que l'État se contente de réagir à des crises plutôt que d'agir vraiment sur le long terme. Vous partagez ce sentiment ?

19:37
Invité

Il n'y a pas d'efforts structurels. C'est pourquoi la commission s'appelle d'ailleurs « systémique ». Ce mot-là aussi est souvent récusé. Mais c'est vrai, c'est un système qui se pérennise, qui s'auto-reproduit. Il y a les séquelles du colonialisme et du post-colonialisme dans l'affaire. Ce qu'on appelle en économie les préférences de structure, le foncier possédé par une classe, par une ethnoclasse, ça n'a pas fait circuler le foncier.

Je fais un texte sur le foncier, sur les désordres de propriétés dans les Outre-mer qui complètent la loi dite la chimie et qui complètent, si j'ose dire, et qui va de pair avec ce que le ministre Darmanet qui m'a reçu avant-hier pour dire « on va, pour sortir des difficultés de liquidation des successions, on va faire un duo entre le notaire et le juge tout en respectant le droit de propriété pour aller beaucoup plus vite et sortir. » Ensuite, nous, on demande quelques exonérations comme en Corsier et à Mayotte. Parce que pourquoi ? Aujourd'hui, il y a des successions qui durent 100 ans, qui durent 140 ans. Eh bien là, on va supprimer ça.

L'État ne paie rien du tout parce qu'aujourd'hui, l'État n'encaisse pas de dire « jusqu'en 2038, pendant 10 ans, on fait ça, on accélère les procédures et on donne les titres de propriété. » Faire circuler le foncier, tout en gardant une certaine identité sur ça, elle me permet de réactiver l'économie.

20:52
Présentateur

– Victor Allurel, vous êtes à l'origine de nombreuses initiatives parlementaires, propositions de loi, et je voudrais qu'on parle d'une proposition de loi qui prévoit de supprimer le mot « race » dans la Constitution, qui est toujours présent à l'article 1er de ce texte fondamental de la Ve République. Comment expliquer que ce mot soit encore présent ?

21:08
Invité

– Alors, oui, je m'en étonne parce que ce n'est pas un concept scientifique. La science a bien dit que c'est un concept qui, à la limite, peut s'appliquer à la zootechnie, donc aux animaux, à des races de chiens ou de chevaux, etc., mais pas pour la famille humaine. Alors, le problème, c'est que supprimer le mot « race » ne supprime pas le racisme. Alors, on a fait un texte, et c'est la troisième fois que je fais ça, et j'ai été député pendant un temps, on a fait ça plusieurs fois avec les communistes et d'autres personnes. Il y a cette réticence ici. Quand vous abordez le sujet, il y a un impensé, ici, en Hexagone. – Il n'y a pas de consensus

21:39
Présentateur

sur la suppression de ce mot dans la Constitution ?

21:40
Invité

– De plus en plus. Avec la résurgence du racisme, avec le vote de l'ONU récemment sur le plus grave crime contre l'humanité, il y a là un écosystème qui est né. Peut-être qu'il y a une fenêtre qui s'ouvre pour dire, nous devons assumer toutes les promesses de la République, l'égalité, la fraternité, la dignité, tout ce qu'on veut, et de dire, c'est notre histoire, c'est toute notre histoire, on doit l'assumer. Qu'est-ce que la droite me dit ? Ah ben, Théorien, tu cherches à nous faire sombrer dans la revendance, à venir à résipissance. C'est parce qu'on demande, on demande simplement à reconnaître ça. Donc, j'ai un double, un duo de textes, si j'ose dire.

C'est premièrement, sur abroger le code noir, abroger le texte de Napoléon rétablissant l'esclavage. Pourquoi, en France…

22:25
Présentateur

– Abroger finalement les derniers textes esclavagistes qui sont encore dans le corpus juridique français.

22:28
Invité

– C'est vivant dans le corpus juridique français. Autant les historiens et les juristes ont dit, mais ça équivaut à une abolition. Le 27 avril 1848, Shellcher, grand sénateur et légiste, a fait publier ça. Bon, mais c'était plutôt en l'honneur des abolitionnistes, c'est pourquoi maintenant, il y a des fêtes pour les victimes de l'esclavage. Les Africains réduits en esclavage. On ne dit plus tellement d'ailleurs des esclaves, on dit non, des Africains réduits en esclavage. Des esclavisés ou des esclavagisés. Bon, c'est une différence sémantique, mais qui a toute son importance symbolique. Donc tout ça, on doit… – Et comment le gouvernement reçoit ces textes ? – Ah ben très bien, apparemment.

23:05
Présentateur

– C'est-à-dire qu'il y a un brilier qui est possible pour ces textes ?

23:07
Invité

– Très bien, puisque la question avait été posée, M. Bayou à l'époque avait dit, si c'est ça, il faut abroger. J'ai vu plusieurs ministres, le président de la République apparemment est d'accord, le Cornu est d'accord, Darman m'a dit on est d'accord, j'ai vu Mme Moutou hier, j'espère pouvoir voir M. Nouniès pour d'autres sujets qui relèvent de son ministère, en disant, oui, nous devons avoir le courage de le faire. Alors évidemment, il y a un sujet qui… – Mais quelqu'un a envoyé ? – Alors c'est tout le sujet, parce que bon, le mot race, donc on va probablement faire ça au Parlement, mais après le Congrès à Versailles, c'est autre chose. Mais le Côte-Noir, on peut le faire.

Ici, il y avait au Sénat, il y avait des lois balais qui consistaient à supprimer tous les textes obsolètes, mais qui restent vivants. On ne le fait plus ici, c'était une occasion de le faire. Aujourd'hui, ils m'ont dit, le gouvernement a dit, nous sommes à l'un, vous avez une initiative parlementaire, trouvez le consensus pour que nous votions ça tous ensemble.

24:00
Présentateur

– Et on suivra l'examen parlementaire – J'espère bien, oui. – À ses propositions de loi.

24:03
Invité

– Sur le Côte-Noir et sur le mot race. Alors évidemment, on l'avait déjà voté à l'Assemblée nationale en mettant toute différence sexuelle de croyance, etc. Donc on va peut-être récupérer tout ça, voilà.

24:14
Présentateur

– Merci beaucoup, Victorin Lurel, d'avoir été… – Et le désordre foncier autre-mère. – Beaucoup d'initiatives de votre part, on les suivra. – Merci, Victorin Lurel, d'avoir été le sénateur du jour dans cette émission. – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. – Sous-titrage ST' 501