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AutreFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 30 novembre 2025 22 minContradictoireMixte

"J'essaye d'être au service des lecteurs avec les armes qui sont les miennes", confie Charles Pépin

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Présentateur

Et un grand entretien ce matin avec Marion Lourdes, nous avons la joie de recevoir une voix du week-end que vous connaissez bien, chers auditeurs, philosophe de la joie justement, auteur de livres à succès sur les vertus de l'échec ou la confiance en soi, traduit dans plus de 20 langues. Il répond tous les samedis matins à votre question philo, vous connaissez aussi le producteur de Sous le soleil de Platon tous les étés sur notre antenne et il publie « Où trouver la force ? », un recueil de questions existentielles auxquelles il a répondu depuis 30 ans maintenant, à ses élèves, à ses lecteurs et aussi à vous, chers auditeurs.

Vos questions, justement, au 01 45 24 7000, je vais y arriver, c'est que vous êtes déjà très nombreux au standard pour dialoguer avec Charles Pépin ou sur l'application Radio France. Bonjour Charles Pépin. Bonjour. On va parler de ce livre « Où trouver la force ? » et on en a bien besoin par les temps qui courent. Mais un mot sur le soleil de Platon et puisque ce matin, les fans de rugby sont en joie rapide, tactique, efficace. Hier soir, on a vu Antoine Dupont acclamé par les supporters. Il revenait de neuf mois, neuf mois après une blessure au genou. Il a participé au triomphe de son club et vous l'aviez reçu dans le soleil de Platon. Pendant qu'il était blessé, oui.

1:28
Auditeur

Pendant qu'il était blessé et de quoi vous aviez parlé ? Parce que c'était justement au cœur de votre préoccupation « Où trouver la force ? »

1:35
Invité

Exactement. « Où trouver la force ? » et « Comment garder la motivation dans une période un peu difficile ? » Il l'a traversé puisqu'il était à l'écart des terrains et il avait répondu de façon très belle qu'il y avait une force en soi, ce qu'on appelle la motivation intrinsèque, c'est-à-dire le rapport aux valeurs, à la volonté propre, à l'instinct de survie personnelle, une forme de résilience qui serait à l'intérieur de soi. Et puis, il y a ce qu'on appelle la motivation extrinsèque, celle qui vient du dehors, de ses amis, de ses parents et de son coach, évidemment, Fabien Galtier, que j'avais d'ailleurs aussi reçu sous le soleil de Platon.

Mais le paradoxe, c'est que la force physique lui manquait à ce moment-là. Oui, alors franchement, la force physique, pour lui, c'était la conséquence du reste. Il y avait une très belle philosophie, une très belle sagesse. On sentait, et c'est aussi la thèse dans mon chapitre « Où trouver la force », que si on commence par répondre « Il faut chercher la force en soi », on est mal barré. Il faut d'abord la chercher hors de soi, dans la qualité des relations, chez les autres qui vont nous porter, nous mettre en confiance, nous faire confiance. En l'occurrence, pour lui, c'est évidemment ses coéquipiers et leur amitié qui l'attendent, et puis son coach.

Et puis, plus encore que la relation humaine, il y a le monde, la beauté du monde, la vie elle-même. Et in fine, bien sûr, tout ça devient une force personnelle.

2:45
Présentateur

Avant de rejoindre Chantal, qui est la première à avoir téléphoné, qui est déjà au standard, « Pourquoi les gens vous écrivent-ils, Charles Pépin ? » Vous répondez à une cinquantaine de questions, et vous en avez choisi cinquante parmi les centaines, peut-être les milliers que vous avez reçus depuis que vous philosophez. « Pourquoi les gens vous écrivent-ils ? Qu'est-ce qu'ils attendent de vous ? » Après tout, vous n'êtes ni psy, ni coach personnel, ni coach de vie.

3:07
Invité

J'essaye d'être au service, en fait, de ces lecteurs, de ces auditeurs, avec les armes qui sont les miennes, c'est-à-dire essentiellement l'histoire des idées philosophiques. Et je me fais passeur, je me dis, voilà, si vous avez une question sur le fonctionnement de la démocratie, c'est davantage Aristote qui va être éclairant lorsqu'il nous parle du bien-vivre ensemble, de ce que c'est que prendre du temps et se rendre dans un espace qui est fait pour le bien-vivre ensemble. Là, c'est Aristote. Si, en revanche, vous avez une question existentielle sur la confiance, sur le rapport au monde, c'est plutôt le philosophe américain Emerson.

Si vous vous demandez ce que c'est qu'être vraiment libre dans un monde fait de contraintes, eh bien, il y a un philosophe qui s'appelle Bergson, qui dit que la liberté, ça ne sert à rien de fantasmer une absence de contraintes, mais que ça revient à essayer de trouver dans les contraintes une forme de mélodie personnelle qu'on arrive à exprimer et qui soit vraiment soi.

Donc, moi, mon rôle, en effet, je vous le confirme, je ne suis pas thérapeute, même si j'adore les thérapies et puis en tant que patient, j'en ai essayé pas mal, mais malgré tout, c'est en tant que prof de philo que je réponds et je fais un peu le tri au sein de tout ce que la majestueuse histoire des idées propose en fonction des questions qui me sont posées. Et il y en a une cinquantaine dans le livre, Charles Pépin, vous racontez justement que votre exercice préféré pendant vos années où vous étiez prof, 25 ans, ça a toujours été de répondre aux questions. Exactement. Et si on regarde au fil des années, il y a forcément des questions qui perdurent.

Peut-on se penser le mal ou est-ce que la vie a un sens ? Et puis, il y en a d'autres qui apparaissent et qui évoluent, non ? Exactement. Et ce qui est très intéressant, et c'est pour ça que j'ai fait ce livre, c'est qu'en fait, et ça, vous vous en rendez peut-être pas compte quand je travaille avec vous ici et que les questions arrivent, c'est que souvent, ce sont les mêmes, mais elles n'ont pas la même résonance. Et c'est ça qui est passionnant. Qu'est-ce que ça veut dire ? Par exemple, la question comment on fait pour avoir confiance, quand on me l'a posée il y a 20 ans, c'était surtout par rapport à la vie personnelle et aux blessures d'enfance.

Aujourd'hui, c'est par rapport aux fake news, au complotisme. Aujourd'hui, les gens, ils voient bien que l'IA est capable de leur montrer une vidéo de quelqu'un qu'ils connaissent et qui leur parle alors que cette scène n'a jamais existé. Donc, ça vient saper les fondements de la confiance. Et moi, ce que j'ai adoré, c'est prendre les questions dont la résonance a justement changé, parce qu'elles disent quelque chose de l'époque dans laquelle on vit et de vous, auditeurs, et de vous, lecteurs. Autre exemple, comment on fait pour défendre les valeurs démocratiques ? Ben, c'était pas pareil il y a 20 ans.

Aujourd'hui, en Europe, avec l'illibéralisme, avec nos libertés fondamentales qui sont menacées, la question ne résonne pas de la même façon. Et donc, dans ce livre, j'ai essayé de montrer ce que toutes ces questions récurrentes, au fond, disaient de l'époque aussi.

5:33
Présentateur

Et c'est vrai que vous vous arrêtez sur des cas pratiques et l'actualité, elle est difficile et peut-être éprouvante moralement. Et on va y répondre. Peut-on être heureux dans un monde injuste ? Vous nous le direz. Mais on va d'abord rejoindre Chantal, comme je vous le disais, au Standard. Bonjour Chantal et bienvenue sur France Inter.

5:52
Auditeur

Bonjour Ali et bonjour Charles, que je suis contente de rencontrer par la voix, parce que je l'entends souvent. Et il est un petit chemin de vie pour moi. Voilà.

6:05
Présentateur

Ça, c'est un beau compliment. Vous aviez une question pour lui ?

6:09
Auditeur

Oui, oui, oui, parce que j'ai déjà fait un certain chemin, j'ai un certain âge, et je m'aperçois que, philosophée aujourd'hui, je me demande comment, pourquoi, parce que toutes les, beaucoup de valeurs qui nous ont construites depuis, qui nous ont construites depuis des milliers d'années, semblent bouleversées, sont chahutées, et on ne sait plus exactement comment se comporter avec soi, et même avec le restant de l'humanité. Comment faire pour philosopher demain ?

6:40
Présentateur

Merci Chantal pour votre question. Comment philosopher sur le sens de la vie alors que le sens de la vie nous échappe, Charles Pépa ?

6:46
Invité

Merci Chantal, c'est une très belle question, et merci de m'avoir appelé Petit Chemin. Et vous savez que dans votre question, il y a la réponse. Et en effet, souvent, on croit que les gens cherchent la réponse à la question du sens de la vie. Mais non. Moi, je l'observe aussi beaucoup dans mon séminaire les lundis philo au MK2 à Paris, toutes les semaines, quand même depuis 13 ans, j'ai ce rendez-vous hebdomadaire. Et vous êtes sur scène, devant des salles systématiquement pleines.

Et je peux vous dire, justement, que ce que les gens recherchent, c'est une expérience intellectuelle, d'être traversé par la question du sens de la vie, de vivre une émotion en se posant cette question, quand bien même la réponse nous échapperait. Et c'est là qu'on arrive à quelque chose de très beau, et c'est ça aussi la fonction de la philosophie, c'est que souvent les gens, même s'ils ont des bons métiers, s'ils ont fait des bonnes études, souvent ils ont des métiers qui ne leur permettent pas assez de réfléchir. Il y a beaucoup de process, de répétition, de reporting, comme on dit, et ils sont en manque, en fait, de pensée, en manque de réflexion.

Et bien voilà, Chantal, on n'est pas obligé de trouver la réponse, on peut la chercher. Et puis si les valeurs viennent à vaciller, comme vous l'avez dit, et bien le rôle de la philosophie, c'est de les questionner, et dire, voilà, est-ce que ce qui compte, c'est la liberté, ou c'est surtout l'égalité ? Et ça, c'est aussi le métier du philosophe, de mettre en perspective les valeurs. Mais ce n'est pas une idéologie, on ne va pas nécessairement trancher et dire la bonne valeur, c'est ça.

7:57
Présentateur

Mais alors justement, il y a des auditeurs qui se demandent comment vous, vous avez fait ce chemin-là, puisque vous êtes diplômé d'HEC, vous auriez pu faire une carrière totalement différente, dans la finance, le marketing, que sais-je, et puis vous avez passé l'agrégation de philosophie, et vous avez choisi de quitter donc cet univers qui vous était promis, pour aller vers un autre, bien moins rémunérateur, beaucoup plus ingrat, où les réponses ne sont pas données, je le dis en souriant, mais c'est vrai qu'il est rare de voir un diplômé d'HEC devenir prof de philo.

8:29
Invité

Ce qui s'est passé, c'est que j'étais attendu à la Société Générale, aux études économiques, c'était un métier qui m'attendait au sortir d'HEC, et c'est là que j'ai décidé de rompre avec cette perspective, pour devenir prof de philo à Cambrai, au lycée, mais j'avais toujours fait des études de philo parallèlement à HEC, et ça me démangeait depuis le début, et j'hésitais entre cette dimension économique et la dimension de philosophie, et puis j'ai tranché, c'était une décision, une belle décision, mais pour moi ce n'était pas du tout ingrat. Je me sentais beaucoup plus utile sur l'estrade dans mon lycée de Cambrai que là où j'étais destiné à aller. Mais c'était par pur jeu de la pensée ?

C'était par vocation, en fait, je me disais au début, la philosophie était une passion, mais je n'en ferais pas un métier, et finalement ça m'a rattrapé, et je me suis dit, autant faire de son métier sa passion. Donc philosophe est un métier, et pour répondre... En tout cas, prof de philo est un métier. Prof de philo est un métier. Pour répondre aux questions, Charles, vous faites référence à Bergson, à Nietzsche, à Hegel, mais aussi par exemple à David Bowie, à Zlatan Ibrahimović, le footballeur. Oui, c'est vrai. Est-ce que ça aussi, ça peut être des références ? Alors Zlatan, pour moi, est un philosophe important.

Vous savez, c'est compliqué quand on est prof de philo de trouver les bons exemples. Et d'ailleurs, beaucoup de profs de philo savent très bien parler, mais au moment de l'exemple, ça pêche, parce que l'exemple, c'est la vraie vie. Et il se trouve que, pour prendre l'exemple que vous citez, Zlatan, il a marqué un but incroyable dans un match du PSG contre Bastia, une aile de pigeon retournée, un geste ahurissant où il a la tête en bas, il est dans les airs, il tape le ballon du pied extérieur et puis il met le but en échappant à trois défenseurs. Comme s'il faisait du taekwondo. Un mélange de taekwondo et de foot. Et je montre que finalement, pour arriver à ça, il faut 30 ans de pratique.

Et c'est ce que Bergson appelle le grand geste de récapitulation créatrice. Quand vous prenez cet exemple, les gens comprennent le concept. Les élèves accrochent, quoi. Oui, les élèves. Et puis c'est aussi un réflexe de prof de lycée. Mon prof était comme ça. Il parlait autant de tennis, il lisait autant l'équipe que la phénoménologie de l'esprit de Hegel. Donc je suis tombé dans cette marmite assez jeune. Et puis moi, je ne me force pas. Je suis passionné. J'adore Bowie, j'adore Zlatan, donc j'en parle. Et puis parfois, l'exemple, il est pédagogique à lui seul.

Si on veut montrer que les choses sont mélangées, comme je le fais souvent, qu'il faut sortir de la pensée binaire, que l'échec et le succès sont entrelacés, que la vie, c'est l'ambivalence et qu'on parle de Bowie, tout le monde comprend.

10:42
Présentateur

Il y a justement un étudiant, un élève de Terminel qui vient de découvrir dans un cours sur Platon que philosophie, c'était apprendre à mourir. Et vous, à vous écouter tous les samedis et à vous lire, Charles Pépin, on a l'impression que pour vous, philosopher, c'est apprendre à vivre.

11:01
Invité

Oui, bien sûr. Et d'ailleurs, c'était aussi ce que pensait Platon quand même. Les grandes sagesses grecques, toutes les sagesses, qu'elles soient épicuriennes, stoïciennes, aristotéliciennes, platoniciennes, cyniques, elles sont des manières de vivre. Il y avait le grand héléniste Pierre Hadot qui a relu l'histoire de la philosophie grecque en nous montrant que ce n'était pas simplement une spéculation théorique, mais une manière de vivre au quotidien. Et moi, ça me parle beaucoup. J'ai reçu la philosophie comme ça quand j'étais lycéen. J'avais des soucis comme pas mal de gens à 16 ans.

Et la philosophie, notamment à l'époque, celle de Hegel, m'a aidé à vivre, à aller dans l'action, à chercher la reconnaissance objective et à sortir de mon intériorité romantique. Et ça m'a donné envie de me confronter au monde et c'est resté. Mais ça n'empêche pas, évidemment, qu'il y a une spéculation théorique. Et d'ailleurs, pour vous répondre à Ly, la bonne façon de bien vivre, c'est quand même aussi de se poser la question de ce que c'est que mourir, évidemment. Les questions qu'on vous pose, Charles, en tout cas celles que vous compilez dans ce livre, elles sont souvent intimes.

Il y a effectivement où trouver la force, que faire quand on s'est mal comporté, à quoi bon les bonnes résolutions. Mais il y en a, évidemment, et celles-ci parfois aussi le font, qui questionnent l'ensemble de la société. C'est vrai, par exemple, je pense à ce moment où l'audiovisuel public est questionné, vous répondez à une interrogation. Quelle est la différence entre une pensée et une opinion ? Réponse. Alors, Platon disait, c'est une belle phrase dans le phileb, l'opinion est du genre du cri. L'opinion, elle est carrément plugée sur votre affect, votre ressentiment et aussi votre déterminisme social ou familial. Donc, il n'y a pas de distance critique.

Un argument, ça peut partir d'une opinion, mais on prend une distance critique, on prend des objections et on se fait et on argumente en essayant de prendre une distance et de ne pas être collé à son affect. Bref, l'opinion est du genre du cri et quand j'argumente, j'arrête de crier.

12:42
Présentateur

Pourquoi aimons-nous tant danser ? C'est l'une des questions qu'on trouve dans ce livre. Alors, on peut être surpris en se disant est-ce que c'est une question existentielle ? Après tout, ça peut être uniquement pour se défouler ou être dans la superficialité. Et vous avez, vous, comme romancier, écrit sur des fêtes. Vous avez beaucoup travaillé sur la fête. En plus de faire la fête, je le dis à nos auditeurs, mais vous avez cette phrase sublime de Nietzsche dans Ainsi parlait Zaratoustra. Que soit perdu pour nous le jour où l'on n'aurait pas une fois dansé. Qu'est-ce que veut dire que cette phrase ?

13:14
Invité

Vous savez, je trouve qu'il n'y a pas de question non philosophique. Pourquoi on est heureux à vélo ? C'est une question qui m'a été posée ici sur France Inter. Même sous la pluie, si on est bien équipé. Et quand on danse, d'abord on met en mouvement son corps. Ensuite, peut-être qu'on est traversé par des rythmes musicaux qui au fond rappellent d'autres rythmes. Soit le rythme du battement du cœur intra-utérin. Soit d'ailleurs, comme le pensait Nietzsche, le rythme du battement originel du monde. Et puis souvent, on danse ensemble. Puis il y a une sublime idée aussi. Et ça, je l'emprunte d'ailleurs au philosophe Francis Wolff. Dans son livre, très beau livre Pourquoi la musique ?

Parce que je cite aussi des philosophes contemporains.

13:49
Présentateur

Il dit en fait... Formidable philosophe qui était longtemps à la tête du département de philosophie de l'école normale supérieure de la rue d'Hulme. Et il nous dit quelque chose de très beau. Il dit que

13:58
Invité

quand on se met en mouvement sur une piste de danse, ça prouve bien qu'on n'a pas besoin de savoir où aller pour se mettre en mouvement. Alors on est ensemble, on retrouve son corps, on retrouve les rythmes du monde et on est sorti de l'absurdité du petit animal humain qui a besoin de savoir où il va pour se mettre en mouvement. Non, on se met en mouvement tout court. Et ça fait du bien.

14:17
Présentateur

Question de Martial. Pourquoi les gens veulent-ils que tout est un sens ?

14:21
Invité

Eh bien justement, il y a beaucoup de questions dans mon livre sur la mystique, sur le fait qu'il ne faut pas chercher nécessairement à répondre à la question du sens. On peut soit se la poser, soit essayer de s'engager dans une réponse que je fais souvent sur la foi, sur la démocratie, soit s'en tenir sur le fil du mystère, ce que je fais aussi souvent en me référant à Christian Bobin ou à Christiane Singé. Et cette perspective mystique, elle donne lieu à trois, quatre questions. Donc elle les écrivain. Oui, et j'aime bien cette idée que parfois, l'expérience mystique, c'est l'expérience de ce dont on ne peut pas faire l'expérience. On sent qu'il y a un mystère et qu'il nous échappe.

Souvent, dans la contemplation esthétique, c'est ce qui se passe. Et ça fait beaucoup de bien de ne pas s'empresser, de tomber dans une réponse. Et ça fait du bien d'accepter que les choses soient mystérieuses au fond.

15:07
Présentateur

Question de Sandrine. Bonjour Charles, j'aimerais offrir à mon fils 12 ans les moyens d'entrer dans le monde philosophique de manière accessible. 12 ans, c'est jeune, très jeune et drôle si possible. Moi, je n'y connais rien. Charles, avez-vous des conseils ?

15:23
Invité

D'abord, c'est très bien que cet enfant de 12 ans ait déjà cette envie. Mon premier conseil, c'est peut-être de lui parler, tout simplement à cet enfant. Mon livre, il est peut-être un peu jeune. Mais de lui parler et surtout de lui poser des questions et de le valoriser dans cet art qu'ont les enfants, de poser des questions, de cultiver ce sens de la question et de lui rappeler qu'il n'y a aucune mauvaise question. Il n'y a aucune mauvaise question. J'adore ça. Vous savez, le jour où quelqu'un a dit mais pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien, on lui a peut-être dit c'est une question qui n'a pas de sens, qui n'a pas de réponse. Et puis, pourquoi on est si heureux ? Enfin,

15:57
Présentateur

personne n'aurait osé, c'était parménide, c'était il y a 2500 ans et en l'occurrence, on le regardait en se courbant.

16:03
Invité

Mais même si on prend une question non métaphysique, qu'est-ce qu'une bonne vie ? Il n'y a aucune mauvaise question. Pourquoi est-ce qu'on est... Pourquoi est-ce qu'on se sent si souvent coupable ? Pourquoi attendre Haine ? Toutes les questions sont légitimes. Et ça, je peux vous dire qu'après 25 ans devant des élèves de lycée, j'ai vu ce qui se passe quand ils se sentent autorisés à poser toutes les questions. Ça libère et on s'aperçoit que la question nous rapproche. Et ça, c'est aussi ce que j'ai voulu montrer avec ce livre. C'est qu'aujourd'hui, on souffre de beaucoup de dissensions, de polémiques, de clashs. Il y a des questions qu'on se pose tous.

Alors qu'on soit, qu'on adore Mélenchon ou Macron, la question, peut-on changer les gens ? On se la pose tous. Oui. Et ça nous rapproche finalement. La réponse d'ailleurs,

16:45
Présentateur

parce que vous la posez, peut-on changer ?

16:47
Invité

Ma réponse est claire. La réponse, non. On ne peut pas changer. C'est bien parfois d'essayer d'aider les gens et de favoriser la rencontre entre quelqu'un et ce qui pourrait l'aider à changer. Mais c'est à lui qu'il appartient de se changer. On ne change pas quelqu'un comme si on déplaçait un objet sur une étagère. On ne change pas quelqu'un comme si on remodelait de la pâte à modeler. Mais on peut aider quelqu'un à marcher vers son autonomie et à se changer lui-même. Vous parliez du clash, Charles, et de la politique.

Et on en parlait aussi tout à l'heure à ce micro à 7h50, des réseaux sociaux, des plateformes, de leur influence aussi sur la pensée, la vie politique qui est réduite à des mises en scène et des petites phrases qui font le buzz. Ce contexte-là, Charles Pépin, il rend difficile votre exercice pour sortir de la caverne de plateau ? Je crois qu'il rend la philosophie nécessaire, salutaire, cette philosophie qui apporte aussi de la douceur. Ce que nous apprend la philosophie d'ailleurs souvent, c'est à réussir à argumenter sur un sujet sans mettre en avant toute son identité.

Et j'argumente parce que j'ai une raison, parce que j'ai une parole et pas parce que je suis de droite, de gauche, hétéro, gay, socialiste, républicain. Voilà. Et on a besoin de ça. Presque, on pourrait dire, on a besoin d'être un peu sceptique. C'est-à-dire, je peux me prononcer sur un sujet sans être complètement sûr de moi. Et le fait que j'ai cette douceur en moi va te proposer à toi de t'ouvrir à ta propre douceur. Vous êtes optimiste. Et la philosophie nous apprend aussi à dire je ne sais pas. Vous savez, dans un débat, quand ça commence à se crisper, vous avez des gens qui s'opposent. Alors on se tourne vers vous. Alors vous, les philosophes, vous en pensez quoi ?

Ou même vous, les non-philosophes. Je vous donne un conseil. Vous écoutez les gens, vous vous dites, écoutez, toi, j'ai trouvé ça très intéressant. Après, vous regardez l'ennemi, l'autre qui s'est opposé. Toi aussi, je t'ai entendu, j'ai trouvé ça très intéressant. Ah bon ? Et toi, tu en penses quoi ? Eh ben, je ne sais pas. Et ça met de la douceur et ça relance la discussion. Et c'était la méthode de Socrate d'ailleurs. Voilà. Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais pas. Il n'y a rien de plus libérateur que de poser

18:36
Présentateur

qu'on ne sait pas tout. Et Socrate qui se présentait comme une sage-femme, fille de sage-femme et la philosophie comme un art d'accoucher. Mais Catherine, vous dit quand même que c'est compliqué pour les femmes d'être mises sur le côté, sur la réflexion à propos de notre existence. Quand on ouvre en général les portes d'une bibliothèque de philosophie, les femmes sont très largement absentes et les hommes sont omniprésents.

19:00
Invité

Bien sûr, c'est en train de changer. Alors moi, je parle beaucoup quand même de Hannah Arendt, de Simone Veil, même de Cynthia Fleury dans mon livre. Oui,

19:05
Présentateur

mais il faut arriver au XXe siècle.

19:06
Invité

Justement, aujourd'hui, Claire Marin, il y a beaucoup de femmes qui prennent la parole philosophiquement. Heureusement, il était temps et c'est sûr que la philosophie n'est pas genrée.

19:16
Présentateur

La philosophie n'est pas genrée ?

19:17
Invité

Aujourd'hui, elle ne doit plus être genrée, on doit essayer de... Ah oui ! Voilà ! Et puis, c'était lié à l'histoire. Il faut bien expliquer aux gens que ce n'est pas naturel, c'est juste une production historique, une production de civilisation et qu'heureusement, les temps changent.

19:29
Présentateur

Annick, bonjour à ce fantastique Charles Pépin avec lequel je m'endors le soir. Il met la philo au service de chacun, signe d'une grande intelligence et d'une grande humilité. Un grand, grand merci. C'est donc une auditrice qui vous écrit, il y a plusieurs messages dans ce sens-là. Il y a une question que j'avais évoquée tout à l'heure et qui revient lorsqu'on a écouté les différents journaux depuis le début de cette matinée. Comment être heureux dans un monde aussi injuste ? Cette question-là, je me la suis posée en écoutant systématiquement depuis le début de la matinale les journaux depuis 6h, 6h30, 7h, 7h30 à chaque fois.

20:07
Invité

C'est la question qui revient le plus. Comment aller bien dans un monde qui va mal ? Et vous voyez, c'est très intéressant parce que ce qui compte là, c'est la question plus que la réponse. Parce que que nous dit la question ? Que les hommes et les femmes qui posent cette question ne veulent pas aller bien en fermant les volets sur le fracas du monde et en reprenant l'idée des piqûres pour vivre heureux, vivant caché. s'ils posent cette question, c'est qu'ils sentent bien que le vrai bonheur n'est pas le repli sur soi pour se mettre à l'abri de la violence du monde, ce qui est une tentation qui risquerait de briser l'audience des matinales, d'ailleurs.

Si les gens se disent qu'il faut se couper des infos le matin pour aller bien, c'est un problème pour vous. Et au fond, cette question, elle prouve qu'on veut être heureux dans le rapport au monde, en habitant un monde dont on prend soin, en étant à la hauteur de l'urgence écologique et climatique, en essayant de réparer le monde ou de faire ce que Camus nous invitait à faire dans son discours de réception du Nobel, d'empêcher que le monde se défasse. Et ça prouve bien à quel point la récurrence de cette question nous indique une certaine idée du bonheur et une belle idée, au fond, très inspirante du bonheur qui n'est pas le repli privé.

21:11
Présentateur

Non, au contraire. Et dans la rencontre, toujours, il y a une dimension très importante dans votre oeuvre sur la rencontre de l'autre et à partir du lundi 1er décembre. Donc, demain, se jouera au Théâtre du Petit Saint-Martin à Paris, un seul enseigne que vous avez écrit pour Thierry Lhermitte. C'est une autre drôle de rencontre adaptée de votre essai du même nom. Et Thierry Lhermitte donne voix à votre texte. Il raconte les rencontres qui ont marqué sa vie. Il lit des textes de philosophie et de littérature. Les places sont en vente sur le site du Théâtre de la Porte Saint-Martin. Quant au livre Charles Pépin, où trouver la force ?

Point d'interrogation et autres questions existentielles, il est disponible aux éditions à la RIE. Merci d'avoir été avec nous ce matin et à samedi prochain. À samedi.