Clémentine Autain : « 80% des électeurs de gauche veulent une candidature commune »
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Bonjour Clémentine Autain, merci d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes candidate à la primaire de la gauche. On va évidemment longuement en parler. Vous êtes députée la Pré de Seine-Saint-Denis. Nous sommes ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Christelle Bertrand du groupe La Dépêche. Bonjour Christelle. Bonjour Yann, bonjour Clémentine Autain. Bonjour Christelle. Et Clémentine Autain, vous faites donc partie des candidates à cette primaire de la gauche. Alors, Jean-Luc Mélenchon est candidat à la présidentielle. Le PS se déchire. Fabien Roussel a redit hier qu'il se préparait à être candidat.
Est-ce que franchement, cette primaire de la gauche a encore un sens ?
Elle a un sens absolu. Pour une raison simple, 80% des électeurs du nouveau Front populaire sont favorables à une candidature commune en 2027. Nous sommes dans une situation politique où il y a désormais trois grandes familles politiques. L'extrême droite, le bloc dit central, qui est en fait un bloc de droite, et la gauche qui est issue de cette histoire du nouveau Front populaire. C'est encore une même famille.
Si nous partons façon puzzle, c'est-à-dire dans la dispersion et dans la division, nous perdons nos chances d'être au second tour pour la troisième fois, puisque les deux dernières fois, nous n'avons pas, la gauche a été absente du second tour, c'est quand même la condition sine qua non pour pouvoir l'emporter. Et je crois que seule cette union peut permettre une dynamique populaire. Et c'est pourquoi la primaire est la méthode de départage. Parce que comme vous le dites, il y a différentes candidatures, très nombreuses, et je ne vois pas d'autre méthode que de donner démocratiquement le pouvoir au peuple de gauche de désigner son incarnation.
Cette primaire, Boris Vallon n'en veut pas, François Hollande n'en veut pas, Raphaël Glucksmann n'en veut pas, François Hollande a dit ça y est, elle est enterrée de toute manière. Quel sens est-ce qu'elle a si tout le monde n'y participe pas ?
Moi je pense que si le parti socialiste, les écologistes, l'après-génération, debout avec François Ruffin, participent à cette primaire, il y aura une dynamique. Et l'aile droite, qui en fait a un autre projet, son projet c'est quoi ? Il est contre la primaire, mais il y a une raison, c'est qu'en réalité... Vous parlez de François Hollande ? Oui, de Bernard Cazeneuve, et maintenant peut-être aussi de Boris Vallon, même si... C'est l'aile droite de la gauche pour vous. C'est l'aile droite de la gauche, François Hollande. Non mais pour moi, pour vous, je veux dire, c'est factuel. Je ne suis pas en train de vous donner un scoop. Et c'est quoi le projet ? J'observe la poule.
C'est quoi leur projet ? Leur projet, c'est l'union des centres. Mon projet, c'est l'union de la gauche. Et en fait, le débat autour de la primaire, c'est celui-là. C'est ceux qui pensent que ça ne sert à rien de s'allier avec nous, parce que ce qu'il faut, c'est aller chercher le modem, c'est aller chercher les macronistes, et ça pour moi, ça ne crée pas de la dynamique politique. C'est ce qui nous permet d'accéder au second tour.
Ma conviction, c'est que c'est le cœur du peuple de gauche qui doit être galvanisé, mobilisé par cette primaire qui peut rassembler des millions, des millions, vous m'entendez, peut-être un, peut-être deux, peut-être trois, peut-être quatre, qui vont venir participer à désigner l'incarnation. Mais vous le savez, il y a des différences entre nous. Ce n'est pas un scoop. Je peux vous les donner sur plein de sujets. Moi, je pense qu'un socialiste ne peut pas incarner, parce qu'il y a un lien avec un bilan qui a été désastreux, qui est celui de l'ère Hollande, et que les Français, et notamment les électeurs du Front populaire, ne veulent pas de retour à cette ligne politique.
C'est ma conviction. Mais François Hollande, encore ? Je vous le dis, c'est ma conviction. Mais c'est au peuple de gauche de trancher. Donc je suis prête à dire que je suis dans cette primaire. Cela signifie une chose, je veux gagner et je crois que je peux gagner. Mais je suis prête à perdre, parce que c'est la condition du rassemblement. Mais la page Hollande n'allait pas tourner au PS pour vous ? Le PS, c'est encore le bilan de François Hollande ? Non, je ne le crois pas. Je ne crois pas que c'est majoritaire au Parti Socialiste. Je ne crois pas que... Mais vous dites un candidat PS ne peut pas incarner.
Non, mais ça dépend éventuellement s'il y a un candidat PS qui est clair sur une rupture avec cette ère Hollande, qui est un car n'autre chose. C'est tout ce François Hollande au PS. Ce que je veux dire, c'est qu'il y a une blessure dans le peuple de gauche. Il faut entendre les élections. Pourquoi Jean-Luc Mélenchon, les deux dernières fois, est arrivé franchement en tête ? C'est parce que l'aspiration aujourd'hui à gauche, elle est à une transformation profonde, sociale et écologique. C'est ma conviction.
Mais vous dites que pour arriver au second tour, il faut que la gauche soit unie. La gauche, elle a déjà un candidat aujourd'hui. Il s'appelle Jean-Luc Mélenchon. Si de votre primaire sort un candidat et une candidate, vous serez quand même deux. Pourquoi dans ces cas-là, si vous voulez que la gauche soit unie, ne pas vous rallier directement ?
Je vous le vois, Jean-Luc Mélenchon. Vous le savez, ça a été un des désaccords majeurs qui a conduit d'ailleurs à la purge et à notre exclusion de la France insoumise. Nous avons défendu l'union, la culture de l'union. Voilà. Jean-Luc Mélenchon, dès 2022, a décidé qu'il serait candidat en 2027. Et c'est la raison d'ailleurs pour laquelle il nous a exclus pour éviter d'avoir toute forme de concurrence crédible pour être candidat. Ça a été son choix. Donc je ne suis pas étonnée qu'aujourd'hui, il soit candidat. Et effectivement, il a un dispositif qui est connu, qui est d'ailleurs une machine de guerre en campagne. Et il a des atouts. Il faut dire les choses franchement.
Quels sont encore ses atouts aujourd'hui ? Ce que je vous dis... Quels sont encore les atouts de Jean-Luc Mélenchon, à part sa machine de guerre en campagne ? Je vous dis, un positionnement dans une gauche franche est la capacité d'avoir une organisation qui est une machine de guerre. Il a aussi des handicaps solides. C'est le fait de ne pas avoir accepté de construire le cadre de l'Union. Et des effets d'image, des polémiques, des positionnements qui ont heurté et qui ne permettent pas de rassembler toute la gauche. Voilà, je vous parle franchement. Bon, ça, il est parti, je ne suis pas étonnée.
Si le reste de la gauche est dans l'état dans lequel il est, à un an de la présidentielle, incapable de trouver la méthode pour s'unir. Et je n'en vois pas d'autres que la primaire. D'ailleurs, Boris Vallaud et ses amis qui nous disent « la primaire, ça ne va pas » sont dans l'incapacité de nous dire quelle est l'autre méthode de départage. Nous sommes, je parle de moi, je parle de François Ruffin, je parle de Génération, je parle de Marine Tournelier. Nous, nous disons, nous sommes prêts à mettre notre candidature en jeu. À dire, voilà, nous on a des convictions chacun sur pourquoi on pourrait être le meilleur ou la meilleure candidate.
Mais nous acceptons cette règle parce que nous avons une responsabilité historique. On n'est pas part en calme. Je vais vous le dire, on n'est pas part en calme. On est dans un moment où l'extrême droite est aux portes du pouvoir. Mais vous dites « François Hollande fait le pari ». Notre responsabilité politique, elle est d'être capable de construire cette union. Et cette union, pour la construire, il faut une méthode de désignation. Et je ne vois pas d'autres solutions que la primaire.
J'ai toujours pas, pardon, la réponse à ma question. Vous dites « la France est divisée en trois blocs ». Le Rassemblement national aura un candidat ou une candidate. Le bloc central est en passe, finalement, de trouver un accord. On verra s'il le trouve ou pas. Vous, vous aurez, quoi qu'il arrive, deux candidats.
Pardon, mais en quoi ça vous amènera au second tour ? Alors, je vous le dis, la dynamique politique que peut créer la primaire, à la condition que nous ayons une candidature qui est capable de parler à l'électorat insoumis, à l'électorat communiste, qui d'ailleurs, je vous le rappelle, chez les insoumis, c'est 77% des sympathisants insoumis qui veulent la candidature commune. Donc, pour l'instant, quand ils voient le désastre du reste, ils se disent « bah, pour l'instant, c'est Jean-Luc Mélenchon qui tient bon ».
Mais si demain, nous avons une candidature qui est capable de parler à son électorat, alors nous pouvons devenir le vote utile et nous pouvons être en tête à gauche et nous pouvons passer au second tour et, à ce moment-là, disputer la victoire à l'extrême droite. C'est ça, c'est ce scénario que je veux. Et donc, quand on a, ce que je veux dire, c'est qu'on focalise sur la méthode de la primaire, je n'en vois pas d'autres, mais j'insiste sur le fait que le vrai débat, il est sur l'orientation, la stratégie politique.
Est-ce qu'au fond, ce qu'on veut, c'est draguer le centre ou est-ce qu'au fond, ce qu'on veut, c'est galvaniser le peuple de gauche et donc sur un projet d'union et de transformation en profondeur de ce pays ?
Est-ce qu'il ne va pas falloir tout faire et amener à vous certains électeurs de Jean-Luc Mélenchon, mais aussi draguer le centre ? Est-ce qu'il y a un espoir d'être au second tour sans séduire ce centre dont parle François Hollande ?
Ça, c'est la question du second tour. Je vais vous dire, Lionel, est-ce que le barrage anti-RN, il ne va pas se jouer au premier tour ? Je vous rappelle une petite histoire récente. Lionel Juspin, il a fait cette erreur. Il s'est adressé directement aux électeurs sur un mode de changement. Mais il est en train de changer et la structuration du paysage politique est différente aujourd'hui. Il y a des règles, pardonnez-moi, je suis en désaccord complet. Je pense que ce qu'il faut, c'est galvaniser, et je le redis, le peuple de gauche.
C'est notre garantie pour être au second tour, sans poser des mots, des actes, qui soient rédhibitoires pour un second tour, pour que quelqu'un décentre, honnête, mette un trait d'égalité et n'ait pas envie de voter entre l'extrême droite, dont la dangerosité pour ce qui est le cœur des principes républicains. D'accord ? C'est le cœur. Notre moteur, c'est la liberté, l'égalité, la fraternité. Notre bien commun, c'est quand même la démocratie. Ils vont tout mettre à terre, tout mettre à terre. Je ne sais même pas dans quelles conditions nous pourrons faire de la politique, nous pourrons contester si l'extrême droite est au pouvoir.
Donc il faut à la fois galvaniser notre camp et être capable au second tour de rassembler. Mais quand on fait les choses à l'envers, et Jospin l'a fait, il en a payé le prix, il n'a pas payé le prix. Mais vous croyez qu'elle est encore possible de l'organiser ?
Il espérait rassembler au second tour. C'est pour ça qu'il y avait un éperpillement des candidatures au premier tour. Est-ce que là, en 2027, le barrage anti-RN, il ne va pas se jouer dès le premier tour ? Est-ce que ce n'est pas dès le premier tour qu'il faut vous adresser à vos électeurs ?
Dès le premier tour, ce qu'il faut, c'est montrer qu'on est capable déjà d'être au second. Et pour être capable d'être au second, il faut rassembler la gauche. Voilà. Et ceux qui ne comprennent pas ça font fausse route. Vous voulez que je vous donne l'exemple britannique ? Vous avez vu ce qui s'est passé là ? Voilà. C'est-à-dire que la ligne travailliste, qui est une ligne d'une tièdeur absolue, je vous dirais la gauche tisane, mais j'adore la tisane, donc je n'ai pas de mépris pour la tisane. Mais vous voyez ce que je veux dire ? La gauche tisane, c'est quoi ? C'est la gauche Hollande chez nous ?
Mais oui, c'est la gauche qui ne tire pas les leçons de l'impasse de la social-démocratie depuis 40 ans, qui s'est moulée dans les normes néolibérales. Là, on parle beaucoup de popole. On fait de la politique, on fait de la cuisine, les Français qui nous regardent, je pense qu'ils sont saturés. Le spectacle que l'on donne, c'est un cirque. Moi, je dis qu'il faut que ça suffit. Ça s'arrête. Il faut que le Parti socialiste tranche. Et avant l'été, qu'il y ait un vote, ce qu'ils veulent, je ne suis pas membre du Parti socialiste, ils se débrouillent. Ils arrêtent de faire ce congrès permanent du Parti socialiste.
En nous prenant en otage, parce que nous sommes tous otages de ce cirque et de ce spectacle, donc j'appelle à ce que ça cesse. J'appelle les militants socialistes à prendre leur responsabilité, à sortir de cette ambiguïté, de ce jeu de un coup oui, un coup non, etc. Et finalement, de ne pas choisir. Il est temps de choisir. Nous sommes à un an de la présidentielle. Maintenant, chacun doit prendre leur responsabilité.
Là, vous demandez à Olivier Faure d'accélérer le calendrier. S'il ne le fait pas, il se passe quoi ? Et s'il n'y a pas de primaire, si cette primaire, comme le dit François Hollande, est morte, que faites-vous ?
D'abord, j'ai du mal à me situer dans cette perspective, parce que je pense que le sésame, c'est cette primaire. Donc moi, jusqu'à l'été, je me battrai bec et ongle. J'ai la foi du charbonnier pour que cette primaire existe. Ce qu'on fera, s'il n'y a pas cette primaire, c'est la séquente après l'été. D'accord ?
Est-ce que vous pourriez être candidate hors primaire, pour être claire ?
Non, mais l'idée, ce n'est pas de rajouter plein de candidatures dans un contexte de division. Moi, je l'ai dit, je suis une candidate pour l'Union. Je ne serai pas une candidate de la division. Ça ne veut pas dire que je vais disparaître de la circulation, même si c'est toujours possible si le carnage est total. je chercherai à trouver du rassemblement qui n'est pas la candidature de mes rêves la plus large possible. Donc on verra ce qui est possible de faire. Mais chaque chose...
Mais ça pourrait encore être Jean-Luc Mélenchon ou pas ? Chaque chose. Ou Jean-Luc Mélenchon, il n'y aura jamais de ralliement de votre part à Jean-Luc Mélenchon.
Vous m'entendez, je n'exclus rien. Y compris un ralliement, Jean-Luc Mélenchon. Non, mais je n'exclus aucune hypothèse. Je chercherai, avec mes camarades de l'après, quelle est la solution, dans un contexte qui n'est pas celui que nous voulons, qui nous permettra d'être au plus haut et je l'espère m'accéder au second tour. Donc une chose après l'autre. Je ne renonce pas. Je suis pour l'Union. Parce que je pense que c'est la condition pour gagner. Et je me battrai.
Donc Jean-Luc Mélenchon appelle à éviter le suicide anti-LFI. Quand il propose aux forces de gauche une campagne commune, présidentielle, législative, vous pourriez...
Non, mais vous voyez un peu le cirque. Là aussi, pardon, excusez-moi. Mais il décide du candidat, tout seul. Et ensuite, il dit, si vous voulez venir coller trois affiches et faire coucou, on est avec vous, c'est OK. Bon, ce n'est pas des manières de rassembler. Ce n'est pas comme ça qu'on rassemble. Ce n'est pas vrai. D'accord ? C'est un problème de méthode minimale. Normalement, s'il veut un rassemblement, on fait le rassemblement et on désigne une méthode pour choisir le candidat, mais on n'impose pas un candidat. Après, on verra quand il faudra faire de l'affreuse, tout ce que je déteste, de la réelle politique dans une situation donnée. Mais nous ne sommes pas dans ce moment.
Nous avons encore deux mois. Et je veux dire un mot. Vous savez, nous avons eu un meeting. Cette semaine. À la Bellevileuse. Voilà. Et je suis assez ahurée de voir la couverture médiatique qui, en fait, fait le jeu de la division, fait le jeu des prophètes de la défaite, avec le grand bonheur à la fois de Hollande et à la fois de Jean-Luc Mélenchon, où les éditorialistes se sont précipités pour expliquer que tout ça, c'était nul, que tout ça n'avait pas d'avenir. Je le redis, 80% des électeurs de gauche veulent une candidature commune. Et j'aimerais que celles et ceux qui commentent les politiques, juste prennent conscience de ça. Pourquoi je veux une primaire ?
Parce que je pense que c'est galvanisant. Parce que je pense que les partis politiques, aujourd'hui, représentent peu de choses. Malheureusement, et je le regrette, si on a une dynamique qui implique des millions de gens, vous allez voir que ça change la donne.
– Juste parce qu'il faut qu'on avance et parler d'un sujet que vous portez, la question de l'alimentation, puisque le RN, exactement, juste un dernier mot, le RN est en tête actuellement dans les sondages. – Non mais là, c'est que le maire est la fille. – Non mais juste, le maire est la fille de Saint-Denis, Balibagayoko. Il évoque une possible insurrection populaire en cas de victoire du RN. Est-ce que vous êtes d'accord avec ces propos ?
– Je pense que si le Rassemblement national gagne dans ce pays, il y aura des résistances.
– Mais insurrection populaire, c'est pas vrai. La résistance et l'insurrection, c'est pas la même chose.
– Oui, je pense qu'effectivement, il peut y avoir des colères qui s'expriment dans ce pays.
– Mais insurrection, le mot est fort.
C'est-à-dire, si le RN gagne, il gagnera de manière démocratique. – Oui, de manière démocratique, dans une démocratie qui est quand même très abîmée, à plein dégâts. – Ça veut dire que vous remettrez en place
la légitimité du vote ?
– Je ne suis pas comme ça. S'il y a un vote en France, voilà, le peuple aura tranché par ce vote-là. Mais de là à dire que la démocratie est parfaite dans un monde où, par exemple, l'Arcom autorise CNews à être sur une chaîne de la TNT, dans une démocratie où Emmanuel Macron, qui est président depuis 9 ans, a abîmé considérablement et préparé le terrain. Vous savez, si Marine Le Pen ou Jordan Bardella arrivent au pouvoir, ils sont dans le cadre de la 5e République. la destruction va être immédiate.
Le pouvoir… – Enfin, s'ils sont au pouvoir, pardon, c'est parce qu'ils auront été élus par une majorité de Français. Donc une insurrection populaire, ça veut dire ne pas reconnaître le vote d'une majorité de Français, c'est compliqué.
– Vous pouvez dire que les gens n'ont pas le droit de contester, n'ont pas le droit de manifester ? – Enfin, qu'est-ce que vous mettez derrière insurrection populaire ? – Qu'est-ce que vous mettez derrière insurrection ? Il faut s'entendre.
– C'est pas moi, c'est lui qui est employé.
– Vous m'interrogez sur ce mot, qu'est-ce qu'on met derrière ? Moi, je mets derrière insurrection, des colères, les gilets jaunes, ça peut être une forme d'insurrection, c'est-à-dire des gens très en colère. Et je le crois, je ne pense pas que le pays, aujourd'hui, soit prêt à donner les clés au Rassemblement national. Et je termine d'un point, avant d'arriver à Masterpoulet, qui m'intéresse énormément parce que l'alimentation, pour moi, doit être une priorité. Mais je veux rappeler que Front Populaire 27, qui s'est réuni mardi dernier, a mis sur la table 8 priorités. Visiblement, un certain nombre de socialistes, un certain nombre d'éditorialistes n'ont pas lu ces priorités.
Il y a des dizaines et des dizaines de propositions concrètes. C'est ça le sujet de la primaire. Est-ce qu'on veut être en capacité de faire que, demain, on ait un panier de 100 produits qui sont dans les hypermarchés, sans marge, c'est-à-dire à prix coûtant ? Est-ce que, demain, on est capable de mettre sur la table un million de voitures électriques en leasing social et d'investir dans les transports collectifs du quotidien et d'avoir un ticket qui va pour le rail ? Est-ce que, demain, on est capable d'encadrer les loyers et le foncier ? C'est ça, le sujet, d'augmenter les salaires, de reconstruire le code du travail.
Je vous parle contenu parce que, celles et ceux qui nous regardent, il faut qu'ils comprennent que c'est ça l'enjeu, c'est leur quotidien.
Alors, Master Poulet, c'est aussi une question de contenu. Vous avez dit que c'est une question d'alimentation. C'est vraiment une question d'alimentation ou c'est une question politique, Master Poulet ? Les deux.
L'alimentation est une question politique. Je pense même qu'aujourd'hui, la lutte des classes... Est-ce que la question de l'alimentation n'a pas été instrumentalisée ? Non, c'est la lutte des classes, pour utiliser des grands mots, c'est-à-dire, en fait, les inégalités, se jouent considérablement dans l'assiette. L'insécurité alimentaire, c'est, dans les chiffres très officiels, 11% des Français qui sont en insécurité. Dans des chiffres qui sont un peu plus complets, on sait que c'est un Français sur trois qui ne mange pas à sa faim, ce qu'il veut de manière diversifiée.
Donc, oui, nous avons un enjeu collectif immense à faire en sorte que notre santé ne soit pas abîmée par notre alimentation et que les classes populaires en particulier ne fassent pas les frais. Le rôle d'un élu ne fassent pas les frais.
Clémentine Autain, vous défendez l'implantation de Master Poulet ou pas ?
Je suis contre l'interdiction, de manière absolument radicale.
Je trouve ça même insupportable. Est-ce que le rôle d'un élu n'est pas de se battre contre ces chaînes qui, de toute manière, grignotent un peu partout dans le territoire ? D'accord.
Est-ce que c'est une question ? Alors, ok, il s'est battu contre le Burger King qui est à 100 mètres, il s'est battu contre le McDo qui est à quelques centaines de mètres de plus. Certaines municipalités se battent contre des McDo et ça fait moins de polémique que ça. On nous dit que le poulet, en plus il n'est même pas frit chez Master Poulet, donc c'est du poulet. Non mais il en batterie en revanche. C'est du poulet avec des frites, je suis d'accord. En face, vous avez un restaurant, c'est Thierry Marx qui est d'ailleurs un grand chef cuisinier qui y est. Il y a aussi du poulet frites. Il existe ce poulet frites. Il n'est pas au même tarif. Il n'est pas du tout au même tarif.
Allez, Clémentine Autain, un dernier mot parce que malheureusement le temps... Qu'est-ce qu'on propose pour que les jeunes issus des quartiers populaires, issus aussi de l'immigration, parce que c'est beaucoup ce public qui va dans le Master Poulet, qu'est-ce qu'on leur propose comme alternative ? Qu'est-ce qu'on leur propose ? Moi, c'est ça qui me met en colère, c'est qu'en fait, il y a une sorte de guerre vers des pratiques qui sont liées au fait que Master Poulet, c'est quantité, prix, tout à fait accessible. Clémentine Autain, très rapidement.
Un autre sujet sur l'administration, ça vous concerne aussi ? C'est aujourd'hui que les chefs de groupe de l'Assemblée vont décider d'examiner ou non votre taxe sur le cadmium pour réduire la teneur en cadmium des engas agricoles. Vous êtes confiante sur le fait qu'il va être examiné ?
Oui, il va finir par être examiné. Il ne va pas l'être cette semaine parce qu'on est en position septième. Il va l'être, je l'espère, ça dépend demain matin de la décision des présidents de groupe. Il va l'être, normalement, en tout cas je le souhaite. Est-ce que tous les présidents de groupe vous soutiennent là-dessus ? Comprenez une chose. Non, pas encore. Et c'est demain matin que nous aurons la confirmation ou non qu'ils prennent au Cernieux cet enjeu de sécurité alimentaire. Merci beaucoup. Je vous dis juste un mot. L'équation qu'on a à résoudre, c'est comment faire en sorte qu'une alimentation de qualité soit accessible au grand nombre et notamment aux classes populaires. Voilà.
Et comment faire en sorte que la puissance publique sécurise nos vies. Et ça, ça passe par des réglementations sur le cadmium. On sait faire. Il faut arrêter d'empoisonner les Français. Et quand on parle beaucoup de sécurité, parlons-en pour l'alimentation. Merci Clémentine Autain. Merci beaucoup d'avoir été notre invité ce matin. Merci.
Merci. Merci. Merci. Merci.
Clémentine Autain