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interviewRTL — L'invité de 7h40· 8 mai 2026 12 min

Raphaël Glucksmann, député européen, appelle à ne plus "dépendre des États-Unis"

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Va Thomas Soto, RTL Matin. Il est 7h41, il est député européen, co-président de place publique et probable candidat à l'élection présidentielle. Raphaël Glucksmann est l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Raphaël Glucksmann.

0:12
Raphaël Glucksmann

Bonjour Thomas Soto.

0:13
Présentateur

C'était il y a 81 ans, le 8 mai 1945, l'Allemagne nazie capitulait, notamment grâce aux Américains, venus nous sortir de cet enfer. Est-ce que vous pensez qu'aujourd'hui, Raphaël Glucksmann, les Etats-Unis de Trump voleraient à notre secours comme l'a fait Roosevelt pendant la Seconde Guerre mondiale ?

0:28
Raphaël Glucksmann

Les Etats-Unis de Trump ne sont pas les Etats-Unis de Roosevelt et Trump n'est pas Roosevelt. Et vous savez, ces moments de commémoration doivent nous interroger sur la période que l'on vit, sur la fragilité de ce qui nous entoure, sur la fragilité de la démocratie, de la paix, de la liberté sur le sol européen. Et on traverse un moment de bascule et non, nous ne pouvons pas faire confiance aujourd'hui aux Etats-Unis pour sauver l'Europe.

0:53
Présentateur

Ce ne sont plus nos alliés ? Les mots ont un sens, surtout un jour comme aujourd'hui. Est-ce que les Etats-Unis de Donald Trump sont encore nos alliés ?

1:01
Raphaël Glucksmann

Les Etats-Unis, aujourd'hui, nous font comprendre qu'ils ne le sont pas. Et c'est pour les Européens une page d'histoire de 80 longues années de stabilité, de relations transatlantiques, de paix, qui se tournent. Et donc nous sommes, nous, face à notre destin. Ça veut dire quoi ? Est-ce que nous sommes capables de nous défendre seuls ? Est-ce que nous sommes capables d'assurer notre sécurité seuls ? Est-ce que nous sommes capables de faire face à la menace russe sur le sol européen, sans compter sur les Etats-Unis ?

1:29
Présentateur

La réponse est non, aujourd'hui, non ? La réponse à cette question. Trump a dit qu'il allait désengager ses troupes d'Europe. Il veut retirer notamment 5 000 des 36 000 soldats américains présents en Allemagne. C'est une péripétie ou c'est un tournant inquiétant, ça ?

1:40
Raphaël Glucksmann

Ça dit quoi ? Ça dit que nous sommes face à notre destin. Et que désormais, nous devons arrêter avec l'Europe Tanguy. Vous avez vu le film Tanguy, cet adolescent qui veut rester en permanence dans la maison de ses parents. Eh bien, l'Europe Tanguy doit prendre fin. Nous devons désormais défendre notre maison seuls. Nous pouvons avoir des alliés, mais nous ne pouvons pas dépendre, pour notre sécurité et notre survie, des décisions prises à Washington. Ça veut dire qu'il faut que nous ayons notre industrie de défense qui fonctionne sans les Etats-Unis. Ça veut dire que les fonds européens doivent être désormais réservés aux productions européennes.

Moi, je me bats au Parlement européen pour que nous ayons cette préférence européenne. Pour que nous construisions une défense européenne qui soit aussi un divorce vis-à-vis du complexe militaro-industriel américain. On peut avoir des alliés dans la vie, on ne peut pas dépendre des autres pour notre propre sécurité.

2:31
Présentateur

Justement, les pays de l'Union européenne ne devraient plus avoir le droit pour leur défense d'acheter des appareils américains ? Il faudrait le mettre dans un texte ?

2:37
Raphaël Glucksmann

Avec leur argent national, ils font aujourd'hui ce qu'ils veulent. Mais par contre, chaque euro qui est dépensé à l'échelle européenne, qui vient des contribuables européens, doit être dépensé pour investir dans notre propre défense. Aujourd'hui, nous devons avoir nos propres systèmes antimissiles. Nous devons avoir nos propres productions de drones.

2:55
Présentateur

Quand vous dites « notre », c'est au niveau européen ?

2:56
Raphaël Glucksmann

Oui, c'est au niveau européen. L'avenir, c'est la défense européenne. C'est comme ça que la France pourra assurer sa souveraineté. Et la France hérite d'une liberté, grâce au général de Gaulle, grâce à nos prédécesseurs, et d'une liberté qui peut être le socle de la défense européenne. Nous sommes la seule puissance nucléaire européenne. Il faut partager le bouton. Est-ce qu'il faut que cette puissance devienne une puissance au niveau européen ? Jamais nous ne mutualiserons la dissuasion nucléaire. Jamais nous ne partagerons à 27 la décision d'appuyer sur un bouton. Par contre, oui, la France doit considérer que l'intérêt vital français, c'est l'intérêt vital européen.

Et que donc, nous pouvons, nous, être le parapluie qui assure la liberté de l'Estonie, de la Pologne, parce que c'est l'intérêt vital de la France qu'il n'y ait pas la guerre sur le continent européen. Mais ce que cela suppose, c'est une révolution culturelle en Europe. C'est la sortie de l'adolescence. C'est le moment où on devient adulte. Vous savez ?

3:46
Présentateur

C'est-à-dire ? Parce que la défense européenne, en parler souvent, la faire jamais. Vous savez bien que les gouvernements nationaux restent jaloux de leurs prérogatives et ils ne veulent pas qu'on touche à leur souveraineté. Dès qu'on dit dépense européenne, la réponse que vous obtenez, qui est pavlovienne, c'est pas touche à notre souveraineté.

4:00
Raphaël Glucksmann

La souveraineté, c'est quoi ? C'est la capacité de maîtriser son destin. Est-ce que nous sommes capables, Français seuls, sans les Européens, de maîtriser notre destin ? Face à la menace russe, non. Nous avons besoin de le faire à l'échelle européenne. Nous n'avons pas assez de capacités financières pour le faire seul. Face à la Chine qui ratiboise nos industries, nous avons besoin de politiques commerciales, de défense européenne, de protection des industries européennes. Nous avons besoin d'un bail européen, d'une loi achetée européenne à l'échelle européenne. Face à la domination technologique américaine. Aujourd'hui, nous sommes en train de devenir une colonie numérique des Etats-Unis.

Eh bien, si nous voulons une IA autonome, souveraine, si nous voulons une intelligence artificielle européenne, il faut le faire à l'échelle du continent européen. Notre force, c'est le marché européen. Notre force, c'est d'être le premier marché du monde. Notre force, c'est d'être... Vous dites ce matin à l'Europe, il est temps de se réveiller. Il est temps de se réveiller.

Il est temps de s'assumer qu'on arrête, en fait, avec ce self-bashing permanent, cette tentation permanente de ce qui est soi-même, d'autoflagellation, qu'on assume d'être une civilisation, qu'on assume d'être l'Europe, qu'on assume de protéger les productions européennes, qu'on assume de protéger les principes européens, les citoyens européens, qu'on arrête de prétendre être le monde entier. Non, nous sommes l'Europe. Nous devons nous défendre.

5:22
Présentateur

Tout ça, ce sont des projets quand même à moyen ou à long terme. En ce moment, il y a une guerre. Et sur les détroits d'Hormuz, est-ce qu'on a raison, nous, la France, pour le coup, d'envoyer le Charles de Gaulle dans le secteur et de vouloir jouer les arbitres pour essayer de sécuriser ce détroit ?

5:35
Raphaël Glucksmann

On a raison de montrer notre présence, à condition que nous ne soyons pas entraînés dans la guerre de M. Trump. Il y a un risque, là ? Non, je ne pense pas. Mais il faut faire attention parce que M. Trump a déclenché une guerre avec M. Netanyahou sans aucun objectif stratégique. Honnêtement, c'est une des premières fois qu'on assiste à cela. Deux mois et demi après le lancement de l'attaque, on ne sait toujours pas quels sont les objectifs américains. Nous n'avons pas été consultés, nous, les Européens, nous, les Français. Mais au-delà de cela, personne, aujourd'hui, je vous mets au défi. Dites-moi, quel est l'objectif stratégique américain en Iran ? Il change toutes les heures.

Il change toutes les heures. Et en fait, on assiste, non pas à l'affirmation de la force et de la puissance des États-Unis, mais à l'affirmation de la faiblesse de son leadership, à l'affirmation de la faiblesse des États-Unis.

6:19
Présentateur

Faiblesse des États-Unis dont on paye tous les conséquences, et on va y venir notamment sur le plan économique chez nous en France. Mais à propos de la guerre en Iran, on parle pétrole, on parle commerce mondial, on parle des bateaux, mais il y a le grand oublié de l'affaire. Vous voyez de qui je parle ou pas ? Non ? Le peuple iranien. Le peuple iranien. Poupressé, massacré, les pendaisons qui continuent. Peut-on, au point où on en est rendu, Raphaël Glussmann, laisser le peuple iranien dans cette situation, avec un régime sans doute encore plus dur et plus radicalisé et plus cruel qu'avant ? Qu'est-ce qu'il faut faire maintenant ? Maintenant que la situation est ce qu'elle est...

6:47
Raphaël Glucksmann

Ça fait des années que je me mobilise pour soutenir le peuple iranien. Ça fait des années qu'au Parlement européen, j'ai mené la lutte pour que nous classions les gardiens de la révolution comme une organisation terroriste. Ça fait des années que je soutiens les femmes iraniennes en particulier qui se mobilisent. Simplement, cette guerre, cette guerre sans objectif stratégique, ne va pas apporter la liberté au peuple iranien.

Et donc nous, il va falloir que l'Europe fasse entendre une autre voie, qu'elle se mobilise aux côtés de l'opposition iranienne, qu'elle se mobilise pour des sanctions bien plus fortes face au régime iranien et face à ces organisations terroristes que soutient le régime iranien. Par contre, ce que je veux dire aujourd'hui, c'est que Donald Trump n'a pas pour objectif la liberté de l'Iran. Il finira par faire un accord avec les Mollahs et un accord qui sera au détriment du peuple iranien et probablement au détriment des intérêts stratégiques européens.

7:35
Présentateur

En attendant, les conséquences économiques chez nous, ce sont les prix du carburant. Sébastien Lecornu a parlé d'un changement d'échelle dans des annonces qui seront faites la semaine prochaine. Mais il a aussi calmé tout le monde par avance en disant que nous vivons une très très très très mauvaise séquence, mais il n'y a pas d'argent magique. Vous attendez quoi, vous, concrètement ? Qu'est-ce qu'il faut faire, là ?

7:51
Raphaël Glucksmann

Des aides ciblées, massives, pour les Françaises et les Français qui en ont réellement besoin. Moi, j'entends ceux qui disent qu'il faut baisser les taxes de manière indiscriminée. Mais je suis désolé. Le propriétaire d'un SUV qui part en week-end n'a pas à bénéficier des baisses de taxes sur les carburants. Et au-delà de cela, au-delà des aides ciblées qu'il faut vraiment faire de manière massive pour les infirmières libérales, tous les Français, toutes les Françaises qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler et qui sont socialement vulnérables, au-delà de ces aides, il faut se poser une question simple.

Aujourd'hui, on est face à une situation, on s'en rend tous compte, c'est la deuxième fois en cinq ans que ça nous arrive. Nous sommes dépendants, pour boucler notre fin de mois, nous sommes dépendants des prix du gaz et du pétrole. Nous sommes dépendants des décisions de Vladimir Poutine en 2021 et en 2022, chantage au gaz, invasion de l'Ukraine. Le résultat, ça a été un choc inflationniste terrible et 100 milliards d'euros de produits en France. Vous allez me dire qu'il faut faire une transition énergétique. Ce n'est pas une lubie, c'est notre porte-monnaie, c'est notre liberté, c'est notre souveraineté. C'est exactement ça qui va permettre, à terme, de boucler la fin du mois. Pourquoi ?

Parce que si on avait investi dans un leasing social pour les voitures électriques, pour faire en sorte que les ménages français les plus vulnérables socialement aient accès à un véhicule électrique, eh bien, ils ne dépendraient plus, aujourd'hui, ces ménages, des prix du gaz et du pétrole. Et en réalité, chaque euro que nous refusons d'investir dans la transition écologique, c'est un euro que nous payons à la fin du mois au prix à la pompe.

9:21
Présentateur

Pour l'homme de gauche que vous êtes, la nationalisation de Total est-elle une question légitime, une question qui se pose ?

9:26
Raphaël Glucksmann

Je pense que la nationalisation de Total n'est pas du tout l'urgence. Par contre, le fait que Total... Vous ne l'excusez pas ? Non, je l'excuse, ça coûte trop cher, ce n'est pas l'enjeu. La question, c'est, quand on fait des super-profits qui ne sont pas liés à des innovations technologiques, quand on fait des super-profits comme les grandes entreprises pétrolières, comme Total Energy aujourd'hui, eh bien, il faut contribuer à la solidarité nationale. Et donc, il faut taxer ces super-profits. Vous êtes pour une taxe sur les super-profits total ? Oui, mais nous ne sommes pas les seuls. En Europe, beaucoup de pays font pression pour cela. Et ça a déjà été fait.

En 2021-2022, il y a eu une taxe sur les super-profits qui a rapporté des milliards aux pays européens.

10:02
Présentateur

Quand est-ce que vous direz si vous êtes candidat à la présidentielle ? Avant l'été ? Cet automne ? À la fin de l'année ?

10:07
Raphaël Glucksmann

Le moment n'est pas celui de la déclaration de candidature. C'est pour ça que je vous demande

10:11
Présentateur

quand vous la ferez, votre déclaration ?

10:13
Raphaël Glucksmann

On verra en fonction de la situation. Par contre, ce qui est certain, c'est qu'aujourd'hui, ce que nous devons faire, c'est dire ce que nous pensons sur l'éducation. Aujourd'hui, l'école française est en crise. Dire ce que nous pensons face à l'explosion des prix à la pompe et la nécessité de la transition écologique. C'est ça, on s'accorde là-dessus. Ensuite, on choisira le meilleur ou la meilleure d'entre nous.

10:32
Présentateur

Parce que dans un an, l'élection sera passée.

10:34
Raphaël Glucksmann

À la rentrée, nous, on a besoin d'une campagne longue pour simplement dire une chose. C'est que nous ne voulons pas seulement un barrage en 2027. Ce que nous voulons, c'est redonner l'envie aux Françaises et aux Français de vivre un destin libre, d'avoir une souveraineté, de vivre dans la justice. Raphaël Glucksmann. Il faut réveiller l'envie, pas simplement jouer sur la peur d'une bascule à l'exemple.

10:57
Présentateur

Une candidature à la présidentielle, c'est un parcours sur lequel on laisse des petits cailloux et parmi eux, il y a le passage par le livre. François Hollande en sortira en septembre. Le vote sortira à la fin du mois. Comment il va s'appeler ?

11:05
Raphaël Glucksmann

Je ne vous dirai pas, c'est un secret absolu. Vous ne direz pas ? Ce que je peux vous dire, c'est qu'en tout cas, c'est un processus qui est extrêmement important.

11:13
Présentateur

C'est quoi ? C'est un livre personnel à la Gabrielle Attal sur vos vies, vos amours, votre famille, vos passions ?

11:17
Raphaël Glucksmann

C'est un livre sur la France et sur la manière dont on peut réveiller le destin de ce pays, réaffirmer une fierté française. Moi, Thomas Soto, je vais vous dire une chose. Ce qui me déprime, c'est qu'en fait, on est dans un pays qui n'a plus le sens d'une trajectoire, d'un destin, d'une aventure collective. Comment il va s'appeler ? Je ne vous dirai pas, Thomas Soto. Vous l'avez lu quand même ? Non seulement je l'ai lu, mais moi, vous savez, moi, je l'ai écrit. J'ai écrit mes livres et ce processus d'écriture d'ailleurs est extrêmement important parce que je crois qu'aujourd'hui, le gros problème de la politique, c'est de ne plus savoir faire de choix. Les politiques ne choisissent plus.

Eh bien, le livre vous oblige à savoir quelles sont les priorités absolues, les grands chantiers que vous voulez prendre.

11:56
Présentateur

Le livre que vous ne pourrez pas précommander puisque Raphaël Glusman ne veut pas nous donner le titre du bouquin. Merci en tout cas.