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interviewBFM TV (sur YouTube)· 11 janvier 2026 14 min

ADN, dentaire, indices: les techniques des enquêteurs pour identifier les victimes de Crans-Montana

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Un drame, une tragédie. 40 personnes sont mortes la nuit du réveillon de la Saint-Sylvestre dans l'incendie du bar le Constellation à Crontana. Une centaine d'autres personnes ont été blessées.

Ces personnes étaient venues fêter le passage à la nouvelle année dans cet établissement niché au cœur de cette station de ski suisse. Une priorité pour les enquêteurs identifier les victimes au plus vite un travail long et minutieux pour répondre aux questions de parents sans nouvell de leurs enfants. Aujourd'hui, l'ensemble des victimes blessées ou décédées ont été identifiés.

Ce travail titanesque a été réalisé par un collège de policiers scientifiques, d'enquêteurs, de médecins légistes et de dentistes sur les corps calcinés. En 1970, rappelez-vous, la France avait connu pareille tragédie. C'était un incendie dans une boîte de nuit dans l'Iser.

Il avait fait 146 morts. Mais neuf d'entre eux n'ont jamais été identifiés. Il repose aujourd'hui dans une fausse commune.

Alors, comment l'identification des victimes a-t-elle évolué au fil des années ? Les progrès techniques et et scientifiques permettent-il de faciliter cette identification ? Je suis Pauline Revena, vous écoutez un nouvel épisode d'affaires suivantes, le podcast inédit.

Charlotte Le Sage, bonjour. Bonjour. Vous êtes journaliste pour bfmtv.com.

Docteur Emmanuel Marguerite, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous.

Vous êtes médecin légiste et urgentiste au CHU de Montpellier. Nous reviendrons avec vous sur l'identification des victimes, sa difficulté et ses évolutions techniques. Mais avant Charlotte, revenons ensemble sur cette dramatique incendie.

On est à Cr Montana le 31 décembre. Cr Montana, c'est une station de ski suisse à CUP. Et donc le 31 décembre, ici comme ailleurs, les gens faitent le passage à la nouvelle année.

Pour certains, la fête se passe au bar le constellation. Il est bien situé au centre de la station. Il est aussi très fréquenté par les touristes et les jeunes.

Des jeunes, il y en a d'ailleurs beaucoup. aux constellation la nuit du nous réveillon. Un DJ est d'ailleurs présent pour faire danser tout le monde.

Mais vers 1h30 du matin, la fête vir au drame. Un incendie se déclenche dans le sous-sol de l'établissement. Selon l'enquête, des bougies fontaine sont entrées en contact avec le plafond.

Un plafond qui était recouvert d'une mousse acoustique aujourd'hui au cœur des investigations. Le feu s'est alors rapidement propagé piégeant les fétards. L'incendie a provoqué un mouvement de foule vers l'escalier puis vers la porte de sortie du bar au rez-de-chaussée.

Et très vite, les autorités communiquent le bilan humain est dramatique. Les autorités annoncent d'abord plusieurs dizaines de personnes présumées décédées. Mais rapidement, un chiffre nous parvient. 40 personnes sont décédées dans cet incendie.

Et ces victimes, il faut encore les identifier. C'est d'ailleurs la priorité des autorités. Elles veulent rendre au plus vite les corps aux familles sans nouvell de leurs proches.

Docteur Emmanuel Marguerite, on l'a dit, dès le début, les autorités cherchent à identifier les victimes. Or, dans cette affaire, les personnes ont été brûlées. Est-ce que c'est plus compliqué ?

Oui, bien sûr, les procédures d'identification he qui sont codifiées au niveau international euh sont rendus plus complexe effectivement lors de décès lié aux incendies car les corps sont ce qu'on appelle carbonisés et il ne peut pas y avoir d'identification en général directe des corps par rapport au visage ou par rapport à des éléments physiques simples. Alors, comment ça se passe concrètement cette procédure d'identification avec des corps calcinés ? Alors, la procédure d'identification, elle est valide en fait dans tout types de catastrophe.

C'est-à-dire qu'elle est rigoureuse et elle fait appel à un certain nombre de spécialistes, vous l'avez rappelé, des médecins légistes, des unités de police technique scientifique et d'identification des victimes de catastrophe, des radiologues, des spécialistes de la génétique, des anthropologues médicaux légaux et il y a tout un tas de spécialistes qui vont pratiquer l'identification. Le premier temps euh il va se passer sur les lieux et euh de fait dans les dans les catastrophes de façon générale, on va utiliser ce qu'on appelle le protocole Interpol qui est une une un processus très rig pour aboutir à une identification formelle euh des victimes parce qu'il y a pas d'erreur il y a pas d'erreur possible, il faut le rappeler. Il faut être sûr à 1000 %.

Exactement. Le but de l'identification rapide et formelle, c'est de restituer aux familles un corps qui est bien celui euh de la victime. Et bien sûr, il n'est pas question de euh rendre un corps qui ne serait pas complètement ou formellement identifié.

Vous l'avez rappelé en 1970 dans euh la catastrophe de la boîte de nuit hein, qui a fait quand même plus de 140 morts. Un certain nombre de corps n'avait pas pu être identifié parce qu'on avait pas non plus à l'époque les techniques dont on dispose aujourd'hui pour l'identification. Alors comment ça va se passer ?

C'est-à-dire qu'il y a des groupes qui vont se rendre de spécialistes qui vont aller sur les lieux de la catastrophe et qui vont d'abord faire un examen des lieux. Bien sûr, en fonction de la nature ou du lieu de l'accident, ça va être un peu différent, le travail sera un peu différent. Et le premier temps sera sur les lieux de faire un quadrillage, particulièrement dans ce genre de situation à faire un quadriage des lieux avec qu'on va reporter sur un schéma.

Ça peut être fait par voie numérique ou par voie de de dessin et tous les éléments, tous les corps qui vont être retrouvés vont être reportés sur ce quadrillage avec tous les éléments qui sont à proximité des corps. Ça peut être un téléphone, ça peut être un sac et cetera. Tout est répertorié pardon par les enquêteurs.

Donc ce travail d'enquête minutieuse, il peut être un peu long au départ mais un peu fastidieux mais est très important. Et dans la suite donc les corps, une fois que ce travail précis est réalisé, les corps vont être transférés. Alors ça dépend où on se trouve mais là on est dans des à proximité de villes qui vont disposer d'instituts médicaux légaux et en fait on va les transférer à l'institut médico légal pour faire ce qu'on appelle la collecte des données postmortem.

Alors qu'est-ce que c'est que cette collecte postmortem des données pour l'identification formelle particulièrement quand on a des corps carbonisés hein comme vous l'avez rappelé en début d'émission. En fait, on va rechercher à utiliser des méthodes d'identification qu'on appelle formelle ou primaires. Alors, qu'est-ce que c'est ces méthodes d'identification primaire ?

Ce sont d'abord l'analyse des empreintes digitales si c'est possible. Alors quand les corps sont carbonisés, parfois c'est un peu difficile mais il peut quand même rester des empreintes digitales qui vont être comparées par la suite. Ensuite des plus vieilles méthodes d'identification utilisé, c'est ce qu'on appelle l'odontologie médico-légale.

C'est-à-dire qu'on va euh sur place donc à l'IML, les dentistes vont faire un examen très précis avec des radios dentaires puisque'en plus les dents résistent bien à la chaleur et c'est un des derniers éléments sur le corps qui va résister en cas d'incendie, même en cas d'incendie prolongé. Et enfin troisème point, on va réaliser des analyses génétiques en urgence hein sur les corps. Euh voilà, donc ça c'est la phase qu'on va appeler de collecte postmortem.

Dans le même temps, les enquêteurs vont lancer des groupes d'investigation sur la collecte de ce qu'on appelle les données antémortem. Alors, qu'est-ce que ça signifie les collectes antémortem ? c'est qui vont se rapprocher des familles, des victimes supposé être sur le lieu pour avoir un certain nombre d'indices sur des éléments d'identification très généraux, hein.

Ça peut être la taille, le poids, des signes particuliers et cetera, mais ça va être aussi la présence de maladies particulières qu'on pourrait retrouver sur le corps. Eventuellement la présence de prothèse, la présence de tatouage, même si ce sont des signes un peu faibles. Et tous ces toute cette collecte de données, elle va être réalisée de façon assez rapide et dans un deuxè temps, il va y avoir donc comparaison entre les données postmortem que j'évoqué à l'instant et les données antémortem collectées par les enquêteurs.

Et le fait que les lieux du drame soient cloisonnés dans cette affaire, est-ce que c'est un obstacle pour vos opérations ? Alors, ça peut être un obstacle bien sûr dans tous les protocoles internationaux. On rappelle aussi que les équipes qui vont intervenir doivent intervenir en toute sécurité et on sait par exemple, moi ça m'est déjà arrivé d'un point de vue pratique he dans la région de Montpelier d'intervenir sur des lieux d'incendie où on n' pas pu entrer sur la zone pendant un certain temps du fait d'un risque d'écroulement de la maison et tout.

Donc ça ça peut être aussi un facteur limitant pour la durée de l'identification. Mais la phase d'analyse des lieux, elle doit se faire, ce sont les enquêteurs qui le font. Ils le font, ils font le quadriage une fois que le site est accessible et le travail peut commencer à à ce moment-là.

Charlotte, 4 jours après l'incendie, les autorités suisses annoncent que l'ensemble des victimes blessées ou décédées ont bien été identifiées. Elles sont bien souvent jeunes, voire très jeunes. Sur les 40 personnes décédées, 20 étaient mineurs.

Il y a aussi des Français parmi les victimes. Neuf sont morts dont trois mineurs et 23 autres ont été blessés. Parmi les personnes décédées, il y a Arthur.

C'est un suisse de 16 ans. Sa mère avait témoigné à plusieurs reprises sur BFM TV. Elle était à sa recherche depuis l'incendie.

Après le drame, la procureure générale suisse a ouvert une instruction pénale. Elle vise les deux gérants du bar, un couple de français qui reste présumé innocent. En France, le parquet de Paris a lui ouvert une enquête miroir pour aider les familles françaises et les autorités judiciaires suisses.

Ce terrible incendie nous rappelle aussi l'histoire effroyable du 57, je je le disais en titre, une boîte de nuit de Saint-Laurent du pont dans l'Is là aussi, c'est une tragédie. 146 jeunes âgés de 14 à 25 ans meurent dans cet incendie. Ils étaient venus faire la fête dans ce dancing pour le weekend de la Toussin.

Et je le rappelle, nous sommes en 1970. Les méthodes d'identification sont moins développées qu'aujourd'hui. Neuf neuf victimes n'ont jamais été identifiées.

Elles sont aujourd'hui enterrées dans une fausse commune dans le cimetière de la ville. Alors Charlotte l'a rappelé, il y a eu ce terrible incendie en 1970. À l'époque les effets personnels des victimes avaient aidé les familles à les identifier.

Rappelez-nous, docteur, comment est-ce qu'elles ont comment est-ce que ces victimes ont été identifiées au-delà des effets personnels ? Alors, je n'ai pas trouvé d'articles médicaux sur cette identification. Il y en a un autre pour une autre catastrophe qui est arrivée en 1978 qui concernait beaucoup de français qui est le qui est l'incendie de du camping de l'os alfa et mais j'ai c'est une vieille revue médicale que je n'ai pas réussi pour l'instant à récupérer.

Est-ce qu'il y avait des expertises dentaires par exemple comme aujourd'hui ? A priori en 1970, je ne peux pas répondre mais en même 1978 oui il y avait je pense qu' en 1970 il y avait bon des expertises dentaires. Là, vous soulignez un un problème qui est d'actualité aussi, c'est que en fait l'identification se fait par comparaison.

Oui. C'est-à-dire qu'il faut disposer de données antémortem. Et l'une des limites surtout dans le temps hein, ça avait été dans d'autres catastrophes ça a été souligné, c'est qu'il faut pouvoir rapidement collecter ces données en thé mort.

Quand on a des gens qui viennent de différents pays, on a différentes nationalités, ce n'est pas toujours évident d'aller euh récupérer ces données en mort. Et ce que vous avez dit aussi, c'est qu'il y avait pas mal de sujets jeunes qui par exemple n'avaient pas forcément beaucoup de soins dentaires à l'époque qui était la méthode d'identification euh principale qui était utilisée donc dans les années 70 en plus des effets personnels. Alors les effets personnels, ce sont des méthodes d'identification secondaire qui sont insuffisantes pour identifier formellement un sujet.

Et en terme de comparaison, parle de comparaison. Est-ce que l'ADN a révolutionné vos méthodes de travail ? Bien sûr, l'ADN révolutionne les méthodes de travail. l'ADN révolutionne et ce qu'il faut savoir aujourd'hui c'est que en général pour la collecte des données postmortem c'estàdire pour les médecins légistes et ce qu'on appelle la chaîne d'identification on va sur les corps faire les trois méthodes c'està-dire qu'on va si possible faire les empreintes digitales si elles sont possibles.

Bien sûr on va faire un examen dentaire et un examen euh d'empreinte génétique. On va faire un prélèvement sanguin si possible pour les empreintes génétiques puisque souvent dans l'urgence, on ne va pas forcément savoir quel type de données mort on va avoir à disposition en fait. Donc c'est pour ça que nous dans les protocoles qui sont mis en place dans les différentes soit dans les attentats ou dans les catastrophes quand il y a un afflux de victime comme ça, on fait dans la chaîne d'identification, on fait les trois types de prélèvement ou d'analyse pour pouvoir après faire la comparaison avec les données antémorthemtem.

Et dans les heures qui ont suivi l'incendie, les autorités suisses l'ont dit ont l'identification des victimes prendra du temps. Combien de temps en moyenne faut-il aujourd'hui pour identifier complètement une victime ? Bah écoutez, ça ça avait été dit, je pense que c'est par précaution que les autorités suisses ont annoncé qu'il fallait du temps.

Mais vous l'avez dit au bout de 4 jours, je crois hein. C'est ça. Entièrement au bout de 4 jours.

Oui. C'est une performance, on peut dire même, c'est un peu long pour les familles he je on le comprend tout à fait. pour les familles qui attendent une euh la terrible nouvelle ou la funeste information, mais on peut dire quand même qu'en 4 jours avec des gens qui venaient quand même de différents pays hein, puisqu'il y a plusieurs nationalités, ça reste quand même une une identification formelle qui moi j'appelle ça rapide.

C'est pas voilà, on peut pas en une journée collecter surtout un weekend pendant les des vacances scolaires ou des vacances de Noël, faire la collecte de toutes les données mortem et pouvoir faire les les comparaisons avec le postmortem. Dernière question, est-ce que l'IA, l'intelligence artificielle peut offrir à terme de nouvelles opportunités ? Alors, c'est-à-dire que c'est plus que l'IA, alf je suis pas spécialiste de l'IA.

Simplement, ce qu'il faut savoir, c'est qu'il y a pas mal d'équipes dont les équipes françaises hein de police et de gendarmerie qui disposent d'un logiciel, hein, c'est une marque qui s'appelle Place Data et qui en fait permet des rapprochements entre les données antémortem et postmortem. C'est-à-dire que quand vous avez deux, trois victimes à identifier, ça pose pas de problème, hein. Si vous avez euh voilà, mais dès que vous avez 40 50 80 victimes, euh faire ça sur des feuilles à la main, c'est quand même complexe.

Donc je pense que ça ça se situe plutôt là, c'est-à-dire dans des logiciels de comparaison alors qu'ils feront peut-être appel à LIA que demain la rapidité sera encore améliorée, je pense pour l'identification formelle. Merci beaucoup docteur, merci pour votre éclairage et votre participation. Vous pouvez retrouver Merci Charlotte aussi, vous pouvez retrouver cet épisode et tous les autres sur bfmtv.com et les plateformes de streaming.

Nous on se donne rendez-vous la semaine prochaine pour de nouvelles enquêtes dans Affaires suivante, le podcast inédit. M.

ADN, dentaire, indices: les techniques des enquêteurs pour identifier les victimes de Crans-Montana — David Margueritte · Pourquijevote