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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 21 novembre 2025 27 min

Frédérique Gerbaud : « Le secret de l’enquête est une double violence pour les victimes de viol »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Locuteur 6

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat.

0:12
Présentateur

Bonjour Frédéric Gerbeau, merci d'être notre invitée sénatrice à l'air de l'Indre. On va revenir notamment sur le budget de la Sécurité Sociale qui est en cours d'examen au Sénat. Mais d'abord, comme tous les jours, on commence par les unes de la presse régionale. On en a sélectionné trois, on va les regarder ensemble. D'abord la une de la Provence, Gérald Darmanin et Laurent Nunez. La société marseillaise doit se réveiller une semaine après l'assassinat de Médic et Sassi. Ils étaient à Marseille, ils ont notamment, Clémentine le disait, rencontré la famille de la victime. La deuxième une, c'est celle de Corse Matin. Taxe foncière, la Corse dans le viseur.

Le gouvernement qui prévoit en 2026 d'augmenter la taxe foncière de 7,5 millions d'habitations, soit 25% du parc. La hausse moyenne est estimée à 63 euros. Et puis la dernière une, c'est celle de l'Alsace. Face à la menace russe, l'Europe aux aguets. Plusieurs services de renseignement européens estiment que la Russie de Poutine a un plan d'agression sur le temps long. si nécessaire contre les pays de l'OTAN. Parmi les signaux forts, les investissements massifs du Kremlin dans son appareil militaire en France, les autorités essayent de préparer les esprits à la guerre à l'horizon 2030. De quelle lune avez-vous envie de nous parler ?

1:16
Frédérique Gerbaud

Bien évidemment de la Provence.

1:19
Présentateur

Le narcotrafic.

1:19
Frédérique Gerbaud

C'est parfaitement du narcotrafic parce que c'est un sujet majeur. Alors il y a Marseille, mais il y a bien d'autres villes. Il y a Grenoble, il y a plein d'autres villes. Moi je suis dans un département où il y a une ville moyenne, un petit département. Et on doit faire face également aussi au trafic de stupes régulièrement. Aujourd'hui, les trafics de stupes, c'est plus violent dans les grandes villes. Mais même nous, dans nos campagnes, il y a du trafic de stupes. Les gendarmes n'arrêtent pas dans les villes moyennes, c'est pareil. Et donc je crois que c'est un sujet majeur, le trafic de stupes et les dérives, et surtout les drames auxquels nous nous assistons avec le trafic de stupes.

Donc c'est un sujet de société et un sujet d'une violence absolue où il faut trouver des réponses efficaces.

2:02
Présentateur

C'est Sébastien Lecornu, hier devant les maires de France. Il a annoncé un débat au Parlement sur ce sujet du narcotrafic. Est-ce que c'est une bonne idée ? Est-ce que ça va changer les choses ? Vous avez examiné une loi narcotrafic juste avant l'été.

2:14
Frédérique Gerbaud

Je ne me permettrai de dire que, pourquoi pas débattre ? Mais je pense qu'on doit dépasser le cadre du débat maintenant. Comme vous l'avez dit, nous avons voté sur l'impulsion de Bruno Rotaillot, à l'époque ministre de l'Intérieur, et en rapport de nos deux collègues sur les stupes, nous avons voté une loi. Donc je pense que cette loi fait partie des premiers pas efficaces pour essayer de résoudre le problème. on peut aussi débattre. Mais je pense qu'aujourd'hui, il faut être encore plus vigilant. Mais on est déjà une loi qui nous permet, avec un tribunal et avec des instances qui vont pouvoir gérer le trafic de stupes, donc je pense qu'on a bien avancé.

2:52
Présentateur

– Donc sur le fond, le débat ne va pas servir à grand-chose ?

2:54
Frédérique Gerbaud

– Le débat, il peut servir à quelque chose, mais je crois que c'est surtout en matière législative qu'il faut prendre des mesures. – De nouvelles ? – Probablement, il faut voir comment on peut voir. Mais en tout cas, on a posé les bases au Sénat de la loi sur le narcotrafic. Et c'est une très bonne chose. Mais il faut aller plus loin, probablement.

3:13
Présentateur

– Autre sujet abordé hier par Sébastien Lecornu devant les maires, c'est la question des finances. Alors, il n'a pas fait d'annonce concernant la contribution des collectivités à l'effort de redressement des comptes. On imagine qu'il attend le débat parlementaire. Le Sénat, de toute façon, va abaisser l'effort demandé initialement par le gouvernement ?

3:32
Frédérique Gerbaud

– Alors, c'est le positionnement annuel et traditionnel du Sénat. Je vous rappelle que nous sommes les représentants des territoires de par notre élection. Et nous sommes là pour représenter les territoires. Quand on vit sur les territoires, on voit bien que dans les départements comme le mien, qui est un département rural, nous avons beaucoup de communes, 241, des petites communes. Et nous voyons bien que les maires, qui eux, doivent être à l'équilibre, je rappelle, le budget de l'État ne l'est pas, mais dans les communes, le budget doit être à l'équilibre, sont de plus en plus contraints et manquent de moyens.

Donc, bien évidemment, tout ce qui pourrait concourir à soulager ou en tout cas aider les communes rurales à mieux vivre sur les territoires, c'est une bonne chose. Les ponctions de 4,7 milliards qui sont annoncées, évidemment, les maires et les communes rurales ne souhaitent participer à l'effort. Mais il faut rappeler aussi, le Premier ministre, je crois qu'il a évoqué hier, que la taxe d'habitation qui n'existe plus pénalise encore plus les communes. Et quand je dis pénalise, c'est-à-dire que les fonds dédiés pour les communes sont de plus en plus restreints. Et donc, c'est une question de survie aussi.

4:38
Présentateur

Alors, justement, il a parlé de la taxe foncière. Il va ouvrir une consultation sur ce sujet de la taxe foncière qui va augmenter pour un peu plus de 7 millions de foyers. C'est une bonne ou une mauvaise chose ?

4:46
Frédérique Gerbaud

– Je ne suis pas sûre que, du point de vue des habitants, l'augmentation de la taxe foncière soit une bonne chose.

4:54
Présentateur

– Les maires, ils sont un peu contents.

4:56
Frédérique Gerbaud

– Les maires sont contents parce qu'ils n'ont plus de fonds de roulement. Je veux dire, les maires ne perçoivent plus rien. Ils sont contraints de faire avancer leurs communes et de monter leurs projets avec des subventions de l'État que nous connaissons bien. Et il n'y a plus de participation par la taxe d'habitation pour ceux qui viennent dans les communes, mais qui bénéficient aussi, et ce qui est logique, de toutes les infrastructures qu'offre une commune. Donc, taxe foncière, oui, puisqu'il faut bien trouver une compensation à la suppression de la taxe d'habitation qui, malheureusement, n'a jamais été compensée, contrairement à ce qu'avait annoncé le Président de la République.

5:25
Présentateur

– On va parler de ce qui se passe au Sénat. Le Sénat qui a entamé cette semaine l'examen du budget de la Sécurité sociale, avec une volonté de le modifier par rapport à ce qui avait été voté à l'Assemblée. Est-ce que c'est responsable, dans la situation politique actuelle, de détricoter le texte et d'empêcher tout compromis ?

5:44
Frédérique Gerbaud

– Alors, je trouve ce débat intéressant, parce que compromis, ça ne veut pas dire compromission. Le Sénat, tous les ans, a toujours plaidé, que ce soit pour la réforme des retraites, et a toujours, plusieurs fois d'ailleurs, plaidé et expliqué qu'on avait un budget insincère. On n'est pas là, nous, au Sénat, pour détricoter un texte parce qu'il ne nous convient pas. On est là pour faire en sorte qu'on puisse essayer de maîtriser les dépenses. Je vous rappelle qu'on a des milliards de dettes, et d'autre part, sur des convictions et des choix que nous portons au Sénat qui sont intangibles.

Donc, voilà, le compromis, oui, trouver un accord, oui, mais le Sénat, effectivement, s'apprête à combattre, et en tout cas à voter des dispositions qui nous sont arrivées et que nous ne pouvons pas accepter parce qu'elles ne correspondent pas à la philosophie du Sénat.

6:39
Présentateur

Mais pour vous, il n'y aura pas d'accord final ?

6:41
Frédérique Gerbaud

Écoutez, on va voir, on va attendre la fin du débat, mais sur certains sujets que vous avez déjà évoqués, comme pour les retraites, ça ne vous a pas échappé qu'une partie de la majorité sénatiale, sur réserve que le vote soit fait, en tout cas en ce qui concerne le groupe LR, et en ce qui est comme ça, nous sommes contre la suspension des retraites.

7:00
Présentateur

Mais ça veut dire que s'il n'y a pas d'accord sur ce budget, pour vous, vous prenez le risque de la censure, de la dissolution ?

7:05
Frédérique Gerbaud

Non, il y aura une CMP, comme vous le savez, qui probablement... Il n'y a pas conclusive ? Pas conclusive, exactement. Ça repartira à l'Assemblée nationale. Mais vous savez, en politique, on ne peut pas prendre nos décisions... Vous n'êtes pas plus d'accord dans la... Non, mais il n'y a pas d'accord à l'Assemblée, l'Assemblée ne vote aucun texte. Donc on ne peut pas reprocher au Sénat de faire son travail, et de le faire bien, et de le modifier comme on l'a toujours fait. Nous, au moins, l'avantage au Sénat, c'est qu'on vote tous les textes.

7:28
Présentateur

On va parler d'une autre actualité du Sénat rendre imprescriptibles les crimes sexuels sur les mineurs. C'est l'objectif d'une proposition de loi qui a été déposée ce mercredi au Sénat, Clémentine.

7:39
Locuteur 6

Oui, c'est une proposition inédite, puisqu'en droit pénal français, seuls les crimes contre l'humanité sont imprescriptibles. Aujourd'hui, une victime qui a subi un crime sexuel lorsqu'elle était mineure peut porter plainte jusqu'à ses 48 ans. C'est l'âge maximum. Après, le crime devient imprescriptible. Or, pour la sénatrice Annick Billon, le processus psychologique de compréhension du traumatisme est parfois si long qu'on ne peut pas vraiment fixer de limites temporelles à ce dépôt de plainte.

8:09
Locuteur 4

On l'écoute. L'enfant qui subit l'inceste, il a honte, il a peur. C'est la loi du silence. Parce que l'enfant, il a le choix entre quoi et quoi. Même à 48 ans, même à 50 ans, eh bien, il reste un enfant. Soit il parle, il dénonce, soit il ne dénonce pas. S'il parle, il brise la famille. Et donc, il y a cette difficulté supplémentaire dans le cadre de l'inceste de libérer la parole parce que c'est toute la famille qui va subir l'onde de choc de la révélation.

8:47
Présentateur

Et cette notion d'imprescriptibilité, elle ne fait pas consensus, Clémentine ?

8:50
Locuteur 6

Non, certains opposants s'inquiètent d'une fragilisation du système judiciaire en introduisant une incohérence dans la hiérarchie des infractions. Et puis, il souligne qu'avec le temps, eh bien, on risque, les preuves vont être plus difficiles à obtenir. Les témoignages seront moins fiables. Et puis, au final, eh bien, ces plaintes risquent d'être classées sans suite. Or, les enquêteurs, pardon, sont déjà débordés par les affaires. Un argument auquel répond également Annick Billon.

9:17
Locuteur 4

En réalité, la difficulté de la preuve, elle n'est pas liée au temps qui passe. Une semaine après, 15 jours après, deux mois après, trois ans après, dix ans après, vingt ans après. Le problème de la preuve, ce sera un problème. Mais c'est lié non pas au temps qui passe, mais à la nature même de la preuve. Donc, en réalité, l'imprescriptibilité, elle est là pour dire aux victimes, on vous croit, on vous écoute, vous avez la possibilité, vous avez subi, vous êtes des victimes. Et dire aussi aux agresseurs qu'il n'y a pas d'impunité, qu'on ne les laissera pas tranquilles.

9:52
Locuteur 6

Et cette proposition, elle contient d'autres éléments que l'imprescriptibilité. Oui, elle entend notamment reconnaître l'inceste comme un crime spécifique. Et puis, elle prend également l'élargissement de la définition juridique du viol et de l'agression sexuelle aux cousins germains. Cela fait suite à un constat alarmant de l'association face à l'inceste qui met en lumière cette statistique glaçante. Dans les cas d'inceste, presque un mis en cause sur cinq est un cousin de la victime. Alors, pour rappel, en France, un enfant est victime d'inceste, de viol ou d'agression sexuelle toutes les trois minutes. Madame Gerbeau, je reviens sur cette notion d'imprescriptibilité dont on parlait.

Est-ce que vous, vous êtes favorable à la levée de cette prescription sur les incestes ?

10:39
Frédérique Gerbaud

Oui, dans l'absolu, oui. Mais comme vous venez d'indiquer et comme l'a dit ma collègue, il va falloir se pencher sur l'imprescriptibilité. Parce qu'autant on sait que des viols ou des incestes sur les mineurs, que le temps du choc, il n'y a pas souvent, la parole n'est pas libérée ou elle est libérée beaucoup plus tard. Et donc, évidemment, elle provoque des dégâts psychologiques importants. Est-ce qu'il faut regarder comment on la classe dans la hiérarchie, si je puis dire, des atteintes sexuelles, des viols ou de l'inceste ? Ça mérite d'être regardé.

Ceci dit, aujourd'hui, on voit bien que toutes les victimes d'inceste ou de viols, et notamment sur les statistiques que vous avez révélées, sont des ondes de choc qui dépassent largement le temps actuel de prescription. Et je pense qu'effectivement, pour toutes les victimes, de façon générale, on a un problème aujourd'hui, comment dire, de traitement, entre guillemets, et de la prise en contre de toutes les violences sexuelles, l'inceste. On a un problème en France qui tient probablement à la lenteur de la justice ou manque de moyens de la justice, mais qui laisse souvent les victimes, je dirais, dans des états psychologiques avancés et qui les pénalisent toute leur vie.

Et donc, il y a peut-être besoin d'un choc pour que la parole puisse se libérer avec tout ce qui est difficile pour la parole, à la fois d'un enfant qui est victime d'un inceste et puis, comme vous venez de le dire, le contexte dans lequel on se trouve. Je pense qu'il faut, c'est un sujet majeur, je pense qu'il faut bien étudier et regarder comment on va pouvoir peut-être améliorer le dispositif, le prendre en compte et pas déséquilibrer le système par rapport à d'autres. Ça mérite un débat important, pas dans l'urgence, pour effectivement savoir ce qu'il y a de bien à faire dans ce genre de cas.

Donc, sur le fond et sur la forme, je pense que l'idée et la proposition de loi, ma collègue, posent un vrai sujet, un vrai débat auquel le Parlement et le législateur doivent s'attacher à répondre.

12:47
Présentateur

Vous, vous avez déposé une proposition de loi pour renforcer les droits des victimes dans le cadre de procédures judiciaires. D'abord, expliquez-nous pourquoi vous avez eu l'idée de cette proposition de loi. C'est suite à un événement particulier ? Absolument.

12:58
Frédérique Gerbaud

Au début du mois de juillet, à Châteauroux, une jeune enseignante qui a déposé plainte pour viol avec suspicion de soustration chimique. Cette jeune enseignante a déposé plainte après des faits qui se sont déroulus dans la nuit du 3 au 4 juillet et dépôt de plainte nommément. et donc je l'ai accompagnée pendant toute cette période où elle a été évidemment hospitalisée, où il y a eu une enquête policière et aujourd'hui, donc 5 mois après, la victime n'a toujours pas eu accès au dossier. Vous savez que quand il y a un dépôt de plainte, si le parquet ne vaut pas d'instruction, son avocat n'a pas accès au dossier.

La loi française est actuellement faite de cette façon et donc au bout de 5 mois, la victime, par exemple, n'a toujours pas accès à ses analyses toxicologiques, n'a toujours aucune information sur l'enquête et où en est l'enquête et je le dis honnêtement, ça pose problème quand même et c'est une double violence pour la victime. Aujourd'hui, nous n'avons aucune information relative à l'audition du mis en cause par le parquet. Et du coup, qu'est-ce que votre proposition de loi va changer pour les victimes ? Alors la proposition de loi au regard de tous ces événements, elle nous a permis d'identifier des lacunes dans le droit français en ce qui concerne la protection des victimes.

Ce que je viens de vous dire se révèle évidemment une des premières lacunes, c'est-à-dire que la victime, tant que l'instruction n'est pas ouverte, même avec son avocat, ne sait rien, n'a connaissance de rien. Donc ça, c'est le premier sujet. Donc nous demandons, je l'ai rédigé et nous avons travaillé avec le bâtonnier de Château, Maître Guy, qui par ailleurs est l'avocat de la victime. Nous avons donc fait en sorte une proposition de loi très courte et très compréhensible, que la victime puisse, dès qu'elle dépose plainte, être accompagnée d'un avocat si elle le souhaite et si elle n'en a pas la possibilité, que le barreau puisse désigner un avocat.

Ensuite, que dès qu'elle porte plainte, il puisse y avoir une prise en charge, parce que la prise en charge est importante, financière, quand on dépose plainte, et qu'elle puisse bénéficier de toutes les pièces d'informations via son avocat, bien évidemment. Il faut savoir que quand la mise en cause sera convoquée par la police, ce qui est la règle sur instruction du parquet, lui sera accompagné dès la première heure par son avocat. Nous, nous demandons simplement à ce que toutes les victimes, je ne parle pas que du cas précis, mais que toutes les victimes puissent être accompagnées. Vous savez, c'est dur.

Il faut avoir du courage quand vous vous retrouvez dans un appartement et que vous avez un trou noir, que vous avez été violé, que vous passez toutes les portes, l'hôpital public, le regard des gens, déposez plainte. Il faut du courage pour déposer plainte. Il faut surtout beaucoup de courage pendant trois mois, quatre mois, qu'on vous regarde comme ça et qu'on ne vous dise pas parce que la victime, elle a besoin de savoir ce qui lui est arrivé. Et donc là, il y a un vrai manque. Et je pense que ça peut s'adresser à toutes les victimes, pas que des viols et des violences sexuelles.

Il faut savoir qu'accompagner, quand une victime porte plainte, souvent, elle n'a pas forcément le milieu ou l'entourage qui va l'aider, qui va la croire et qui va l'amener et qui va l'accompagner. Moi, je l'ai fait parce que, voilà, j'étais là. Mais je pense que si on veut encourager les victimes et on donner des réponses et que la justice venait, il faut absolument protéger les victimes et surtout augmenter le droit. Actuellement, c'est totalement déséquilibré.

16:30
Présentateur

On va parler d'un sujet de préoccupation dans de nombreux territoires. C'est la fermeture des maternités. On va aller en Saône-et-Loire. Bonjour, Vincent Chauvet. Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes maire Modem d'Autun. D'abord, expliquez-nous pourquoi la maternité de votre ville a fermé.

16:45
Locuteur 2

Alors, ce qui a fermé, c'est le plateau technique d'accouchement. On ne peut plus accoucher, mais il est important de dire que le service de maternité de pédiatrie a continué à fonctionner et que, contrairement à ce qui a pu se passer dans d'autres endroits, je crois que Mme la sénatrice connaît bien le sujet, il n'y a pas eu une fermeture sèche, mais des moyens mis en œuvre de projection, notamment un smur obstétrical. Pourquoi, finalement, on ne peut plus accoucher à l'hôpital d'Autun ? Eh bien, parce que nous avons eu une pénurie médicale, pas assez de médecins. Pour tenir une maternité, il faut des lignes de sages-femmes, il faut des lignes de pédiatres, de gynéco, de chirurgiens.

Et quand, eh bien, ces ressources, il y en a manqué parce que vous avez peu d'accouchement, parce que les jeunes ne veulent plus faire de garde, ne veulent plus venir dans des petites maternités, préfèrent travailler en équipe dans des grosses maternités, eh bien, vous tombez en dessous d'un seuil où il devient difficile de pouvoir maintenir 24 heures sur 24, 7 heures sur 7, une présence. Et à ce moment-là, une discussion s'engage entre la proximité, qui peut être un gage de sécurité, mais qui n'est pas le seul critère, et la capacité des équipes hospitalières de recevoir les femmes dans différentes conditions et de pouvoir réaliser des actes d'accouchement en toute sécurité.

18:00
Présentateur

Juste, M. le maire, pour qu'on comprenne bien, aujourd'hui, vos habitantes, elles doivent faire combien de kilomètres pour accoucher ?

18:07
Locuteur 2

Alors, elles doivent aller à Châlons-sur-Saône, au Creusot. Pour Autun, c'est à peu près 35 minutes, mais la difficulté se pose pour le cœur du Morvan. Nous sommes un territoire qui est entre quatre départements, Lyon, la Saône-et-Loire, la Nièvre et la Côte d'Or. Et donc, c'est un territoire, certes, peu dense, mais très éloigné. Et donc, on a un certain nombre de femmes qui sont à plus d'une heure d'une maternité dans le cœur du Morvan. Là, il y a des possibilités pour elles de rejoindre des hébergements hôteliers, en fait, près des maternités.

Mais surtout, et c'est là où finalement, avec trois ans de recul, on est en train de voir que l'expérimentation nationale qui se passe à Autun, qui a ses précurseurs, ce smuro-obsétrical, c'est-à-dire ce camion finalement de projection comme un camion d'urgence, ce véhicule avec une couveuse, avec des médecins, avec des sages-femmes à l'intérieur, peut se projeter directement, y compris au cœur du Morvan, là où précédemment, même avec un plateau d'accouchement à Autun, on avait souvent le mari qui prenait sa voiture, y compris quand il neige comme en ce moment, pour aller essayer d'arriver au plus vite sur le plateau d'Autun.

Et donc, nous avons maintenant cette capacité de projection qui, nous, pour l'instant, est utilisée à peu près une fois par mois, on est en train de faire le bilan et qui n'a pas amené à des événements indésirables, au contraire, qui a pu prendre en charge certains accouchements boulettes canon inopinés à domicile dans de bonnes conditions. Donc, c'est vraiment ces questions des accouchements inopinés loin des maternités qui est l'enjeu de sécurité publique, de santé publique. Mais il faut savoir qu'un des premiers critères, au-delà de la distance, c'est aussi l'état de santé globale de la femme, sont suivis.

Et pour conclure, nous avons aussi, et c'est très symbolique, c'est la ville de François Mitterrand depuis trois ans, avec la fin des accouchements à Autun, ouvert à Château-Chinon, un service de l'hôpital d'Autun, du centre de périmaternité d'Autun qui fait que nous suivons, y compris au cœur du Morvan, les femmes en proximité, une centaine de femmes qui est suivie à Château-Chinon et qui permet effectivement de diminuer les risques et les causes d'éventuelles complications au moment de l'accouchement.

20:21
Présentateur

Frédérique Gerbeau, c'est un sujet que vous suivez particulièrement.

20:23
Frédérique Gerbaud

Oui, je partage ce que vous venez de dire M. le maire. Nous, on a une maternité qui a fermé au Blanc. Donc, c'est une fusion, l'hôpital Châteauroux-Le Blanc. Le Blanc, c'est un établissement avec un statut géographiquement élysé et isolé qui se trouve à 60 km de Châteauroux et à 60 km de Poitiers. Donc, nous, on a un véritable problème d'aménagement du territoire. Donc, cette maternité, pour les mêmes raisons que M. le maire vient de le dire, a été fermée. Donc, peu d'accouchement ou en tout cas, un taux d'accouchement à 247. Maternité de niveau 1. Un manque de soignants et des lignes de garde obligatoires actuellement.

le pédiatre, le chirurgien, l'infirmière anesthésiste, les lignes étaient, il y avait des trous, c'était l'été, il y avait des vacances parce qu'on n'a pas assez de personnel soignant. Et donc, l'ARS a procédé à la fermeture d'abord provisoire et ensuite définitive, ce qui a provoqué chez nous, évidemment, un drame dans un département rural où là, nous, pour les femmes qui accouchent, c'est une heure pour aller à Châteauroux dans des routes, évidemment, peut-être moins impactées que chez vous, monsieur le maire, mais qui restent compliquées et à une heure de Poitiers. Donc, on a un vrai problème.

Suite à la fermeture de la maternité dans des conditions extrêmement difficiles, il y a eu la création d'un CPP, un centre de périnatalité. Donc, ça veut dire qu'aujourd'hui, les femmes peuvent faire le suivi de leur grossesse avant, bien évidemment, et après, en recrutant, parce que c'est aussi le problème des hôpitaux, recruter des gynécologues, recruter des pédiatres, etc. Et quand la maternité a été fermée, il s'est posé la question de comment les femmes ont prenait le moins de risques possibles au moment de l'accouchement, en pleine nuit, sur les routes, etc.

Et donc, il y a eu des solutions proposées, à mon avis insuffisantes, par l'hôpital public, qui était de faire des hébergements au CHU. On regardait avec les femmes qui allaient accoucher où elles souhaitaient accoucher, parce que tout le monde ne voulait pas aller accoucher à Châteauroux, d'autres à Poitiers. Et on essayait d'anticiper leur séjour, mais on ne répond pas complètement à, je dirais, un accouchement qui peut se passer dans la voiture. En plus, nous, c'est une bonne expérience, on n'a pas de SAMU pédiatrique, ni on n'en a pas encore, parce qu'on est dans un département où on est vraiment très impacté, donc on a aussi un problème de transport.

Alors, c'est vrai qu'on pourrait mettre une expérience, mais ça reste de toute manière un problème dans un statut qu'est celui de l'hôpital du Blanc, de comment on fait pour éviter que les femmes accouchent dans les voitures et la prise en charge. Alors, avant et après, ça se passe bien, mais malheureusement, le plateau technique était insuffisamment sécurisé. Alors, on peut discuter, on nous a expliqué que c'était juste un trou qu'il fallait trouver, etc. Mais bon, voilà, ça s'est passé comme ça.

Je regrette parce qu'elle était utile et que beaucoup de femmes aiment bien accoucher dans un hôpital de proximité qui est le nôtre, mais aujourd'hui, il faut trouver des solutions les plus adaptées pour éviter les drames.

23:26
Présentateur

Merci, M. le maire, merci d'avoir été avec nous, Vincent Chauvet, maire modem d'Autun, en Saône-et-Loire, merci beaucoup d'avoir été avec nous. Et on termine par l'actualité dans nos régions avec nos partenaires de la presse régionale. On va à Gien dans le Loiret. Bonjour, Alexis-Marie, merci d'être avec nous, journaliste au service départemental à la République du Centre. Alexis, vous êtes penché sur un autre sujet. Ce sont les assiettes des jeunes puisque vous nous proposez une double page sur la restauration dans les collèges.

23:50
Locuteur 3

Oui, bonjour. On a décidé effectivement d'aller faire un petit tour dans les cantines ou dans les restaurants scolaires maintenant, comme on dit, à l'échelle du Loiret. Il faut savoir que sur les 58 collèges, 42 assurent leur restauration sur place et servent donc 21 500 repas par jour, ce qui n'est pas rien. Mais malgré tout, il faut trouver un juste équilibre et ce n'est pas le plus simple parce qu'effectivement, quand les cuisiniers proposent des légumes, genre des brocolis, genre des lentilles, il y a toujours un doute pour savoir si les élèves ne vont pas gâcher parce qu'effectivement, c'est un peu moins sexy que les frites.

Et donc, du coup, il faut trouver, encore une fois, cette notion d'équilibre pour que les jeunes trouvent une éducation quelque part alimentaire là-dedans tout en prenant un petit peu de plaisir. Et donc, je vous ai demandé à Madame Gerbeau, est-ce que pour elle, justement, cette éducation au goût, elle passe inévitablement par un certain nombre de critères, d'objectifs qui ont été fixés par la loi EGalim ? Qu'est-ce qu'elle en pense ? Est-ce que cette loi va assez loin ? Est-ce qu'elle permet justement de constituer le goût des jeunes en France ?

24:58
Frédérique Gerbaud

Oui, elle va assez loin. Une loi, on peut dire qu'elle ne va jamais assez loin, on peut la perfectionner. Moi, ce que je peux témoigner, c'est l'expérience dans mon territoire. Nous avons un département, je l'ai dit, et nous, dans toutes les cantines, dans toutes les cantines chez nous, on est sur les circuits court-cours. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a amélioré la qualité de la nourriture pour tous les enfants, les collégiens et les enfants, les materniels. Chaque commune, aujourd'hui, privilégie, avec les artisans chez nous, les agriculteurs, des produits sains. Et souvent, dans les établissements, maintenant, dans les cantines, on a des chefs cuisiniers et qui initient les enfants.

Et donc, je crois que la loi EGalim a permis, justement, de développer et d'initier les enfants à une nourriture saine et à un équilibre de nourriture. Et donc, nous, les produits, dans quasiment tout le département, dans les cantines, l'effort est mis sur le goût, les produits locaux et un équilibre nutritionnel qui me paraît aujourd'hui évident quand on voit aujourd'hui le problème de l'obésité chez les jeunes. Je pense que c'est ça. Donc, la loi EGalim a permis, après, vous savez, comme je dirais partout, c'est une volonté. Mais globalement, nous, dans nos communes, on tient particulièrement à ce que les circuits soient de la nourriture venant de notre territoire.

alors, évidemment, quand c'est possible. Mais globalement, on a de l'élevage, on a tout ça et je pense que c'est une bonne chose.

26:21
Locuteur 3

Vous réussissez à vous approvisionner tout le temps ?

26:24
Frédérique Gerbaud

Oui, parce qu'on a quand même beaucoup de ressources, même dans un petit département comme le nôtre. C'est beaucoup d'agriculteurs, on a des éleveurs, etc. Et on a beaucoup de circuits qui nous permettent de faire une bonne alimentation pour nos enfants.

26:36
Présentateur

Merci beaucoup, Alexis. Merci d'avoir été avec nous à la République du Centre, la une, restauration scolaire aux petits oignons. C'est à la une de votre journal. Merci, Alexis. Et merci, Frédéric Gerbeau, d'avoir été notre invitée pendant cette demi-heure.

26:48
Locuteur 6

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