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Audition parlementaireLCP (sur YouTube)· 9 novembre 2024 65 minActualité / polémiqueCulture, médias & sportJusticeSolidarités & famille

Sara Forestier est auditionnée sur les violences dans le secteur culturel à l'Assemblée - 07/11/24

Source d'origine 4 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 32 %Attaque 4 %Défensif 63 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 90 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 33:35OuverteRéponse partielle

    De quand date la plainte ? Êtes-vous certaine d'être dans un cadre judiciaire ?

  • 37:10OuverteRéponse directe

    Quelles pistes d'amélioration voyez-vous pour protéger les victimes ?

  • 37:15OuverteRéponse directe

    Quelles pistes d'amélioration voyez-vous pour protéger les personnes dans le secteur culturel ?

  • 37:32RelanceRéponse directe

    Ce qui dans votre expérience vous aurait protégé davantage ?

  • 43:15OuverteRéponse directe

    Pour les mineurs, pourrait-on imaginer un accompagnement dès les castings ?

  • 43:45OuverteRéponse directe

    Avez-vous trouvé des points d'appui pour parler de votre expérience ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 39:24Invité politiqueFait
    « Je ne vois pas d'actrice qui n'a pas été abîmée. Aucune. »
  • 39:52Invité politiqueFait
    « La première chose qui est fondamentale, c'est la question des assurances. »
  • 41:53Invité politiqueFait
    « On lui demande de retirer sa culotte. Et je veux dire les limites ce n'est pas lui qui va les poser. »
  • 44:30PrésentateurFait
    « Tout le monde savait que c'est comme ça que ça se passe dans le cinéma. »
  • 1:03:17Invité politiqueFait
    « La justice n'est pas au rendez-vous. Les temps sont trop longs. »

Temps de parole

  • Invité politique71 %
  • Présentateur9 %
  • Invité6 %
  • Intervenant5 %
  • Intervenant 24 %
  • Intervenant 32 %

0,2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Je suis ravie de conclure cette journée d'audition en accueillant Mme Sarah Forestier. Merci à vous vraiment de venir dans cette commission d'enquête. Vous êtes actrice, réalisatrice, connue, reconnue. Vous venez de témoigner aujourd'hui devant notre commission des violences et de l'OMERTA qui ont existé et existent vraisemblablement encore aujourd'hui dans le cinéma français. Et j'ai vraiment, au nom de la commission, au nom des députés présents, merci de cette démarche.

Comme vous le savez, notre commission d'enquête cherche à faire la lumière sur les violences commises contre les mineurs mais aussi contre les majeurs dans le secteur du cinéma, de l'audiovisuel, du spectacle vivant notamment. Les témoignages comme le vôtre sont donc extrêmement précieux pour éclairer les travaux de notre commission et nous amener à formuler des propositions fortes et adaptées au monde du cinéma qui permettent véritablement de changer les choses. Je rappelle que cette audition est ouverte à la presse et qu'elle est retransmise en direct sur le site de l'Assemblée nationale.

Avant de vous laisser la parole et d'entamer nos échanges pendant environ une heure, je vous rappelle que l'article 6 de l'ordonnance du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires impose aux personnes entendues par une commission d'enquête de prêter serment, de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Je vous invite donc à lever la main droite et à dire micro ouvert, je le jure. Eh bien, je le jure. Merci madame et nous vous laissons prendre la parole pour un propos liminaire. Ensuite, nous vous poserons des questions.

1:37
Invité politique

C'est moi qui vous remercie. Je vous remercie en fait de me laisser l'opportunité de m'exprimer sur ce sujet et surtout dans ce cadre. Donc j'ai choisi ce lieu, ce cadre-là pour investir ma parole parce que je ne me résous pas à ce que les institutions de l'État ne prennent pas à bras le corps. Ce sujet est que, ainsi, les choses se déplacent dans d'autres sphères, comme les sphères médiatiques.

Alors, puisqu'il s'agit de violences dans le milieu du cinéma, je voudrais déjà dans un premier temps essayer de vous exposer les mécanismes qui, que j'ai vus à travers mon expérience, qui permettent en fait à ces violences d'exister, de prendre place, qui permettent aussi de se déployer et qui permettent également ensuite de se perpétuer en faisant taire les victimes. Et ensuite, dans un deuxième temps, du coup, quand on échangera ensemble, ça serait plutôt d'essayer de proposer des pistes, de solutions pour restreindre, circoncire, faire en sorte qu'il y ait de moins de violences, tout simplement. Donc, je vais vous donner, en fait, oui, je dirais donner mon parcours.

Je vais vous partager une trajectoire comme ça de vie d'actrice parce que je pense que c'est qu'en embrassant une trajectoire dans un temps long qu'on peut comprendre comment ces violences, en fait, sont même intégrées, répétées et comment collectivement, en fait, on les laisse prendre place, on les normalise. Je commence. Donc, j'ai commencé jeune, le cinéma, à 13 ans, en faisant des castings. Et je dois dire, j'ai commencé ma carrière en disant non.

Lors de mon premier casting, quand on m'a demandé de retirer ma culotte pour la faire tournoyer dans les airs parce qu'il y avait une scène soi-disant comique pour ce court-métrage et je devais la faire atterrir dans l'assiette d'un autre personnage. J'ai dit non. Et là, on m'a toisé avec pression. Ils étaient outrés. Comment est-ce que j'osais dire non ? J'avais 13 ans. J'étais personne. Je n'avais jamais fait de film. Mais j'ai dit non. Et puis, je suis partie. Et en fait, ces noms, ils m'ont accompagnée toute ma carrière. C'est des noms qui constituent votre carrière, mais aussi votre personnalité, votre rapport aux autres, votre rapport à votre corps.

Plus tard, pas très longtemps après, je fais mon premier film, L'Esquive. J'ai 15 ans. Sur le plateau, un des régisseurs, alors qu'on attend entre deux scènes, me dit j'ai envie de te faire l'amour dans les fesses. Il a 30 ans. Il a 30 ans, j'ai 15 ans. Bon, je suis choquée. Mais heureusement, un autre régisseur l'arrête immédiatement et lui dit non, mais t'abuses là. Elle est trop jeune, t'abuses quoi. Et ça s'est arrêté là. On est passé à autre chose. Et ça a été un non-événement. On n'en a pas reparlé. Ça a été un non-événement. Il se trouve qu'un peu avant, sur ce tournage, il y a eu une scène avec un acteur qui devait en fait tenter de m'embrasser dans la scène.

Et cet acteur, il s'amusait à cracher par terre avant les prises pour m'humilier. Bon, j'étais mal. J'en ai parlé au réalisateur qui m'a dit de l'ignorer, que c'était juste un petit con. Et voilà, on utilise toujours des termes, petits cons, des mots qui en fait ne définissent pas les choses. J'y reviendrai. Et donc le réalisateur est quand même allé voir cet acteur pour le recadrer. Et puis on est passé à autre chose. C'était un non-événement. Et il y a aussi ce rapport au corps. Je me souviens notamment lors de ce tournage, une scène où en fait, on avait les mains sur le capot d'une voiture. La portière était ouverte. Et puis quelqu'un, sans faire exprès, a fermé la portière.

Mon doigt est resté dans la voiture. J'étais blessée, mon doigt était tordu, il était violé. Ils ont appelé les pompiers. On a arrêté le tournage. Enfin, on a arrêté la scène. Et pendant qu'on attendait les pompiers, le réalisateur est venu me voir et m'a dit « Sarah, est-ce que ça serait, je crois, formidable si on pouvait utiliser l'état dans lequel t'es ? » Effectivement, j'étais blême, j'étais blanche. Et si on pouvait utiliser cet état de fébrilité, en fait, pour tourner une scène dans la voiture. Et que ça serait fort. Alors je suis retournée dans la voiture. Et j'ai tourné cette scène en étant dans cet état. Donc ce rapport au corps, je l'ai intégré très tôt, en fait.

Et c'est ce rapport au corps qui fait que, dans d'autres films, par exemple, je me rappelle un film où on tournait une scène où j'étais dans un bassin, où je nageais. Et on tourne, vous savez, on fait beaucoup de prises, on tourne des heures. Et dans l'eau, on attrape très vite froid. Et c'est ce qui fait qu'à un moment donné, je me retrouve à force avec la bouche violette, presque bleue, la mâchoire qui claque. J'ai mon corps qui presque convulse. Et on vient me prendre dans les bras et on me dit que je suis courageuse. Et c'est vrai. On donne tout, en fait. Je pense que quand on fait ce métier, il y a cette expression, on dit, on se donne corps et âme. Et on a envie de faire le meilleur.

Je me rends compte, en fait, que tout le long de ma carrière, j'ai été vraiment un bon soldat, un bon petit soldat. J'essayais de tout donner pour une œuvre, tout donner pour un metteur en scène. Et il y avait cette idée de ce rapport au corps. Et le rapport au corps, c'est aussi me retrouver nue dans une scène, alors que je n'avais jamais été nue devant quelqu'un d'autre, dans mon intimité, dans ma vraie vie à moi. J'étais jeune et être actrice, c'est aussi être sexuée avant même d'avoir investi sa propre sexualité. C'est aussi mentir, faire comme si on connaissait le sexe pour ne pas trop se foutre la honte dans une scène d'amour qu'on doit jouer alors que j'étais encore vierge.

Ça donne même des situations assez cocasses. Mais durant ces années, j'ai intégré des choses. Mais en parallèle de ça, j'étais toujours accompagnée de mes noms. Voilà, mes noms qui me protégeaient. Par exemple, tout au long de parcours, effectivement, j'ai rencontré des metteurs en scène qui m'ont dit qu'ils voulaient coucher avec moi et qui m'ont fait sentir du chantage que si ce n'était pas le cas, je savais bien que je n'aurais pas le rôle. Et j'ai dit non. J'ai dit non et puis je n'ai pas fait ces films-là. Donc ces noms m'ont protégé. Et puis un jour, il y a eu le nom de trop. Le nom qu'on ne m'a pas laissé passer. Le nom que j'ai exprimé et qu'on m'a fait payer.

J'étais en préparation d'un tournage. On faisait des essais caméras. Et puis j'avais très très mal au ventre. Mal au point de m'allonger sur un canapé. Personne n'a fait attention à moi. Et puis le soir même, en rentrant, j'ai été aux urgences. J'avais vraiment trop mal. Et là, la médecin qui m'a auscultée m'explique que je fais une hémorragie interne. J'ai un litre et demi de sang répandu dans le ventre. Parce qu'en fait, je venais de faire une grossesse extra-utérine. Et j'avais une trompe qui avait explosé. Donc j'ai été immédiatement opérée. Et suite à ça, j'ai eu une péritonite. Donc c'est une infection assez grave. On peut mourir. Donc j'ai été hospitalisée.

Et ils m'ont mis sous intraveineuse d'antibiotiques. Au bout de deux jours, je suis toujours à l'hôpital. J'appelle la réalisatrice pour la prévenir. Et là, elle m'engueule. Elle me dit que j'aurais dû l'appeler plus tôt. Bon. Il va y avoir le début de tournage. Le début de tournage est décalé d'une dizaine de jours. Et puis, avant de tourner, j'apprends. On me dit que l'acteur avec qui je vais tourner, il est un peu énervé. Ça le fait chier, je cite, qu'on ait décalé le tournage. Parce que ça ne l'arrange pas pour son tournage d'après. Parce qu'il était serré dans les plannings. Aucune compassion pour moi. Aucun mot de soutien. Concernant mon hospitalisation, rien.

On commence le tournage, le premier jour, deuxième jour, troisième jour. Et j'étais dans une ambiance, en fait, toujours cette idée d'être un bon soldat, de vouloir bien faire les choses. En plus, je connaissais les producteurs. Donc, je voulais vraiment ne pas les lâcher, quoi. Et puis, il y a donc premier jour, deuxième jour, troisième jour. Et je suis dans cette voiture avec cet acteur. Le soir, quand on rentre ensemble, il est au téléphone avec sa compagne. Il raccroche. Et il dit, putain, elle fait chier, elle veut garder le gosse. Et moi, en fait, j'ai déjà deux enfants avec deux femmes différentes. Ça fait chier, quoi.

Donc, moi, je suis dans cette voiture avec cet homme qui parle comme ça. Et je me sens mal, en fait. Je me dis que... Enfin, je sens qu'avec lui, une femme, elle ne doit pas la ramener, quoi. Et que je dois me faire petite. Et je le sens, ça. Je le sais. Et puis, au bout du troisième jour de tournage, pour une broutille, une histoire d'accessoire qui était sur le plateau, on ne se comprend pas sur quelque chose. Et ça l'énerve et il me parle mal. Et là encore, je me sens mal parce que je me dis, ça ne va pas être possible de faire tout un tournage comme ça. Je vais me sentir rétrécie de l'intérieur. Il va falloir encore que je m'écrase. Ce n'est pas possible, quoi.

Donc, je décide d'aller le voir dans les loges après, au calme. Je prends sur moi. Et je vais le voir et je lui dis, voilà, on va faire deux mois de tournage ensemble. Ça serait bien que ça se passe bien, quoi. Et je ne me sens pas très bien. Et en fait, il n'est pas d'humeur de parler. Ça l'énerve. Il ne veut pas qu'on parle. Et il se met assez énervé. Et il me dit, bon, allez, casse-toi, pousse-toi ou je vais te gifler. Je suis choquée, je le regarde. Et là, encore une fois, j'ai mon nom qui m'accompagne. Je lui dis, non, je lui dis, non, tu ne me menaces pas. Et puis, tu ne me fais pas peur. Et ça, ça l'énerve. Il n'aime pas. Et il monte dans les tours et il me gifle.

Et donc, je me prends cette gifle. Je hurle. Et je demande immédiatement à ce qu'on m'emmène à l'hôpital. Pardon. Je vais continuer. Et donc, en fait, je demande à ce qu'on m'amène à l'hôpital. Et je sens que l'équipe panique, quoi. Ils ne savent pas gérer ce sort de situation. Et donc, quand on est sur les tournages, très souvent, c'est ce que je vous expliquais, c'est que, en fait, mes affaires à moi étaient restées dans ma chambre d'hôtel, ma carte bleue. Mais voilà, je n'avais pas de quoi me payer un taxi. Donc, j'étais dépendante. Donc, je me retrouve dans cette situation. Je leur dis, je veux aller immédiatement au commissariat. Et je vois qu'ils paniquent.

Et en fait, on essaye de m'empêcher d'aller au commissariat. Alors, j'insiste. Je leur dis, vous êtes malade. Je dis, vous m'emmenez au commissariat. Ils finissent par m'emmener au commissariat. Et là, au commissariat, je me présente. Et puis, on me dit qu'on va prendre ma plainte. J'attends dans le hall. Et là, dans le hall, j'ai la réalisatrice qui vient et qui me fait du chantage. C'est-à-dire qu'elle me fait culpabiliser. Elle me dit que, si je porte plainte, en fait, je vais détruire son film. Elle essaye de me dire que ce n'est pas si grave. Qu'en fait, il m'a juste à peine effleuré le visage. Elle n'a aucun mot de compassion.

Je vois qu'encore une fois, il faudrait que ce soit un non-événement. Et voilà, je n'accepte pas. Je suis choquée parce qu'elle me dit, je suis sans voix. Et je lui dis, écoute, tu pars d'ici, en fait. Tu n'as rien à faire au commissariat, là, à faire ce que tu es en train de faire. Et puis, je vois à travers l'abbé Vitré qu'une partie de la production a ramené l'acteur devant moi pour qu'il vienne, en fait, devant le commissariat pour s'excuser. Et en fait, on me demande de l'excuser. Mais on me demande de l'excuser pour mettre la poussière sous le tapis, en fait. Qu'on passe à autre chose. Et voilà, moi, je ne sais pas, il m'aurait juste insultée à la limite.

D'accord, mais là, c'était en 20 ans de carrière. On ne m'avait jamais frappée. Personne n'avait jamais levé la main sur moi. Donc, j'ai dit non.

14:41
Invité

J'ai dit non, il peut repartir. Je suis allée dans le bureau avec le policier. J'ai dit vous pouvez repartir.

14:50
Invité politique

Je vois qu'à ce moment-là, il n'y a qu'une seule chose qui prend toute la place. C'est la peur pour eux. La peur de quoi ? La peur de l'argent. Parce qu'en fait, ils ne savent pas gérer ces situations. Parce qu'ils ont peur par rapport à l'argent, par rapport aux assurances. Qu'est-ce qu'on fait à ce moment-là ? Pourquoi est-ce qu'ils n'ont pas licencié l'agresseur ? Parce qu'en fait, ça coûterait beaucoup d'argent. C'est-à-dire qu'il faudrait retourner les trois jours de tournage que je viens de faire avec lui. Et donc, en fait, tout de suite, ce qu'on fait, c'est qu'on met la poussière sous le tapis. Et la victime doit encaisser. Et c'est ce que je n'ai pas fait.

Et donc, après, je suis sortie du commissariat. Puis, je suis rentrée chez moi. On était en province. Je suis rentrée à Paris. Je me sentais seule. Je voulais me protéger. Évidemment, je n'ai pas dormi de la nuit. Je n'ai pas dormi de la nuit. Et l'état dans lequel j'étais... En fait, j'étais encore sous traitement antibiotique oraux cette fois. Et en fait, j'ai eu très, très mal au ventre toute la nuit. Et le lendemain matin, j'ai été voir un médecin. Et il m'a ausculté. Il m'a dit, je te mets tout de suite en arrêt maladie. J'ai trois médecins qui m'ont mis en arrêt maladie. Ma gynécologue. Le médecin qui s'était occupé de moi pour ma péritonite à l'hôpital.

Et les trois m'ont prescrit un arrêt maladie. Parce qu'en fait, mon inflammation, quand ils m'ont ausculté, avait repris. Et ils m'ont dit qu'il fallait absolument que je me repose. Que je prenne soin de mon corps. De moi. Parce que sinon, en fait, je risquais de ne plus pouvoir avoir d'enfant. Puisqu'il ne m'est resté qu'une seule trompe. Et donc, je décide de prendre soin de moi. La production, pendant ce temps, me met la pression pour que je revienne sur le plateau à 14h, je crois. Et quand ils voient que je ne suis pas là sur le plateau et qu'on leur donne l'arrêt maladie, tout de suite, il y a un renversement de la situation. Et un inversement de la culpabilité, de la responsabilité.

Et je vois que je deviens l'ennemi, en fait. Celle qui met en danger l'argent de ce film. Et à partir de ce moment-là, moi, donc, les jours qui suivent, je prends soin de moi. Je me soigne. J'essaie de me remettre psychologiquement aussi de tout ça. Et puis, il se trouve que mon avocat parle avec la production. Parce que j'ai quand même tourné trois jours. Et qu'ils ne voulaient pas me payer, en fait, pour les trois jours que j'avais fait. Donc, mon avocat parle avec eux. Puis il leur dit, écoutez, en plus, dans le contexte dans lequel c'était, c'était juste après l'affaire Weinstein. Adèle Haenel n'avait pas encore pris la parole.

Et le contexte faisait que, si ça s'ébrutait, c'était mauvais pour la production. Ben, ça n'a pas manqué. Deux jours après cette discussion, il y a un article qui est paru dans la presse People.

17:56
Invité

qui était un renversement total des responsabilités de la situation. C'est-à-dire qu'ils m'ont accusé, moi, de l'avoir giflé. Et en fait, c'est imparable. Parce que, derrière, Donc, je tiens à dire que c'était dans un magazine People. Et qu'ils ont fait un témoignage anonyme. Totalement mensonger. Et que, à qu'on puisse... J'étais sans doute niaise, naïve. Mais je ne pensais pas qu'on pouvait renverser la situation. Mais en même temps, c'est implacable. Comment je pouvais après s'apprendre la parole ? Puisqu'ils m'avaient accusé d'avoir moi donné la gifle. Comment, moi, j'aurais pu dire que je l'avais reçu, cette gifle. Parce que je l'ai reçu, cette gifle. J'ai réussi à me faire taire.

Entre guillemets. Derrière ça, Et bah, c'était comme un coup de massue supplémentaire. Évidemment. Psychologiquement. En sachant que, Moi, je le voulais, cet enfant, déjà. J'aurais aimé avoir un enfant. Et c'était déjà très dur pour moi, psychologiquement. J'avais été, en fait, dans un état de faiblesse. Et recevoir toutes ces violences. Dans cet état de faiblesse. C'est ce qui fait que j'étais pas armée. J'étais pas forte, en fait, pour pouvoir face à ces situations. Et quand ils ont mis ce dernier coup, Implacable. J'étais à terre. J'étais terrassée. Je me souviens. Ça me fait très mal. De repenser à ça. Mais je me souviens avoir été, Pardonnez-moi. D'avoir été à quatre pattes. À genoux.

Dans mon salon. Sur mon parquet. En train de pleurer. Parce que je venais d'apprendre. L'article. Et je me souviens de cette image. Je me souviens de moi. Quatre pattes sur ce parquet. Ah oui. Ça oui. Je m'en souviens. J'ai eu envie de mourir. Je suis quelqu'un qui a du caractère. Franchement. J'ai toujours été hyper joyeuse et tout. Mais là j'ai vraiment eu envie de mourir. C'était trop à supporter. Pour mon corps. Pour mon psychique. C'était trop. Et après. Et bah. C'est simple. J'avais prévu. J'étais prévue. Quelques mois après. Je devais tourner dans une série. Et là j'apprends. Que. Puisqu'il y a eu cet article de presse. Qui me faisait cette réputation. Et bah. J'étais virée quoi.

J'allais pas faire cette série. Et. Du coup. Bah en fait. Je gagnais plus d'argent. Pendant un bon moment. J'ai eu deux projets comme ça. Qui ont été annulés. Je pouvais plus payer mon loyer. Je me suis endettée. Comment plus je comptais sur le tournage. Là où j'ai été giflée. Pour. Bah pour pouvoir. Avoir de l'argent. Pour tenir pendant. Un certain temps. Vous savez nous les acteurs. On travaille un temps. Puis après pendant un an. On peut ne pas travailler. Et donc. Bon bref. Je me suis endettée.

21:39
Invité politique

Et. Et puis là. Bah je. Je sais pas. J'ai survécu. Comme je pouvais. Suite à ça. J'ai finalement. J'ai finalement quand même. Réussi à. A retourner dans des films. Mais j'arrivais dans un état. J'étais dégoûtée du cinéma. En fait. Donc en fait. J'avais plus confiance aux équipes de films. J'étais dans la défiance. J'aurais jamais imaginé. J'aurais jamais imaginé qu'on puisse. Se comporter comme ça. Et je pense même que c'est difficile à croire en fait.

22:15
Invité

Je pense que les agresseurs. Ils se défausse. Et les complices aussi. Parce que. En fait. C'est trop. Difficile.

22:23
Invité politique

Je pense. De voir. De manière aussi crue. La violence. Et même la cruauté. Donc voilà. J'ai continué à faire des films. J'ai bientôt fini. J'ai continué à faire des films. Et. Voilà. J'avais plus confiance aux gens. Et en fait. Quand j'arrivais sur les plateaux. Je voyais dans le regard des gens. Que. Comme on dit. Ta réputation te précède. Avec tout ce qui avait été dit sur moi. Je les voyais me regarder. Avec un regard de jugement. Et moi. J'étais déjà. Tellement. En fait. J'avais cette sensation d'injustice. A l'intérieur de moi. Très forte. C'était tellement injuste. Ce qui m'était arrivé. Alors de voir. Des gens qui me regardaient. Comme si c'était moi qui étais coupable.

C'était encore pire. Du coup. C'est un cercle vicieux qui se passe. C'est que. Du coup. Vous êtes encore plus sur la défensive. Et plus vous êtes sur la défensive. Plus les personnes en face disent. Ah tu vois. Elle est bizarre. Tu vois. Elle est bizarre. Il y a quelque chose. Et. C'est comme un piège. C'est si bien fait. C'est comme un piège qui se referme sur vous.

23:32
Invité

Et pour en sortir. On a l'impression qu'on ne ressortira jamais en fait. Et donc. Un tournage. Deux tournages. Et en fait. C'est comme un cercle vicieux. Puisque si ça se passe pas bien sur le tournage d'après. Ça confirme. Que vous étiez vous le problème. Et. Et j'ai continué des tournages comme ça. Mais en fait j'étais pas bien. Je me sentais. Humiliée. Oppressée. Par quelque chose qui s'était refermé sur moi.

23:59
Invité politique

Et. Alors qu'est-ce que j'ai fait. Je pense comme toutes. Les femmes qui sont victimes de violences. Dans ce genre de milieu. Je me suis retirée. Je me suis retirée. Parce que c'est la seule solution. Je me suis retirée. Pour essayer de me reconstruire dans mon coin. Et puis il y a eu le témoignage d'Adèle Haenel. Et. Il y a eu la libération de la parole. J'ai lu une interview. Je suis tombée sur une interview d'Isabelle Adjani. C'était incroyable. Isabelle Adjani. Expliquait. Dans cette interview. Je pourrais vous la transmettre. Exactement. Ce qui m'est arrivé. Elle explique. Qu'elle était au théâtre. Elle a joué dans une pièce. Un acteur. Qui est violent. L'avait frappée.

L'avait giflée je crois. Et. Elle avait quitté la pièce. Et elle me dit. J'essaie de me remémorer ces mots. Mais ça résonne encore dans ma tête. Elle dit. J'ai arrêté la pièce. Et tout le monde m'était tombé dessus. Comme si c'était moi qui étais responsable. Il me semble même que. L'acteur avait menti lui aussi. En disant que c'était elle qui avait été violente. Et. Quand je pense à ça. Isabelle Adjani. Je ne peux pas m'empêcher. Je ne peux pas m'empêcher. De penser à ce sketch. Qui était même passé au César. Où on dit. Je ne sais pas si vous connaissez ce sketch. Où on dit. Où on se moque d'Isabelle Adjani. En disant. Je ne suis pas folle. Vous savez. Et on rigole d'elle.

Et il y a cette réputation. Comme quoi elle est folle. Et en fait. Les femmes qui sont abîmées. De cette manière là. Derrière. C'est presque l'oeil luisant. Qu'on les enferme. Dans ce. Cet adjectif de folle. Et quand j'ai lu le témoignage d'Isabelle Adjani. Je me suis dit. Mais. En fait. Ça m'a. Libérée d'une certaine manière. Avec Adèle. Et Nels. Ce qu'elle avait dit. Et tout d'un coup. Isabelle Adjani. Je me suis dit. Mais en fait. C'est des mécanismes. Qui sont implacables. Qui sont répétés. Et. Je pense. Qu'avec la libération de la parole. On s'est collectivement. Déniaisé. Et. A partir de ce moment là. Bah. Voilà. J'ai un peu. Pu structurer les choses dans ma tête.

Comprendre ce qui m'était arrivé. Et il y a quelque chose de très important. Que je voudrais dire aussi. C'est que. Vous savez. Quand vous êtes dans ces moments là. Que vous êtes dans la descente aux enfers. On vous somme. De faire un examen. De votre propre parcours. Pour voir si vous même. Vous avez pas fait des erreurs. Parce qu'en fait. Si vous n'êtes pas une victime parfaite. On n'accepte pas que vous soyez une victime. Et en fait. C'est un piège. Parce que. Ça existe pas une victime parfaite. Et donc en fait. On vous somme. Déjà vous. De vous dire. Mais sur tel tournage. Il s'était passé ça quand même. T'avais fait ça. Et en fait. On vous somme de regarder toutes vos erreurs.

Et excusez-moi l'expression. Mais c'est comme si on vous faisait. Manger votre tartine de merde. Jusqu'au bout. Vous devez. Vous faire un examen de conscience. Pour qu'ensuite on accepte. De dire. Ah oui peut-être tu as été victime de quelque chose. Et je voudrais dire que moi en fait. Quand j'ai commencé à me reconstruire. Et aller mieux. C'est à ce moment là. Que j'ai pu regarder moi aussi. Puisque je voyais un système. J'ai commencé à me déniaiser. Voir le système. Et bien après ça. J'ai pu faire un examen. De mon parcours ici. Et de voir. Les violences que j'avais pu. Répéter. Et. J'ai appelé. Des gens. Pour m'excuser. De leur dire. Voilà. Si je t'ai mal parlé à ce moment là.

Si j'ai pu te heurter. Te blesser. Si. Voilà. J'étais mal. Et que tu ne l'as pas vu. Et que c'était un peu rude. Je m'en excuse. Et on essaye de faire le. Maximum. Pour. Bah voilà. Faire cet examen de conscience aussi. De se dire que peut-être moi. Sur mon film. Je n'avais pas assez. Protégé. Mes actrices. Que sur mon film. Que j'ai réalisé. Je me suis rendue compte. Après coup. Que. J'avais tellement intégré. Une manière de faire du cinéma. J'avais commencé sur l'esquive. Avec un metteur en scène. Qui est un grand metteur en scène. Mais. Où les violences sont intégrées. Et je me suis rendue compte que. J'avais tellement intégré. Cette manière de faire du cinéma. Que. J'avais moi-même.

Une défiance. Vis-à-vis des équipes techniques. Et. J'avais intégré. Tout ce rapport au corps. Et qu'on devait. Avancer. Et faire du cinéma. Comme ça. Et même ça. Ça me rend triste. Parce que je me dis. Mais en fait. C'est pas. Sarah. C'est pas moi. Qui veut faire du cinéma. Comme ça. Et donc. Je l'ai fait. Cet examen de conscience là. J'ai appelé. Les personnes que j'ai pu heurter. Mais. Je voudrais dire. Quelque chose. Ou des personnes. Par exemple. Que. J'avais pas rappelé. Qu'avais fait des castings. Pour mon film. Et que. J'avais laissé traîner. Et je me disais. Mais. Parce que. Avec le réalisateur de l'esquive. C'était pareil. C'était parfois. Six mois de casting. Et puis.

On vous donne pas de réponse. Et puis. Je me disais. C'est pas grave. Tu l'as vécu Sarah. Tu en es pas morte. Mais en fait. Voilà. Il y a des gens que j'ai pas rappelé. Il y a des gens. Et en fait. C'est des humiliations. C'est pas acceptable. Et donc. Voilà. Je me suis excusée. Au maximum de personnes. À qui j'avais pu faire ces choses. Mais. Pour terminer. Je voudrais juste dire une chose. C'est que. Il y a une grande injustice. Très bien aussi dans son livre. Dire vrai. Elle disait. Qu'elle s'était rendue compte aussi. De choses qu'elle avait. Pu reproduire. Sur son propre tournage. Avec ses acteurs. Mais cet examen de conscience. C'est nous qui le faisons. C'est pas les agresseurs.

Ils le font pas. Et. Il y a un espèce de relativisme. Aussi dans le cinéma. Qui met sur le même plan. Par exemple. Le fait que. Bah. On peut avoir fait l'erreur. De mal parler à quelqu'un. Mais ils vont mettre. Ça. Sur le même plan. Qu'un acteur qui gifle. Ou que. Un acteur qui fait une agression sexuelle. Et ce relativisme là. Franchement. Pendant un moment. Je me suis demandé. Je me suis dit. Mais. Est-ce que vraiment. C'est parce que dans leur tête. C'est vraiment au même niveau. Non. Maintenant vraiment. Je pense que c'est tout simplement. Encore une autre stratégie. Pour toujours. Ne pas vouloir regarder. Ce que font vraiment les agresseurs. Voilà. Mal parler à quelqu'un.

C'est pas la même chose que de frapper. Que d'agresser sexuellement. De violer. Et voilà. Je vais terminer par une dernière phrase. Je voudrais juste dire que. Moi. Je ne souhaite pas que. Que mon agresseur. Soit empêché de faire du cinéma. Je ne souhaite pas que son nom soit placardé. C'est pour ça que je ne le dis pas aujourd'hui. Et d'ailleurs que je ne l'ai jamais dit publiquement. Je ne souhaite pas qu'il soit banni. Je veux simplement que mon agresseur. Aille en prison. Parce que. Frapper une femme. Alors qu'elle sort de l'hôpital. Et qu'elle ait.

31:40
Invité

Utiliser ce moment de faiblesse. Pour la frapper. Et bah. Ça a détruit des. Ça a détruit des années de ma vie.

31:52
Invité politique

Voilà. Mais. Je ne crois pas. Je ne. Voilà. Je ne veux pas de peine de mort sociale. Je ne veux pas de peine de mort professionnelle. Je veux simplement que. Voilà. Le nom de cette personne. De mon agresseur. Le nom de mon agresseur. Je l'ai donné dans la sphère judiciaire. Et. Je veux que. La justice soit rendue. Dans le cadre. Judiciaire. Mais qu'elle soit vraiment rendue. Et. De toute façon. Quand une personne. Un agresseur. Est jugé. Et qu'il va en prison. Il est mis. D'une certaine manière. Hors d'état de nuire. Le temps qu'il y est. C'est là que ça devrait se passer. Et c'est là que. Les choses devraient être réglées. Mais comme elles ne le sont pas. Comme la justice est défaillante.

Les choses se déplacent. Et je comprends tellement que. Ce soit difficile aussi pour les victimes. Cette impunité. Quand vous voyez votre agresseur passer à la télé. C'est insoutenable. Donc si la justice ne fait rien. Qu'est-ce qui va se passer ? On va laisser comme ça. Tout se régler dans la sphère médiatique.

33:13
Présentateur

Merci beaucoup pour ce témoignage. Extrêmement fort. Sur le caractère. Systémique. Peut-être des violences. Mais surtout. Sur le système. Qui se met en place. Pour. Que les violences ne soient pas. Restent. Tues. A l'intérieur d'un monde. Moi. Je voudrais vous poser une question. De. Et vous n'êtes pas obligé. D'y répondre. Si vous ne le souhaitez pas. De quand date la plainte. Et. Êtes-vous. Certaine. D'être dans un. Avez-vous eu une notification. Du fait. Qu'il y avait une instruction. De cette plainte.

33:53
Invité politique

Alors. J'ai porté plainte. En fait. Le. Le jour où ça s'est passé. Donc. J'ai été au commissariat. Et quand j'ai été devant le policier. Il m'a expliqué. Que ça allait être plus long. Si c'était une plainte. Et que. Je pouvais tout à fait faire d'abord. Une main courante. Donc. En fait. Immédiatement. Quand ça s'est passé. Non. Non. Je vais être. Donc. En fait. Quand ça s'est passé immédiatement. J'ai. Déposé cette main courante. Et je suis vite rentrée à Paris. Et puis. Après. En fait. J'ai été tellement. Écrasée. Par. Tout le reste. Tout le truc médiatique derrière. Le renversement. Qu'en fait. J'étais complètement à côté de mes pompes. Je voulais me suicider. J'étais très très mal.

Et puis. On me disait. Mets pas d'huile sur le feu Sarah. Arrête d'en parler. C'est mieux. Continue. Et. Et j'étais tellement faible. Que j'ai écouté ce très mauvais conseil. De pas mettre d'huile sur le feu. Et c'est ce qu'on dit. Et on m'a même dit. Pour tout vous dire. Quand j'étais. En partance. Quand j'étais. En sortant du commissariat. J'étais au téléphone. Et on m'a dit. Sarah. Ne pars pas du tournage. Ça va se retourner contre toi. Et donc en fait. C'est systématiquement. Ne parle pas. Reste. En caisse en fait. C'est ça qu'on dit aux filles. Bon bref. Du coup. Je n'ai pas porté plainte sur le moment. Je n'ai pas porté plainte. Parce qu'en fait. Les années d'après. J'étais endettée.

J'étais. Parce qu'il faut parler de ça aussi. L'argent. Et. Mon corps m'a lâchée. J'avais des saignements. Je vous le dis franchement.

35:35
Invité

Je m'urinais dessus quoi. J'étais dans un état déplorable. Proche de la mort quoi.

35:44
Invité politique

Et puis. Donc en fait. Vous n'êtes pas du tout en état de porter plainte quoi. Et puis. Vous croyez que ce n'est pas du tout la voie. Et puis finalement. Juste avant que la prescription n'est fait. C'était vital. Je suis partie vivre à la campagne en fait. Et. Je ne pouvais pas laisser passer. Donc. Un jour avant que ce soit prescrit. C'était dans mon corps quoi. J'ai pris ma voiture. J'ai été au commissariat. J'ai tout raconté. Un policier qui m'a. Vraiment écoutée. Et je le remercie infiniment. Et qui a pris ma plainte. Et puis après. Ça a été dans les limbes. Et mon avocat a demandé encore. Où est-ce que ça en était. Mais. Je n'ai pas de suite pour l'instant.

36:29
Présentateur

Merci. Alors. Dans cette commission d'enquête. Nous ne pouvons pas traiter de faits judiciaires en cours. Donc. C'est la raison pour laquelle je vais vous poser cette question. Néanmoins. Je pense que votre témoignage. Ouvre. Un champ extrêmement important d'investigation pour notre commission d'enquête. Qui est. Quel mécanisme se met en place pour faire taire les femmes. Ou pour faire taire les violences. Et. Dans ce que vous dites. En fait. Il y a. Donc. Il y a la responsabilité de celui qui a commis cet acte. Il y a aussi. Toute la responsabilité de la chaîne. de l'ensemble du système. De vos employeurs. du cinéma.

Est-ce que vous pourriez nous dire un peu comment vous voyez des pistes d'amélioration. Et comment nous en tant que législateurs. Puisque nous ne pouvons pas nous substituer à la justice. Mais nous avons un rôle qui est de faire évoluer la loi pour protéger les personnes. Est-ce que vous pourriez nous dire ce qui, dans le cas de votre expérience, vous aurait protégé davantage. Et aurait permis d'avoir un traitement différent de votre affaire. Monsieur Balanant qui est rapporteur de la commission d'enquête.

37:59
Intervenant

Juste en complément et pour dans le même sens. Juste avant quand même je. Vous êtes une des plus grandes comédiennes des vingt dernières années. Vous avez reçu deux Césars. Et vous venez de nous décrire la machine à broyer des talents. Et je vous remercie parce que vous allez nous apporter beaucoup de choses. Et donc je le dis avec sincérité émotion parce qu'on a auditionné déjà beaucoup de personnes. Et vous faites partie des auditions qui vont certainement marquer cette commission d'enquête. Donc pour rebondir sur la question qui a été posée. Donc c'est la même question. En réalité on voit que vous avez tenu pendant presque vingt ans de votre carrière.

Parce que vous nous avez décrit quand même que ça a commencé par. On vous a demandé d'enlever votre culotte à 13 ans. Ça a commencé là et vous nous avez décrit d'autres. Vous avez tenu tout ce temps là. Quelles mécanismes permettent de tenir. D'avoir la carrière, le talent, les succès, les films magnifiques que vous avez fait. Et comment ce milieu peut se permettre de faire fonctionner ce système. Et d'un moment donné de détruire un talent. Comme quelque part on jette une vieille paire de chaussures.

39:24
Invité politique

Je ne vois pas d'actrice qui n'a pas été abîmée. Aucune. Personne ne passe entre les gouttes. Aucune. Quand on voit les larmes de Juliette Binoche. Il y a encore d'autres choses derrière. En tout cas je n'ai pas vu de femme qui passe entre les gouttes. Alors oui bien sûr moi c'est aussi pour ça que je suis venue. C'est pour les pistes. Déjà la première chose qui est fondamentale. C'est la question des assurances. C'est à dire qu'en fait si l'agresseur porte la responsabilité financière. Alors une production peut faire ce qu'elle devrait faire. C'est à dire arrêter le tournage. Jauger la situation. Et extraire l'agresseur. Et si on doit retourner trois jours de tournage. Sans lui.

Et qu'il y a trois jours qui sont perdus financièrement. C'est lui qui emporte la responsabilité. Et en fait c'est ça le nerf de la guerre. C'est vraiment les assurances. Déjà premièrement. Ensuite il y a une autre piste que je voulais avancer. C'est que dans les castings, je pense qu'il devrait y avoir systématiquement, selon la loi, une obligation de lire un court texte. Surtout aux jeunes qui viennent. Qui serait un texte très simple. Qui dirait, voilà on va passer un casting. Si à un moment donné tu es mal à l'aise avec quelque chose. Si tu ne te sens pas de le faire. Tu as le droit d'arrêter le casting et de ne pas faire la chose. Si c'est un texte très court. Qui est obligatoire.

Avant chaque casting. Et bien. Les gens seront informés en fait. Les jeunes seraient informés. Parce que quand on est jeune et qu'on arrive dans les premiers castings. On ne sait pas qu'on peut quitter un casting. On ne sait pas qu'on peut dire non. Moi j'ai dit non. Parce que. J'avais. La chance je crois d'être dans une famille aussi. Où il n'y avait pas de. De choses. Malaisantes. Imaginez une personne qui vient d'une famille incestueuse. Des gens qui. Une famille déjà. Un enfant qui est dans un cadre. Où les limites ne sont pas posées. Il vient dans un casting. On lui demande de retirer sa culotte. Et je veux dire. Les limites ce n'est pas lui qui va les poser.

Donc je pense qu'il faudrait quelque chose d'informatif. Très simple. Pas quelque chose de laborieux. Mais en fait ces choses c'est même dingue que ça n'existe pas. Mais si quand un jeune arrive. Imaginons même qu'il vienne d'une famille incestueuse. Il arrive pour faire un casting. Et puis il lit un texte. Très court. On lui dit. Si tu n'es pas à l'aise avec quelque chose. Tu as le droit de dire non et de partir. Déjà il le sait en fait. Donc ça c'est très important. Parce qu'il y a beaucoup de gens. Qui arrivent. Et qui se disent. C'est de l'art. Les limites sont floues. Je ne sais pas. C'est ce que j'ai le droit de faire ou pas. Et est-ce que je vais être grillée.

Si je pars de ce casting. Et juste pour vous donner une anecdote. Vous savez quand j'ai réalisé mon film. Je me suis rendu compte que j'avais. Tout d'un coup ma directrice. J'avais plusieurs directrices de casting. Et il y en avait une qui filmait. Qui avait casté des gens. Des jeunes gens. Et je me suis rendu compte. Qu'elle leur avait fait jouer des animaux. Mais de manière humiliante. Je vois ça. Et puis elle dit à l'acteur. Tiens joue le chien. Fais le chien. Fais-t-elle animal. Je les virais sur le champ. Mais vous vous rendez compte.

43:11
Présentateur

C'est-à-dire que les humiliations. Ce genre de choses. Il y a des accompagnements. Pour les mineurs. Sur les plateaux. On pourrait imaginer. Qu'ils arrivent dès les castings. De sorte que ça soit. Quand même. Plus qu'un texte. Mais que ce soit un adulte. Qui puisse faire. Dire le droit. Et dire la limite. Qui ne soit pas la personne directement sélectionnée. Alors il y avait monsieur Amir Chahi. Et ensuite madame Thiebo Martinelle. Madame Forestier. Je voulais vous poser une question. Est-ce que quand. Vous êtes entré dans. Ou peut-être juste avant de rentrer dans ce tunnel. Que vous nous avez décrit. Dans la profession. Dans la profession. Et surtout auprès. De comédiennes. Vous avez su.

Pu. Trouver. Des points d'appui. Des points d'aide. Des points d'ancrage. Pour parler. Est-ce qu'il vous était arrivé. Ou pas du tout. Je pose la question. Parce que. Lorsque MeToo a explosé. Lorsque Adèle Haenel a pris la parole. Lorsque. La libération de la parole a eu lieu. Une phrase revenait souvent. C'est tout le monde savait. Tout le monde savait. Tout le monde savait. Que c'est comme ça. Que ça se passe dans le cinéma. Et vous écrivez parfaitement. La question. De façon systémique. Et je voulais savoir. Si. Vous parlez de votre isolement. Est-ce que. Il y avait. Pour vous. La possibilité. Ou cette possibilité. N'existait pas. De vous rapprocher. De consoeurs. Qui auraient pu.

A ce moment là. Trouver le reflet. De leur propre expérience. Ou est-ce qu'il a vraiment. Fallu attendre. Que Adèle Haenel. Et d'autres parlent. Pour que vous sentiez. En situation. De le faire. Mais vous. Toutes seules. Si vous en êtes d'accord. On va prendre plusieurs questions. Et comme ça. Vous pourrez. Alors. Madame Thiebou Martinez. Et après. Monsieur Taverne.

45:04
Intervenant

Je vous laisse noter.

45:06
Locuteur

Merci.

45:07
Intervenant

Bon déjà. Enfin. Vraiment vous remercier. Pour votre témoignage. Qui est très fort. Et je pense que c'est pas évident. D'être là. Et de raconter tout ça. Ça nous est fort utile. Bien sûr. Et vraiment. Merci pour ça. Moi. Je voudrais réagir. A la proposition. Que vous faites. Sur un texte. Qui pourrait être lu. Donc notamment. Enfin. Au mineur. Dans un casting. Je comprends l'intérêt. Et je vois. Enfin. Il y a le côté un peu. Si le texte qu'on a lu. Il ne correspond pas à ce qu'on demande à l'enfant. En gros. Mais à l'enfant. Il se lève et il se casse. C'est un peu ça. Sauf que. Je trouve que. Dans cette proposition là. Ce qui peut être problématique.

C'est qu'on fait porter la responsabilité des limites à un enfant. Et justement. Vous donniez l'exemple d'enfants qui auraient pu subir par exemple des violences sexuelles. On sait que la perception, le rapport au corps pour des victimes de violences sexuelles n'est pas du tout la même que pour un enfant qui a évolué dans un environnement où il n'a jamais été confronté à ça. Et du coup est-ce qu'il n'y aurait pas plutôt une autre forme de protection qui pèserait davantage sur les responsables des castings plus que sur les personnes qui viennent pour faire ce casting.

46:19
Présentateur

Merci monsieur Taverne. Et ensuite vous répondez.

46:21
Intervenant

Merci madame la présidente. C'est le rapporteur madame Forestier. Alors on a tous été je pense marqué par votre émotion qui nous a touché aussi. Moi à titre personnel notamment. Vous avez vécu des situations difficiles. Vous l'avez mentionné. 13 ans, 15 ans. Donc moi j'aurais deux questions. Parce qu'effectivement vous avez dit quelque chose qui est extrêmement important. C'est on donne tout. Qui peut entraîner justement quelques dérives et d'installer en fait une culture du silence. C'est à dire qu'il s'est passé quelque chose mais on a préféré ne rien dire. Justement à ce moment là. Est-ce que vous avez signalé comme quoi effectivement on vous a demandé de retirer votre culotte.

C'est quand même une situation particulière quand même surtout à cet âge. Donc est-ce que vous avez quand même signalé. Est-ce que justement dans ce cadre de commission d'enquête on pourrait avoir des axes d'amélioration. C'est à dire que sur les tournages bah oui peut-être avoir. Alors il existe comme on disait tout à l'heure des coordinateurs d'intimité. Mais plutôt à la rigueur des encadrants pour les mineurs. Et surtout quel dispositif serait justement pertinent pour stopper cette culture du silence. Parce qu'effectivement vous avez mentionné cette question d'assurance. Qui effectivement c'est une question primordiale. Et d'ailleurs on aura l'occasion d'auditionner les assurances.

Mais est-ce que vous voyez aussi peut-être un autre dispositif autre que les assurances. Pour mettre fin en fait à ce cercle vicieux. Pour essayer vraiment de stopper ce qui est absolument insupportable aujourd'hui dans le monde audiovisuel.

48:03
Présentateur

Merci beaucoup. Je vous en prie.

48:06
Invité politique

Merci. Alors déjà ce que vous dites monsieur sur les appuis dans le milieu. Et le fait qu'on puisse se référer à quelqu'un. Une consoeur par exemple. Et qu'ils nous disent. Puisqu'il y a cette phrase de dire on savait. Tout le monde savait. C'est ce qui m'est arrivé également. C'est à dire que quand j'en ai parlé effectivement autour de moi. Bien sûr que j'en ai parlé. Les femmes parlent. Bien sûr. Et effectivement on me dit à demi-mot. Que on sait qu'il a frappé ses compagnes dans la vie privée. On me le dit. Mais je veux dire les responsabilités. Pourquoi est-ce que j'aurais... Pourquoi est-ce que ce serait les autres actrices, les autres victimes. Qui devraient mettre en place...

Enfin qui devraient porter la responsabilité. Et mettre en place les choses en fait. Le soutien, l'écho, la libération de la parole. On l'a bien vu. Moi c'est des choses qui m'ont permis de structurer ma pensée. De comprendre ce qui m'était arrivé. Mais ce qu'il faut maintenant. C'est que c'est les gens qui ont le pouvoir, la responsabilité. Ce qui compte en fait. C'est qu'il y ait une conséquence. Quand quelqu'un agresse. Qu'il sache que derrière financièrement. Il va porter la responsabilité. Et donc qu'il soit vraiment extrait. Du tournage. Excusez-moi. Je veux parler par exemple. Je ne sais pas si je peux parler même de... Mais... De Pardieu. Ou je ne sais quoi.

Les accusations qui sont portées contre lui. Ou sur un tournage. Pourquoi est-ce qu'on ne le sort pas du film ? Parce que ça coûterait beaucoup trop cher. Et donc en fait. Tant que cette problématique de responsabilité. N'est pas endossée par les bonnes personnes. Et bien. Vous pouvez retourner la situation. Comme vous voulez. Mais au final. Si l'agresseur reste. Qu'est-ce qu'elle fait la victime ? Elle reste à côté. De son agresseur. Elle baisse la tête. Qu'est-ce qui se passe en fait ? Donc en fait c'est simple. On ne pourra pas contourner cette problématique des assurances. Elle est centrale. Centrale. Et comme toujours. Quand il y a des cercles vicieux comme ça.

C'est la fin de la chaîne. De l'action. Qui détermine aussi le début. C'est-à-dire est-ce que ça va se reproduire ? Si un agresseur est sanctionné. Bah après. Des gens ne vont pas recommencer. Donc en fait. Il faut arrêter de tergiverser. C'est ça le sujet. Déjà premièrement. Ensuite. Par rapport au texte. Moi de toute façon. J'ai une conviction. C'est que effectivement les mineurs. Pour moi. C'est un accompagnement. Il faut un accompagnement. C'est même pas de questions à se poser. C'est-à-dire qu'il faut un accompagnement. Parce que. Moi je vous ai raconté des choses. Mais j'aurais pu vous raconter. Beaucoup d'autres choses. Qui me sont arrivées. Sur des. Même un projet.

Qu'on m'avait proposé. Où un réalisateur. M'avait demandé. Dans le film. De m'insérer. Soyez prêts pardon. Mais. De m'insérer un oeuf. Dans le vagin. Et il voulait que je le fasse. Pour de vrai. Et il me faisait. Il m'a fait comprendre. C'est de l'art. Et si vraiment. T'es une vraie artiste. Tu serais capable de le faire. Donc j'en ai un milliard. Des anecdotes. Ahurissantes. Que vous pourriez écouter. Mais. Pour les mineurs. C'est. Sur un accompagnement. Après. Pour les castings. Moi j'essaie d'être vraiment pragmatique aussi. Parce que je connais ce milieu du cinéma. Et. Pour que les choses soient efficaces. Et que ça soit faisable. Donc. Même si des gens sont pas mineurs. Je pense que.

Des gens qui arrivent pour la première fois. A faire un casting. Un texte. Qui dit. Si vous ne vous sentez pas à l'aise avec quelque chose. Vous avez le droit de partir. C'est aussi important. Que d'expliquer. Aux enfants. C'est mon corps. En fait. C'est. Comment. Comment vous dire. C'est pas rien en fait. De savoir. Qu'il y a des limites. Et qu'on a le droit de dire non. Ça peut paraître anodin. Que ça soit juste un petit texte. Mais c'est pas rien. Parce qu'en fait. Savoir. C'est déjà pouvoir. Donc c'est primordial. Et. C'est des choses qui sont. Totalement faisables. Je veux dire. Personne n'aurait d'excuses. De pouvoir. Contourner ça. C'est à dire que. Systématiquement.

Dans tous les castings. Et bien oui. Vous prévenez la personne. Comme ça. Il n'y a pas de traquenard. Il n'y a pas de je ne sais quoi. Déjà. Les mots. On force. Même les agresseurs. Qui seraient. Tentés d'eux. A poser des mots. De limite. Qui passent leur temps. A vouloir effacer en fait. A vouloir invisibiliser. Donc. Ça. C'est déjà. Une première balise. Ça n'empêchera jamais. Les agresseurs. D'essayer quand même. Mais. C'est comme un enfant. À qui on a déjà dit. C'est ton corps. On n'a pas le droit de le toucher. Quelque part. Même s'il n'a pas la possibilité. De dire non. Sur le moment. Je veux dire. On ne pourra jamais. Tous. Éradiquer. J'adorerais. Mais éradiquer. Tous les incestes.

Et toutes les violences. Mais. Petit à petit. Avec des armes. On arme les cerveaux. On arme les consciences. Et à un moment donné. La personne. Elle sait qu'elle peut dire non. Et ensuite. Pardonnez-moi. Monsieur. Vous parliez de. De référents harcèlement. C'est ça. Sur les. Vous pouvez me redire. Pardon. La question. Excusez-moi.

53:38
Intervenant

Oui. Bien sûr. Vous avez évoqué. La situation. Que vous avez vécu. À l'âge de 13 ans. Et une autre. Plus tard. 15 ans. Est-ce que justement. Vous avez signalé. Ces faits. Étant mineurs. Et est-ce que vous pensez. Justement. Qu'aujourd'hui. Les mineurs. Notamment sur les plateaux. Devraient être encadrés. Alors. On parle de coordinateur.

53:58
Invité politique

Alors. Oui. Pardon. Oui. Absolument. Mais. Comme je vous disais. Dans mon texte préliminaire. C'est que. En fait. C'est des non événements. Dire ne veut pas. Être entendu. Donc effectivement. Bien sûr. Quand il y a eu ce premier casting. Moi. Je vous le dis. Entre. Enfin. Je le dis. Très. Simplement. Je me suis dit. C'est des malades. C'est des dingos. Quoi. Et. Ils étaient. Je vais vous dire. Pour moi. L'expression. Ils étaient en face de moi. Comme une bande. D'adultes. À me mettre la pression. Encore une fois. J'ai de la chance. J'étais dans une famille. Où. On m'a appris la liberté. On m'a appris. Qu'il y avait des limites. Et que j'avais le droit. De dire non. Quoi. Et. Et.

Donc je l'ai dit. Oui. J'ai dû le dire. À mon agent de l'époque. Mais comme beaucoup de choses. C'était des non événements. Voilà. Après. Je pense que. Il y a une autre chose. Que je voudrais. Proposer. C'est à dire que. Sur les mineurs. Pour vous répondre. Pour moi. C'est implacable. Il faut un accompagnement. Systématique. C'est hors de question. De laisser les enfants. À la portée. D'une même possible agression. Je veux dire. Risque zéro. Point barre. C'est des enfants. Après. Pour les adultes. Ce qui se passe. Sur les tournages. C'est qu'on a des référents. Harcèlement. Ça. Ça marche. Moi. Je l'ai vu. Et merci. Ça me laisse l'occasion. De le dire. Puisque. Moi. Je me suis retirée.

Du cinéma. Et je suis revenue. En fait. Très récemment. Parce que. Je suis tombée. Sur une équipe en or. Et que. Je suis tombée. Sur. Comme. Des femmes. Qui m'ont. Comprise. Qui m'ont protégée. Et. C'était. La première. Assistante. Qui a vu. Le trauma. Dans lequel. J'étais. Et je pense. Qu'il faut faire des formations. Puisqu'il y a des formations. Sur les violences sexuelles. Je pense que le trauma. C'est très important. Parce que. Même si à partir d'aujourd'hui. On commence à rester. Si on arrive à circonscrire. À la violence. Qu'est-ce qu'on fait des femmes. Qui ont été abîmées avant. Parce que. En fait. La violence. Ce n'est pas juste un mot. Un mot. Ça s'inscrit dans le corps. Donc.

Il y a beaucoup de femmes. Qui sont abîmées. Qui arrivent avec des traumas. Et donc. Je pense que c'est quelque chose. Qu'il faut aussi prendre en compte. Je crois. Et je ne le crois pas. Juste comme ça. Je veux. Et je crois. Que le cinéma. Peut se faire aujourd'hui. Pour réparer aussi. Pour réconcilier avec le cinéma. Parce que. C'est l'expérience. Que j'ai eu récemment. J'ai fait ce film. Avec cette. Première assistante. Qui était référent. Harceleur. Sur le tournage. Qui a vu. Que j'étais traumatisée. Qui ne m'a pas jugée. Qui n'a pas été dans ce cercle vicieux. De écouter les réputations sur moi. Elle a vu que j'étais traumatisée. Elle s'est dit. Tiens. Elle est abîmée cette fille.

Elle m'a. Comprise. Elle ne m'a pas jugée. Et petit à petit. J'ai pu. Moi aussi. Parce qu'on se recroquevise sur soi-même. En général. Quand c'est comme ça. Là. J'ai commencé à lui dire. Je ne dors pas la nuit. Je ne passe les détails. Mais voilà. Je ne suis vraiment pas bien. Et petit à petit. Je me suis rouverte. En fait. Je lui ai fait confiance. Et au fur et à mesure du tournage. J'ai commencé à mieux dormir. Pas faire de malaise. Et petit à petit. Ça a été comme une. Expérience de cinéma. Comme elle devrait être. En fait. Avec une directrice de production. Aussi une femme. Qui a pris soin de moi. Et qui n'a rien laissé passer. S'il y avait quelqu'un qui.

Avait une tentative d'humiliation. Ce genre de choses. Elle ne laissait passer. Aucune violence. Sur le plateau. Et ça c'est extraordinaire. Et donc. Je pense que le référent harceleur. C'est une chose. Hyper importante. Et que c'est. Fondamental que ça existe. Mais il y a une autre chose. Que je voudrais dire. Qui est très très importante. Les agresseurs. Quand il y a une accusation. Sur une personne. Derrière. Qu'est-ce qu'on fait ? Cet homme. Il est en attendant. Qu'il soit jugé. Puisque la justice est lente. Qu'est-ce qui se passe ? Il est. Banni. Détournage. Il tourne plus. Mais moi. Je suis aussi attachée. A la présomption d'innocence. Donc cet homme là. Là. Qui est accusé.

En attendant. Puisque la justice est lente. Et pardon de le répéter. Mais. Je ne m'y fais pas en fait. Parce qu'en fait. La défaillance de la justice. A tellement de répercussions. Surtout le reste. Puisque ce temps est tellement long. Les gens restent entre deux. Donc il y a. Par exemple. Un homme. Prenons un exemple. Un homme est accusé de violence. Et bien. Il devait faire des tournages. Il est évincé des tournages. Moi. Je proposerais. Que. Quand une personne est accusée. Qu'elle soit accompagnée. Par quelqu'un. Pour être sûr. Et qui continue à faire des tournages. Parce que tant qu'il n'a pas été jugé. Il y a la présomption d'innocence qui est là. Mais par contre.

On ne peut pas prendre le risque. Qu'il puisse agresser quelqu'un d'autre. Ou bien les gens n'ont pas forcément envie. De prendre le risque. D'être à côté d'une. Enfin de travailler avec une personne. Qui peut potentiellement les agresser. Et donc. Moi je pense qu'une personne. Qui a été accusée. Il devrait y avoir quelqu'un qui accompagne. Et je vais vous donner un exemple. Très personnel. Et moi je le dis aussi. Pourquoi ? Parce que. On n'aura jamais de situation idéale. Et il faut être très pragmatique. Par exemple. Moi. Si on me reprochait quelque chose. Parce que je ne sais pas. Sur mon tournage. J'aurais mal parlé à quelqu'un. J'aurais. Voilà. Des torts que j'ai pu reconnaître.

Si après ça. On m'avait dit. Ok. Il y a des choses pas cool. Qui ont été faites. Et voilà. Il y a des gens qui t'accusent de choses. Alors sur ton prochain tournage. Tu vas être accompagné de quelqu'un. Qui sera avec toi. Bah voilà. Il sera avec toi. Tout le temps. Bah moi je le prendrais pas mal du tout. Au contraire. Ce serait une occasion. Si je suis innocente. Bah de montrer que je me comporte bien en fait. Et moi je pense que c'est une solution aussi. Parce qu'à un moment donné. Avec. Si on est très sincère. Enfin. Si on regarde les choses frontales. Des agresseurs. Il doit y en avoir beaucoup. Beaucoup plus que ce qui est dit là. Je vais juste aller au bout de ça.

Je vais juste aller au bout de ça. Je vais juste aller au bout de ça. Si on veut vraiment que tout sorte. Et que rien soit mis sous le tapis. Il va vraiment falloir pouvoir. Qu'est-ce qu'on va faire après. Si les gens parlent vraiment que tout sort. Les agresseurs. Il n'y en a pas que deux ou trois. Il y en a beaucoup. Comment est-ce qu'on continue à travailler en fait. Ils vont tous partir du métier du cinéma. Jamais ça se passera ça. Et donc. Si. En attendant d'être jugé. D'aller en prison ou je ne sais quoi. Si on veut que. Bah moi je pense qu'ils doivent être accompagnés. Voilà.

1:01:11
Présentateur

Merci beaucoup. On arrive à la fin de cette audition. Encore une fois. Merci vraiment pour la sincérité de votre parole. Le rapporteur avait une dernière question. Après je vous propose qu'on conclue cette audition. Pardon.

1:01:25
Intervenant

Je n'ai pas vu l'heure passer. Donc j'avais plusieurs questions. Mais tant pis. Ce n'est pas dramatique. Juste. Vous avez beaucoup parlé de ce texte éventuellement. Moi je voulais avoir votre avis sur le fait que. Vous savez si vous avez la connaissance du droit. Si vous le connaissez en tant que comédienne. En tant que réalisateur. En tant que chef opérateur. En tant que producteur. Je pense que vous êtes à même de vous protéger. Et de protéger. Donc que pensez-vous. D'un renforcement dans le métier du cinéma. Des règles du droit et du code du travail. Parce que ce que vous venez de décrire juste là. L'instant très vite. Il y a la présomption d'innocence.

Mais qu'est-ce qu'on fait en attendant. C'est déjà prévu dans le code du travail. C'est-à-dire qu'en attendant qu'il y ait un jugement. L'employeur doit prendre toutes les mesures. Pour protéger les autres salariés. Donc vous voyez. Ça existe. Donc est-ce que vous pensez que vous. Votre formation de comédienne. Les formations des opérateurs. Devraient être renforcées. Par une meilleure connaissance du droit. Et du droit du travail en particulier. C'est une question un peu technique pour finir. J'en avais d'autres. Mais j'ai choisi celle-là.

1:02:34
Présentateur

Merci. Et ce sera du coup la dernière réponse. Parce qu'on arrive à la fin.

1:02:42
Invité politique

Moi je pense que. La formation évidemment. Mais après qu'est-ce qu'on fait. Quand la personne est là. C'est-à-dire que la formation. Je crois que ça existe. Déjà je crois que dans les contrats maintenant. Il y a quelque chose. S'il faut le perfectionner. Évidemment bien sûr. Mais après qu'est-ce qu'on fait concrètement. C'est-à-dire est-ce que ces personnes. On les laisse. Ne plus faire de films. Et puis. Ça entretient aussi un doute. De pouvoir se victimiser aussi. Alors que si. Mais pardon excusez-moi. Je reviens juste à ça. La justice. Il faut donner tellement plus de moyens à la justice. C'est-à-dire que le problème. Et c'est pour ça que je suis contente de parler. Ici aujourd'hui.

C'est que. Les choses n'avancent pas. Parce que. La justice n'est pas au rendez-vous. Les temps sont trop longs. Il n'y a pas assez de moyens. Et si ce n'est pas fait. On aura toujours les mêmes problèmes. Les femmes parleront. Et au final. Qu'est-ce qu'il y a des. Ça fait comme un embouteillage. La situation n'avance pas. Donc.

1:03:56
Présentateur

À vous. Merci. Je rappelle quand même. Que. Avant la justice. Il faut déjà. Que les femmes. Acceptent d'aller jusqu'à la plainte. Et se sentent le courage d'y aller. Ce qui n'est pas simple. Et votre témoignage. Le montre. Absolument. Donc. La justice ne peut pas être la seule réponse. Évidemment. Et on en a esquissé. D'autres. Y compris. Vous-même. Venez d'en esquisser. D'autres. Merci. Vraiment. Du fond du cœur. Pour. La force de votre témoignage. Qui fera. Je n'en doute pas. Avancer les choses. Et. Je souhaite à mes collègues. Une excellente soirée. Merci à vous.

1:04:33
Locuteur

D'avoir été. Merci à vous.

Sara Forestier est auditionnée sur les violences dans le secteur culturel à l'Assemblée - 07/11/24 · Pourquijevote