Emmanuel Macron à 20h, peut il mettre fin à la crise ? - Laurent Wauquiez est l'invité des 4 vérités du jeudi 5 décembre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Laurent Wauquiez. Bonjour M. Arnaud. Merci d'être avec nous, de nous avoir réservé votre première réaction au lendemain de ces instants importants dans l'histoire de la politique française. Michel Barnier va donc remettre sa démission dans un peu plus de deux heures maintenant, à dix heures précisément. Et hier, la censure a été votée dans une ambiance électrique. Vous avez pris la parole avec un tour assez grave. Racontez-nous comment vous avez vécu ce moment hier.
— Vous l'avez dit, c'était un moment qui était grave. Il était grave pour des raisons, je trouve, qui n'ont pas été suffisamment mis sur la table. — C'est-à-dire ? — C'est-à-dire que cette censure, elle a des conséquences. Et elle a des conséquences dans la vie quotidienne des Français. Et je voudrais commencer par expliquer ça. Prenons un exemple. Était prévu le recrutement de 6 500 personnes pour les maisons de retraite. C'est fini. Était prévu la construction de nouveaux commissariats, de nouvelles casernes. Ça ne pourra pas avoir lieu.
— Mais l'opposition dit qu'il va y avoir une loi spéciale qui permettra de faire tout ça. Ce n'est pas vrai ?
— Je ne sais pas quelle sera la politique fiction de demain. On en parlera tout à l'heure. Mais je voudrais d'abord commencer par les premières conséquences. Par exemple, on avait prévu la possibilité que des médecins à la retraite puissent continuer à exercer. Je viens de Haute-Loire, un territoire où on a beaucoup de désertification médicale. Bon, ben ça, très clairement, c'est par terre. L'impôt sur le revenu, on en a beaucoup parlé. C'est pas rien. C'est 18 millions de personnes qui, si rien n'est fait, auront leur impôt qui va augmenter. La dette, dans la période actuelle, avec tout ce désordre, la France est perçue comme étant moins crédible que la Grèce.
Et puis je pense à ceux qui nous écoutent. Ça crée une incertitude économique, vous l'avez dit. Ça veut dire que pour les achats de Noël, les Français vont se dire mais qu'est-ce qu'on fait ? C'est quoi le climat demain ? Pour nos commerçants, nos artisans, nos entreprises, on crée une gigantesque incertitude.
Mais vous le qualifiez comment ? Vous le qualifiez comment l'état de la France ce matin ? C'est vraiment catastrophique ? C'est la tempête ou c'est l'incertitude, l'instabilité ? Il y a différents registres, différents degrés.
En fait, ce qu'a été le choix d'hier, ceux qui ont voté la censure, ils ont voté le désordre. Et pourquoi est-ce que je vous dis qu'hier, ça me choquait ? Parce que j'ai trouvé qu'il y avait de la légèreté de Mme Le Pen. Parce que j'ai trouvé qu'il y avait des députés de la France insoumise qui se réjouissaient. Et que dans un moment qui est quand même grave pour le pays, voir Mme Le Pen voter avec des députés de la France insoumise pour faire tomber un gouvernement, pour moi, il y a quelque chose de grave. Et même, elle est au bout de la façon de le qualifier, presque d'irresponsable. Parce que c'était juste destructeur. Et je trouve que ça les discrédite.
Parce que quand vous prétendez vouloir diriger un pays, vous ne pouvez pas faire le choix de l'instabilité.
Si elle, la principale responsable, ou bien c'est Emmanuel Macron, les socialistes, la France insoumise ?
Ce qui m'a marqué dans ce qui s'est passé dans son comportement, c'est qu'au fond, il y a eu un avant et un après procès. Avant son procès, elle était dans une attitude qui était constructive. Après son procès, ça a basculé dans autre chose.
C'est important ce que vous nous dites. Vous pensez que c'est lié aux réquisitions qui ont demandé une inéligibilité applicable instantanément ? C'est ça qui l'a fait basculer selon vous ? Ce qu'elle dément ?
Vu les conséquences pour les Français, vu la gravité quand même de ce qui va affecter le pays, je ne veux pas noircir le tableau, mais pour ceux qui nous écoutent, ils comprennent que c'est concret ce qui se passe. Oui, mon sentiment, c'est qu'elle n'a pas été guidée par l'intérêt de la France et qu'après son procès, il y a autre chose qui s'est enclenchée.
Expliquez-nous quoi ? Pourquoi ? Qu'est-ce que ça a changé ?
Je pense qu'il y a eu une fêlure pour elle. Et ce n'est pas bien, parce que vous ne faites pas tomber un gouvernement par rapport à ça. Vous ne précipitez pas le pays dans le chaos par rapport à ça.
Mais vous l'expliquez comment ? Vous l'expliquez comment ? Pour des raisons politiques ? Pour des raisons psychologiques ? Que sais-je ? Vous êtes en train de sonder quand même l'âme de Marine Le Pen. Expliquez-nous.
Ce qui m'intéresse, ce n'est pas de sonder son âme. Ce que je dis, c'est qu'elle a été guidée plus par son intérêt personnel que par l'intérêt du pays hier.
Mais en quoi ça l'aide sur le plan personnel ? C'est ça qu'on a du mal à comprendre. Ça l'aiderait ?
Tout le monde l'a compris, non. Je pense que, et pour M. Mélenchon et pour Mme Le Pen, le raisonnement d'hier, c'était plus la présidentielle que l'intérêt de la France. Et qu'au fond, les embauches dans les maisons de retraite, la question de l'impôt sur le revenu, la question de la dette, l'incertitude économique, n'ont pas pesé beaucoup. Ou, hier, ce qu'elle fait, c'est un coup politique.
Donc l'idée, c'est de pousser Emmanuel Macron à la démission pour être élu et éviter les ennuis judiciaires. C'est ça que vous dites, pour être clair ?
C'est faire diversion, faire un coup politique, quel qu'en soit le prix, quitte à voter avec la France insoumise et quitte à jouer avec l'intérêt du pays. Et ça, je trouve ça grave. Parce que, précisément pour moi, c'est irresponsable. C'est quand vous prétendiez être le parti de l'ordre, voter le désordre pour de telles raisons, pour moi, sciemment, jouer cette instabilité. Je le dis ce matin, c'est quelque chose de grave.
Et juste, il y a eu un débat politique sur la demande d'inéligibilité immédiate. Quel est votre sentiment là-dessus ? Il y a eu des voix qui l'ont soutenu en disant que la politique ne se fait pas au prétoire, mais dans les urnes. Vous citez Gérald Darmanin, François Bayrou notamment. Quel était votre point de vue là-dessus ?
Moi, je ne commande pas les affaires de justice. Je considère que la justice doit faire son travail.
Emmanuel Macron, lui, doit faire son travail aussi aujourd'hui. Il reçoit donc Michel Barnier à 10h. Et à 20h, il s'exprimera. Que doit-il dire selon vous ?
Il y a la responsabilité de la dissolution et de cette instabilité. Maintenant, la responsabilité et le devoir du président de la République, c'est de trouver une solution. Et donc, ce que j'attends de lui, c'est qu'il crée les conditions pour qu'on puisse avoir un gouvernement qui agisse. Pourquoi ? Parce que maintenant, moi, qu'est-ce qui m'importe ? Je vous ai dit toutes les fêlures qui étaient ouvertes par cette censure. Qu'est-ce qu'on va devoir faire le plus vite possible ? C'est protéger les Français, ceux qui nous écoutent ce matin. Comment ? Ça veut dire que la première chose dont on a besoin, c'est d'abord une loi de financement de nos organismes sociaux.
Parce que sinon, c'est très concret. Dans deux mois, ils n'auront pas les moyens de payer les prestations sociales.
Donc il faut une loi spéciale votée par le gouvernement provisoire ?
Il faut d'abord une loi pour nos organismes sociaux, pour qu'ils puissent emprunter, pour qu'ils puissent se financer et pour qu'ils puissent payer les cotisations sociales des Français. La deuxième chose, c'est qu'il faut une loi spéciale pour que l'État puisse tout simplement percevoir les recettes, pour faire fonctionner nos services publics, pour que la France marche. Et c'est les deux urgences. Et il faut commencer par ça. Et avec nos députés de la droite républicaine, c'est d'abord là-dessus qu'on va s'engager.
D'accord. Et au-delà de ça ?
Après, au-delà de ça, il va falloir définir une stratégie politique. C'est-à-dire, qu'est-ce qu'on fait au milieu de ce désordre ?
Alors justement, il y a eu des appels notamment à ce qu'on appelle, ce que certaines voient à gauche, Gabriel Attal, Boris Vallaud, appellent une coalition de la non-censure. Et ils incluent les Républicains dans cette coalition de la non-censure. Est-ce que ce matin, vous dites, oui, cette main que vous tendez, je la saisis, ou bien c'est une fin de ne recevoir ?
Est-ce qu'on jouera la stratégie du pire ? Jamais. Cet engagement, c'est celui que je prends ce matin. C'est-à-dire que dans cette période d'instabilité, de chaos, avec le vote hier de Mme Le Pen et de M. Mélenchon ensemble, nous, on ne jouera pas ce jeu.
Donc vous pourriez accéder à cette demande ?
Ce que je veux dire par là, c'est qu'on ne sera pas dans le blocage. On ne sera pas dans la stratégie du pire. Et mieux que mes paroles, je pense que les actes qu'on a eus au cours des derniers mois l'ont montré. On a accepté de dialoguer. On a accepté de discuter. On a accepté de faire des efforts pour précisément essayer de donner un minimum de stabilité au pays. Pour autant, est-ce que notre participation à un nouvel gouvernement sera automatique ? Non. Notre engagement, il était auprès de Michel Barnard. Alors quelles seraient les conditions ? Quelles seraient les conditions de cet engagement ? Pour moi, qu'est-ce qui va compter ? Pour nos députés, qu'est-ce qui va compter ?
C'est pour faire quoi ? Et toute autre réponse ce matin serait grotesque. C'est-à-dire la première question, c'est qu'est-ce qu'on veut faire pour les Français ?
Alors on dit qu'il y aurait trois, quatre grands sujets consensuels, donc pas l'immigration par exemple. Est-ce que c'est quelque chose qui pourrait vous aller ?
D'abord, M. Arnaud, l'immigration, c'est un sujet consensuel. Et on le dit pas vraiment à l'Assemblée nationale. Non, mais pour les Français. Et pour moi, ça compte presque plus. Pourquoi est-ce que je vous dis ça ? Parce que les Français demandent tous qu'on contrôle mieux notre immigration.
Oui, mais c'est l'un des sujets de fracture, évidemment. S'il y a un gouvernement où vous siégez avec les socialistes, là-dessus, vous ne serez jamais d'accord.
C'est quand même un des sujets importants d'attente. Donc pour moi, dire non, on ne va pas s'occuper d'immigration, ce n'est pas possible.
Alors vous dites d'un côté, on est prêt à participer éventuellement à une coalition, et puis dès qu'il y a un sujet qui fait friction...
Non, c'est parce que... Non, non, j'ai été très précis. Ce que j'ai dit clairement, c'est que nous, on ne fera pas tomber de gouvernement.
Oui, d'accord.
On ne fera pas ce qu'a fait Marine Le Pen. On ne sera pas dans la stratégie du pied. Vous ne participerez pas forcément, mais vous ne censurerez pas. Ah, et après, exactement. Après, quels sont pour nous les points importants ? D'abord, c'est moins de gaspillage de l'argent public pour pouvoir rendre l'argent aux Français. Parce qu'aujourd'hui, je pense que les Français sont pauvres, ils ont du mal, il y a des difficultés sur le porte-monnaie, parce qu'il y a trop de gaspillage de l'argent public. Le deuxième impératif fondamental, c'est revaloriser ceux qui travaillent.
Je pense aux infirmières libérales, je pense aux aides-soignantes, je pense à nos agriculteurs, je pense aussi à des gens dont on ne parle jamais, nos commerçants, nos artisans qui payent énormément d'impôts. Revaloriser le travail. Garder le social, enlever l'assistanat, revaloriser le travail. Puis le troisième sujet, c'est la question de la sécurité. C'est le combat que porte Bruno Retailleau, c'est remettre de l'ordre, du respect. Et c'est les trois sujets qui comptent. Pour faire quoi ? Et la première question du futur gouvernement, c'est ça. Moi, ce que j'ai besoin de savoir, c'est qu'est-ce qu'on va faire ensemble ?
Alors, vous avez aussi besoin de savoir qui pourrait porter cet ensemble. Évidemment, il y a pas mal de noms qui sont cités. Est-ce qu'il y en a qui retiennent votre attention davantage que d'autres ? François Bayrou, Bernard Cazeneuve, François Barouin, qui appartient aux Républicains, notamment, entre autres noms.
Je comprends la question. C'est important, c'est important l'incarnation. Bien sûr, je suis d'accord. Avec qui, ça compte. Et d'abord, pour faire quoi ? Et donc, ce qui m'intéresse, c'est pour faire quoi ? Donc, j'ai besoin que cette réponse, elle me soit apportée. Parce que, voilà, on est dans une période où c'est tellement trouble. Vous le savez, le projet qu'on porte, ça n'est pas le même que la Macronie. Pour autant, on a été capable de faire des efforts. Parce que, précisément, on a considéré que c'était l'intérêt du pays qu'un certain nombre de politiques soient capables de faire des efforts pour se mettre ensemble.
Mais sur tous les noms qui sont cités là, je rajoute Sébastien Lecornu, il n'y en a aucun, que vous refusez, disons, d'emblée, sans les adouber.
Non, mon refus d'emblée, il serait sur un programme qui ne correspond pas à ce que je pense que ce dont le pays a besoin. Ça, ce serait mon refus d'emblée. Et donc, la question pour nous, elle est d'abord dans ce sens-là. Je pense, si je peux me permettre, que c'est quand même la seule façon qui est à peu près saine de fonctionner dans cette période. Un, dire, on ne bloquera pas. On ne sera pas dans cette logique de terre brûlée, qui était celle que j'avais sous les yeux hier à l'Assemblée nationale. Et deuxièmement, ce qui compte, c'est pour faire quoi ?
Le message de Laurent Wauquiez, qui est passé ce matin dans les 4V. Merci beaucoup.
Merci à vous.
Laurent Wauquiez