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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 27 mars 2024 7 minComplaisantFond programmatiqueDéfenseÉconomie & entreprises

Armement : "L'important est de rééquiper l'armée française et de maintenir l'aide à l'Ukraine satisfaisant"

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 80 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:36OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'on entend par réquisition ? On peut réquisitionner quoi ou qui ?

  • 1:27OuverteRéponse directe

    Et on peut réquisitionner des hommes aussi ? Demander à certaines personnes qui travaillent chez Renault d'aller travailler chez un industriel de la défense ?

  • 2:03OuverteRéponse directe

    Ces réquisitions, est-ce qu'on peut dire non ? Est-ce que c'est opposable ? Est-ce que c'est que des boîtes volontaires ?

  • 4:04OuverteRéponse directe

    Et l'industrie de défense française, elle ressemble à quoi ? Il y a beaucoup d'entreprises, quelques grosses, des petites ?

  • 5:04OuverteRéponse directe

    Pourquoi ce besoin de faire plus ? C'est pour notre propre armée, pour aider l'Ukraine, ou pour des questions économiques ?

  • 6:10OuverteRéponse directe

    Sébastien Lecornu a évoqué la guerre froide. Est-ce que vous partagez cette analyse ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:14PrésentateurFait
    « Sébastien Lecornu trouve que la production ne va pas assez vite, il veut développer l'économie de guerre et il n'exclut pas, si besoin, de recourir à des réquisitions. »
  • 0:41InvitéFait
    « Ça fait partie des nouveaux droits qui ont été accordés au gouvernement par la dernière loi de programmation militaire. »
  • 1:01InvitéFait
    « Le ministre peut obliger les industriels à faire des stocks d'un certain type si besoin. »
  • 1:08InvitéFait
    « Le ministre peut demander aux industries qui produisent à la fois des biens civils et militaires de prioriser les biens militaires. »
  • 2:56InvitéFait
    « On n'est pas souverain. Quand on n'a pas affaire à des entreprises françaises qui les produisent, comme c'est le cas pour certains explosifs, ce n'est pas la menace de réquisition qui va changer grand-chose. »
  • 3:12InvitéFait
    « Qu'est-ce qui nous manque ? »
  • 4:21InvitéFait
    « Il y a une partie de l'industrie de défense, notamment celle qui produit des obus d'artillerie, qui est déjà possédée par la France, en fait, qui est déjà possédée par l'État de manière indirecte. »
  • 5:17InvitéFait
    « Les trois ? Un petit peu des trois, je pense que c'est, pour le moment, l'effort français sur l'aide à l'Ukraine, qui est assez limité, a porté sur beaucoup de stocks des armées. »
  • 5:23InvitéFait
    « Ces stocks doivent être complétés, mais en même temps, il faut continuer d'aider l'Ukraine, parce qu'aujourd'hui, l'Ukraine a besoin plus que jamais de notre soutien avec la raréfaction de l'aide américaine. »
  • 5:38InvitéFait
    « Il y a aussi un enjeu industriel, il faut réindustrialiser un pays qui s'est désindustrialisé pendant 30 ans, à fortiori sur une industrie aussi stratégique que celle de l'armement. »
  • 6:01InvitéFait
    « L'important, c'est de rééquiper l'armée française, mais surtout de parvenir à maintenir un niveau d'aide à l'Ukraine qui soit satisfaisant. »
  • 6:22InvitéFait
    « Oui, c'est ce qui est répété depuis déjà plusieurs mois. »
  • 6:31InvitéFait
    « Que voudrait dire une victoire de la Russie en Ukraine pour la stabilité européenne, pour la sécurité européenne ? »

Temps de parole

  • Invité74 %
  • Présentateur26 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Il est 6h21, le ministre des armées a mis un gros coup de pression sur les industriels de l'armement. Sébastien Lecornu trouve que la production ne va pas assez vite, il veut développer l'économie de guerre et il n'exclut pas, si besoin, de recourir à des réquisitions. Pour bien comprendre les propos du ministre, nous avons invité un spécialiste de l'industrie de défense. Bonjour Léo Péria-Pénier. Bonjour. Vous êtes chercheur au Centre des études de sécurité de l'IFRI, l'Institut français des relations internationales. D'abord, qu'est-ce qu'on entend par réquisition ? On peut réquisitionner quoi ou qui ?

0:41
Invité

Alors, ça fait partie des nouveaux droits qui ont été accordés au gouvernement par la dernière loi de programmation militaire. Auparavant, le droit d'inquisition était quelque chose d'assez restreint et limité à l'état de guerre qui était lui-même un état qui devait être déterminé avec des conditions très spécifiques. Là, vous avez quelques pouvoirs qui ont été étendus, notamment en termes... Enfin, le ministre peut obliger les industriels à faire des stocks d'un certain type si besoin. Le ministre peut demander aux industries qui produisent à la fois des biens civils et militaires de prioriser les biens militaires.

Et le ministre, il me semble, peut demander aux industriels de la défense de privilégier la commande nationale plutôt que l'export en cas de besoin. C'est ce genre de réquisition, à mon sens, auquel faisait allusion le ministre hier.

1:27
Présentateur

Et on peut réquisitionner des hommes aussi ? Demander à, je ne sais pas, à certaines personnes qui travaillent chez Renault d'aller d'un seul coup travailler chez un industriel de la défense ?

1:37
Invité

Alors ça, il me semble que ça fait partie du régime de réquisition plus spécifique qui existait avant la réforme. Ce genre de réquisition-là est quand même plus conditionné, on va dire. Il va falloir le justifier de manière très précise et ça donne lieu à des compensations plus importantes.

1:57
Présentateur

Et ces réquisitions, alors je rappelle que ce n'est pas pour demain, le ministre l'a bien dit, c'est une option, il préfère prévenir si jamais ça arrive un jour. Donc ces réquisitions, est-ce qu'on peut dire non ? Est-ce que c'est opposable ? Est-ce que c'est que des boîtes volontaires ? Est-ce que c'est que des entreprises volontaires ?

2:11
Invité

En fait, il faut aussi voir que, enfin, le ministre a annoncé ça hier, il faut voir que le problème n'est pas franchement là, en fait. Le problème que les industriels ont aujourd'hui, ce n'est pas qu'ils n'ont pas envie de produire pour la France, ce n'est pas qu'ils ont une mauvaise volonté ou qu'ils privilégieraient l'export. Quand bien même, ils sont tenus, parce que le ministre l'a rappelé que nous ne sommes plus dans l'industrie d'arsenal, il a rappelé que ces entreprises étaient avant tout des entreprises, donc elles sont quand même tenues de respecter leurs engagements précédents.

Maintenant, le problème majeur qui ne peut pas spécialement être résolu par ce genre de mesures, c'est que pour produire, les entreprises de la défense, elles ont besoin de composants pour leur chaîne d'assemblage. Or, aujourd'hui, certains de ces composants font défaut. On n'est pas souverain. Quand on n'a pas affaire à des entreprises françaises qui les produisent, comme c'est le cas pour certains explosifs, ce n'est pas la menace de réquisition qui va changer grand-chose, si vous voulez. Qu'est-ce qui nous manque ? Pardon ? Qu'est-ce qui nous manque, justement ? Je vais prendre le cas des obus, qui est le plus crié aujourd'hui.

Pour faire des obus, il va falloir des corps d'obus qui, aujourd'hui, sont produits par les forges de Tarbes. On a un problème avec les forges de Tarbes qui ont du mal à produire pour des raisons qui varient selon l'interlocuteur. Mais il va aussi manquer, par exemple, de la poudre, pour lequel un effort industriel est engagé. Rinko et le ministre sont longuement revenus là-dessus hier. Mais il va aussi manquer des choses un peu plus difficiles à avoir, comme ce qu'on va appeler des explosifs complexes qui vont aller dans la tête de l'obus, qui, là, pour le coup, c'est un produit qui n'est quasiment plus produit en Europe.

Il me semble qu'il reste deux producteurs principaux en Europe, qui ne sont pas français, il me semble, et sur lesquels toute l'industrie de défense européenne va devoir venir s'appuyer pour sa production. Donc, en fait, ça, c'est des problématiques qui ne sont pas forcément sensibles à la menace de réquisition.

4:04
Présentateur

Et l'industrie de défense française, elle ressemble à quoi ? Il y a beaucoup d'entreprises, quelques grosses, des petites ? C'est quoi le panorama ?

4:11
Invité

Vous avez... C'est aussi pour ça que les menaces de réquisition sont un peu spéciales, en fait, au sens où il y a une partie de l'industrie de défense, notamment celle qui produit des obus d'artillerie, qui est déjà possédée par la France, en fait, qui est déjà possédée par l'État de manière indirecte. Le seul actionnaire de l'État aujourd'hui, c'est l'État, si vous voulez. Donc, qu'est-ce que l'État va venir réquisitionner sur une entreprise qui est déjà à lui, entre guillemets ? Maintenant, vous avez d'autres grands intégrateurs qui vont venir assembler les produits d'une myriade d'entreprises plus petites pour faire des systèmes finis, on va appeler ça des assembliers, si vous voulez.

4:49
Présentateur

Donc, il y a plusieurs milliers d'entreprises qui travaillent dans le secteur de la défense en France ?

4:53
Invité

Je pense que vous en avez quelques centaines qui ont vraiment la quasi-totalité de leur chiffre d'affaires dans la défense, et vous en avez une proportion plus large qui vont faire des produits civils ou militaires.

5:04
Présentateur

Et pourquoi ce besoin de faire plus, puisque c'est ce que veut Sébastien Lecornu, c'est quoi ? C'est pour notre propre armée, pour aider l'Ukraine, ou pour des questions aussi, j'allais dire, bassement économiques, c'est parce qu'on a raté des commandes ?

5:17
Invité

Les trois ? Un petit peu des trois, je pense que c'est, pour le moment, l'effort français sur l'aide à l'Ukraine, qui est assez limité, a porté sur beaucoup de stocks des armées. Ces stocks doivent être complétés, mais en même temps, il faut continuer d'aider l'Ukraine, parce qu'aujourd'hui, l'Ukraine a besoin plus que jamais de notre soutien avec la raréfaction de l'aide américaine. Et à côté de ça, il y a aussi un enjeu industriel, il faut réindustrialiser un pays qui s'est désindustrialisé pendant 30 ans, à fortiori sur une industrie aussi stratégique que celle de l'armement, où on ne peut pas se permettre d'être dépendant d'acteurs étrangers, parfois lointains.

Mais après, dans l'emploi industriel, la part de l'industrie de défense est quand même assez limitée, donc ce n'est pas non plus quelque chose de majeur, si vous voulez. Je pense que l'important, c'est de rééquiper l'armée française, mais surtout de parvenir à maintenir un niveau d'aide à l'Ukraine qui soit satisfaisant.

6:08
Présentateur

Une dernière question, Léo Péria-Pénier. Sébastien Lecornu a également évoqué la guerre froide. Il a dit, la guerre en Ukraine nous rouvre dans une forme de guerre froide. Ce n'est pas anodin, quand même, de prononcer cette expression. Est-ce que vous partagez cette analyse ?

6:22
Invité

Oui, c'est ce qui est répété depuis déjà plusieurs mois. Que voudrait dire une victoire de la Russie en Ukraine pour la stabilité européenne, pour la sécurité européenne ? Ça voudrait dire qu'à moyen terme, après une Russie qui aura reconstruit son appareil militaire, comme ils sont en train de le faire, pourrait redevenir une menace pour l'Europe avec des ambitions qui, le président Poutine l'a dit lui-même, pourrait vouloir s'attaquer aux Pays-Baltes ou à la Pologne ou à la Finlande, qui sont aujourd'hui nos allées de l'OTAN. Donc, on retourne dans une logique de confrontation froide pour le moment, mais qui peut dégénérer à un moment ou à un autre.

6:55
Présentateur

Merci beaucoup pour vos explications. Léo Péria-Pénier, chercheur au Centre des études de sécurité de l'IFRI, l'Institut français des relations internationales. nationales. Merci.

7:03
Locuteur

Merci. Merci.