Philippe Martin : la remise à la pompe "bénéficie davantage aux plus aisés qu'aux plus modestes"
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Philippe Martin, bonjour.
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Quelles conséquences sur l'économie française et le porte-monnaie des ménages ?
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Sur quels produits la réduction de consommation est-elle la plus marquée ?
- 2:26OuverteRéponse directe
Qui profite de la ristourne de 18 centimes du gouvernement ?
- 3:03OuverteRéponse partielle
Qui pourrait se passer de la voiture pour aller travailler ?
- 3:32OuverteRéponse directe
Prolonger la ristourne est-il un bon compromis avec les oppositions ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« les économistes disent que c'est une mesure régressive au sens où elle bénéficie davantage aux plus aisés qu'aux plus modestes »
- 2:46InvitéChiffre
« les 10% les plus riches, ils dépensent par mois à peu près 200 euros pour l'essence et les 10% les plus pauvres, 100 euros »
- 3:50InvitéChiffre
« ça coûte cher, on va être quand même à près de 50 milliards d'euros sur l'année 2022 de protection des ménages par le gouvernement »
- 7:23InvitéFait
« il y avait une forte pression sur la Banque Centrale Européenne dans une situation inflationniste »
- 7:36PrésentateurChiffre
« 8,6% au mois de juin sur un an dans la zone euro »
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« elle l'a fait de manière plus forte que ce qu'on anticipait, on pensait qu'elle augmenterait ses taux de 0,25 et là, c'est plutôt 0,5 »
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« c'est une des conséquences potentielles du fait que la Banque Centrale Européenne augmente ses taux »
- 13:54InvitéChiffre
« on va avoir quand même un déficit cette année, certainement autour de 5% »
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« une hausse des dépenses publiques limitée à 0,6% »
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« 10% de la dette française est indexée sur l'inflation »
- 20:52InvitéChiffre
« on perd 2% de notre revenu avec cette crise énergétique »
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Philippe Martin, bonjour. Bonjour. Vous êtes président délégué du conseil d'analyse économique, professeur d'économie et doyen de l'école d'affaires publiques de Sciences Po. On va revenir avec vous ce matin sur cette décision historique de la Banque Centrale Européenne hier de remonter ses taux. C'est une première en 11 ans. Appelez-nous, chers auditeurs, posez-nous toutes vos questions au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux, l'appli France Inter ou sur franceinter.fr parce que ça va avoir des conséquences très concrètes sur l'économie française, le porte-monnaie des ménages.
Vous venez d'ailleurs, Philippe Martin, avec des chiffres tout frais ce matin qui illustrent la situation financière des ménages à la fin juin. Elle résiste, mais les Français se serrent la ceinture quand même de plus en plus.
Oui, c'est vrai, elle résiste au sens où on ne voit pas, par exemple, une augmentation du nombre de ménages qui ont leur compte bancaire en rouge à la fin du mois. Donc ça, c'est plutôt une bonne nouvelle. En revanche, en effet, ils tirent sur leur épargne quand ils le peuvent.
Quand ils en ont encore ?
Exactement. Et c'est vrai que les ménages les plus modestes, en gros, les 10-20% les plus modestes, ils n'avaient pas beaucoup accumulé d'épargne pendant le Covid. On se rappelle qu'il y a eu cette épargne Covid, mais ça, c'était plutôt pour les ménages les plus aisés. Les plus modestes sont sortis de la crise Covid sans beaucoup d'épargne. Et donc, aujourd'hui, se prennent le choc de l'inflation. Et du coup, ce qu'ils font, ils sont obligés de réduire leur consommation un petit peu partout.
Partout, donc sur les produits alimentaires, sur les produits énergétiques, sur quel type de produits ça concerne ?
Alors, un petit peu partout, mais ce qui est vrai, c'est que pas tellement, en fait, sur l'essence. C'est-à-dire que ce qu'on a regardé, c'est en particulier ces ménages qui sont très dépendants à l'essence. Et comme vous pouvez vous en douter, ce sont des ménages ruraux, périurbains. Et c'est des ménages, en gros, il y en a un tiers, des ménages qui, aujourd'hui, dépensent plus de 8% de leur consommation en essence. Donc, on peut dire qu'ils sont très dépendants à l'essence. Et pour eux, on a regardé, donc en effet, ce qui se passait sur leur compte bancaire, sur leur consommation.
Et ce qu'on voit, c'est que ces ménages, en fait, ils sont obligés de consommer autant d'essence qu'avant, sauf qu'elle est plus chère. Et donc, ils dépensent moins ailleurs sur plein de postes de consommation.
Ce qu'on confirme aussi dans votre étude, c'est que, puisqu'on parle du carburant, ce sont les plus gros consommateurs qui sont aussi les plus aisés et à qui profite donc la ristourne de 18 centimes du gouvernement ?
Absolument. Donc, les économistes disent que c'est une mesure régressive au sens où elle bénéficie davantage aux plus aisés qu'aux plus modestes. En gros, les 10% les plus riches, ils dépensent par mois à peu près 200 euros pour l'essence et les 10% les plus pauvres, 100 euros. Donc, le calcul est relativement facile. Si vous faites une remise de 18 centimes sur le litre d'essence, eh bien, ça va bénéficier deux fois plus aux personnes les plus aisées plutôt qu'aux personnes...
Mais qui pourrait se passer de la voiture parce qu'il n'y a pas forcément de nécessité de la prendre pour aller travailler matin et soir ?
Le problème, c'est qu'encore une fois, il y en a un tiers des Français qui sont très dépendants et on peut imaginer que pour eux, c'est extrêmement difficile de se passer de la voiture, justement. Donc, de ce point de vue, nous, on est plutôt favorable à des mesures ciblées plutôt qu'à une baisse généralisée du prix de l'essence.
Ce qui se profile un petit peu dans les discussions qu'on est en train de suivre à l'Assemblée au Parlement. Est-ce que vous trouvez que c'est une bonne solution, un bon compromis, en l'occurrence avec les oppositions, que de réfléchir à prolonger cette ristourne de manière assez large ?
Alors, je peux comprendre qu'évidemment, il y a une demande sociale, une demande politique pour faire ces ristournes, ces rabais généralisés. Mais un, ça coûte cher. On va être quand même à près de 50 milliards d'euros sur l'année 2022 de protection des ménages par le gouvernement. Donc, c'est très, très cher. Et encore une fois, ça bénéficie. Alors, quand ce n'est pas ciblé, quand ce n'est pas des chèques énergie, des chèques sur les ménages les plus modestes ou les ménages qui seraient plus dépendants de l'essence, ça signifie que ça donne de l'argent à des personnes qui pourraient peut-être utiliser leur épargne, leur épargne Covid, pour faire face aux chocs inflationnistes.
Donc, moi, je serais plutôt favorable à mettre un peu plus l'accent sur des mesures plus ciblées sur les ménages modestes et dépendants de l'essence.
Et à compter sur des gestes des grandes entreprises, on apprenait dans le journal il y a quelques minutes que Total annonce la prolongation de sa ristourne et l'augmente même jusqu'à la fin de l'année, 20 centimes d'euros par litre, à partir du 1er septembre au 1er novembre, pour être parfaitement précise. C'est ce que le gouvernement demandait à ces grandes entreprises.
Oui, alors on peut toujours espérer que ces grands groupes font un geste. Moi, je ne suis pas opposé au fait qu'on taxe, c'est sur profit des grandes entreprises pétrolières. Et donc, on finance une partie des gestes pour protéger les ménages modestes par une taxe exceptionnelle sur des profits qui eux-mêmes sont exceptionnels.
Ça aussi, c'est dans le débat, cette taxe sur les super-profits, au-delà des gestes qui sont demandés aux entreprises et dont Total annonce ce matin cette ristourne à partir de la rentrée. Une taxe sur les super-profits dans le débat et donc, voilà, qui serait une bonne chose selon vous ?
En tout cas, je trouve que ça doit faire partie du débat et de la discussion avec ces groupes pétroliers, tout à fait.
Quel peut être le véritable effet du triplement de la prime Macron ? Ça aussi, ça a été beaucoup discuté cette semaine à l'Assemblée nationale ?
C'est une mesure potentiellement en faveur du pouvoir d'achat. Quand les entreprises ont les moyens, en effet, de faire soit des augmentations de salaires, soit en l'occurrence des primes, bien entendu, ça permet d'augmenter le pouvoir d'achat des salariés.
Sauf que les entreprises ont du mal à s'en saisir. Si on regarde l'étude d'impact qui était associée au texte présenté à l'Assemblée cette semaine, 4 millions de Français l'ont touché cette prime l'année dernière, c'est 2 millions de moins quand même que l'année précédente, même si ça reste beaucoup. Et toujours selon l'étude d'impact, entre 2019 et 2022, le montant moyen de cette prime a oscillé entre 66 et 572 euros. C'est loin des 1 000 euros possibles. Donc, est-ce que c'est vraiment efficace ?
4 millions de Français, c'est déjà beaucoup. Mais vous avez raison. De toute façon, il va falloir avoir une augmentation des salaires. Donc, si l'inflation est autour de 6 %, il faut que les salaires augmentent pour que le pouvoir d'achat ne diminue pas trop.
Et que l'État agisse pour cette augmentation de salaire ou que ce soit dans les mains des entreprises ?
Les salaires, c'est dans la main des entreprises, sauf évidemment le SMIC qui a été fortement revalorisé. Sur l'année, le SMIC va augmenter environ de 8 %.
Depuis octobre dernier, ça c'est vraiment l'augmentation sur un an. Sur un an à peu près.
Donc, c'est un petit peu plus que l'inflation.
Oui, mais il n'y a pas eu de coup de pouce. C'est l'augmentation automatique liée à l'inflation. L'État aurait pu agir plus que lui demande d'ailleurs la gauche à l'Assemblée.
8 %, c'est quand même plus que l'inflation.
On va en venir à cette décision historique à présent. Philippe Martin, de la Banque Centrale Européenne, première hausse des taux depuis 11 ans confirmée hier. Plus forte que prévu, c'est la fin de l'argent facile, la fin de l'argent qui ne coûte pas cher. Est-ce que c'était inévitable ?
Oui, je crois que c'était inévitable. Il y avait une forte pression sur la Banque Centrale Européenne dans une situation inflationniste. Je rappelle que la France, on se plaint beaucoup de l'inflation. En effet, elle est de manière inédite élevée en France, mais elle est plus élevée en zone euro.
8,6% au mois de juin sur un an dans la zone euro.
Absolument, et dans certains pays, on est autour de 10%. Donc, il est évident que dans une telle situation, la Banque Centrale doit réagir. C'est son rôle. Son rôle, c'est de cibler une inflation autour de 2%. Donc, on est bien loin de ces 2%. Et donc, la Banque Centrale devait augmenter ses taux d'intérêt. Elle l'a fait de manière plus forte que ce qu'on anticipait. On pensait qu'elle augmenterait ses taux de 0,25 et là, c'est plutôt 0,5. Donc, c'est en effet, c'est la fin des taux d'intérêt négatifs qui était quand même une aberration. Donc, de ce point de vue, c'est une normalisation de la politique monétaire.
Alors, la politique monétaire, elle agit sur l'inflation, mais pas sur les prix de l'énergie. Ça, le prix de l'énergie, c'est M. Poutine qui a manipulé les prix. Donc, ce n'est pas là-dessus.
En tout cas, pour qu'on comprenne bien, quand on dit que la BCE relève ses taux, ça veut dire les taux auxquels elle prête au secteur financier, aux banques, qui prête ensuite aux agents économiques, aux entreprises, aux particuliers. Et c'est donc à ce moment-là qu'on va commencer à avoir des conséquences économiques concrètes pour les Européens, pour les Français.
Oui, parce que ces taux d'intérêt de la Banque centrale, en effet, ils ont un effet sur les taux d'intérêt que les banques vont utiliser pour prêter aux ménages, pour acheter un crédit immobilier, voiture, crédit à la consommation. Aussi, crédit à la consommation, aussi pour les entreprises, les TPE, les PME, les grandes entreprises qui empruntent pour investir, eh bien, elles vont emprunter maintenant un taux d'intérêt plus élevé. Donc, ça va en effet avoir un effet plutôt négatif sur les achats immobiliers, sur les achats en général, sur l'investissement des entreprises. Donc, ça va faire plutôt ralentir la croissance, mais c'est exactement ce que la Banque centrale essaye de faire.
C'est-à-dire qu'en ralentissant la croissance et l'emploi, elle va un peu casser la spirale inflationniste. Mais ça va avoir un coût, en effet, en termes économiques, en termes d'emploi.
Au risque de créer donc du chômage, c'est un peu ce que vous dites. L'OFCE, déjà ce matin, estime que le taux de chômage risque de remonter à 8% en 2023. Et c'est sans compter les effets, les conséquences des décisions qui viennent d'être prises à Francfort.
Absolument. Donc, en effet, c'est ça la difficulté pour la Banque centrale européenne. C'est qu'elle est sur une ligne de crête entre, d'un côté, augmenter ses taux pour réduire l'inflation, mais augmenter les taux, ça a un impact négatif sur la croissance et l'emploi. Et donc, c'est un arbitrage difficile.
Il faut s'attendre à une hausse du chômage dans les mois qui viennent.
Alors, je ne sais pas, parce qu'on entre quand même dans cette crise, avec une situation en particulier en France sur le marché de l'emploi qui est plutôt saine. On continue à créer des emplois. Donc, je reste relativement optimiste là-dessus, mais c'est sûr que ce n'est pas une bonne nouvelle pour la croissance et l'emploi.
Voilà, vous dites que ça va freiner la croissance. Est-ce que c'était vraiment ce qu'il fallait faire de freiner la machine, comme on dit, pour faire face à une inflation importée ? En fait, l'inflation, elle ne vient pas de l'intérieur de la zone euro. Elle existe parce qu'on paye l'énergie importée plus chère, parce qu'on paye les céréales importées plus chères, notamment du fait de la guerre en Ukraine.
Non, mais vous avez raison, c'est ça la difficulté de la situation. Mais ce qu'il faut éviter, c'est que cette inflation importée devienne une inflation endogène, c'est-à-dire qu'elle se... qu'il y ait de la contagion sur tous les prix et tous les salaires, au-delà de l'énergie. Et on commence à voir un petit peu ça, beaucoup moins qu'aux Etats-Unis, on n'est pas du tout dans la situation américaine, mais c'est vrai qu'il faut éviter qu'il y ait cette contagion des prix de l'énergie sur tous les autres prix des services du manufacturier, des salaires, etc., etc., pour éviter cette spirale entre la boucle prix-salaire. Et donc, c'est ça qu'essaye de faire la Banque Centrale Européenne.
Mais en effet, c'est risqué en termes de croissance et d'emploi.
La Banque Centrale Européenne, qui risque quand même, qui marche un peu sur des oeufs, parce qu'elle a bien dans l'œil la situation politique italienne et une politique monétaire à mener avec une tempête politique dans l'un des pays, la troisième économie de la zone euro, mais qui a une dette publique très importante, la dette qui se chiffre à près de 2 700 milliards de dollars, 150% de son PIB. Là non plus, ce n'est pas sans conséquences, ce n'est pas sans risques, ce qu'on est en train de faire.
Oui, c'est l'autre gros risque que la Banque Centrale Européenne, auquel elle doit faire face, c'est que quand vous augmentez les taux d'intérim, le coût d'emprunt pour les Etats augmente aussi, c'est le cas pour la France aussi, mais pour l'Italie qui est extrêmement endettée, qui est dans une situation politique extrêmement instable, on voit qu'immédiatement après l'augmentation des taux d'intérêt par la Banque Centrale Européenne, les taux à 10 ans, c'est-à-dire les taux auxquels l'Italie s'endette à 10 ans, ont augmenté. Donc, il y a un risque potentiel de retour de la crise de la zone euro, comme on avait eu en 2011-2012.
Mario Draghi avait sauvé l'euro.
Absolument, et aujourd'hui, il ne quitte plus le Premier ministre de l'Italie, et en effet, on est dans une situation assez dangereuse.
C'est un moment, l'Europe est un moment charnière.
Absolument, et alors la Banque Centrale Européenne dit qu'elle sera prête à mettre des instruments pour faciliter justement cette situation, potentiellement en rachetant de la dette italienne.
C'est ce fameux outil anti-fragmentation dont on n'a quand même pas beaucoup, des contours pas très précis pour le moment. L'essentiel, c'est de rassurer les marchés. On sera là si jamais il y a un souci.
Oui, mais on est dans une situation où potentiellement, d'un point de vue légal par exemple, on est un peu dans une zone grise et les marchés financiers n'aiment pas l'incertitude. Et donc, en effet, on rentre dans une zone de risque.
Alors, on a des questions au standard. Fabrice, d'abord, nous appelle de Besançon. Bonjour Fabrice.
Bonjour à toutes et tous. Donc, au regard des déficits économiques, que pensez-vous du serrage des vis à 3% annoncé par notre ministre de l'Économie ?
Bruno Le Maire, qui donc annonce cet objectif, 3% de déficit public 2027, 5% d'ici à la fin de l'année, il va falloir resserrer les cordons de la bourse en France ?
Oui, mais c'est une des conséquences potentielles du fait que la Banque Centrale Européenne augmente ses taux. La contrainte budgétaire va être plus forte. Je rappelle qu'on va avoir quand même un déficit cette année, certainement autour de 5%, ce qui est quand même très élevé. Donc, on n'est pas dans une situation d'austérité budgétaire. Je rappelle aussi qu'on a mis 50 milliards sur la protection des ménages face à la crise inflationniste. Donc, oui, il va y avoir une réduction du déficit. Je pense que ce sera dur d'y arriver à 3% en 2027. Je ne sais pas si on y arrivera. C'est l'objectif. Et donc, il y a, oui, un petit peu de resserrage sur le plan budgétaire.
Le ministre de l'Économie nous annonce quand même des temps assez difficiles. C'est vrai. Une hausse des dépenses publiques limitée à 0,6%. Ça fait de nombreuses années qu'on n'a pas vu ça. Ça va être très difficile.
Absolument.
D'accord. À quel niveau ? C'est la question que se pose Laurent qui nous appelle, qui est au standard. Laurent, quelle est votre question ?
Bonjour. Ma question est... C'est très sympa d'avoir une analyse macroéconomique et en économétrie. Le truc, c'est que les paramètres de chaque pays font que la situation est bonne ou pas pour emprunter les sous. Et nous, on est les rois du gaspillage. Alors, pour que les gens comprennent un petit peu, il y a une trentaine d'années, on a défini que les régions, les départements, les communes, ils avaient des postes budgétaires pour financer les écoles, les collèges, les lycées, le tourisme. Aujourd'hui, le tourisme, c'est une compétence régionale. Et puis, vous avez des départements qui disent « Ah, gna gna, moi, je veux aussi mon comité départemental du tourisme.
Et puis, moi, je veux mon ci, moi, je veux mon ci, je veux mon ça. » Et ça, il y a eu une clause qui permettait de déroger à cette règle pendant 20 ans. Et des gens ont créé des structures communales, intercommunales, des festivals, des établissements culturels, ce genre de choses, en doublant ou en triplant. Et ensuite, on s'est dit « Stop ». Qu'est-ce qu'on va faire de tous les postes, de tout cet argent qu'on a dépensé en doublant ou en triplant, avec des gens dont le statut était de fonctionnaire ?
La question que vous posez entre les lignes, Laurent, c'est quand on parle de resserrer la dépense publique. Où est-ce qu'on la resserre, Philippe Martin ?
Laurent, il donne des pistes de réflexion, justement, au ministre des Finances qui voudrait passer de 5% de déficit à 3%, au sens où, en effet, on le sait, en France, on a un millefeuille administratif et il y a beaucoup de doublons. Donc, certainement, si on fait une réforme de l'État, il y a certainement beaucoup de choses à faire de ce côté-là.
Éric a une question au standard. On l'appelle à propos du chèque essence. Bonjour, Éric.
Bonjour à tous. Bonjour, M. Martin. Ça va être très, très simple pour moi. N'oubliez pas les classes moyennes en milieu rural. Je suis de classe moyenne, j'ai ma voiture tout le temps. Je ne touche rien du tout. Et ça va être pire avec ce que vous proposez, M. Martin, en faisant des chèques pour les classes qui n'ont rien, qu'il faut aider. Mais moi, 2 euros le litre, je travaille dans un hôpital, et vous entendre dire, bon, on arrête pour les ristournes, et puis ça ira. 2 euros le litre en milieu rural, c'est terrible.
C'est la question du ciblage des aides, l'interpellation d'Éric Philippe Martin.
Il a raison, Éric. Mais ce que je disais, c'est que, justement, il faut cibler à la fois sur les ménages modestes et les ménages les plus dépendants sur l'essence, comme celui d'Éric. Donc, au contraire, moi, je pense qu'il faut davantage aider quelqu'un comme Éric, aussi les ménages modestes, plutôt que d'aider des personnes qui habitent en ville et qui sont relativement riches avec une ristourne sur le prix de l'essence pour tout le monde. Donc, au contraire, moi, je pense qu'il faut cibler sur des ménages comme celui d'Éric.
La ristourne pour tout le monde.
Et donc, pas seulement les plus modestes, pas les 10 et 20%, aussi, par exemple, des classes moyennes qui sont très dépendantes à l'essence.
La question, l'arbitrage, l'argument, c'est de regarder à quel point c'est une dépense contrainte dans le budget.
En gros, il y a un tiers des Français qui sont extrêmement dépendants à l'essence. Et clairement, Éric en fait partie. Donc, c'est ces ménages qu'il faut aider en priorité.
Alors, on a aussi des questions sur l'appli de France Inter. Autour de la décision de la Banque Centrale Européenne, hier, Alexandre nous demande si elle fait porter un risque sur les montants des intérêts de la dette française à rembourser.
Oui, bien sûr. Ça veut dire qu'il va y avoir une augmentation des paiements d'intérêts. Déjà, on sait que 10% de la dette française est indexée sur l'inflation. Donc, avec l'augmentation de l'inflation, on paye plus cher. Et puis, en effet, les taux d'intérêt que la France paye vont augmenter. Donc, ça va être un poste de dépense qui va augmenter. Ce qui signifie que si on veut garder le déficit constant, ça signifie qu'il va falloir trouver des économies ailleurs. Donc, on revient sur le débat, en effet, d'avoir une politique budgétaire qui va être plus contrainte.
Et vous ne parliez pas d'austérité, mais plutôt de rigueur, de sérieux budgétaire.
Oui, on peut utiliser le mot que vous voulez, mais c'est vrai qu'à 5% de déficit budgétaire, on ne peut pas parler d'austérité, même si on revient à 3%, ce qui sera difficile. Parce que c'est le delta qui va avoir un impact, c'est la différence qui va avoir un impact sur la croissance. Et en effet, ça va être assez difficile d'aller trouver cette baisse de dépense. D'autant plus qu'on voit bien, il y a des investissements qui vont devoir être faits dans la santé, dans le changement climatique, dans l'éducation.
Moi, je considère que les 50 milliards qu'on a mis pour protéger les ménages, qui ont été certainement importants et nécessaires, on aurait peut-être pu aussi les utiliser pour investir dans la rénovation, davantage, le gouvernement le fait déjà, mais encore davantage dans la rénovation thermique, pour se préparer au fait que de toute façon, les prix de l'énergie, ils vont rester élevés. Et ils doivent rester élevés.
Il y a quand même un chiffre dont on ne parle pas. Vous parliez de cet effort de 50 milliards pour le pouvoir d'achat des ménages dans le budget rectificatif, qui va être examiné là, juste après les mesures pouvoir d'achat. Les députés ont passé 50 milliards depuis le début de l'année. Depuis le début de l'année. Il y a un surplus de recettes fiscales aussi, par rapport à ce qui était prévu, qu'on va voir dans le budget rectificatif. 55 milliards d'euros, bien plus, un peu plus. Donc, ce que coûtent ces mesures de pouvoir d'achat. Donc, est-ce qu'il y a vraiment de quoi s'inquiéter ?
Alors, vous avez raison. Il y a une partie plutôt positive pour les recettes, parce que la TVA augmente, parce que les recettes liées aux taxes sur l'essence augmentent aussi. Donc, ça, c'est plutôt la bonne nouvelle. Mais faisons attention. Cette crise inflationniste, elle vient du fait que les prix des produits importés, en particulier le gaz, le pétrole, etc., ont augmenté. Donc, ça, c'est perdu pour la France. En gros, on perd 2% de notre revenu avec cette crise énergétique. C'est-à-dire que c'est un chèque, c'est un transfert qu'on fait. Au reste du monde, aux Russes et aux Saoudiens. Et quelqu'un doit le payer. Pour le moment, c'est fortement absorbé par l'État.
Mais ça n'est pas une bonne nouvelle, en soi, pour les finances publiques. Il y a une partie de l'inflation qui, en effet, va faire augmenter les recettes. Mais une autre partie, ça va avoir un impact négatif sur les recettes. Et puis, on voit bien que, du coup, ça fait une pression pour augmenter certaines dépenses.
On retourne au standard. Bastien, bonjour. Vous avez une question à poser à Philippe Martin.
Oui, bonjour.
Bonjour.
Oui, je voulais juste savoir s'il n'était pas tant que les économistes soient un peu plus révisionnistes. En fait, on est face à quelque chose de nouveau qui va un peu transformer tous nos dogmes et nos paradigmes. Mais est-ce que, du coup, faire acte de sobriété, tout ça ne doit pas être plutôt accompagné ? En cas de guerre, on ne dit pas d'un coup, bon, on n'a plus d'argent, on ne peut plus faire de bon. Bon, on a toujours fait front. Donc, je pense que là, justement, il faut que les sous, ça passe de côté, parce que la vie des gens est quand même importante. Et ces gens-là, c'est les pauvres qui payent au détriment des...
Vous dites, Bastien, la sobriété pour faire des économies ?
Non, mais...
On ne vous entend plus très bien. Mais je crois avoir compris l'essentiel de votre message, Philippe Martin.
Oui, mais moi, je l'entends très bien, ce message de sobriété. Je crois que on devrait, le gouvernement devrait, en effet, envoyer ce message. Il l'a fait pour les administrations publiques, en disant que, par exemple, sur la consommation d'énergie des administrations publiques, elle doit être réduite de 10%. Je pense qu'on devrait s'y prendre tôt à l'avance, parce qu'on sait très bien que l'hiver sera difficile en termes de quantité, simplement, de gaz qu'on aura à notre disposition. Et, par ailleurs, il faut être cohérent avec nos objectifs sur le problème climatique.
Donc, je pense que cette question de la sobriété, elle est importante à court terme, mais elle est importante aussi à moyen-long terme.
À court terme, est-ce qu'elle suffit ? Est-ce qu'elle est la bonne réponse ? Est-ce qu'elle est la réponse suffisante au risque de pénurie de gaz de l'hiver prochain ? C'est le FMI qui calculait que si la Russie coupait le robinet, les Européens seraient obligés de réduire leur consommation d'environ 12% de novembre à mars. prochain, le gouvernement a beau anticiper, on n'est pas prêt à ça ?
Non, on n'est pas encore prêt à ça, et donc c'est pour ça qu'il y a des protocoles de rationnement, de savoir qui sera rationné. A priori, ce sera plutôt l'industrie que les ménages, et donc ça signifie qu'en effet, si on peut faire un certain nombre de mesures aujourd'hui pour épargner du gaz, dès aujourd'hui pendant l'été, ce sera une bonne chose et on en verra les conséquences pendant cet hiver.
Voilà, Christine Lagarde qui disait hier avoir des perspectives quand même qui s'assombrissent au fur et à mesure des mois. Le tableau n'est pas bien rose, mais ça ne va sans doute pas arranger le pouvoir d'achat des ménages, leur confiance, leur consommation. Est-ce que finalement ce qui a été voté cette nuit ne sera pas obsolète dans quelques jours déjà ?
Ce n'est pas évident, c'est vrai qu'il se peut qu'on est à nouveau, mais un petit peu comme le Covid, où pendant l'année, il a fallu faire des mesures d'urgence tous les trois mois. On est dans une nouvelle crise, on croyait être sorti de la crise avec le Covid, et on s'est pris un nouveau choc en effet avec la crise énergétique, beaucoup plus tôt que ce qu'on espérait.
Merci beaucoup Philippe Martin, président délégué du Conseil d'analyse économique. Merci d'avoir été l'invité ce matin de France Inter, la revue de presse à suivre. France Inter Sous-titrage Société Radio-Canada