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interviewLe Média (sur Podcast)· 11 juillet 2026 16 min

Procès Marine Le Pen : on vous raconte les coulisses d’un verdict explosif

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

39 minutes d'audience seulement pour entendre la cour d'appel de Paris s'affaler devant la pression politique, rendant une décision mi-figue mi-raisin d'une clémence particulièrement étonnante, justifiée par une candidature à la présidentielle. Bilan, eh bien non, les politiques ne sont pas déjusticiables comme les autres, c'est ma carte blanche. Tout a commencé aux environs de 5h du matin ce mardi 7 juillet, devant le vieux palais de justice de Paris où siège la cour d'appel.

Journaliste, photographe, caméraman du monde entier se pressait devant la petite entrée du palais, juste après celle de la conciergerie, vous savez, là où Marie-Antoinette avait été emprisonnée avant d'être guillotinée. Il est très tôt, nous nous entassons là comme des groupies avant le concert de notre chanteur préféré, car les places sont chères. La salle ne peut contenir que 75 places pour la presse, et le service comme de la cour d'appel a été très clair. Premier arrivé, premier servi, un seul journaliste par média, nous voilà donc lancés dans la bataille des places.

7h30, ouverture des portes, brouhaha, fonce, me lance une consoeur en riant, et à force de patience et de piétinement, nous avons réussi à obtenir le saint graal du jour, le pass qui donne accès à la grande salle de la cour d'appel de Paris. Oui mais voilà, il est 7h30 et l'audience, elle, ne démarre que 6h plus tard, à 13h30.

Commence alors une longue période d'attente au milieu de ce brouhaha de journalistes venus admirer la justice française, gérer les affaires de détournement de fonds publics de ses politiques les plus importants, à la queue leuleux, assis par terre devant l'entrée de la salle, ou en errance dans les couloirs du Vieux Palais, ou encore dans l'entre de l'association de la presse judiciaire, les discussions vont bon train, et je ne peux m'empêcher de demander à mes confrères et mes consoeurs spécialisés leurs pronostics. La cour d'appel va-t-elle s'affaler devant la pression politique ? Marine Le Pen pourra-t-elle se présenter à l'élection ? Pourra-t-elle même rester députée ?

De même que Julien Audoul, Nicolas Bay ou Timothée Houssin, quelle peine pense-t-il entendre cet après-midi-là, scandé entre les murs du Vieux Palais ? Globalement, de grands courants se dessinaient, ceux qui pensaient que les magistrats ne pouvaient pas aller en deçà des réquisitions du ministère public, qui avait demandé contre Marine Le Pen 4 ans de prison, dont 1 an ferme et 5 ans d'inéligibilité, car elle était considérée comme l'instigatrice à la suite de son père d'un véritable système. Si les magistrats vont en deçà de ces réquisitions, disaient les confrères, ça serait une décision clairement politique, une rémise en question de l'indépendance de la justice.

Ça entamerait la confiance des citoyens dans la justice de leur pays, les éléments de preuve de ce dossier étant particulièrement incriminants. Et puis il y avait aussi un deuxième courant, dont je reconnais avoir fait partie, qui tout en reconnaissant la solidité du dossier et la justification d'une condamnation sévère. Eh bien, je n'avais pas foi dans la capacité de la justice à résister à la confrontation avec les politiques.

Et je pensais bien que la cour d'appel s'affalerait dans une décision mi-figue mi-raisin qui diluerait la responsabilité de cette décision en renvoyant la patate chaude à la fois à la candidate elle-même, on vous condamne mais on vous laisse la possibilité d'aller à la présidentielle, et aux instances qui suivent, en l'espèce, la cour de cassation. J'avais personnellement tablé sur deux ans d'inéligibilité et un an de bracelet électronique, j'étais pas si loin du compte. Et cette décision nous a été rendue à l'occasion d'une audience éclaire.

Alors qu'on s'attendait quand même à avoir au moins deux ou trois heures avec quelques détails sur les argumentations, eh bien non, nous n'avons eu que des principes généraux et une annonce de peine ultra rapide.

La cour d'appel est arrivée à 13h29, elle est repartie à 14h08, une audience expédiée en moins de 40 minutes pour nous dire en substance « Ouh là là, c'est très grave » parce que les faits se sont déroulés pendant plus de 11 ans durant trois mandatures, malgré les rappels du Parlement européen, qu'il y a plus de 2,8 millions d'euros qui ont été détournés, provoquant une rupture d'égalité avec les autres partis politiques, que ces faits ont été commis par des élus en charge de l'intérêt général, alors qu'on attend d'eux une probité totale, qu'il s'agit bien d'une organisation dont le but était de s'accaparer les fonds du Parlement européen au profit du parti.

Certes, la cour constate qu'il n'y a pas eu d'enrichissement personnel. Concernant spécifiquement Marine Le Pen, la magistrate ajoute qu'en tant qu'instigatrice, elle est plus dangereuse dans ce système car c'est elle qui est censée faire respecter les règles alors qu'en fait, elle a fait perdurer le système de son père, d'autant plus que Marine Le Pen ne reconnaît pas les faits, ce qui traduit, je cite, « une réelle difficulté à assumer les responsabilités de députés européennes et de présidentes du Front National », écrivent les magistrats dans leur arrêt. En gros, la cour d'appel reprend les arguments de la première instance.

Donc, c'est très très grave, c'est pas bien, vous êtes des méchants, et pour vous punir, on va quasiment diviser vos peines en deux, en activant notamment l'argument de la liberté des candidatures et la liberté de choix de l'électeur, condition d'expression du suffrage démocratique. Marine Le Pen a donc été condamnée à trois ans de prison, dont deux avec sursis, une année de bracelet électronique et 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, soit 15 mois effectifs. La première instance lui donnait quatre ans de prison, dont deux fermes et cinq ans d'inéligibilité.

Cela lui permet donc, non seulement d'être candidate à l'élection présidentielle, mais aussi de rester député, et ça, on en parle peu. La Cour d'appel a en effet considéré que l'exécution de sa peine d'inéligibilité avait, je cite, « réparé l'atteinte à la probité que l'ignoré porterait atteinte au principe de liberté des candidatures, encore une fois ». Or, cette inéligibilité n'a pas eu l'effet escompté d'une décision définitive. Elle n'a eu qu'un effet plus ou moins rhétorique. Je m'explique. Quand un député en cours de mandat est définitivement condamné à de l'inéligibilité, il perd automatiquement son siège de député.

La Cour d'appel considère que Marine Le Pen a payé sa dette en termes d'inéligibilité. Pour autant, elle n'a pas perdu son siège de député vu que la décision n'était pas définitive. Donc les répercussions de cette inéligibilité n'étaient vraiment pas complètes. Certes, elle a dû quitter son poste au Conseil départemental du Pas-de-Calais, mais c'est tout. Il en est de même pour Julien Audoul, député de Lyon, Timothée Oussin, député RN de l'EUR, et Nicolas Bay, eurodéputé reconquête, qui tous ont été reconnus coupables, mais ont vu leur peine d'inéligibilité réduite et assortie entièrement du sursis. La Cour considérant que ces peines étaient proportionnées à la liberté d'être élu.

En d'autres termes, être candidat et élu vous permet de réduire la sévérité de la justice. Un prof de droit me disait aujourd'hui « Non mais je vais conseiller à tous les prévenus de dire qu'ils sont candidats » et bim, réduction de peine automatique. Cette position contredit la première instance qui, tout en reconnaissant qu'il fallait rechercher un consensus social, attention, qui ne peut se confondre avec le consensus d'une classe, quand bien même il s'agirait de la classe politique, le tribunal rappelait que l'égalité devant la loi était l'un des piliers de la démocratie.

Dès lors, la proposition de la défense de laisser le peuple souverain décider d'une hypothétique sanction dans les urnes revient à revendiquer un privilège ou une immunité qui découlerait du statut d'élu ou de candidat en violation du principe d'égalité devant la loi. N'est-ce pas alors exactement ce que la Cour d'appel vient de faire en sauvant les élus d'extrême droite au nom de la liberté d'être candidat et élu ? À la sortie de cette audience, on a un peu un sentiment étrange de déception. On se questionne d'une part sur la cohérence de la justice. En première instance, des secondes mains de ce système ont désormais été condamnés quasiment aussi durement que la chef de file elle-même.

Et surtout, ça envoie quand même le message aux citoyens français que quand vous êtes puissant, que quand vous êtes un élu, un candidat, vous avez une sorte de mensuétude judiciaire en matière de probité au nom de votre rôle politique. On ne peut s'empêcher de penser à La Fontaine qui écrivait en 1678 selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. Près de 350 ans plus tard, cette maxime a-t-elle vraiment pris une ride ? Ce mardi 7 juillet, Marine Le Pen est sortie les traits soulagés. Et le soir même, sur TF1, elle a déroulé pour voie en cassation et lancement de sa campagne électorale.

8:51
Locuteur non identifié

Ma peine d'inéligibilité est purgée, alors je veux aller au bout, comme tout justiciable d'ailleurs, a le droit de le faire, au bout des voies de recours qui me sont offertes pour pouvoir défendre précisément mon innocence dans ce dossier. Ma conviction a été très rapidement faite puisque j'avais indiqué, vous le savez, que je ne ferai pas campagne sous bracelet électronique. Mais comme j'ai la possibilité de faire un pourvoi en cassation, ce qui n'était pas obligatoirement le cas des autres hypothèses et que le pourvoi en cassation suspend les effets de l'arrêt, je ferai donc campagne sans bracelet électronique.

Un juge d'application des peines ne dira pas que vous devez malgré tout porter pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois un bracelet. Le pourvoi en cassation suspend les peines qui ont été prononcées par la Cour. Et donc, ce soir, vous dites que vous êtes candidate à l'élection présidentielle. Donc, ce soir, je suis candidate à l'élection présidentielle.

9:48
Présentateur

Alors, partir en cassation avec une communication politique du type « je défendrai mon innocence jusqu'au bout quoi qu'il en coûte », c'est un pari. Mais c'est un pari particulièrement risqué. Certes, le pourvoi est suspensif. Il permet donc à Marine Le Pen d'échapper à l'application de la condamnation de la Cour d'appel et notamment à la pose du bracelet électronique et de clamer son innocence malgré que deux instances l'aient désormais déclaré coupable. son objectif serait donc aujourd'hui de maintenir cette situation le plus longtemps possible en faisant jouer les lenteurs de procédures.

Mais la situation juridique de la candidate d'extrême droite reste tout de même particulièrement critique. Non seulement, il y a un doute sur ce qui s'applique dans le laps de temps entre la décision de la Cour d'appel et celle future de la Cour de cassation. En avril 2025, le Canard enchaîné a exhumé une décision datant de 1993 qui laisse supposer que l'exécution provisoire décidée en première instance s'applique dès lors que l'appel et sa décision sont remises en cause. Le pourvoi en cassation rendrait donc l'inéligibilité valable le temps du pourvoi puisque c'est le principe même de l'exécution provisoire s'appliquer malgré le recours d'appel.

Marine Le Pen serait aujourd'hui inéligible jusqu'à décision applicable du contraire. Un autre risque particulièrement lourd c'est la décision à venir de la Cour de cassation. Le procureur général près la Cour de cassation Rémi Eitz avait clairement annoncé qu'en cas de pourvoi l'affaire serait examinée avant la présidentielle.

11:23
Locuteur non identifié

Ce n'est pas un procès politique c'est un procès qui a des conséquences sur la vie politique mais vraiment une affaire qui est jugée par des magistrats qui appliquent la loi qui disent le droit et qui jugent des faits qui ont été commis. Alors ce n'est pas pour autant que nous n'avons pas conscience collectivement des enjeux politiques. C'est la raison pour laquelle la justice l'institution s'est mise vraiment en mesure de traiter les voies de recours avant l'élection présidentielle.

Mais respectons le calendrier il est tenu jusqu'à maintenant une décision de la Cour d'appel avant l'été au mois de juin et s'il y a un pourvoi en cassation qui aura un effet suspensif et bien s'il y a un pourvoi en cassation nous l'avons dit le Premier Président moi-même de la Cour de cassation l'affaire sera examinée avant l'élection présidentielle sûrement avant la fin de l'année ou en début d'année prochaine donc quelques semaines avant l'élection présidentielle.

12:25
Présentateur

Quand vous dites dans un communiqué que nous avons reçu ce jour de la Cour de cassation elle précise qu'à ce jour la Chambre criminelle pourrait être en mesure de rendre son arrêt au plus tard début avril 2027 avant le scrutin présidentiel mais attention ce calendrier est susceptible d'évoluer en fonction des facteurs procéduraux précédemment décrits d'où l'intérêt de faire ralentir la procédure par des mesures qui pourraient être des manœuvres dilatoires parce que si la Cour de cassation casse la décision de la Cour d'appel Marine Le Pen serait de nouveau maintenue sous la décision de première instance et de cette exécution provisoire de son inéligibilité le temps qu'un nouveau procès en appel s'organise par un effet de délai sa candidature serait donc nulle et non avenue au jour de l'élection présidentielle quoi qu'il en soit ce sera au Conseil constitutionnel de s'exprimer sur la validation des candidatures et donc de celle de Marine Le Pen le jour J par contre si la Cour de cassation confirme la décision d'appel la rendant ainsi définitive Marine Le Pen devrait être obligée de porter un bracelet électronique mais tout va résider dans la question des délais de l'exécution de cette peine qui relèverait d'un juge d'application des peines qui devra encore se dépêcher d'organiser une audience avec l'une des plus importantes candidates à la présidentielle et de faire appliquer sa décision à quelques jours de l'élection sous le feu des projecteurs si elle était élue présidente l'immunité pourrait s'appliquer et sa peine suspendue la Cour de cassation apparaît donc un pari très risqué mais si le parquet ne se pourvoie pas Marine Le Pen pourrait aussi jouer la montre en se désistant de son pourvoi à la dernière minute accepter sa peine et lancer la stratégie du juge d'application des peines en réalité ce qu'on comprend c'est que Marine Le Pen cherche le trou de souris dans lequel elle pourrait se faufiler la situation est inédite et juridiquement complexe elle va faire nécessairement l'objet de toutes les attentions et de toutes les théories il y a cependant matière à se questionner sur la gestion de toute cette affaire et sur les effets de l'accélération globale du calendrier de la justice au rythme des besoins politiques d'autant que cette accélération pourrait aussi devenir un argument utilisé par l'extrême droite contre la justice regardez cette justice exceptionnelle qui s'est mis en place tout ça pour faire condamner Marine Le Pen et qui la harcèle la veille de l'élection et voilà c'est encore le coup d'état des juges et blablabla un argument que tous les politiques agitent désormais dès qu'ils sont mis en cause alors que les citoyens regardent à gare en se désolant du spectacle par sa suradaptation et sa mensuétude envers les politiques la justice semble avoir mis le doigt dans un engrenage dont il n'est pas sûr qu'elle en ressorte grandie voilà c'est la fin de cette chronique judiciaire sous forme de carte blanche car grâce à vous la chronique judiciaire se prépare à une super rentrée avec un nouveau visage une nouvelle régularité et cela ne sera possible qu'avec votre soutien nous y sommes presque il manque encore 500 donateurs mensuels pour atteindre la barre des 5000 alors faites la différence envoyez le média en 2027

15:36
Locuteur

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