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interviewLe Figaro· 23 septembre 2014 12 min

Gaspard Ulliel : «J'ai voulu me mettre à nu en jouant Saint Laurent»

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Ça raconte en partie la vie de Saint-Laurent. Après, on ne révèle rien de nouveau de de ce qu'on peut découvrir dans les les biographies. Mais bon, ça raconte quand même un peu la vie de Saint- Laurent.

Après, effectivement, pour moi, c'est un film qui va au-delà du simple biopic euh dans le sens où ça parle de l'artiste de du processus créatif. Je dirais que c'est plus oui une sorte d'oodysée dans dans la tête d'un créateur, j'aime bien le définir comme ça. Et des travers aussi de Saint-Laurent forcément qui ont justement alimenté cette créativité, les affres de la création et voilà, Bertrand le résume souvent en disant que ce qui l'intéressait quand on lui a évoqué un film sur Saint-Laurent puisque c'est presque une commande hein, c'est des producteurs qui sont venus le voir.

Tout de suite, lui ce qui l' intéressé, c'est pas forcément de raconter comment Yve est devenu Yve Saint-Laurent, mais ce que ça coûtait à Yve d'être Yve Saint- Laurent. S4 artistes, c'est forcément un coup. Après, c'est l'éternelle question.

Euh déjà, je pense que la célébrité c'est d'une certaine façon un pacte faustien. C'est comme si d'un coup on appartenait aux autres et qu'on vendait avant ça avant ça le travail en lui-même là ce qu'on découvre très bien dans le film travail vous l'avez bien résumé d'ailleurs ce weekend sur Canal Plus vous expliquez qu'en fait pour qu'il soit libre Saint-Laurent il fallait qu' qu'il s'enferme finalement dans tous ses travers. Oui.

Après après vous me posiez une question plus générale qui est cette fameuse question de sur l'artiste. Est-ce que l'artiste doit forcément souffrir pour créer ? Je ne sais pas.

J'ai essayé évidemment de vous faire parler de vous aussi. sans aller évidemment dans ces travers excessifs de votre personnage de Saint-Laurent. Est-ce que forcément dans la création, dans votre métier, vous devez forcément passer par quelques excès, par quelques travers pour pouvoir être suffisamment créatif ?

Après, je pense que quand on quand on essae de de d'exacerber un peu sa sensibilité, forcément euh on en souffre, forcément on se met en danger. Euh et ça fait partie du jeu et puis il y a effectivement cette curiosité euh de vie qui est inhérente pour moi à l'artiste. Donc oui, je dirais que il y a une sorte d'exploration de la vie dont on sort pas forcément Adem.

Là, je parle de moi. Et effectivement, il y a dans ce film, quand j'ai découvert ce scénario, il y a énormément de de thèmes qui moi me touchaient, me parlaient directement et ça m'a ça m'a vraiment aidé aussi dans ce cette construction de du personnage. Lesquels par exemple ?

Bah euh par exemple le rapport à la création, au doute permanent, à cette remise en question euh euh à cette solitude euh cette solitude, cet isolement qui est quelque chose qui me parle. J'ai l'impression de m'être construit en partie là-dessus. Étant fils unique euh voilà, j'ai j'ai besoin parfois d'être d'être seul, de m'isoler.

Ce rapport forcément à la célébrité qui chose qui me touche directement. Je disais que ce film c'était pas la vie de Saint-Laurent parce que c'est aussi ce qu'il différencie de l'autre Saint-Laurent, celui joué par Pierre Ninet. D'ailleurs, vous l'avez vu vous ce film où vous avez préféré garder une certaine distance. distance, c'est certain, mais c'est pendant pendant le le processus du tournage, j'ai carrément occulté l'autre film et une fois que j'ai terminé tout mon travail sur le film de Bertrand Bonello, j'ai été en salle découvrir le film de de Jalil Lper avec une certaine appréhension forcément et voilà, il y a eu un soulagement euh très rapidement pendant la projection quand je me suis aperçu que c'était deux visions très différentes que ces deux films qui méritent d'exister par ces différences et qui du coup deviennent quasi complémentaires.

Ce sont deux films en effet qui n'ont rien à voir. On va voir quelques images de votre Saint- Laurent, celui de Bertrand Bonello. Oui, quand même.

Oui, oui, je me reconnais. Je me reconnais. Après, je l'ai tellement vu cette bande annonce euh mais c'est vrai que c'est assez particulier de de se voir grimer de la sorte s'il y a quand même quand même une perruque, des lunettes.

Vous aimeriez avoir un retour de de Pierre Berger sur votre incarnation ? Oui, j'aimerais bien. Après, sur le film en général, euh c'est vrai que même Bertrand, je pense on est forcément curieux de voir comment il il va le recevoir.

Euh j'espère qu'il sera ému. Euh ce serait le plus beau euh le plus beau compliment. On a appris que le film pourrait bien se retrouver aux Oscar.

En tout cas, il a été choisi par la France pour représenter les couleurs tricolores. L'étape est longue, on va pas rentrer dans le processus, il y a des présélections et cetera et cetera. Un Oscar, c'est un rêve pour vous ou après un Oscar là, on parle de déjà on n'est pas dans les cinq derniers qui vont concourir pour le l'Oscar de meilleur film étranger, mais ça ne veut pas forcément dire que moi je vais être en compétition pour l'Oscar du meilleur acteur.

Euh maintenant euh ce qui est formidable avec cette nouvelle qui arrive fraîchement ce matin, c'est que voilà, c'est à 2 jours de la sortie et je pense que ça peut euh aider le film forcément. Euh après honnêtement, c'est pas un rêve. Enfin, je veux dire vous c'est pas un rêve.

Si l'Oscar c'est quand même quelque chose accomplissement ou c'est dont on peut rêver ? Mais oui, je pense c'est un accomplissement. C'est un c'est plus un rêve qu'un accomplissement.

Voilà, ça ça quand on y réfléchit, ça veut pas forcément dire grand-chose. C'est la décision de quelques votants, mais bon, c'est quand même la reconnaissance de la profession et là c'est la reconnaissance de de d'une industrie quand même assez assez forte. On a l'impression que ce rôle très fort va sans doute renforcer votre statut un peu d'icône qui est aussi beaucoup alimenté par votre votre statut d'érie chez Chanel.

Vous avez l'impression aujourd'hui d'être devenu une star ? Qu'est-ce que c'est une star ? Une star ?

Une star ? Une vedette ? Je sais pas.

Je sais pas vraiment que une star parce que il y a aussi le côté glamour, il y a le côté gé côté iconique. Oui. Il y a le côté iconique qui est peut-être forcément oui lié à cette image du parfum Chanel.

Maintenant, moi j'ai envie qu'on me reconnaisse comme un acteur au-delà du simple fait que on me voit partout dans la rue sur la fiche d'un parfum. C'est vrai que plusieurs fois dans dans ces derniers ces dernières années, des gens sont venus me voir en disant "Ah vous êtes mannequin ? Vous êtes le mannequin de la pub ?" En même temps, bah ça m'agace.

C'està-dire que oui, j'ai choisi d'étrang parfois en interview, "Ah, vous êtes mannequin vous êtes". Inévitable, c'est inévitable. Après, c'est quelque chose que voilà, je je savais que ça arriverait forcément quand j'ai accepté cette association avec Channel et j'en suis très content.

Euh, il y avait une vraie curiosité cinéfile aussi dans cette démarche quand on m'a dit que c'était Scorz qui dirigerait la pub. Euh et puis honnêtement, voilà, c'est Chanel, c'est quand même une belle image. Ça ramène évidemment aussi à votre physique dont on vous parle beaucoup au point de vous agacer parfois.

Oui, parfois ça peut m'agacer euh forcément. Je voilà, j'ai envie d'aller au-delà de cette simple belle gueule dont on attend parler qui n'est pas d'ailleurs si enfin enfin c'est mon propre avis. Mais vous dites avoir beaucoup de complexe.

Bah comme tout le monde, comme tout le monde euh on s'aime jamais totalement heureusement. Mais oui oui, c'est sûr que voilà, si on me réduit qu'à ça forcément ça vous espérez aussi avec Saint-Laurent bah qu'on passe à autre chose quoi. Oui, c'est vrai que ce rôle honnêtement c'est pour moi une étape.

Déjà c'est la première fois qu'on me donne accès à un personnage aussi complexe, aussi grand, aussi établi aussi. C'est vrai que c'est c'est une notion intéressante et ayant commencé très jeune, j'ai souvent été frustré de ne pas avoir accès à des rôles plus mature, plus adulte, mais bon, c'était lié aussi à un âge. Et mais c'est aussi ce que vous dites quand vous parlez dans les interviews que votre physique peut parfois être une contrainte dans le travail.

Oui. Vous pensez que ça vous a fermé des des rôles ? Je pense que je pense que ça m'a fermé peut-être des rôles.

Après, c'est peut-être aussi cette image dont on parle de de de iconique avec cette pub parfum ou même c'est quelque chose qui me poursuit un peu de mes depuis mes débuts, hein. Il y a quelque chose aussi avec l'univers de la mode. Il y a je sais pas peut-être ma silhouette aussi androgine quand j'étais plus jeune.

Il y a toujours eu cette relation avec la mode et j'ai toujours eu peur que ça ça abîme un peu l'imaginaire de certains cinéastes. Vref d'ailleurs à Cann la scène dont beaucoup de gens parl c'est la scène où vous êtes entièrement nu. Ça va aussi alimenter ce côté iconique, ce côté presque fantasmatique pour certains de de vos fans.

Je me suis dit moi il est fou cette image, elle va rester sur internet dès qu'on tapera Gaspar Uliel après ce film. Après voilà, quand on quand enfin moi quand je m'imagine dans un personnage, quand je j'accepte un film, je suis pas forcément dans ces considérations là et heureusement sinon je ferai plus rien conséquence là. Ouais.

Non, même considération, c'estàd que je pense pas forcément à tout ça. Oui, oui, c'est ça. Donc euh oui, dans ces conséquences là et et après voilà, c'est pas à moi de de de d'écrire la suite, mais oui, ça aura peut-être un impact.

J'en sais rien en fait. Je je me pose pas forcément ces questions. Je savais que ça ferait un peu de bruit, qu'on m'en parlerait, mais pour le coup, ça me paraissait totalement justifié par rapport à l'histoire qu'on raconte, par rapport à à ce personnage qui a été un moment aussi connu pour ça, qui a choqué avec cette pub de parfum nu.

Et il y a cette mise à nu euh qui est un peu aussi le thème du film. C'est-à-dire que le film s'ouvre sur cette très belle scène où Saint-Laurent est au téléphone avec un journaliste et où il se livre totalement. il se met à nu, il y a il y a on est au cœur de ses névroses, au cœur de son intimité.

Et de la même manière, j'ai même amusé avec cette idée que moi aussi en tant qu'acteur euh il y avait une vraie mise à nu euh par rapport à ce que je racontais tout à l'heure où j'ai l'impression d'avoir aussi euh raconté pas mal de choses de moi dans dans ce rôle et donc voilà, j'avais envie de manière littérale qu'il y a aussi cette cette mise à nu c va de m'offrir de façon quasi christique au public. Vous dites à propos de ce rôle, pour terminer, c'est mon travail le plus abouti. Je suis sorti de ce tournage galvanisé.

La suite s'annonce compliqué du coup. Bah oui, on peut l'envisager comme ça. C'est-à-dire que il y a forcément l'envie de de réitérer cette expérience, de retrouver la même intensité, la même grandeur dans un personnage.

Après, honnêtement, je sais très bien que ça fait partie de ces personnages qu'on ne croise que quelque fois dans une carrière d'acteur. Ce serait idiot de ma part d'attendre euh voilà le le même type de rôle tout de suite. Mais mais oui, ça a peut-être changé mes exigences, ça a peut-être changé ma façon de considérer un projet.

C'està-dire qu'aujourd'hui, je vais peut-être donner plus d'importance au rôle que qu'à la simple collaboration avec un cinéaste ou ou l'envie de de de m'inscrire dans une histoire qui me qui me touche. Il y a cette idée-là de de d'un coup avoir accès à un rôle au travers duquel se raconte aussi une histoire. Merci beaucoup Gaspar d'être venu au Figaro.

Saint-Laurent de Bonello, ça sort ce mercredi en salle. Merci beaucoup. Merci. [Musique]