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interviewRMC· 5 avril 2024 8 min

L'agression de Samara est "une atteinte à la laïcité" pour Jérôme Guedj

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Jérôme Guedj

Bonjour Jérôme Gage. Vous êtes député, député socialiste de l'Essonne. La raison pour laquelle je vous ai fait venir ce matin, c'est que vous venez de saisir le procureur de Montpellier pour des menaces, je cite, de nature religieuse. En gros, vous mettez les pieds dans le plat sur l'affaire Samara. Mais je voudrais d'abord quand même vous interroger parce que, tristement, l'actualité montre que ces collégiens tabassés, il n'y a pas qu'un seul cas. Il y en a plusieurs et il y en a tout le temps. Hier soir, c'était à Viry-Châtillon. On l'a appris tard hier soir. Un collégien de 15 ans qui a été roué de coups aux abords de son établissement. Son pronostic vital est engagé.

C'est dans votre département. D'abord, est-ce que vous avez des éléments là-dessus ?

0:41
Présentateur

Non, je n'ai pas plus d'informations. Je l'ai appris comme vous. C'est au collège des Sablons à Viry-Châtillon. On est très inquiets sur l'état de santé de ce jeune homme. C'est l'illustration, vous l'avez dit, de la possibilité de ces phénomènes de meute alimentées probablement par les réseaux sociaux, la possibilité de déclencher des lynchages de cette nature. On a un vrai sujet sur l'hyperviolence dans les établissements scolaires. Nous, on est malheureusement un département qui connaît souvent des phénomènes de rixe. Mais à ce stade, on ne sait pas si c'est une rixe ou si c'est quelque chose de plus personnel.

Mais dans les deux cas, on voit bien ces phénomènes de meute qui s'en prennent à une personne.

1:19
Jérôme Guedj

En l'occurrence, là, sur Viry-Châtillon, c'est un jeune homme qui sortait de son cours de musique et qui, sur le chemin du retour vers chez lui, s'est retrouvé face à plusieurs jeunes, au moins trois, peut-être cinq, qui l'ont donc tabassé, massacré, même selon les mots du maire de Viry-Châtillon. Jérôme Gage, hier, au fond, vous avez en quelque sorte mis les pieds dans le plat. Il y a l'agression terrible dont a été victime Samara. Je rappelle que Samara, elle est collégienne à Montpellier, laissée quasiment pour morte. Le mot de tentative de meurtre a été retenu par les policiers.

Il y a trois personnes qui sont en ce moment même en garde à vue, avec ce motif qui est invoqué par les policiers. Et en écoutant la maman, on découvre que depuis un an et demi, cette jeune fille, Samara, était visiblement le souffre-douleur, notamment d'une autre jeune fille, depuis le moment où elle s'est teint les cheveux. L'autre jeune fille ne l'aurait pas supportée. Je précise, et c'est important de le dire, que la maman de Samara dit « Nous sommes nous-mêmes musulmans, ma fille est musulmane.

Je n'ai rien contre une communauté », mais elle précise que le caractère de morale, pas morale, pieuse, pas pieuse, portant le voile ou ne portant pas le voile, aurait été l'un des motifs, au minimum, peut-être même le motif, de cette façon de s'être focalisée sur Samara. Est-ce que cette question-là doit être abordée par la communauté éducative, par la justice ?

2:53
Présentateur

Évidemment. Il y a, vous l'avez dit, une enquête pour tentative de meurtre. C'est inévitable. Mais moi, c'est le témoignage très bouleversant de la maman de Samara qui m'a fait déclencher cet article 40, comme on dit, c'est-à-dire saisir le procureur, parce qu'elle met sur la table des informations, elle dit « Ma fille se fait traiter de mécréante, de coufard ». Et donc, à partir de là, moi, ça percute et je me dis, en amont, il y a eu une situation de pression, de menace. Et c'est la raison pour laquelle je saisis le procureur sur un article très peu utilisé de la loi.

C'est l'article 31 de la grande loi du 9 décembre 1905, de séparation de l'Église et de l'État, la loi sur la laïcité, qui avait prévu ces situations. Que dit cet article ? L'article, il dit « sont punis d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende, ceux qui, par menace sur des individus, agissent pour les déterminer à exercer ou s'abstenir d'exercer un culte ». Concrètement, il y a la liberté de croire et de ne pas croire sans pression. Or, là, manifestement, il y a une pression, des menaces, l'enquête le dira.

Je ne connais pas la réalité des faits, mais dès l'instant où il y a cette information, il faut enquêter pour, au-delà de ce cas personnel, qu'enfin, en France, on utilise les outils juridiques du droit. Tout le monde parle de laïcité, mais ne pas la défendre et ne pas la promouvoir en n'utilisant pas les articles prévus par la loi. Cet article 31, il est tombé en déshérence. Et d'une certaine manière, c'est un peu le symbole de nos renoncements en matière de laïcité. Si on est capable, y compris en faisant ça, de faire cette pédagogie, en envoyant ce message, la laïcité, c'est une loi qui protège les croyants et les non-croyants.

Si on m'oblige à pratiquer une religion ou de la pratiquer d'une certaine manière, c'est une atteinte à la laïcité. Mais je précise, si on m'empêche de pratiquer mon culte, c'est aussi une atteinte à la laïcité. Il faut qu'on puisse saisir la justice de ce motif. Mais aujourd'hui, il n'y a pas de politique pénale, il n'y a pas d'instruction donnée au parquet, il n'y a pas de formation des policiers pour pouvoir recueillir ce type de plainte. Bon, voilà, si on veut défendre la laïcité, utilisons le droit de la laïcité.

5:00
Jérôme Guedj

Ce qui est très frappant dans ce que vous dites, c'est que là, on n'est même plus dans le liberté de croire ou de pas de croire. C'est sur la question, effectivement, de la manière de pratiquer son culte. La brigade même des mœurs, est-ce qu'il y a cet aspect-là ? C'est-à-dire qu'on a entendu hier soir, et j'entendais chez Olivier Truchot et Alain Marshall, chez nos gégés, on entendait hier une jeune fille qui témoignait, qui disait qu'elle avait enlevé son voile. Et elle disait, elle le disait d'ailleurs à visage découvert, c'est parfois très difficile d'oser enlever son voile.

Elle dit que d'ailleurs, les premières fois qu'elle l'a fait, c'était loin du regard de sa famille ou de ses amis, parce qu'elle avait peur de la pression.

5:39
Présentateur

C'est exactement ça. Je le redis, le principe de la laïcité, c'est la liberté de croire et de ne pas croire sans pression. Nous sommes aux 20 ans de la loi du 15 mars 2004. C'était l'esprit de l'interdiction du port des signes religieux à l'école, pour que des jeunes puissent être exonérés de cette pression-là, dans cet endroit-là. Et à l'époque, elle a été accueillie très favorablement par beaucoup de cultes, et notamment par des jeunes filles musulmanes, en disant, au moins là, on pourra s'extraire de la pression. Vous recevez tout à l'heure Yanis Roder, et il a beaucoup consisté sur cet aspect des choses.

Donc, il faut réhabiliter le fait qu'il y a non seulement une éthique de la laïcité, mais un droit de la laïcité, qui dit qu'il faut s'assurer qu'il n'y a pas de pression, de quelque nature que ce soit, pour ceux qui croient ou ceux qui ne croient pas.

6:28
Jérôme Guedj

Quand je dis que vous mettez les pieds dans le plat, Jérôme Gage, vous êtes socialiste. Il y a, vous l'avez entendu, les réactions d'une autre partie de la gauche, version NUPES, à la fois Sandrine Rousseau ou Mathilde Panot, qui parlent de sexisme, qui parlent de manque de moyens. Est-ce que vous estimez que c'est contourné le problème ?

6:48
Présentateur

Non, il faut appeler un chat un chat. Si c'est une pression sur la manière d'exercer son culte, ou pour interdire d'exercer le culte, en l'occurrence, de dire tu ne le fais pas comme il faut, tu es couffard, tu es mécréante, c'est une atteinte à la laïcité. Et donc, il ne faut pas avoir de périphrase, de contextualisation. Elle se prolonge, bien sûr, par une forme de sexisme, par une forme de machisme, etc. Mais bon, en l'occurrence, il semble que ce soit des jeunes filles qui soient à l'origine du lynchage. Donc, je le redis, pour défendre la laïcité, utilisons le droit de la laïcité.

C'est la meilleure chose qu'on peut faire dans une période où on a le sentiment que beaucoup en parlent, mais qu'on n'utilise ni les outils juridiques, ni les outils... Alors, bien sûr, il y a des enjeux de moyens, bien sûr, il y a la question des réseaux sociaux, bien sûr, il y a la question de la formation des enseignants, bien sûr, et l'enquête administrative qui a été lancée par le ministère de l'Éducation devra aussi l'établir. Il y a quel a été le soutien de l'institution scolaire.

7:42
Jérôme Guedj

Avez-vous une réponse du procureur ?

7:44
Présentateur

Non, je l'ai saisi hier. Et moi, vraiment, derrière ça, ce n'est pas pour instrumentaliser cette situation, mais c'est pour donner à voir, je le redis, cet article 31 du code de la loi sur la laïcité.

7:55
Jérôme Guedj

Merci Jérôme Guelph, vous êtes venu dans ce studio, vous êtes député socialiste de l'Essonne.

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