Témoin RMC : Pr Didier Pittet - 01/07
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 80 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:03OuverteRéponse directe
Pourquoi l'épidémie repart-elle aux États-Unis et est-ce que ça vous inquiète ?
- 1:55OuverteRéponse directe
Vous êtes suisse, pourquoi avoir été choisi par le président français pour cette mission ?
- 3:41OuverteRéponse directe
Votre neutralité suisse est-elle utile pour la France dans cette mission ?
- 5:20OuverteRéponse directe
Comment allez-vous fonctionner pour rendre votre rapport ?
- 6:39OuverteRéponse directe
La France est-elle l'un des pays qui a le mieux géré la crise du Covid ?
- 7:37OuverteRéponse directe
Comment avez-vous imaginé les premiers gels hydroalcooliques ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:12InvitéFait
« La pandémie est repartie de plus belle aux États-Unis. »
- 1:16InvitéFait
« Dans certains États, les choses sont beaucoup plus catastrophiques même, je dirais, que dans d'autres. »
- 2:33InvitéFait
« La plupart des pays ont une réaction extrêmement vive et saine et on voit qu'on est à la, on appelle ça la queue de la vague, si vous voulez, la fin de cette vague. »
- 2:44InvitéFait
« Certains sont plus importants que d'autres, comme en Allemagne, liés à ses activités dans cet abattoir, qui est un des plus grands abattoirs d'Europe, si ce n'est le plus grand. »
- 6:44InvitéFait
« La France est l'un des pays qui a très bien géré la crise. »
- 6:53InvitéFait
« la Suisse a été élue premier pays, pour différentes raisons d'ailleurs, parce que certains amalgames ont été faits, la France est partie des au moins 20 à 30 meilleurs pays de gestion de cette crise. »
- 8:16InvitéFait
« une enquête sur le terrain, où nous nous sommes aperçus que les soignants n'avaient matériellement pas le temps de se laver les mains avec de l'eau et du savon dans les temps qui étaient impartis pour eux lorsqu'ils traitaient des malades. »
- 8:32InvitéFait
« une infirmière devait se laver les mains 20 fois chaque heure de soin, et ce temps en prenant de l'eau et du savon était beaucoup trop exagéré puisqu'on passait plus d'une demi-heure de temps à se laver les mains. »
Temps de parole
- Invité69 %
- Présentateur31 %
≈ 1,1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Vous écoutez RMC. Le professeur Didier Pité est avec nous. Je suis très heureux de le recevoir en direct. Président de la Mission Indépendante Nationale sur l'évaluation de la gestion du crise du Covid-19 et sur l'anticipation des risques pandémiques. Eh bien, dites-moi, professeur Pité, qui est à Genève, en direct avec nous. Professeur, vous êtes là ? Je ne vous vois pas.
Oui, oui, je suis là. Bonjour.
Ce matin. Merci. Et vous-même ? Ça va très très bien. Je suis très heureux de vous recevoir. Je rappelle que vous êtes infectiologue, que vous êtes épidémiologiste, médecin-chef du service de prévention et contrôle de l'infection des hôpitaux universitaires de Genève et inventeur du gel hydroalcoolique. Je me souviens d'ailleurs, je vous ai eu à plusieurs reprises, notamment à propos du gel hydroalcoolique. Vous surveillez, vous anticipez les risques pandémiques, vous surveillez cette pandémie du coronavirus. Vous avez vu qu'aux États-Unis, l'épidémie est repartie de plus belle. Pourquoi ? Et est-ce que ça vous inquiète ?
Écoutez, tout à fait. La pandémie est repartie de plus belle aux États-Unis. On peut dire qu'aux États-Unis, la première vague n'est évidemment de loin pas terminée. Dans certains États, les choses sont beaucoup plus catastrophiques même, je dirais, que dans d'autres. Dans certains endroits, les choses sont un peu plus calmes. Mais on peut dire que la vague épidémique, cette vague pandémique qui traverse les États-Unis, est loin finalement de se terminer. parce que malheureusement, certains États n'ont pas vraiment bien compris évidemment quelles étaient les véritables interventions à mettre et à s'assurer que ces interventions soient efficaces.
Oui, professeur Pité, vous êtes là pour anticiper les risques pandémiques. Vous avez été nommé, vous, un Suisse. Vous avez été nommé par le président de la République française pour, je le rappelle, évaluer la gestion de la crise du Covid-19. Mais ce qui m'intéresse beaucoup, c'est l'anticipation des risques pandémiques. Aujourd'hui en Europe, la situation est plus calme, semble-t-il. Mais attention, nous devons être toujours très attentifs, si je comprends bien.
Oui, absolument. Alors, en Europe, on peut être content de la réaction, n'est-ce pas ? La plupart des pays ont une réaction extrêmement vive et saine et on voit qu'on est à la, on appelle ça la queue de la vague, si vous voulez, la fin de cette vague. Et on voit que dans beaucoup de pays, on détecte maintenant des foyers, des petits foyers. Certains sont plus importants que d'autres, comme en Allemagne, liés à ses activités dans cet abattoir, qui est un des plus grands abattoirs d'Europe, si ce n'est le plus grand. Mais en dehors de ça, on a des foyers qui sont détectés par les systèmes de santé publique.
Et au fond, ça témoigne bien de la vigilance extrême avec laquelle nous devons suivre cette fin de première vague. Et on voit que c'est efficace lorsqu'on suit ces petits foyers, qu'on contrôle les chaînes de transmission et qu'on arrive à les maîtriser. Et ça va être au fond l'aspect de vigilance de l'après-première vague, ou au fond de la fin ou de la suite de la première vague dans laquelle nous sommes actuellement en Europe.
Voilà, professeur Pité, ce que vous venez de dire est très très intéressant. Il y a comme ça des petits foyers épidémiques ici ou là. Il faut les surveiller de près pour éviter qu'il y ait une extension, évidemment, de l'épidémie. Professeur Pité, vous êtes suisse, donc neutre. N'avez-vous pas été surpris d'être choisi par le président de la République française ?
Écoutez, surpris, évidemment que c'est toujours difficile de dire est-ce qu'on est véritablement surpris. Je pense que le président Emmanuel Macron aurait pu évidemment choisir un ressortissant français comme un ressortissant étranger. Il se trouve que d'avoir un ressortissant étranger qui est certainement l'un des spécialistes du domaine, mais qui parle évidemment votre langue, c'est-à-dire le français, et qui comprend aussi ce qui se passe dans le reste du monde, était probablement un choix, je suis mal placé pour dire, était un très bon choix bien évidemment, comme vous le comprendrez.
Non mais je veux dire, est-ce que votre neutralité, votre neutralité, le fait que vous soyez suisse, le fait que, je sais qu'en Suisse on regarde beaucoup le monde, plus qu'en France, le fait que vous soyez suisse, est-ce que ce regard différent est utile pour nous ?
Je pense qu'il l'est, honnêtement je pense qu'il l'est, d'autant plus que cette mission consiste à revoir évidemment comment France a géré la crise, mais à comparer cette réponse à l'international, ce qui est très important, c'est-à-dire avec d'autres pays que nous sélectionnons, parce qu'on ne peut pas comparer avec tous les pays, et ça c'est très important, d'autant plus que cette mission est indépendante, et sera aussi la contribution de la France, à la demande de l'Organisation Mondiale de la Santé, que chacun des pays revoit finalement comment la gestion de crise a été réalisée.
Donc cette comparaison à l'international est évidemment extrêmement importante, et cette contribution sera très importante pour l'Organisation Mondiale de la Santé.
Bien, vous allez travailler, vous allez rendre un rapport, comment allez-vous fonctionner, professeur Pité ?
Alors nous sommes cinq experts, et nous avons déjà commencé à échanger, bien entendu, virtuellement pour l'instant, et nous travaillons chacun dans les domaines. Vous avez compris que cette mission est interdisciplinaire, c'est-à-dire qu'elle cumule la santé, l'économie, le social, à quelque part le sociétal, et évidemment nous travaillons chacun dans nos domaines, mais évidemment tous ensemble par rapport à ce qui a été déjà connu, ce qui est déjà disponible, et il y a beaucoup de données qui sont disponibles.
Ce qui fait peur, c'est au fond la quantité d'informations à essayer de mettre ensemble, pour bien comprendre au fur et à mesure de l'évolution de cette crise, évidemment, quelles ont été les réactions, est-ce que certaines de ces réactions auraient pu être plus vives, au contraire peut-être exagérées, dans certains pays elles l'ont été par exemple, et c'est cet aspect-là de cette analyse qui sera évidemment extrêmement important.
Vous offrez le bilan en juin 2021, l'année prochaine, vous allez travailler tout au long de l'année, est-ce que, pour conclure, avant de parler du gel et des gels hydroalcooliques, pour conclure, professeur Pité, est-ce que la France est l'un des pays qui a le mieux géré la crise du Covid ou pas ?
Alors la France est l'un des pays qui a très bien géré la crise, il y a déjà eu un classement, vous le connaissez certainement, où la Suisse a été élue premier pays, pour différentes raisons d'ailleurs, parce que certains amalgames ont été faits, la France est partie des au moins 20 à 30 meilleurs pays de gestion de cette crise, ensuite je pense que c'est trop précoce pour le dire, je pense que c'est seulement une analyse détaillée de la situation qui dira dans quelle mesure certaines choses ont été extrêmement bien gérées, dans quelle mesure d'autres choses auraient pu être faites légèrement différemment.
Il faut rester modeste dans la gestion de cette crise, nul n'est parfait, et je ne connais aucun pays qui a réagi de manière parfaite à cette situation difficile, il faut bien le dire.
Bien, professeur Pité, restez avec nous, parce qu'on va parler du gel hydroalcoolique, Très vite, rappelez-nous, comment avez-vous imaginé les premiers gels hydroalcooliques ? Comment ça s'est passé, professeur ?
Alors, pour être extrêmement direct et extrêmement franc avec vous, vous, je ne suis pas l'inventeur du gel hydroalcoolique, puisque des solutions hydroalcooliques existaient déjà, elles étaient disponibles, mais évidemment elles n'étaient pas optimales pour leur utilisation sur les mains des soignants.
Et la façon avec laquelle nous avons décidé que ça devait devenir pour les soignants l'outil numéro 1, ça a été tout simplement une enquête qu'on appelle épidémiologique, c'est-à-dire une enquête sur le terrain, où nous nous sommes aperçus que les soignants n'avaient matériellement pas le temps de se laver les mains avec de l'eau et du savon dans les temps qui étaient impartis pour eux lorsqu'ils traitaient des malades. Je m'explique par exemple en réanimation, une infirmière devait se laver les mains 20 fois chaque heure de soin, et ce temps en prenant de l'eau et du savon était beaucoup trop exagéré puisqu'on passait plus d'une demi-heure de temps à se laver les mains.
Donc, il fallait trouver un autre outil, et l'idée a été de dire, mais pourquoi est-ce qu'on n'utilise pas une solution hydroalcoolique qui existait déjà dans les laboratoires de microbiologie qu'on utilisait un peu pour finalement se désinfecter les mains alors qu'on aurait peut-être touché des bactéries multirésistantes. Le moment important a été de décider finalement que cette solution hydroalcoolique pouvait devenir l'outil principal d'hygiène des mains dans les soins, et c'est ce que nous avons fait. Alors évidemment, après, il a fallu améliorer cette solution pour qu'elle soit mieux tolérée pour les mains tout en étant maximalement efficace sur les bactéries qu'on voulait tuer.