PARIS FINANCE FORUM - Interview d'Alice de Bazin (CPR AM)
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour à tous, nous conduisons une série d'interviews aujourd'hui en direct du Paris Finance Forum pour sa 34e édition en direct du pavillon Gabriel. J'ai le plaisir de recevoir Alice de Bazin en plateau. Bonjour Alice.
Bonjour et merci de me recevoir.
Vous êtes directrice générale de CPRAM, donc un premier mot déjà sur CPRAM en termes d'AUM, en termes de stratégie d'investissement global, de segment sur lequel vous vous positionnez.
Oui bien sûr, alors CPRAM c'est un asset manager français qui fait partie du groupe Amundi. On gère 100 milliards d'euros. Principalement autour de 4 grandes classes d'actifs, les actions thématiques, les actions quantitatives, solutions monétaires et fixed income et de la location multi-assets.
Très clair, merci beaucoup. Vous intervenez dans un instant sur un des panels les plus attendus liés au financement de la défense. Évidemment le mot souveraineté, défense, préparation, marge de manœuvre, ces mots ont été beaucoup évoqués aujourd'hui. Pourquoi le secteur de la défense ? Le secteur de la défense c'est un pilier de la souveraineté, on l'a dit, mais quelles sont les perspectives pour ce secteur, vous en tant que directrice générale, d'un grand AM ?
Ce qui est très intéressant de regarder, c'est que le secteur de la défense, c'est un secteur ces 30 dernières années qui a été fondamentalement sous-investi. Si on regarde depuis les années 90, on a 1800 milliards de manques d'investissement et c'est ajouté à cela un contexte géopolitique perturbé. Un certain, on dira, on pourrait aussi parler d'une administration américaine un peu moins favorable à l'Europe. Et donc finalement est arrivée cette décision des membres de l'OTAN de relever leur investissement dans la défense de 2 à 3,5% de leur PIB.
Et ça, ça a créé en fait en 2025 une année absolument exceptionnelle pour le secteur de la défense européenne avec des multiples qui se sont complètement envolés. On a par exemple versus le MSCI Europe une prime de 70% alors que le secteur de la défense France était tout le temps décoté par rapport au MSCI Europe. On a par rapport au PER US qui, la défense US était traditionnellement plus valorisée que la défense européenne. Aujourd'hui, on est à peu près au même niveau et avec des pics au-dessus de 10%. Donc ça a été une année fantastique. Aujourd'hui, on est en transition.
Donc on va dire qu'il y a un palier. C'est ce que vous expliquez. Parce que vous venez de nous parler d'un rattrapage fort dû à un élément exogène au marché. On était dans une éducation presque vice de la défense. Ce n'est pas vous qui le dites, c'est moi. Et là, ça devient effectivement un sujet très important à prioriser. Donc rattrapage, des pourcentages supplémentaires investis, ok. Mais forcément, il y a un moment où ça se calme un petit peu une fois que le rattrapage est effectué.
En fait, on a eu un momentum et on a eu de l'investissement qui était aussi un peu opportuniste lié à ce momentum. Aujourd'hui, ce qu'on regarde, c'est finalement quelle est la capacité de déploiement industriel de ce secteur de la défense européenne.
Le rationnel revient.
Le rationnel revient. On regarde. Et ce rationnel, il est lié à des choses simples qui sont déjà, est-ce que cet engagement budgétaire des États va se matérialiser ? Est-ce que la capacité budgétaire des États va être capable d'investir ces 3,5% de PIB annuel ? Ça, c'est une première question. Le second, c'est qu'en 2026, on n'a pas eu les signaux aussi de gros contrats, notamment venus de l'Allemagne, qui sont attendus. On ne désespère pas. Et donc, voilà, on a cette période de transition et cette correction qu'on a vue en 2026.
Et dans les segments de la défense, il y en a qui restent plus porteurs, qui ne sont pas, qui sont peut-être les plus intéressants aujourd'hui encore en termes d'investissement et qui ne connaissent pas la crise ou le plateau ?
Non, je pense qu'il y a aussi une transition en termes de secteur dans la défense. On avait un secteur industriel, disons traditionnel, l'artillerie, les munitions, les blindés, enfin vraiment, voilà, le matériel qui a beaucoup profité en fait des annonces liées au pourcentage de PIB de l'OTAN. Donc, on a un effet rattrapage, on a un effet rattrapage, réapprovisionnement des stocks. Et donc, on a une très bonne visibilité sur ce segment, sur les commandes jusqu'en 2030. C'est ajouté à ça, en fait, un nouveau secteur, sous secteur de la défense qui est beaucoup plus technologique. Donc, le passage du hardware au software dont on parle beaucoup, mais aussi de la donnée, de l'autonomie.
Donc, ça, c'est les drones, l'anti-drone, le spatial de défense, donc tous ces nouveaux secteurs qui sont aussi là où on va en fait capter structurellement la hausse des marges et des bénéfices attendus. Donc, finalement, c'est là où on voit qu'il va y avoir encore un peu de potentiel et avec une explosion des opérations de M&A sur ce secteur.
Merci infiniment, Alice de Bazin. Est-ce qu'il y a d'autres secteurs essentiels à la souveraineté européenne, selon vous ? Parce qu'on voit bien que les FDIs Agency travaillent beaucoup sur le M&A. Donc, j'imagine que vous le suivez un peu. Il y a des data centers, vous m'en parlerez peut-être, qui ont un data fort, qui a une valorisation énorme aujourd'hui, qui n'existait pas en 2006, la création. Est-ce qu'il y a d'autres secteurs que la défense a proprement parlé pour notre souveraineté ?
Absolument. En fait, on a quand même une Europe qui est en proie à une multiple dépendance. Et si on veut construire cette Europe autonome, il va falloir qu'on investisse sur... On a identifié quatre secteurs principaux. Il y a un secteur de l'industrie dans lequel je vais mettre l'énergie, qui est absolument clé, bien évidemment.
Oui, c'est l'infrastructure critique.
Infrastructure critique et aussi notre mix énergétique. On l'a vu, les différents événements géopolitiques nous ont montré à quel point c'était important. On a la finance et on a de la chance. On est aujourd'hui en lieu et place de ce que la finance européenne peut porter. Nous avons aussi l'alimentation et la santé. Et ça, on se rappelle encore de cette crise du Covid, de ces pénuries de médicaments. C'est aussi un secteur absolument clé. Donc, chez CPR, on a depuis toujours voulu flécher l'épargne vers ces domaines. Et là, on est à quasiment près de 2 milliards à travers des fonds défense ou autonomie stratégique européenne.
Qu'est-ce qu'on souhaite à CPRM sur ce sujet ou d'autres pour les 12 mois à venir ?
CPR, nous, on se positionne pour capter les tendances qui auront du sens sur le long terme. Donc là, on a deux tendances, la défense, l'autonomie stratégique européenne qui sont absolument clés. Mais bien évidemment, on continue d'investir sur des nouvelles tendances liées à la transition énergétique, liées à une nouvelle technologie.
On garde la transition énergétique, on arrive à le garder, on arrive à...
Bien évidemment.
Il y a de l'intérêt quand même.
Bien évidemment, parce que la transition énergétique, c'est devenu un sujet de souveraineté. On fait de l'électrification, c'est aussi de la transition énergétique.
La boucle est bouclée. Merci infiniment. Alice de Bazin, directrice générale chez CPRM. On vous souhaite une très belle conférence dans un instant au Paris Finance Forum.
Un grand merci, à bientôt.