Marine Tondelier : "À un moment la Nupes devra peut-être changer de nom"
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Un podcast France Culture. Un podcast France Culture. Bonjour Marine Tondelier. Bonjour. Merci d'être l'invité de Sens Politique. Je rappelle le principe de cette émission. Une invitée et trois archives pour retracer son parcours, son engagement et sa personnalité. Et merci à vous de nous écouter. Vous êtes sur France Culture. Nous sommes ensemble jusqu'à 13h30. Le président de la République, dans une allocution, a condamné les attaques du Hamas. En Israël, il a déclaré qu'Israël avait le droit de se défendre. Avez-vous écouté l'allocution du chef de l'État et qu'en avez-vous pensé Marine Tondelier ?
Il se trouve que j'avais passé deux heures avec lui et l'enchant des chefs de parti le midi. Et qu'évidemment, il y avait une unanimité pour décrire l'horreur des attaques du Hamas et les condamner sans aucune ambiguïté. Une unanimité aussi pour se dire que l'urgence devait être à la libération des otages. Et que la France, il y avait une grande confiance dans le président de la République parce qu'on connaît les réseaux diplomatiques français et sa place dans le monde pour mettre tout en œuvre pour les libérer. Il y avait moins d'unanimité et ça m'a un peu choquée sur l'aide du nom humanitaire à apporter aux Palestiniens.
Parce qu'il se trouve que toutes les vies ont la même valeur et que si l'intentionnalité de la mort donnée n'est pas la même, la vie d'un civil israélien assassiné par un terroriste du Hamas dans un kibbutz à la même valeur que celle d'un civil palestinien victime d'un bombardement à Gaza et qu'on est beaucoup à être très inquiets de la proportion que prend cette riposte.
Je rappelle que le 11 septembre 2001, quand les Etats-Unis ont organisé une réponse sortant des cadres posés et par le droit international et par le droit international humanitaire de Guantanamo à l'invasion de l'Irak, la France, d'une voix forte, avait su prévenir les dangers de telles actions et était ainsi entrée dans l'histoire. Et le Moyen-Orient, plus largement le monde entier, subit encore les conséquences de ses représailles illégales. Et donc moi je pense que la position de la France, qui a toujours appelé à l'arrêt de la colonisation, au respect des résolutions de l'ONU, est la bonne mais elle est restée inefficace.
Et donc aujourd'hui, évidemment qu'on doit être sans ambiguïté du côté de la population israélienne qui a vécu des attaques terroristes terribles et ce n'est pas très compliqué d'utiliser le mot terrorisme quand le but est de semer la terreur. Mais il est aussi temps de prendre des mesures fortes pour que le droit s'applique en fait. Et je pense que... Est-ce que, pardonnez-moi, est-ce que la réponse d'Emmanuel Macron
est la bonne selon vous ?
Moi je pense que la France a souvent une parole singulière sur le sujet et qu'elle doit la retrouver. Parce qu'elle était assez seule à la portée. Et que si on ne souligne pas les dommages du deux poids de mesure des Occidentaux qui refusent en fait d'accompagner d'actes leur condamnation des violations et des crimes commis par Israël, ça affaiblit aussi le droit international, le système multilatéral et ça nous rend inaudibles auprès des pays du Sud, ça renforce des acteurs tels que la Chine, la Russie et l'Iran. Donc là évidemment que dans la séquence il faut discuter avec tout le monde et je pense que...
Enfin j'entends peu dans le concert des nations le sort aussi des populations palestiniennes. Je rappelle quand même que Gaza c'est 360 km², c'est 41 km de long sur 6 à 12 km de large pour 2 millions d'habitants et demi. Donc c'est 6 000 habitants au km², c'est 15 ans de blocus qui a durement épreuvé tout le monde et maintenant c'est un état de siège. Donc évidemment que ce qui s'est passé sur le territoire d'Israël est inacceptable et doit être condamné sans aucune ambiguïté.
Évidemment aussi que la représailles qui s'annonce quand même disproportionnée annonce aussi des heures terribles et que ce conflit va s'importer dans plein de pays et qu'on est à l'aube peut-être d'un embrasement mondial qui doit inquiéter. La France, de par son statut, a un rôle à jouer. L'Europe aussi. Et moi j'avoue que je ne vois pas où est l'Europe depuis le début de cette crise. On a juste entendu un commissaire européen nous expliquer qu'il fallait supprimer l'aide humanitaire. Il y a eu des rétropédalages mais l'Europe n'est pas au rendez-vous et je pense que la France doit aussi amener l'Europe à être au rendez-vous, c'est notre rôle.
Emmanuel Macron dans cette allocution hier a également déclaré « Ceux qui confondent la cause palestinienne et la justification du terrorisme commettent une faute morale, politique et stratégique ». Êtes-vous d'accord avec lui ?
Évidemment. Je pense qu'on doit poser les choses calmement. Sur un dossier où on a du mal en fait à parler calmement et sereinement. On doit pouvoir apporter son soutien plein et entier à la population israélienne qui a le droit, la sécurité, très clairement. Et ne pas confondre ça avec un soutien au gouvernement israélien d'extrême droite même si depuis quelques heures maintenant c'est un gouvernement du non-national. Tout comme on doit pouvoir apporter son soutien à la population palestinienne sans pour autant que ça vaille un soutien évidemment au Hamas que j'imagine, j'espère, personne ne soutient dans la classe politiste française.
Il visait a priori la France insoumise, bien sûr sans les nommer. On a entendu vos alliés de la France insoumise ces derniers temps qui ont été critiqués pour leur position quand ils n'ont pas condamné cet attentat. À l'Assemblée, le Parti Socialiste a décidé de suspendre ses travaux avec les insoumis sur le budget en raison de cette réaction. Sandrine Rousseau, dans votre camp, se prononce pour une suspension des travaux parlementaires de la NUPES à l'Assemblée. Est-ce qu'elle a raison ? Est-ce qu'Europe Écologie-Les Verts doit faire la même chose ? Suspendre les travaux avec les insoumis ?
Je vous avoue que j'ai passé quelques jours à être assez sidérée par ces questions parce que je pense que dans les premières heures, dans les premiers jours de ce genre d'actes terribles, l'heure doit être au recueillement. Et je vous avoue que c'est fatigant, c'est même choquant d'être amené, non pas à cause de vous, journaliste, mais aussi à cause du comportement de certains politiques, à non pas commenter la situation là-bas, mais à en être à commenter les tweets de je ne sais pas qui sur je ne sais pas quoi ici. Il y a un côté où moi ça me met la honte en fait. Et la NUPES qui avait été une source d'espoir pour plein de monde est devenue en fait quelque part un sujet de désespoir.
Et ça, ça m'embête beaucoup. Après, moi je ne sais même plus quoi vous dire sur Jean-Luc Blanchon. J'ai l'impression que lui et son camp, qui je ne pense pas représente toute la France insoumise heureusement, mais sont dans une stratégie de conflictualisation permanente. Et que oui, c'est un problème, que oui, ça posera, ça laissera des traces et ça aura des conséquences. Je ne pense pas qu'il faut aller décider ça dans l'urgence, mais évidemment que ça choque beaucoup de monde et je ne pense pas être la seule.
Vous plaidez pour une candidature unique à gauche en 2027. Depuis cet épisode et les fractures profondes sur ce conflit, est-ce toujours le cas ?
Alors, il se trouve que j'ai une stratégie et que nous avons une stratégie, puisqu'elle a été adoptée au Congrès il y a maintenant quelques mois, constante sur le sujet. Les écologistes sont une voix singulière au sein de l'union de la gauche et des écologistes. Et donc nous, on fait notre part pour renforcer notre mouvement écologiste. Pas pour être nous tout seuls, mais parce qu'on pense que les communistes doivent se renforcer aussi, les socialistes et les insoumis, si on veut gagner ensemble en 2027. Et donc on fait ce travail, on parlera tout à l'heure du nouveau mouvement qu'on lance aujourd'hui. On va lancer ce grand mouvement et travailler l'écologie.
Ensuite, l'écologie, ce n'est pas ni l'hégémonie ni l'autarcie. Et donc, évidemment que les écologistes travaillent, et c'est le cas dans toutes les villes que nous dirigeons dans ce pays, avec d'autres et avec d'autres partenaires, principalement à gauche. Évidemment qu'on va continuer à travailler comme ça. Et évidemment que si on veut gagner en 2027, ce qui n'est pas juste une obligation qu'on se met à nous parce qu'on a envie de diriger ce pays, mais pour toutes les personnes pour lesquelles on se bat, on a le devoir de gagner. Et pour ça, ça ne se fera pas seul.
Et on met, posé un acte assez fort de dire, non seulement nous voulons cette union, ça c'est très facile de lire, mais nous ne mettons pas comme préalable, comme prérequis, le fait que ce soit un écologiste le candidat unique. Ça ne veut pas dire qu'on dit, il ne faut surtout pas que ce soit un écologiste, mais on dit qu'on est prêt potentiellement à soutenir quelqu'un d'autre qu'un écologiste comme candidat unique parce qu'on veut gagner. J'ai entendu le Parti Socialiste dire la même chose, je n'ai pas entendu les communistes le dire et je n'ai pas entendu les insoumis le dire.
Et je pense par ailleurs que la stratégie de conflictualisation et de brutalisation d'une partie des insoumis, en l'occurrence de leur cadre dirigeant, montre que ce n'est pas forcément ça leur plan. Ça ne doit pas nous empêcher, nous, d'avancer là-dessus sur des valeurs communes. Et les valeurs communes, c'est aussi dire les choses telles qu'elles sont, savoir dire la vérité, savoir nommer les choses, même quand ça sort de notre doctrine et de notre idéologie. C'est ça aussi que j'attends des personnes avec lesquelles on doit gagner en 2027. Alors pourquoi ne pas sortir de la NUPES si vous avez des désaccords aussi profonds ?
Mais la NUPES, c'était un accord électoral aux législatives de 2022, dont il ne vous échappera pas d'ailleurs que nous ne les avons pas gagnés. Aujourd'hui, les parlementaires insoumis, communistes, socialistes, écologistes, qui ont mené cette campagne sous un logo commun, travaillent en intergroupe à l'Assemblée. Ce n'est pas tous les jours simple, mais il y a aussi beaucoup de combats communs qui sont gagnés. Et je pense que la majorité des parlementaires NUPES à l'Assemblée nationale ont l'essentiel en commun et travaillent en commun. Je ne veux pas non plus qu'on résume la position des parlementaires NUPES à celle de Jean-Luc Mélenchon.
Ce n'est pas la présence des écologistes dans la NUPES ou la présence des socialistes ou des communistes dans la NUPES le problème. C'est un de ces pseudo-leaders qui passe son temps à provoquer tout le monde par des tweets intempestifs. Je ne sais pas qui peut lui couper Twitter à un moment. Mais ça devient un problème politique grave pour la France. Ça nous ôte toute crédibilité. Et moi, très sincèrement, ce n'est pas un jeu, la politique. Ce n'est pas de la télé-réalité. Ce n'est pas je provoque pour voir qui répond et puis attendre derrière mon téléphone de voir si j'ai touché ma cible ou pas. Ça ne peut pas être ça. Ce n'est pas sérieux.
Et ce n'est pas comme ça que les écologistes ont envie de travailler. Donc nous, on mène notre travail sérieux avec les autres écologistes. On travaille avec la plupart des gens au sein de la NUPES et ça se passe très bien. Et je pense que nous sommes majoritaires à avoir envie que ça se passe bien, que ça s'appelle NUPES ou pas. Parce que je vais vous dire à un moment, si le but de Jean-Luc Mélenchon, c'est de dire la NUPES, c'est que à moi et c'est comme ça, tu l'aimes ou tu la quittes ou je ne sais pas quoi. C'est ça un peu le ton. Donc s'il y a un moment, il faut que ça s'appelle autrement, ça restera l'union de la gauche et des écologistes, sous un nom ou sous un autre.
Peut-être qu'à un moment, il faudra en arriver là. Pour l'instant, en tout cas, ça existe. Ça travaille ensemble à l'Assemblée nationale et puis les forces de cette coalition travaillent. Peut-être que ce sur quoi on doit s'interroger, ça veut dire quoi une coalition ? Comment ça marche une coalition ? J'ai l'impression qu'il y a un degré de maturité sur cette notion qui est insuffisant dans notre collectif et c'est à ça que je souhaite qu'on puisse travailler.
Une question Facebook d'Alexis qui nous écrit de Nîmes. Marine Tondelier, est-elle favorable à une primaire de la NUPES en vue de 2027 ?
Je suis favorable à une candidature unique, très clairement. et je suis favorable à ce que tout ça se fasse au consensus, y compris la méthode par laquelle on désigne la candidature. Parce que vous voyez bien que quand vous décidez de jouer à un jeu qui a une telle importance, les règles du jeu comptent et que chacun aura une idée, quand tout le monde sera candidat, parce qu'à un moment, vous allez voir que tout le monde va être candidat, chacun aura une idée précise de quelle est la règle qui le favorise plus.
Et donc je pense, premièrement, évidemment que les partis politiques ont un rôle à jouer, mais peut-être qu'à un moment, il faut mettre d'autres gens aussi dans la partie, notamment associée au maximum les personnes avec qui, notamment, on a manifesté pendant des mois dans la rue, pendant la réforme des retraites. Avec la société civile organisée, celles et ceux dont on porte les propositions à l'Assemblée nationale et dont on partage les valeurs. Peut-être que ça ferait du bien, plutôt que de nous enfermer dans un huis clos avec les quatre chefs de parti, dont trois, parce que quand même l'essentiel, de leur journaliste, parlait mal. Peut-être qu'il faut faire autrement.
Et ensemble, décider des bonnes modalités. Moi, je pense qu'à l'applaudimètre, ça ne marche pas forcément toujours. Peut-être qu'on peut aussi se faire une grille des valeurs attendues, non pas juste pour être au deuxième tour. Être au deuxième tour, pour être au deuxième tour, n'a aucun sens. Être au deuxième tour pour gagner et pour réussir à diriger, à gouverner ensemble et à transformer vraiment la société, à changer la vie vraiment. Il y a beaucoup de cases à cocher pour faire ça. Moi, je pense qu'il faut être fédérateur, par exemple. Je pense qu'il faut être apaisant. Je pense qu'il faut être à la hauteur de l'exercice, que les gens vous projettent sur la fonction.
Est-ce que la primaire est le meilleur moyen de choisir ça, ou on a plutôt tendance à redire, à se distinguer, à se singulariser pour avoir des voix ? Je ne sais pas. Il y a plusieurs méthodes possibles. Il faut qu'on en discute et qu'on en décide ensemble avant, à mon avis, la fin de l'année 2024.
Ce week-end, votre parti Europe Écologie Les Verts change de nom pour s'appeler Les Écologies. C'est vrai. La semaine dernière, il y avait à votre place le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran. Il a une question pour vous, la voici. J'avais adoré que Les Verts prennent le mot Europe dans leur nom. Europe Écologie Les Verts, n'est-ce pas un gage donné à l'extrême gauche et un renoncement à l'idéal européen que d'en changer avant les élections européennes ? Marine Tondelier. On remercie beaucoup Olivier Véran pour sa sollicitude. Je le sens inquiet pour nous et donc je le remercie de se soucier de notre avenir. Si vous préférez, j'ai une question Instagram de Stanislas à Lille.
N'avez-vous pas l'impression d'ajouter de la confusion pour le public en changeant le nom Europe Écologie Les Verts pour les écologistes avant les européennes ?
Les choses sont très claires. Nous sommes un parti européen depuis bien avant qu'on s'appelle Europe Écologie Les Verts. D'ailleurs, le nom de nos listes aux européennes avant 2009, c'était Europe Écologie. Le logo Europe Écologie Les Verts, il ne va pas disparaître. Par magie et ne jamais revenir. Évidemment que vous le retrouverez sur le bulletin de vote des européennes. Avec ce nom-là, Europe Écologie Les Verts. Il y aura le logo des écologistes vraisemblablement et le logo d'Europe Écologie Les Verts. Il ne faut pas s'inquiéter pour nous, on sait faire de la politique. Le fait est que le mot Europe Écologie Les Verts, c'était un mot temporaire.
Il y avait Les Verts, ça vous vous rappelez. D'ailleurs, on continue à nous appuyer Les Verts et on continuera à nous appuyer Les Verts et ça me va très bien, c'est une couleur qui me plaît. Et puis, il y avait Europe Écologie, donc on a fusionné comme Total Fina Elf, sauf que c'est la version écolo, en disant Europe Écologie Les Verts. Pour plein de personnes dans ce pays, c'est un obstacle. Ils ne sont pas contre Europe, contre Écologie, contre Les Verts, mais quand on dit Europe Écologie Les Verts, ça ne marche pas. Moi, des fois, j'appelle pour réserver des salles, on me dit c'est la dame de l'écologie des Verts.
Il y a un truc, vous voyez, qui bloque un peu dans la compréhension parce que c'était un nom provisoire qui a duré 15 ans. On a fait des sondages aussi sur ce nom et on se rend compte que vraiment c'est un obstacle. Il y a des gens qui me disent mais nous, on a l'impression qu'Europe Écologie Les Verts, ce n'est pas un parti qui prend ses décisions alors qu'évidemment qu'on est très européen et qu'on travaille énormément au Parlement européen mais on est aussi très ancré sur les territoires. C'est aussi une de nos forces. Nous sommes un mouvement fédéraliste.
Ce nom en rend insuffisamment compte et puis surtout, je pense qu'il y a une règle simple dans la vie, c'est que ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément. On nous dit de faire de l'écologie populaire, qu'il faut que les choses soient simples, accessibles. Ce mot sera très accessible et il permet qu'un maximum de personnes se retrouvent dans ce mot et viennent travailler avec nous. Ça ne veut pas dire qu'on abandonne évidemment ni l'Europe, ni l'écologie, ni les Verts. Quel score espérez-vous aux élections européennes de juin ? Moi, je ne fais pas de politique fiction. Je ne suis pas au l'auto-foot.
Je travaille et puis je regarde le résultat à la fin. Mais se fixer un objectif en politique, ça ne peut arriver. Je n'ai jamais fonctionné comme ça parce que je vais vous dire qu'on va gagner et puis en plus, les élections européennes, ça ne marche pas vraiment comme ça. On va gagner en France et du coup, on a gagné en Europe. Gagner, ça veut dire être premier ? Je pense qu'être premier en France, on est content pour la France mais les élections européennes se gagnent au niveau européen et que l'aboutissement, c'est quelle coalition à la fin dirige cette Europe, que nous travaillons nous beaucoup avec la famille verte européenne, le parti vert européen.
On est, je pense, le parti qui fonctionne le plus comme ça et que cette élection européenne doit se gagner au niveau européen même si on espère évidemment et on fait tout pour faire le meilleur score en France. Les choses seront simples. celles et ceux qui ont envie d'écologie et de justice sociale auront un bulletin vert
à mettre dans l'urne. Je le disais en introduction, Marine Tondelier, vous êtes une adepte des phrases chocs destinées à rythmer le débat public ou à attirer l'attention et il y en a une qui vous vaut encore des critiques, c'est celle-là.
Je vous le confirme d'ailleurs, ça va être la ZAD à l'Assemblée. Sur le moment, ça fait rire tout le monde, on passe une bonne soirée, tout ça, on rentre chez nous et le lendemain matin, paf, les macronistes fourbissent un à un leur tweet leur plus malhonnête pour expliquer à quel point cette expression est scandaleuse et coupant d'ailleurs de manière fort manipulatoire la vidéo pour qu'on n'entende pas la fin de la phrase, ça va être la ZAD dans le respect, bien sûr, du règlement intérieur. Vous nous connaissez, nous sommes des experts du règlement intérieur.
Le 17 janvier, à la tribune, d'un meeting unitaire de la NUPES contre la réforme des retraites, la ZAD, vous l'avez eu, Marine Tandelier, mais la réforme des retraites aussi. Je ne sais pas si j'ai eu la ZAD. À l'Assemblée, je...
Par ailleurs, je n'étais pas parlementaire. Mais je vous remercie déjà de votre honnêteté parce que vous avez laissé pour le coup tout l'extrait et pas fait comme certains macronistes à l'époque. Et quand j'ai dit que ça allait être la ZAD à l'Assemblée, c'était peut-être, voilà, mais les premiers meetings que je faisais et que je n'imaginais pas autant de malhonnêteté et de manipulation. Mais moi, quand j'utilise le mot zone à défendre, je ne parle pas de venir avec une tante qu'échoua ou d'une autre marque d'ailleurs et des chiens en hémicycle. Évidemment que tout le monde l'a bien compris.
Je parle de zone à défendre parce que j'estime qu'à ce niveau d'illégitimité d'une réforme, de non-écoute de la rue et des manifestants avec ces niveaux records de mobilisation, d'utilisation record du 49-3, oui, la démocratie et la démocratie parlementaire, la richesse de notre débat était devenue une zone à défendre et que, tout comme le bocage de Notre-Dame-des-Landes a fait l'objet d'une résistance de notre part qui le fait qu'aujourd'hui il n'y a pas d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes et des champs, des terres cultivables pour faire des circuits courts et de l'alimentation de qualité et locale, j'aurais souhaité que nous puissions défendre la qualité du débat parlementaire.
Comment, avec 14 journées de mobilisation, l'écrasante majorité de la population qui vous soutient, plus d'un million de personnes dans les rues le 7 mars, selon le ministère de l'Intérieur, vous n'avez pas réussi à faire reculer le gouvernement sur cette réforme ?
Je pense qu'on a un gouvernement qui est fort avec les faibles et faible avec les forts. C'est aussi simple que ça. Là, je parle de l'opposition Marine Thondelier.
Oui, mais c'est pas, si vous voulez, nous ne sommes pas à l'Elysée et donc c'est le pot de terre contre le pot de fer et donc quand vous avez un président qui en plus se réclame d'être jupitérient et mettre des horloges et tout ça, qui a, dans la Ve République française, et c'est d'ailleurs, c'est un sujet dont on pourrait aussi discuter des pouvoirs disproportionnés et que nous ne sommes pas dans un parlementarisme où le poids serait au Parlement, alors on a un sujet et je pense que beaucoup, ils se sont enferrés dans le débat entre l'égalité et légitimité.
Je vous donne un exemple quand le 30 août dernier, Emmanuel Macron a réuni tous les chefs de parti, vous vous rappelez, à Saint-Denis, ça a duré 12 heures et donc parmi ces 12 heures, on a discuté à un moment de son idée de faire des référendums sur plus de sujets. Évidemment, je dis, on a un super sujet, la réforme des retraites puisqu'on n'avait pas réussi à faire le référendum d'initiative parlementaire. Et il dit, ah ben non, parce qu'il y a une forme de sacré, ce n'est pas le mot qu'il a utilisé, mais c'est ça que ça voulait dire, autour de ce qui a été voté par le Parlement une fois que la procédure est finie.
Déjà, en termes de vote par le Parlement, je pense qu'on pourrait en redébattre, mais surtout, ce qui est intéressant, c'est qu'il prend cet argument dans la réforme des retraites. Par contre, quand le lobby nucléaire essaye de supprimer l'IRSN, l'autorité, vous savez, pour la sûreté nucléaire, en France, il y a l'ASN, l'autorité de sûreté nucléaire, et l'IRSN, l'Institut de recherche sur la sûreté nucléaire, c'est un système à deux jambes qui est salué dans le monde entier pour sa fiabilité et avec des gens de qualité de part et d'autre, mais pas la même gouvernance.
Ce sujet, ça paraît un détail, mais quand on s'apprête à faire construire de nouveaux EPR, de nouvelles centrales nucléaires qui fonctionneront peut-être jusqu'en 2100, 2110, 2120, alors qu'Emmanuel Macron n'arrive pas à prévoir l'effet du changement climatique là dans un an, imaginez les centrales au bord de la mer ou dans des fleuves avec 40% de moins de débit dans quelques années. Évidemment que la sûreté nucléaire, c'est important. À l'Assemblée, ils ont demandé à fusionner les deux parce que l'IRSN fait des rapports pour dire que le changement climatique, quand même, c'est grave, ce ne sont pas des antinucléaires, l'IRSN, ce sont des experts du nucléaire.
Pour la première fois, il y a eu une alliance des antinucléaires, évidemment préoccupés de la sûreté nucléaire, et des pro-nucléaires aussi préoccupés de la sûreté nucléaire qui disent que c'est une aberration. Et un amendement met en échec le gouvernement et voté et dit stop, cette fusion ne se fera pas. Si ce qui est voté à l'Assemblée, en plus, pas par 49.3 et sacré, pourquoi Emmanuel Macron nous remet un rapport de l'OPEX et puis par une autre porte dit qu'il va quand même étudier la réforme autrement ? Vous voyez, il faut être logique.
Et donc on a une forme de malhonnêteté et je pense que c'est une erreur politique parce qu'elle coûtera cher socialement, politiquement aussi en termes de confiance.
Emmanuel Macron a dévoilé en septembre la planification écologique de son gouvernement parmi les mesures qu'il mise sur la voiture électrique. Est-ce une bonne chose pour l'environnement selon vous, Marine Tondelier ?
Il a dit dans son intervention « J'aime la bagnole », je me rappelle, le soir des sénatoriales, il a clamé ça, bon ben on est content. Évidemment qu'il y a plein d'endroits en France où les personnes n'ont pas les transports en commun et ont besoin de se déplacer avec une voiture. Évidemment que quand il y aura la fin du modeur thermique, on aura besoin de basculer sur de l'électrique. Évidemment que c'est mieux que l'électrique soit produit en France. Évidemment que c'est mieux que chacun ait accès à un véhicule électrique, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui, ni à l'achat parce que ça coûte très cher, ni en termes d'accès à des infrastructures de recharge.
Donc oui, ça pose beaucoup de questions. Après, j'alerte sur le fait que le seul problème de la voiture n'est pas sa motorisation. Quand on parle de qualité de l'air, par exemple, 20% des émissions de particules finies au transport, c'est l'abrasion des pneus sur la route et les particules de freinage. Ça reste. Que cette énergie électrique doit bien venir de quelque part et qu'à un moment on a besoin aussi de sobriété. Que les routes, aussi on est le record man de route dans ce pays, 1,1 million kilomètres de route, c'est le record d'Europe y compris rapporté au nombre d'habitants.
Sachez que ça, le français a l'équivalent de 120 mètres carrés de route par personne, plus souvent que de surface habitable et on nous embête encore avec des projets d'autoroutes qui mettent en péril le vivant et qui vont encore aller empiéter sur des terres agricoles. Et puis, je termine sur un exemple, prenez votre maison. Si votre maison ou votre appartement était construit sur le même modèle que nos villes, avec les routes au milieu, centrales, la bagnole et puis les piétons sur le côté là, vous auriez en fait un immense garage et puis sur le côté des petites pièces, le salon, une petite chambre, une petite salle de bain.
Mais il y a une disproportion telle, il faut qu'on se rende compte de ce que ça veut dire dans nos vies et je pense que ce n'est pas ça qu'on souhaite.
Alors justement, si vous étiez, vous au pouvoir, quelles mesures appliqueriez-vous d'urgence pour lutter contre le réchauffement climatique ? Contre le changement climatique,
on dit maintenant
parce que le réchauffement climatique,
c'est des dérèglements plus que du réchauffement. Moi, je pense que les écologistes commenceraient par dire ce qu'ils font et font ce qu'ils disent. Moi, j'ai un vrai problème avec ce président qui, quand il est candidat, dit le glyphosate en 2020, c'est fini. On est en 2023. Il dit le glyphosate que vous avez baissé de 30% dans les années qui viennent. On ne sait même pas jusqu'à quand. Il est passé de supprimer en 2020 à dire en 2023 dans les années qui viennent.
J'aimerais bien qu'on se concentre sur vous Marine Tondeau parce que c'est facile entre guillemets de critiquer. Moi, j'aimerais savoir que si vous êtes vous au pouvoir, qu'est-ce que vous faites ? Que les Français qui nous écoutent puissent le savoir.
Quand vous nous dites si vous êtes au pouvoir, vous oubliez que nous le sommes d'une certaine manière déjà, que nous dirigeons certaines des plus grandes villes de ce pays. Mais je parle au niveau national. Oui, mais dans ces villes écologistes, nous faisons la démonstration que la justice environnementale et que la justice sociale sont indissociablement liées et que vivre dans une ville ou dans un pays écologiste, ça change la vie. Ça se compte en kilomètres de pistes cyclables. Ça se compte en milliers d'arbres plantés. Ça se compte en repas bio, locaux, accessibles et de qualité dans les cantines. Ça se compte en droits aux vacances pour tous.
Nous, ce que nous ferions, c'est l'alliance de la justice environnementale et de la justice sociale. Notre programme est plein de mesures et surtout, plus que les mesures individuelles que nous pourrions prendre en compte, c'est aussi une question d'état d'esprit, une question de coopération, de volonté d'apaisement, d'écoute, de scellomanie, du mépris constant qu'on sent aussi dans la politique française et qui met ce pays à bout en fait, à bout d'air.
Par exemple, sur l'avion, qu'est-ce que vous préconisez ? On voit par exemple que Bruno Le Maire, lui, pense que l'avion zéro carbone à hydrogène va avoir le jour. Il aimerait que la France soit le premier continent à le proposer. Il y a des écologistes qui proposent d'arrêter de prendre l'avion. Vous vous êtes sur quel ?
Mon souci, c'est qu'en matière environnementale, il y a beaucoup de ce qu'on appelle des objets traditionnels. Pour ceux qui sont des enfants, c'est un doudou en fait. C'est-à-dire que vous dites aux gens dont tout le monde se rend bien compte dans un coin de sa tête que l'avenir environnemental est quand même mal barré. Ça, tout le monde le sait. Tout le monde est un peu dans le déni aussi. Ça s'appelle le syndrome de l'autruche. Ça a été documenté par des neuroscientifiques. Et donc, vous avez besoin de vous raccrocher à des trucs qui disent tout va bien se passer. Et donc, on vous dit l'énergie, le pétrole, il y a le nucléaire, c'est bon, ça marche très bien.
A nombre, si, ça marche très bien. Il n'y a plus d'eau, on va mettre des méga-bassines. Donc, continuez à faire du maïs irrigué partout, il y a des méga-bassines, ne changez rien. Et puis, les avions, c'est bon, on va faire des avions à hydrogène. Mais, il ne faut pas mentir aux gens. Parce que les avions à hydrogène, qui sont promis dans la planification écologique pour dire c'est ça la solution pour baisser les émissions de carbone d'ici 2030. Tout comme, quand on vous dit les EPR, les nouveaux EPR vont résoudre la crise climatique et la crise énergétique française alors qu'ils ne seront pas opérationnels s'ils sont un jour avant 2045.
Mais vous, Marie-Anton Delivre, si vous étiez là à l'Élysée, qu'est-ce que vous diriez aux Français ? On arrête l'avion ?
Il y a eu une convention citoyenne sur le sujet qui a travaillé des mois de manière extrêmement sérieuse, qui a pris 150 citoyens tirés au sort dans la France, qui ne connaissaient pas spécifiquement trucs à l'écologie, il faut supprimer les vols intérieurs quand il y a un trajet en train possible de moins de 3 heures. Ce que je ne comprends pas, c'est que Macron dit sans filtre, on va mettre en œuvre ces mesures et qu'à la fin, on se retrouve avec dérogation sur dérogation. Alors finalement, on garde le vol intérieur si on ne peut pas faire la retour en train dans la journée, si ce n'est en fait pas moins de 2h30 au lieu de moins de 4h. Il faut aussi qu'il n'y ait pas de changement.
Il y a tellement de dérogation qu'à la fin, au lieu de supprimer 25% des vols intérieurs, on en supprime 2,5%. Et faire croire aux gens que dérogation sur dérogation, recul après recul, mirage après mirage, on va sauver le vivant et l'humanité, c'est mentir. Je rappelle quand même que les enfants qui naissent en 2023, personne ne sait leur garantir que la planète sera encore habitable dans 30 ans. Et ce n'est pas des écologistes qui le disent, ce sont les scientifiques du GIEC, un consensus scientifique inédit dans l'histoire du monde. Donc oui, il y a des mesures qui vont devoir être prendre et c'est une irresponsabilité politique à un moment que de ne pas le dire aux gens.
Question Instagram de Rémi dans le Lot. La loi ZAN, zéro artificialisation nette, doit-elle s'appliquer de la même façon dans les métropoles et dans les villages ? Je rappelle qu'il s'agit de réduire la bétonisation des terres.
Évidemment que non et évidemment que l'écologie ne s'écrit pas en dehors du réel. Les écologistes eux-mêmes d'ailleurs ont porté un certain nombre d'amendements sur cette loi relative au zéro artificialisation nette. Notamment, par exemple, des maires écologistes étaient embêtés avec cette loi pour faire des pistes cyclables et qu'il y a des villages où on doit, pour sauver l'école, tirer des habitants, que ce n'est pas possible de construire zéro logement. Il y a d'autres manières de les construire que sur les terres agricoles, parfois pas. Par contre, si c'est pour construire des entrepôts logistiques, c'est un problème. Et donc oui, il faut s'adapter.
Après, moi, j'étais particulièrement choquée de voir Laurent Wauquiez, le héros de la région Auvergne-Rhône-Alpes, nous expliquer qu'il n'allait pas appliquer cette loi. D'ailleurs, lui, il a découvert la désobéissance, sauf qu'il n'a pas compris que c'était dans l'autre sens. C'était pour l'intérêt général qu'il fallait la faire. Je rappelle quand même que 20 000 à 30 000 hectares de terres agricoles disparaissent chaque année du fait de l'artificialisation des sols et que c'est l'équivalent chaque année de deux à trois fois la surface de la ville de Paris qui disparaît.
Et donc, ceux qui prétendent aimer la ruralité, si à un moment, c'est pour qu'il n'y ait plus de champs et de surfaces agricoles, oui, c'est un problème et c'est assez hypocrite.
Allez, on va revenir sur votre parcours, Marine Tandelier, celui d'une élue locale d'opposition. À 22 ans, vous êtes candidate pour la première fois sur une liste écologiste aux élections municipales en 2009 à Hénin-Beaumont. Vous perdez Steve Briouat et Marine Le Pen aussi. C'est le candidat d'hiver gauche Daniel Duquesne qui l'emporte. Après la chute du socialiste Gérard d'Allongeville révoqué après des détournements de fond, ça pose l'ambiance. Trois ans plus tard, en 2012, votre circonscription, la 11e du Pas-de-Calais, devient le théâtre d'un affrontement politique national.
Vous passez votre temps à dresser les gens contre les autres, mais c'est pas de ça dont on parle. Vous avez sorti un petit tract et vous vous êtes fait serrer, vous et vos gorilles qui les diffusaient. Oui, oui, nous vous avons attrapés et maintenant vous avez une plainte. Voilà, et si j'avais pas fait ça, vous ne l'auriez pas commis. Madame, taisez-vous 5 minutes si vous les supportez. Madame, je ne vous reconnais pas le droit,
je ne vous reconnais pas. Oui, vous êtes stupide, toute cette équipe. Un extrait du débat sur France 3, Pas-de-Calais avant le premier tour des élections législatives de 2012. Vous avez 25 ans, vous êtes candidate écologiste et vous vous retrouvez donc entre ces deux mastodontes de la vie politique, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. 11 ans plus tard, ils sont toujours là. Vous étiez aux avant-postes d'un affrontement toujours actuel, Marine Tondelier.
Oui, c'était un moment assez surréaliste parce qu'ils avaient fait cette campagne présidentielle ensemble, parmi d'autres, et ils avaient refusé de débattre l'un contre l'autre pendant toute la campagne présidentielle. Puis Mélenchon, au dernier moment, décide de se présenter à Hélan Beaumont, là où moi j'ai grandi, j'ai été candidate depuis quelques mois pour les écologistes. Et donc, le débat qui n'avait jamais eu lieu arrive, il a lieu, dans le cadre de la campagne législative, dans les locaux de France 3, de Nord-Pas-de-Calais.
Et je me rappelle de tout le cérémonial assez ridicule qui avait eu lieu où ils avaient même fait venir des chronomètres de Paris, soi-disant, comme si des chronomètres du Nord-Pas-de-Calais ne chronométraient pas assez bien. Tout ça en plus pour évidemment laisser filer les temps de parole juste entériner les déséquilibres de temps de parole.
Et je me rappelle aussi d'être arrivée là, pas la fleur au fusil, mais bon, peut-être avec la fougue de ma jeunesse et m'être retrouvée entre les deux et leur dire à un moment mais ça suffit, vous êtes en train de vous écharper sans jamais à aucun moment parler du territoire local qui est quand même le bassin minier du Pas-de-Calais qui est ultra spécifique. Vous l'avez dit, mon maire était quand même 18 chefs d'inculpation, c'est un record mondial je pense pour un maire il était en prison.
Enfin, tout ça était ridicule et surtout, il y avait 7 équipes de colleurs à temps plein qui se succédaient dans la ville heure par heure pour aller recouvrir on avait des affiches en 4x3 de Marine Le Pen partout et de Jean-Luc et de Marine et de Jean-Luc c'était assez invraisemblable et en plus en termes de pollution visuelle et d'inconfort pour les habitants y compris en tant qu'écolo j'étais un peu sétique et je l'avais dit d'ailleurs je me rappelle d'une image qui avait été reprise c'était le petit journal à l'époque l'ancêtre de quotidien où je disais Marine Le Pen mais en fait vous nous dites même pour les éoliennes que vous êtes contre parce que ça pollue le paysage mais moi aujourd'hui à Énan-Beaumont c'est vous qui polluez le paysage c'est en dehors de toute règle électorale de toute règle d'affichage et puis elle disait mais non mais moi j'affiche que sur les panneaux électoraux et quotidien elle est allée filmer dans la ville sa tête partout et avait montré qu'elle mentait malheureusement
c'est pas le seul sujet sur lequel elle ment Finalement ni Mélenchon ni Le Pen ne l'emporte c'est le socialiste Philippe Kemmel qui devient député sous François Hollande en 2012 et vous vous continuez cet ancrage à Énan-Beaumont vous allez observer de très près l'implantation locale et nationale du FN devenu RN en 2014 c'est un choc Steve Brioua est élu maire d'Énan-Beaumont vous êtes conseillère municipale d'opposition et vous en tirez un livre nouvelle du front aux éditions Les liens qui libèrent en 2017 et vous racontez qu'une précision chirurgicale la vie sous le rassemblement national et j'aime beaucoup cette scène page 26 alors que la ville vient de tomber aux mains du FN vous racontez ce bus de SOS racisme qui scande première, deuxième, nous sommes tous des enfants d'immigrés ou pas de fachos dans nos quartiers et vous écrivez ces slogans ont quelque chose d'obsolète pourquoi la gauche n'arrive pas à être l'alternative crédible au RN ?
Je vous rappelle que mon maire socialiste était en prison avec 18 chefs d'inculpation et donc quand vous avez un système un système des mines qui était il faut se rendre compte de ce que c'était les mines les gens travaillaient la mine vivaient dans les dans les logements des mines aller à l'école des mines y compris la messe c'était aussi organisé par les mines et l'école de musique des enfants et donc c'était très paternaliste et quand les mines ont fermé la dernière à côté de chez moi ferme quand même en 1992 donc c'est pas si loin que ça et puis après du coup ça devient un clientélisme politique le maire prend la place en fait du patron de la mine et donc il y avait un système de clientélisme qui a pris des proportions dingues dans le Pas-de-Calais et notamment dans ma ville quand enfin c'est un terreau idéal pour le Front National parce qu'il y a à la fois la crise économique et donc la crise sociale évidemment aussi la crise environnementale parce que vous imaginez que toute cette activité et celle qu'on a fait venir ensuite n'était pas forcément bonne ni pour l'environnement ni pour la santé et vous y ajoutez les affaires politico-financières c'est le terreau idéal et moi j'ai souvent comparé Marine Le Pen à un vautour qui avait tournoyé un peu parce que c'est pas du tout chez elle je vous rappelle qu'elle est de neuilly sur scène et à qui on dit viens par là viens par là il se passe un truc et donc qui fond sur sa proie comme un rapace au bon moment normalement j'ai arrêté de dire ça parce que j'ai toujours des naturalistes qui m'écrivent pour dire que cette image est diffamatoire pour les vautours qui sont un animal très utile à l'écosystème mais en tout cas vous voyez l'image du charognard et de comment elle a pu choisir ce territoire pas je pense par amour d'Emine ou des courons mais par opportunisme électoral et pourtant
Steve Briouat est réélu vous l'enfant du pays comment vous expliquez que vous n'arrivez pas à convaincre et surtout est-ce que les habitants d'Emine-Boumont que vous connaissez bien sont satisfaits de leur mère et reine ?
c'est difficile parce qu'en réalité quand ils gagnent moi je sais qu'ils m'accusaient d'être la mafia socialiste d'Allongeville machin truc mais quand le maire enfin à l'époque d'Allongeville moi j'étais au lycée donc je veux bien être la responsable de ça je ne savais pas ce que c'était la politique j'étais militante de rien du tout mais pourquoi l'écologie
ne convainc pas à Emine-Boumont vous qui connaissez par cœur on ne peut pas dire que l'écologie
ne convient pas sur ce territoire parce qu'il se trouve qu'à 10 kilomètres de là il y a Los Angoel qui a longtemps été un laboratoire de l'écologie c'est une ville aussi des mines de un peu moins de 10 000 habitants dont le maire Jean-François Caron était l'un des chefs de file de l'écologie en région et qui a fait la démonstration pendant trois mandats on venait de toute la France voir ce qui se passait dans cette ville que dans ce pays du charbon qu'on pourrait dire le pays du charbon c'est le charbon puis les écologistes vont aller ailleurs nous au contraire on s'est battus y compris en tant qu'écolo là où tout le monde voulait raser les terris les chevalets dire on passe tous à autre chose on tourne la page nous nous voulions préserver tout ça les terris donc ces tas de charbon sont aujourd'hui des réserves de biodiversité les cités minières sur 250 kilomètres sont classées au patrimoine mondial de l'UNESCO c'est plus de 356 qui sont classés dans cette région les écoles les églises voilà c'est précieux pour nous et on a fait la démonstration que oui dans ces territoires on pouvait mener la transition de la plus belle des manières
Que vouliez-vous faire quand vous étiez petite Marine Tondelier ?
je sais pas je crois que je voulais être maîtresse d'école en primaire ou en maternelle avec des petits j'aimais bien faire ça Quand est né votre engagement politique ?
Très tard quand j'étais étudiante à Sciences Po Lille je me rappelle il y avait Gérald Darmanin dans l'école il y en avait plusieurs qui étaient d'ailleurs évidemment tous au CA au conseil d'administration je ne sais plus comment ça s'appelait je ne m'intéressais pas trop à ça mais qui s'était déjà habillée en mini costard et tout et me disait pourquoi on vient à l'école à costard en 18 ans moi j'arrivais d'un beau moment ça me paraissait un peu surréaliste et je n'avais vraiment pas l'impression de faire partie du même monde et c'est finalement assez ironique que j'en sois venue là moi je suis venue à la politique par l'écologie je ne suis pas venue à l'écologie par la politique comme certains disent moi je veux faire de la politique alors on va où bon là ça a l'air sympa moi j'étais écolo j'étais l'EPO Greenpeace c'est ça qui me parlait il se trouve que le directeur de Sciences Po Lille d'ailleurs quand mon maire est révoqué de ses fonctions de maire par le conseil d'état en 2018 me dit pourquoi tu n'y vas pas et moi je dis je ne sais pas je fais mes études laissez-moi tranquille en 2008 pardon pendant le 2008 et que mécaniquement en fait je suis allée à ce meeting des européennes en 2009 et que j'ai adhéré à Europe Ecologie Les Verts et puis que les choses se sont faites comme ça parce qu'on était très peu d'écologistes en fait dans cette ville et c'est vraiment pour le coup j'ai vraiment eu le parcours d'une militante de base qui arrive dans un territoire qui se retrouve à être responsable de groupes locales puis le bureau régional puis je rentre à la direction des Verts et puis à un moment je me dis que ce qu'on vit à Hénin est très dur et je me dis je me rappelle qu'en fait seul sur des territoires comme beaucoup de militants dans l'adversité on ne peut pas en fait retourner un territoire tout seul ce qui compte c'est le récit national ce qui compte c'est que vous avez un mouvement qui incarne les combats que vous portez localement qui incarne vos territoires et je sais que ça a beaucoup contribué à mon envie de m'investir aussi au niveau national
Vous le disiez vous étiez à Sciences Poli avec l'actuel ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin quel souvenir conservateur ?
Je ne suis pas dans la même promotion
et je n'ai pas beaucoup de souvenirs de lui Lors de votre élection le 10 décembre 2022 comme secrétaire nationale des écologistes vous vouliez refonder le mouvement en un an Quel bilan tirez-vous à deux mois de l'échéance Marine Tondelier ?
Eh bien écoutez la première chose c'est que je pense qu'on l'a fait de la plus belle des manières d'une manière qui nous ressemble c'est-à-dire par la démocratie ouverte et participative on a fait 150 jours de phase d'écoute une grande enquête populaire il y a plus de 30 000 personnes qui ont participé 75% d'entre elles n'étaient pas adhérentes ni de notre parti ni d'aucun autre il y a eu 250 ateliers sur tout le territoire il y a eu 180 vous savez structures de la société civile des très grosses assos que vous connaissez à des toutes petites qui ont contribué qui représentent en tout 2 millions d'adhérents c'est assez énorme et puis de tout ça on a tiré l'essentiel on a fait des conférences citoyennes en septembre et donc je vous le dis on a écouté on a analysé et maintenant on va changer ça se passe aujourd'hui le lancement du mouvement Les écologistes et les écologistes ce sera bien plus qu'un parti politique
Alors votre slogan sur le site lesécologistes.fr que vous avez lancé pour cet objectif c'est venez comme vous êtes pour une admirative de José Bové reprendre le slogan du McDo
c'est oser non ?
Ben non parce que les mots ne leur appartiennent pas et vous savez que venez comme vous êtes ils l'ont eux-mêmes piqué à Nirvana de la chanson comme As You Are et je sais que quand on cherchait un mot pour montrer que vraiment ELV voulait s'ouvrir et devenir des écologistes qu'il ne fallait pas avoir peur parce que toutes les enquêtes qu'on a menées nous montrent qu'il y a une vraie crainte de l'engagement pas que pour l'écologie mais de manière générale que cette première marche elle est dure à passer et le mot sur lequel on revenait toujours c'était venez comme vous êtes et on s'est dit que s'ils avaient dépensé à mon avis énormément d'argent bien plus que nous n'en aurons jamais pour arriver sur ces mots simples peut-être que c'est justement parce qu'ils étaient adaptés et les mots ne leur appartenant pas on les a retenus mais plus qu'un slogan je pense que ce qui est important c'est de discuter de ce qui va changer dans ce nouveau mouvement et de ce qu'il va être
Qu'est-ce qui vous a plu chez José Bové vous nous disiez tout à l'heure que c'était aussi pour lui en 2009 que vous adhérez à ce parti les écologistes est-ce que c'est la désobéissance civile ?
Je pense que c'était une manière de remettre en question le système qui à cette époque était assez singulière on n'entendait pas beaucoup en politique et que ce sujet de la malbouffe qui me touche beaucoup parce que moi je viens des sujets de la santé donc je trouvais hyper intéressant de cette manière d'arriver dans l'actualité de braquer des caméras sur un sujet il m'était sympathique il y a quelques personnes comme ça Noël ma mère etc ou quand on voyait de loin c'était sympathique
Alors c'est la tradition dans cette émission l'invité n'arrive pas les mains vides de Marine Tendulier vous nous avez apporté une archive sonore on l'écoute Nous allons bientôt manquer de l'eau et c'est pourquoi je bois devant vous un verre d'eau précieuse puisque avant la fin du siècle si nous continuons un tel débordement elle manquera à lundi je vous dis au revoir et j'espère vous revoir pour vous expliquer notre projet global d'avenir merci mes amis La voix de René Dumont son pull rouge et son verre d'eau nous sommes en 1974 il est le premier écologiste candidat à une présidentielle pourquoi cet extrait ? Parce que je voulais rappeler
que longtemps les écologistes et leurs précurseurs se sont battus pour être entendus et vous voyez René Dumont il était candidat à la présidentielle le premier candidat écolo en 1974 ils brandissent vers d'eau en disant l'eau va bientôt manquer et beaucoup de gens à l'épaule grigolent en disant oui merci beaucoup il se trouve qu'aujourd'hui nous y sommes et donc on s'est battus pour être entendus on s'est battus pour être crus on s'est battus pour être suivis et maintenant avec ce nouveau mouvement les écologistes une nouvelle page s'ouvre tout va changer tout sauf nos valeurs on va changer évidemment notre ambition on veut un grand mouvement qui ne s'adresse pas qu'aux gens qui veulent faire de la politique qui s'intéresse à toutes celles et ceux qui ont l'écologie dans un coin de leur tête et qui veulent un peu faire quelque chose sans trop savoir quoi et comment on va créer une manière de s'engager à la carte dans les études qu'on a faites il y a des gens qui disaient moi je veux juste avoir accès à des formations tout ça c'est ça qui m'intéresse il y en a qui disent moi j'ai pas trop de temps mais je fais les élections municipales je suis citoyen dans ma ville et vous avez gagné les élections puis moi je vote plutôt pour vous est-ce que vous pouvez m'aider et il y a des gens qui veulent être dans un parti politique ils seront aussi les bienvenus ils pourront adhérer mais ce sera pas obligatoire d'adhérer on pourra aussi picorer ce qu'on souhaite il y aura une application smartphone qui sort aujourd'hui vous pouvez la télécharger elle s'appelle écolo.exclamation en majuscule et donc vous y retrouverez des conseils un peu de vie pour limiter son impact sur l'environnement vous y retrouverez des mobilisations près de chez vous pour rejoindre un peu tout ce qui se passe d'écologie sur vos territoires vous y retrouverez aussi des formations des contenus et c'est ça en fait qu'on veut faire on veut proposer à toutes celles et ceux qui veulent faire quelque chose pour l'écologie de le faire peu importe leur disponibilité leur territoire leurs envies ils trouveront de quoi faire les portes leur sont grandes ouvertes venez comme vous êtes comme vous l'avez dit tout à l'heure
Un dernier mot sur René Dumont en 1974 l'élection présidentielle il obtient le maigre score de 1,3% des voix près de 50 ans plus tard Yannick Jadot dont vous étiez la porte-parole en 2022 fait 4,63% des voix entre temps il y a eu quand même 6 candidats des écolos et une élection maigre progression il y a du travail non Marine Tondelier ?
C'est vrai que l'élection présidentielle c'est pas l'élection favorite des écolos mais vous savez quoi ça va changer et ce qu'on fait avec ces états généraux avec ce nouveau mouvement c'est s'inspirer de nos victoires parce que oui nous avons aussi eu des victoires électorales les européennes de 2019 toutes les villes que nous avons gagnées en 2020 qui auraient pu prévoir comme dirait l'autre et donc on tire les leçons de ces victoires on tire aussi les leçons de nos échecs et notamment de la présidentielle qui a été décevante pour tout le monde c'est exactement pour ça qu'on change aussi pour changer notre sociologie militante je pense qu'il y a des publics qui sont plus éloignés de la politique nous sommes aujourd'hui le premier parti des centres-villes très bien c'était un bon départ nous voulons aussi devenir le premier parti des ruralités à qui on a beaucoup à apporter on veut aussi s'engager plus avec les classes populaires évidemment aussi pour les classes populaires on lance une grande étude la semaine prochaine pour favoriser leur engagement pour l'écologie l'écologie c'est pour tout le monde je vais être très claire là-dessus et donc on va participer à l'affaire avec tout le monde
merci beaucoup Marine Tandelier d'avoir été l'invité de Sens Politique c'est la fin de cette émission la semaine prochaine je recevrai le président de la haute autorité pour la transparence de la vie publique Didier Migaud vous pouvez lui adresser vos questions à l'adresse suivante senspolitique radiofrance.com avant jeudi prochain merci à toute l'équipe à la préparation l'indispensable Anne-Claire Bazin à la réalisation Payeret-Legras à la technique Jean-Guylain Meij à la vidéo Félix Delacour vous pouvez réécouter cette émission sur l'application Radio France et sur franceculture.fr merci de nous avoir suivis à la semaine prochaine Sous-titrage Société Radio-Canada
Marine Tondelier