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interviewLe Média· 27 février 2018 7 min

LES RAPPROCHEMENTS ENTRE DROITE ET EXTRÊME-DROITE EN EUROPE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

– Alors, on a appris de la bouche de Nicolas Dupont-Aignan la semaine dernière, qu'il a écrit dans une lettre ouverte au nouveau patron des Républicains, Laurent Wauquiez, pour l'appeler à sortir des polémiques stériles et constituer une alliance avec lui. Donc, on se souvient que le président de Debout-la-France était déjà allié à la candidate du Front National, Marine Le Pen, entre les deux tours de l'élection présidentielle, c'était l'année dernière. Donc, avec toi Léonard, ce soir, pour bien comprendre ce qui à première vue peut paraître comme un petit événement, on a voulu prendre un peu de recul au lieu de rester le nez dans les petites combines de droite française. – Et oui, on va faire un peu de géographie, parce que c'est là, entre la droite qu'on dit conservatrice et l'extrême droite nationaliste, que Nicolas Dupont-Aignan entend affirmer son identité avec l'idée, sans doute, de mettre à profit les quatre années qui viennent pour aider à constituer une grande alliance de droite pour la présidentielle de 2022 face aux deux autres fronts politiques qui se sont constitués l'année dernière sur les ruines de ce qu'on appelle aujourd'hui le vieux monde.

Ces deux fronts sont maintenant évidents, à l'Assemblée Nationale notamment, le bloc néo-libéral autour de l'Élysée et de la République en Marche, avec ses copains du moment, ici et là, et l'opposition de gauche autour de la France Insoumise. Et c'est à droite que ça pèche, on a droit aux constructifs Macrono-compatibles, aux Sakozystes de l'ombre, aux grognards en semi-retraite de la Chiraquie, à des gens qui se réclament du Général de Gaulle, mais qui s'allient avec les héritiers de ses ennemis, et puis quoi d'autre? Ah oui, une extrême-droite scindée en deux, en deux tendances, brunes sans doute, mais floues aussi du nationalisme xénophobe, alors tout reste à faire à droite.

L'appel du pied de Nicolas Dupont-Aignan, il faut donc le prendre au sérieux, parce que l'idée n'est pas nouvelle chez lui, mais elle n'est pas complètement farfelue, et mieux que ça: c'est déjà une réalité dans de nombreux pays européens. Alors, regardez cette carte, elle montre les pays où la droite et l'extrême-droite gouvernent déjà ensemble. En Autriche, la démocratie chrétienne a fait entrer les néo-fascistes du FPÖ au gouvernement l'année dernière, après que le candidat de ces derniers a échoué de peu à prendre la présidence de la république.

En Hongrie, le nationaliste Viktor Orbàn gouverne avec une confortable majorité, constituée avec la démocratie chrétienne, et sans même voir besoin de l'appoint des 20% du parti ethniciste Jobic. En Pologne, le très conservateur et très nationaliste Droit et Justice des frères Kachinsky est solidement arrimé au pouvoir. En Slovaquie, le parti national slovaque, qui ne cache pas sa détestation des Roms, des Hongrois, des homosexuels, a nommé plusieurs ministres importants d'un gouvernement dirigé par des socio-démocrates.

En Finlande, d'anciens vrais finlandais, c'est le nom du parti, qui s'est scindé en deux l'année dernière, tiennent aussi plusieurs portefeuilles régaliens. En Bulgarie, le centre-droit gouverne avec les patriotes unis, qui comptent trois vice premier-ministres, dont un en charge de l'ordre et de la sécurité. En Norvège, les centristes et la droite se sont alliés à un parti pro-business, pro-américain, ultra-libéral, et souvent xénophobe. c'est pareil en Lettonie, avec des ministres issus du parti de la droite dure appelée "tout pour la Lettonie".

En Ukraine, c'est plus simple, il y a eu longtemps des néo-nazis tout simplement au gouvernement, et aujourd'hui, l'un de leurs chefs est à la tête du Parlement. Enfin, il y a trois cas, disons ambigus, le HDZ de l'ancien autocrate Franjo Tudjman, le parti qui a mené la guerre ethnique en Croatie et en Bosnie dans les années 90 est toujours au pouvoir à Zagreb. En Belgique, ce sont les dissidents du nationalisme flamand qui sont entrés au gouvernement en coalition avec la démocratie chrétienne, et pareil au Royaume-Uni, où c'est le soutien des nationalistes d'Irlande-du-Nord qui a permis à Theresa May de constituer un gouvernement.

Alors, voilà, l'alliance de la droite et de l'extrême-droite et l'exercice du pouvoir par cette nouvelle force politique, c'est déjà une réalité. Elle pourrait même s'étendre aux Pays-Bas, où on en parle beaucoup. En Grèce, avec les miliciens d'Aube Dorée, toujours aussi nuisibles.

En Suède, où l'extrême-droite a 48 députés sur 349, et puis il faut surtout regarder ces temps-ci du côté de l'Italie, où Silvio Berlusconi a déjà gouverné avec les néo-fascistes et les sécessionnistes padaniens, comme on dit. Alors, l'Italie, c'est particulier, il faut la regarder spécialement cette semaine parce que les élections ont lieu dimanche et la droite de Berlusconi est en bonne position avec ses alliés brunissants qui pourrait constituer une majorité. Alors, en France, qu'est-ce qu'une telle alliance pourrait peser ?

Allez, soyons triviaux et regardons les chiffres de la dernière élection présidentielle. Je sais bien que c'est plus compliqué que ça, mais quand même c'est bien de se rafraichir la mémoire, on va voir ça tout de suite. L'addition des voix de François Fillon, de Nicolas Dupont-Aignan et de Marine Le Pen pèse quand même assez lourd, même si je le rappelle, sur les 47 millions d'électeurs inscrits, 15 millions ne se sont pas déplacés, ont voté blanc ou nul.

Alors, on le voit, il y a de quoi aiguiser les appétits. Bon, pour conclure, on ne va pas être chauvin ou trop centré sur notre petite Europe qui ne pèse pas lourd, 7% de la population mondiale seulement, c'est pas beaucoup, le monde est vaste, et il faut bien admettre qu'on assiste depuis plusieurs années, à cause de l'affaissement des états au profit de la finance, à une remontée des formes archaïques de la politique, la tribu, la communauté, l'appartenance religieuse, les mafias, et pas seulement en Europe. Qu'on songe une seconde à des états autrefois laïcs et qui vivent aujourd'hui avec la majorité des autres états dans un enchantement religieux, ou la rage nationaliste.

L'Inde, Israel, la Turquie, la Birmanie, les Philippines, et même l'Amérique avec Donald Trump et sa drôle d'alliance entre le big business, la bible, et le colt, un attelage auquel rappelons-le, nous en France, nous sommes militairement liés à travers l'OTAN. On peut d'ailleurs voir dans le grand-oral de Marion Maréchal Le Pen au cœur de l'empire américain, le weekend dernier, elle est allée faire le spectacle dans le congrès des conservateurs américains, l'affichage mal caché d'une telle ambition dans le sillage américain. Une intervention qui a d'ailleurs été diffusée en direct sur pas mal de chaines françaises, en tout cas sur une, et qu'il faut dire a épaté quelques uns de nos confrères.

Il faut croire que pour certains, il y a de l'espoir dans l'avenir. – Et bien, merci Léonard pour ce sujet dont... – apparemment assez sombre, hein, on voit ça...