Retraites : la France entre contestation et résignation - François Ruffin - C à Vous - 09/03/2023
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 1:04OuverteÉludée
Est-ce que ça peut miner la détermination et la mobilisation ?
- 2:03RelanceRéponse directe
Est-ce que ce n'est pas ça le maillon faible de la contestation ?
- 2:55OuverteRéponse directe
Pour gagner, pour obtenir le retrait de cette réforme, est-ce que les syndicats doivent aller plus loin ?
- 3:38OuverteRéponse directe
Vous êtes embêté par les mouvements depuis les 3 jours ?
- 4:47ComplaisanteRéponse directe
Pour l'instant, ce ne sont pas les grands patrons qui cherchent à entrer en contact avec le président, ce sont les syndicats. Le Front syndical a officiellement envoyé une lettre au président de la République pour lui demander une rencontre, mais l'exécutif a déjà opposé une fin de non-recevoir à cette demande. La Première ministre Elisabeth Borne leur a répondu hier que la porte du ministre du Travail, Olivier Dussopt, était toujours ouverte. Quant au président, il fallait accepter ses invitations l'été dernier, selon Bruno Le Maire. C'est ce qu'il a dit ce matin.
- 5:49OuverteRéponse directe
Vous entendez ce que Bruno Le Maire dit ou il n'y a qu'Emmanuel Macron, aujourd'hui, qui peut dénouer cette crise ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:20InvitéFait
« soit on retiendra, M. Dussopt, que votre nom restera à jamais attaché à celui d'une réforme qui fera revenir presque 40 ans en arrière. »
- 0:24InvitéFait
« Nous votons cet article 7 parce que nous avons la conviction que nous sauvons le système de retraite par répartition. »
- 1:23Invité politiqueChiffre
« quand on est passé de 60 ans à 62 ans déjà, il y a une multiplication par 4 des personnes dans cette tranche d'âge-là qui sont arrivées au revenu de solidarité active. »
- 1:43Invité politiqueChiffre
« On le sait, c'est déjà chiffré. Il va y avoir 190 000 à 250 000 personnes qui vont se retrouver à être dans des situations de précarité, »
- 3:05Invité politiqueChiffre
« quand on voit qu'il y a 7 Français sur 10 qui sont opposés à cette réforme, 9 salariés sur 10, »
- 6:02Invité politiqueChiffre
« Le déficit prévu, c'est 12 milliards d'euros. »
- 6:08Invité politiqueChiffre
« Le déficit commercial, aujourd'hui, d'ores et déjà, c'est 164 milliards d'euros. »
- 7:20InvitéChiffre
« 93% des actifs. »
- 7:56Invité politiqueChiffre
« la Bourse, il vient de nous être dit, qu'elle a battu son record historique de tous les temps, du jamais vu, de bénéfices, elle a dépassé les 150 milliards d'euros, juste pour les 40 entreprises du CAC 40. »
- 7:05Invité politiqueFait
« ils ne sont même pas capables d'envoyer la moitié de leurs députés au deuxième tour. Il n'y en a qu'une qui est élue sur la totalité du département. »
Temps de parole
- François Ruffin64 %
- Invité12 %
- Présentateur7 %
- Invité 26 %
- Invité 34 %
- Invité 43 %
- Invité 52 %
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On en revient à la réforme des retraites qui poursuit son examen au Sénat et aux alentours de minuit. L'article 7, le fameux, qui prévoit le report de l'âge légal de 62 à 64 ans, a été voté. Soit on retiendra, M. Dussopt, que votre nom restera à jamais attaché à celui d'une réforme qui fera revenir presque 40 ans en arrière. Nous votons cet article 7 parce que nous avons la conviction que nous sauvons le système de retraite par répartition. Bien sûr, nous allons voter cet article 7 parce qu'il va permettre de sauver le régime de retraite par répartition. Ceux qui se moquent des chiffres se moquent des gens. Derrière les chiffres, il y a les déficits.
Derrière les déficits, il y a l'argent des Français. Derrière l'argent des Français, il y a la peine des Français. Pour 201 contre 115, le Sénat a adopté l'article 7. C'est la première fois que le report de l'âge légal est voté par des parlementaires. Elisabeth Borne a parlé aujourd'hui d'une étape importante. Est-ce que ça peut miner la détermination et la mobilisation ?
Vous savez, si la détermination des gens, elle reposait sur la surprise qu'un Sénat de droite vote une réforme de droite, je pense que ça tiendrait à pas grand-chose. Donc là, il y a quelque chose de plus ou plus profond dans le pays. Vous savez, quand j'entends derrière les chiffres, il y a des gens se dire que quand on est passé de 60 ans à 62 ans déjà, il y a une multiplication par 4 des personnes dans cette tranche d'âge-là qui sont arrivées au revenu de solidarité active. Pourquoi ? Parce qu'ils n'ont pas réussi à obtenir la retraite, soit parce qu'ils étaient usés, soit parce qu'ils ont été mis en dehors du marché de l'emploi. Et donc, ils sont retrouvés au RSA.
Qu'est-ce qui va se passer en passant de 62 à 64 ans ? On le sait, c'est déjà chiffré. Il va y avoir 190 000 à 250 000 personnes qui vont se retrouver à être dans des situations de précarité, avec en plus une pression sur les salaires. Donc, voilà.
On le sait, les Français sont majoritairement opposés à cette réforme, mais ils sont aussi très majoritaires à penser qu'elle sera votée et appliquée. Il y a une résignation d'une majorité des Français. Est-ce que ce n'est pas ça le maillon faible de la contestation ?
Évidemment, il y a toujours l'enjeu de passer à « on a raison », à « on peut gagner », qui est… Et je vois, moi, surtout, je veux dire, le gâchis dans lequel on se met, quoi. Imaginez qu'après deux ans de crise Covid, avec la guerre en nuque traîne, les factures d'énergie qui bontissent en tous les sens, les gens qui n'arrivent pas à remplir leur caddie dans les supermarchés…
Ça explique qu'il n'y a pas autant de grévistes…
Oui, ça explique ça, mais ça se dit, quoi, dans ce moment-là, quand on est président de la République, ce qu'on devrait faire pour son pays, c'est demander comment on le rassemble, comment on le rassemble pour affronter un certain nombre de défis. Et à la place de ça, on a là, on met un truc qui divise le pays, qui le fragmente, qui le fracture. Et je pense que c'est très, très nocif, en plus de s'appuyer sur quoi ? Sur l'espérance que c'est la résignation qui va l'emporter, l'espérance que c'est le dégoût qui va l'emporter, plutôt que de s'appuyer sur des sentiments positifs de qu'est-ce qu'on va construire ensemble.
Pour gagner, pour obtenir le retrait de cette réforme, est-ce que les syndicats doivent aller plus loin ? Est-ce qu'il faut mettre l'économie à genoux, comme le suggéraient jeudi dernier 5 fédérations CGT ?
En tout cas, quand on voit qu'il y a 7 Français sur 10 qui sont opposés à cette réforme, 9 salariés sur 10, qu'il y a eu 1, 2, 3, 4 manifestations à 1, 2, 3 millions de personnes, que tout ça, manifestement, ça suscite juste de l'indifférence du gouvernement et du président de la République. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la seule solution qu'il y a, c'est que ce soit les patrons qui appellent Macron. Il faut que ce soit Joe Bezos, le patron d'Amazon, qui a réussi à obtenir la Légion d'honneur, donc il doit avoir le 06 Emmanuel Macron, qui prenne son téléphone et qui dise « non, ça ne peut plus durer ».
Que le patronat fasse pression sur le gouvernement.
Ben oui, et donc, c'est un effet redond de l'économie rechercheur.
Vous êtes embêté par les mouvements depuis les 3 jours ?
Vous savez, quand on était sur la zone industrielle d'Amiens il y a 2 jours, Procter & Gamble a perdu 1 million d'euros. Oui, mais Amazon n'a pas été bloqué. Je ne sais pas s'il l'a été ailleurs en France, mais c'est le patron de Procter, c'est le patron de Dallop, mes salariés, ils n'arrivent pas à l'heure.
Donc il faut mettre l'économie à genoux, entre guillemets.
Moi je ne suis pas pour mettre l'économie à genoux, je suis pour remettre le pays debout. Mais on ne remet pas un pays debout sans les travailleurs, avec les travailleurs. C'est eux qui vont remettre l'économie debout, qui vont remettre le fait que le rail, on ait des conducteurs dans les rails, qu'on ait des profs dans les écoles sans les recruter en job dating, qu'on ait des hôpitaux qui ne soient pas en lambeaux. C'est avec les travailleurs, et ce n'est pas en introduisant de la résignation, du découp, du découragement.
Vous savez, moi, j'interroge, y compris les gens qui ne vont pas dans les manifestations, parce que je vois bien le fossé entre des manifestations qui sont nombreuses, mais un soutien populaire qui est encore plus nombreux. Moi, quand j'interroge un chariste qui ne va pas dans les manifs, il me dit, oui, mais tout ça, quand même, ça décourage le travail, ça décourage de se dire qu'on va avoir deux ans de plus à faire. J'entends une agent d'entretien de l'hôpital d'Amiens qui me dit, mais 64 ans, pour moi, ils sont fous, ce n'est pas possible. Donc voilà ce qui, quand même, va rester massivement installé dans le pays.
Pour l'instant, ce ne sont pas les grands patrons qui cherchent à entrer en contact avec le président, ce sont les syndicats. Le Front syndical a officiellement envoyé une lettre au président de la République pour lui demander une rencontre, mais l'exécutif a déjà opposé une fin de nos recevoirs à cette demande. La Première ministre Elisabeth Borne leur a répondu hier que la porte du ministre du Travail, Olivier Dussopt, était toujours ouverte. Quant au président, il fallait accepter ses invitations l'été dernier, selon Bruno Le Maire. C'est ce qu'il a dit ce matin.
Il a proposé à tous les syndicats d'être reçus au printemps et à l'été dernier, 2022. Et je rappelle que certains, comme la CGT, ont refusé. À ce moment-là, c'était le temps des syndicats, c'était le temps de la discussion pour préparer le projet de loi de réforme des retraites. Donc la CGT a refusé l'invitation du président de la République. Maintenant, c'est le temps du Parlement, c'est-à-dire que c'est aux parlementaires, qui représentent le peuple français, de prendre les décisions sur cette réforme des retraites. S'il y a des discussions à voir, c'est au ministre du Travail, Olivier Dussopt, d'avoir ces discussions avec les représentants syndicaux.
Mais nous sommes dans le temps du Parlement.
Le temps du Parlement. Vous entendez ce que Bruno Le Maire dit ou il n'y a qu'Emmanuel Macron, aujourd'hui, qui peut dénouer cette crise ?
Emmanuel Vestement, c'est lui qui peut la dénouer, puisque c'est lui qui l'a nouée. On voit très bien qu'aujourd'hui, ce n'est pas une réforme qui est faite pour des raisons financières. Le déficit prévu, c'est 12 milliards d'euros. Le déficit commercial, aujourd'hui, d'ores et déjà, c'est 164 milliards d'euros. Donc ça doit être 12 ou 14 fois plus.
Alors pourquoi, d'après vous ?
Manifestement, c'est une marque de son autorité. Et il le dit. Si jamais il flanche là-dessus, il ne va plus voir rien faire, d'après lui. Donc c'est un marqueur d'autorité. C'est une mesure qui est bien plus politique, aujourd'hui, que ça n'est une mesure économique.
Vous dites qu'il est dans une certaine forme de folie, dans sa volonté de faire passer cette réforme. Qu'est-ce que vous entendez par là ?
J'entends par là qu'il est marqué par une certaine hubris, comme on dirait dans la tragédie grecque, c'est-à-dire un sentiment de démesure. Et à moi tout seul, je peux forcer, forcer le pays et aller contre le cœur du pays. Voir, j'ai énoncé la série de crises dans laquelle on se trouve. Mais il y en a une que je n'ai pas énoncée, c'est la crise démocratique.
On se trouve dans une crise démocratique profonde, avec un président de la République, qui est réélu sans panache, sans projet, avec derrière une majorité de raccourts à l'Assemblée nationale, et avec dans un coin comme le mien, la Somme dont on parlait, ils ne sont même pas capables d'envoyer la moitié de leurs députés au deuxième tour. Il n'y en a qu'une qui est élue sur la totalité du département. Et c'est sur cette baisse sociale extrêmement réduite qu'ils pensent pouvoir passer une mesure contre 7 Français sur 10, 9 salariés sur 10.
– Non, pas 9 salariés sur 10. – 93% des actifs. – Non, c'est 75%. Mais ce n'est pas grave, la question du déficit, c'est des comptes publics, c'est une question qui ne se pose pas selon vous.
– Mais en tout cas, c'est une question qui peut se résoudre par bien d'autres manières. On peut imposer des surcotisations sur les hauts salaires, on peut imposer le fait qu'il y ait davantage de cotisations patronales qui soient versées, on peut imposer que pour ce qui est de financer le revenu contributif, on peut imposer qu'en effet, sur par exemple, quand même, il faut imaginer l'indécence dans laquelle on se trouve, quand même, M. Cohen. On est aujourd'hui, la Bourse, il vient de nous être dit, qu'elle a battu son record historique de tous les temps, du jamais vu, de bénéfices, elle a dépassé les 150 milliards d'euros, juste pour les 40 entreprises du CAC 40.
Et c'est dans ce temps-là qu'on va venir dire aux salariés, c'est vous qui devez travailler deux années de plus. Comment vous voulez afficher ça ? Afficher cette indécence de cette manière-là. Ça veut dire qu'au fond, très profondément, il y a une rupture démocratique qui se produit. C'est gouverner sans le démos, voire contre le démos, et je pense que ça installe soit de la révolte dans la durée, soit un profond écœurement dans la durée.
François Ruffin