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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 16 avril 2024 23 minComplaisantPortrait personnelImmigration & asileSolidarités & familleEurope & internationalCulture, médias & sport

"Ce qui m'intéresse, c'est transmettre l'égarement des gens dont j'ai fait le portrait", raconte Joann Sfar

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:34OuverteRéponse directe

    Johan Sfar bonjour et bienvenue à ce micro

  • 1:19OuverteRéponse directe

    oui enfin il est tombé puisque j'ai arrêté tous mes autres projets

  • 1:49OuverteRéponse directe

    toute votre vie, toutes vos angoisses, c'était le livre ou le psy tous les jours en gros

  • 2:54OuverteRéponse directe

    en exergue du livre on peut lire les mots suivants

  • 3:51RelanceRéponse directe

    il n'existe plus l'espace pacifié

  • 4:33OuverteRéponse directe

    vous racontez la difficulté d'être juif en France aujourd'hui

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:28InvitéFait
    « la paix a reculé de 10 ans pour une raison simple c'est que la guerre renforce les narratifs de chacun »
  • 3:35InvitéFait
    « le politique et le militaire ont failli l'avenir c'est les dramaturges c'est les auteurs qui vont amener à changer les narratifs de chaque population »
  • 4:00InvitéFait
    « ce qui se passe en France aujourd'hui interdit aux juifs français toute critique d'Israël »
  • 4:15InvitéFait
    « depuis le 7 octobre c'est qu'il y a une peur de crever on ne sait plus où mettre nos enfants »
  • 4:22InvitéFait
    « les étudiants israéliens que je connais ont quitté la France les juifs qui sont à la fac en France n'osent plus aller en cours »
  • 5:10InvitéFait
    « les horreurs qu'on a vues en Hollande à Londres même aux États-Unis même au Canada on ne les a pas vues en France depuis le 7 octobre »
  • 8:04InvitéFait
    « mon papa avait raison il disait avant la fin du 19ème siècle il n'y avait pas de pays il y avait des empires »
  • 8:24InvitéFait
    « les demandes même de reconnaissance des massacres du passé sont également légitimes »
  • 9:15InvitéFait
    « le consensus se fait aujourd'hui en tout cas dans les gens que je fréquente c'est-à-dire plutôt la gauche sur l'idée que les droits des palestiniens sont consubstantiels de la survie d'un état d'Israël laïc »
  • 9:43InvitéFait
    « moi tous les militaires et tous les gens des services secrets que je connais en Israël sont de gauche »
  • 11:58InvitéFait
    « les gens qui n'ont pas dit un mot après le 7 octobre quand ensuite ils vont critiquer l'attaque israélienne sur Gaza ils ne peuvent pas être entendus par des juifs »
  • 12:24InvitéFait
    « ça a été longtemps ça a été avec des rondes jambes de l'extrême gauche qui a dit on ne manifestera pas avec l'extrême droite alors que deux ans avant ils avaient manifesté avec l'extrême droite »
  • 16:55InvitéFait
    « moi ma famille paternelle est israélienne pourquoi je suis angoissé quand je quitte Tel Aviv et je reviens en France parce qu'Israël c'est pas mon pays »
  • 22:22InvitéFait
    « j'ai parlé avec beaucoup de jeunes soldats dans le livre j'en ai pas vu un qui était génocidaire ou vatanguère ou quoi que ce soit »

Temps de parole

  • Invité60 %
  • Présentateur18 %
  • Présentateur 218 %
  • Auditeur3 %

2,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

8h23 France Inter Léa Salamé, Nicolas Demorand Le 7-10 Et avec Léa Salamé nous recevons ce matin un dessinateur, auteur de bande dessinée il publie Nous vivrons enquête sur l'avenir des juifs c'est aux éditions Les Arènes son travail fait par ailleurs l'objet d'une rétrospective au musée d'art et d'histoire du judaïsme à Paris jusqu'au 12 mai prochain question réaction amis auditeurs, amis auditrices au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter Johan Sfar bonjour et bienvenue à ce micro ce livre ce sont 500 pages dessinées en 80 jours dans le sillage immédiat de l'attaque d'Israël par le Hamas le 7 octobre dernier, c'est une sorte de journal intime de reportage graphique couché sur le papier en direct habité par une forme d'urgence les pages se suivent de manière torrentielle la réalité de ces six derniers mois se déploie en cascade de souvenirs personnels d'émotions parfois contradictoires d'incompréhension on aurait pu imaginer que le 7 octobre le crayon vous soit tombé des mains mais non il était toujours là et il est resté votre meilleur ami votre meilleur allié

1:20
Invité

oui enfin il est tombé puisque j'ai arrêté tous mes autres projets et je me suis mis à dessiner le réel je me suis mis à faire des portraits je suis parfois saturé par les opinions l'éditorialisation du réel j'ai eu besoin de voir des gens et d'utiliser le vocabulaire j'allais dire de Tintin reporter c'est aller voir des gens et les faire parler

1:38
Présentateur

alors il y a Tintin il y a aussi Romain Garry Joseph Kessel votre père votre chat du rabbin des fêtes d'anniversaire des amis des ennemis des souvenirs d'enfance Israël les arabes l'antisémitisme bref toute votre vie toutes vos angoisses toutes vos obsessions c'était le livre ou le psy tous les jours en gros

1:56
Invité

l'échec de ma vie vous voulez dire moi ça fait 30 ans que mon métier c'est de dessiner des juifs qui ont l'air arabes de raconter la tempérance maghrébine et la façon dont on a vécu ensemble et le rêve se dire bon on disait heureux comme un juif en France c'est à dire globalement le débat est possible ici et on se disait les plus pessimistes si ça va trop mal un jour on ira en Israël ou on ira aux Etats-Unis bon on a l'impression que l'enfer est partout depuis le 7 octobre c'est à dire que je vous le raconte autrement j'ai commencé à militer pour la Palestine en 1991 je faisais des rencontres palestiniennes-israéliennes à Jussieu à l'époque parmi les militants pro-palestiniens 20% étaient juifs parce qu'on avait de la famille là-bas parce qu'on voulait que ça se passe bien et même si on n'était pas d'accord on débattait aujourd'hui c'est plus possible parce qu'il n'y a plus le socle j'allais dire de connaissance et d'empathie nécessaire pour envisager la complexité de ces questions et plutôt que des opinions j'ai essayé de faire parler des gens j'ai arrêté mes fictions mais j'ai utilisé un matériau de fiction pour faire parler disons pendant la première moitié du livre des juifs de France et pendant la deuxième moitié je suis parti en Israël j'avais besoin de me confronter à la réalité de là-bas

2:54
Présentateur

en exergue du livre on peut lire les mots suivants l'ennemi ce n'est pas le palestinien ou l'israélien ou le juif l'ennemi c'est celui qui décide que les enfants ou les civils sont des cibles on reste assis et on subit les massacres les assassins de tous les camps sont des alliés objectifs fin de citation Céline vous les avez écrites tout de suite le 7 octobre au moment où vous découvrez l'ampleur du massacre

3:24
Invité

au moment où je n'ai même pas compris ce qui est en train de se passer et il y a eu la radio des minutes après j'ai dit la paix a reculé de 10 ans pour une raison simple c'est que la guerre renforce les narratifs de chacun et il me semble que le politique et le militaire ont failli l'avenir c'est les dramaturges c'est les auteurs qui vont amener à changer les narratifs de chaque population et peut-être ici depuis la France se rappeler qu'on est un pays en paix on est un pays avec des communautés qui ont beaucoup à dire et il faut un espace pacifié pour qu'elles puissent parler

3:51
Présentateur

il n'existe plus l'espace pacifié

3:53
Invité

non je vais le dire de manière plus provocante ce qui se passe en France aujourd'hui interdit aux juifs français toute critique d'Israël pourquoi on ne s'autorise pas à critiquer Israël pourquoi ?

parce que l'hostilité publique est telle et l'ignorance publique est telle qu'on est dans une situation les juifs ne sont jamais d'accord sur rien on dit toujours deux juifs trois synagogues bon il y a un seul point sur lequel on est tous d'accord depuis le 7 octobre c'est qu'il y a une peur de crever on ne sait plus où mettre nos enfants tous les étudiants israéliens que je connais ont quitté la France les juifs qui sont à la fac en France n'osent plus aller en cours ou quand ils y vont ils se font prendre un parti sur le conflit pas pour leur opinion mais ils sont sommés d'être dans un camp ou dans un autre bon on n'ose plus parler

4:32
Présentateur

vous racontez la difficulté d'être juif en France aujourd'hui vous listez tout ce qu'il faut faire et ne pas faire changer son nom dans les applis VTC et les livraisons cacher ses médailles porte-bonheur si elles sont juives porter sur soi une arme de défense en sachant que ça ne suffira pas en cas d'agression subir les opinions sur le Proche-Orient de quasi inconnus qui savent qu'on est juif être juif en France c'est devenu compliqué dites-vous depuis le 7 octobre même plus que ça vous dites on est passé du difficile à l'invivable et on ne peut rien y faire vraiment c'est invivable de vivre aujourd'hui en France quand on est juif

5:04
Invité

oui mais ça pourrait être pire ce que je constate parce que tout le monde me dit le vivre ensemble que tu vends depuis 30 ans ça ne marche pas ce n'est pas vrai les horreurs qu'on a vues en Hollande à Londres même aux Etats-Unis même au Canada on ne les a pas vues en France depuis le 7 octobre c'est-à-dire que les populations maghrébines qui vivent sur le sol français qu'elles soient juives ou qu'elles soient musulmanes ont gardé leur fraternité ont gardé leur capacité à parler je pense que les gens qui sont répréhensibles ce sont les représentants politiques qui agitent ça pour des motifs électoralistes et qui poussent à la haine qui poussent au conflit ce que je constate c'est que les individus en France sont bien plus mûrs que bon après ça n'empêche pas les risques d'agression pour tuer quelqu'un ou une personne pour l'agresser et c'est vrai une des images qui me terriflient le plus dans ce livre c'est l'anxiété dans le regard des mères juives qui promènent leurs enfants à la sortie de l'école et qui ont peur qu'on les reconnaisse comme juives et ça c'est une réalité

5:56
Présentateur

Johan Sfar vous placez au coeur du livre le chai et ce mot hébreu composé de deux lettres qui veut dire nous vivrons et qui est en couverture du livre vous racontez avoir reçu un appel de votre éditeur vous disant allô Johan des libraires que nous démarchons nous font savoir qu'ils ne sont pas chauds chauds pour avoir une lettre hébraïque en couverture d'un ouvrage par les temps qui courent c'est clivant comment avez-vous reçu cela et comment vous lisez cette mise en garde que vous avez outrepassé puisque finalement le chai est bien sur la couverture

6:32
Invité

c'est ce qui fait que l'ouvrage est aux éditions des arènes et pas ailleurs c'est plus vaste quand on veut organiser une cérémonie juive en ce moment il y a des réticences on vous dit vous comprenez il y a des problèmes de sécurité c'est l'identité juive qui pose problème dans l'espace public il y a tout de suite et c'est tellement je ne renvoie jamais les gens de Hado mais tout de même tous mes amis arabes israéliens à qui j'ai parlé tous mes amis palestiniens ils disent on n'ose plus dire un mot depuis le 7 octobre parce que dès qu'on est près d'un micro les premiers mots c'est est-ce que tu condamnes les attaques du Hamas bon les juifs vivent exactement la même chose dès qu'on s'approche d'un micro est-ce que tu condamnes la colonisation en Cisjordanie est-ce que tu es d'accord avec Netanyahou vous noterez que

7:06
Présentateur

ce n'est pas arrivé tout de suite

7:07
Invité

je vous en suis très reconnaissant ce que j'essaye de dire parce que moi je continue à débattre avec tout le monde je ne peux pas reprocher à beaucoup de jeunes gens d'être terrifiés vis-à-vis d'Israël parce qu'en général le seul juif qu'ils ont vu dans leur vie c'est Benjamin Netanyahou qui n'est pas le meilleur ambassadeur de notre population ce que j'ai voulu faire dans Nous vivrons c'est faire parler des dizaines et des dizaines d'Israéliens pour qu'on ne puisse plus avoir un cliché sur ce que c'est qu'un Israélien et pourtant vous dites

7:33
Présentateur

vous citez votre père qui a cette phrase on est juif donc on est sioniste si on était arabe on serait pro-palestinien et vous ajoutez il le disait sans aucune bêtise c'était sa façon de dire que personne n'avait raison mais que les gens veulent survivre et vous dites aussi le plus dur dans ce conflit du Proche-Orient qui est tellement explosif passionnel existentiel le plus dur dans ce conflit qui dure depuis 1917 vous vous le datez en 1917 d'autres le dateront en 1948 c'est de s'apercevoir qu'il y a du vrai dans le récit des deux camps

8:03
Invité

absolument absolument mon papa avait raison il disait avant la fin du 19ème siècle il n'y avait pas de pays il y avait des empires quand ils se sont écroulés quand l'empire ottoman l'empire anglais se sont écroulés il y a des identités qui ont émergé et qui ont demandé à s'autodéterminer et c'est dans ce sillage qu'est né le peuple israélien et ensuite le peuple palestinien et ces demandes sont légitimes les demandes même de reconnaissance des massacres du passé sont également légitimes mais pour entendre ce narratif de chacun il faut être dans un espace apaisé moi ce qui m'étonne c'est que cette place pour le narratif de chacun en Israël il existe les nouveaux historiens israéliens qui ont parlé de l'identité palestinienne il y a un dialogue il existe encore

8:45
Présentateur

depuis le 7 octobre

8:46
Invité

mais bien sûr mais bien sûr il y a le consensus

8:49
Présentateur

cette gauche anti-Netanyahou ou même d'ailleurs pas gauche plus largement cette population civile israélienne après le 7 octobre n'a-t-elle pas été tellement traumatisée qu'entendre l'idée de droite palestinien ou de condamner la colonisation en Cisjordanie n'est plus possible parce que justement il faut défendre Israël qui est attaqué

9:13
Invité

non c'est l'inverse c'est l'inverse le consensus se fait aujourd'hui en tout cas dans les gens que je fréquente c'est-à-dire plutôt la gauche sur l'idée que les droits des palestiniens sont consubstantiels de la survie d'un état d'Israël laïc qui se souvient que le sionisme à l'origine c'est un mouvement marxiste que c'était un mouvement qui n'avait rien de raciste que c'est un mouvement qui était pour créer une paix dans les populations de la région donc non au contraire ce qui fait consensus ça peut dire qu'elle est minoritaire la gauche israélienne moi tous les militaires et tous les gens des services secrets que je connais en Israël sont de gauche la réalité c'est qu'ils sont

9:47
Présentateur

en termes de partis politiques

9:48
Invité

non ils sont d'accord pour ne pas se faire exterminer je crois que le consensus en Israël c'est qu'ils sont hostiles à l'extermination des Israéliens parmi lesquels il y a 2 millions et demi de musulmans et je ne connais pas de société plus conflictuelle que la société israélienne le seul consensus c'est ne pas se faire exterminer voilà

10:03
Présentateur

après le 7 octobre on a l'impression que vous avez été physiquement malade malade des images des informations qui vous parvenaient quelques mois après face à l'hécatombe à Gaza au risque d'une extension régionale du conflit dans quel état d'esprit êtes-vous ? est-ce que vous vous protégez de l'actualité ou non ? après le 7 octobre vous échangez avec la rabbine Delphine Orvilleur qui vous dit il faut qu'on se surveille l'un l'autre si j'ai le sentiment ou si tu as l'impression qu'on perd notre humanité on se le dit

10:35
Invité

c'est très important ce qui a été évident dès après le 7 octobre c'est pas pas être aveugle au chagrin j'allais dire du camp d'en face ça c'est une évidence ce qui est beaucoup plus compliqué c'est d'entendre le narratif de chacun et de voir ce qui apparaît comme une évidence c'est qu'il n'y a aucune perspective ni diplomatique ni militaire cette opération militaire on sait pas où elle va on sait pas à quoi ça mène donc on est on est dans quelque chose de chaotique moi ce qui m'a frappé c'est que les juifs et les musulmans à qui j'ai parlé en Israël n'avaient pas d'opinion arrêtée ils étaient anxieux ils étaient paumés ils se disent on sait pas où on va tandis qu'en France on dirait que tout le monde a des certitudes en granit donc moi je milite pour pas grand chose à part faire lire des livres à chaque fois qu'on est sûr d'un truc il me semble qu'on se plante à chaque fois qu'on est certain que le problème est simple et qu'il va se régler sur Twitter il est possible qu'on se plante donc voilà non moi j'ai vu là-bas une population qui est déprimée qui est déterminée à survivre et dans les deux camps il y a l'angoisse de la survie

11:34
Présentateur

et de la disparition

11:36
Invité

bien sûr

11:36
Présentateur

on sent aussi votre colère contre le silence de certains au moment du 7 octobre et dans les jours qui ont suivi vous déplorez je vous cite l'absence de grands engagés des pétitionnaires leur silence ils avaient mieux à faire sans doute que de silence impossible à oublier quiconque s'est eu depuis le 7 octobre a perdu toute dignité à mes yeux celles et ceux dont le métier consiste à bavarder votre silence est une tâche ineffaçable

11:56
Invité

bien sûr bien sûr les gens qui n'ont pas dit un mot après le 7 octobre quand ensuite ils vont critiquer l'attaque israélienne sur Gaza ils ne peuvent pas être entendus par des juifs c'est tout simple si toutes ces voix s'étaient élevées au lendemain du 7 octobre en disant ce qui s'est produit depuis la Shoah parballe ce n'était pas arrivé ou depuis le Faroud en Irak ce n'était pas arrivé si ces voix avaient été entendues

12:17
Présentateur

il y a eu la manifestation la grande manifestation vous en parlez contre l'antisémitisme oui

12:22
Invité

ça a été longtemps ça a été avec des rondes jambes de l'extrême gauche qui a dit on ne manifestera pas avec l'extrême droite alors que deux ans avant ils avaient manifesté avec l'extrême droite on les a vues et quand aujourd'hui ces voix s'élèvent en critiquant à raison l'intervention de Netanyahou à Gaza elles ne peuvent pas être entendues

12:39
Présentateur

vous dites chaque parti politique possède sa petite façon d'être antisémite

12:43
Invité

ça veut dire quoi ?

ça veut dire que malheureusement il y a des gens qui se sont imaginés que caresser cette bête dans le sens du poil ça allait rapporter des voix moi je vois trois racismes derrière ça le premier c'est évidemment ça met les juifs en danger au moment où il y a plus 1000% d'agressions anti-juives le deuxième c'est qu'il y a un racisme anti-musulman il y a une manière de s'imaginer que quand on va dire du mal des juifs on va faire plaisir aux musulmans moi tous les musulmans que je fréquente ça ne leur fait pas plaisir quand on dit du mal des juifs et il y a une troisième chose c'est les faux soyeurs de la gauche c'est à dire que si aujourd'hui la gauche c'est un lieu où il y a un discours diffus où l'élimination d'Israël est possible parce que c'est ça qu'on nous raconte c'est pas compliqué c'est pas idéologique Israël plus de la moitié des juifs au monde habitent en Israël donc on a tous de la famille en Israël quand on est juif on n'a pas tout à fait envie de leur extermination

13:29
Présentateur

on va ouvrir le débat avec les auditeurs de France Inter bonjour Frédéric

13:34
Auditeur

oui bonjour Inter monsieur Sfar bonjour vous êtes partisan donc de la création d'un état palestinien et de sa reconnaissance ce qui paraît la seule solution logique aujourd'hui pour arrêter la spirale de la violence mais aujourd'hui donc alors que contrairement à ce que vous dites me semble-t-il la survie de l'état israélien la puissance nucléaire n'est pas sérieusement menacée et après 57 ans malgré tout quand même d'occupation de colonisation que tout le monde paraît avoir au pied aujourd'hui donc qu'est-ce qui selon vous empêche la création de cet état palestinien et qui y est opposé qui a intérêt à ce que ça ne se fasse pas

14:13
Présentateur

merci Frédéric pour cette question Johan Sfar

14:15
Invité

merci beaucoup alors d'abord je ne suis pas géopoliticien mais il ne vous a pas échappé que l'Iran qui va bientôt avoir la bombe nucléaire est à portée de bombes d'Israël et qu'Israël est le seul état juif au milieu de 50 états musulmans donc sa survie est tout aussi menacée que celle de l'identité palestinienne ensuite comme dit mon camarade Ancel avec un petit peu d'humour il dit pour que tout aille bien dans la région c'est très simple il faut une démilitarisation du Hamas un départ de Netanyahou un arrêt des colonies en Cisjordanie et ensuite ce sera le paradis évidemment c'est une boutade mais il me semble qu'il y a dans les deux camps un combat militaire pour la survie mais également un combat intérieur pour la reconnaissance de l'identité de l'autre et c'est par pourquoi ça a eu lieu le 7 octobre selon moi parce que c'est en train de bien se passer entre Israël et ses voisins arabes ces accords d'Abraham que tout le monde a raillés ils étaient en train de fonctionner et il est évident que la paix existera dans la région et que tout sera possible quand les diverses populations auront moins envie de se massacrer

15:06
Présentateur

Choum sur l'application d'Inter qu'écrire pour les 25 000 morts ces chiffres du Pentagone en représailles à Gaza j'ai du mal avec ce deux poids deux mesures le 7 octobre d'un côté rien de l'autre

15:22
Invité

c'est pas ce que j'ai fait c'est pas ce que j'ai dit moi j'ai commencé à militer pour la Palestine en 1991 je fais partie des orphelins des accords d'Oslo c'est-à-dire des gens qui ont voulu croire que la paix serait possible sur ce qui se passe à Gaza la responsabilité est internationale ça fait depuis 2005 et Israël en porte sa part qu'on a laissé le Hamas transformer Gaza en une base militaire souterraine et tous ceux qui ont laissé faire le Hamas depuis 2005 portent une responsabilité de ce qu'on vit aujourd'hui

15:50
Présentateur

vous avez une remarque assez drôle sur les intellectuels juifs aujourd'hui en France vous dites avant ils étaient tous de gauche tous radicaux alors que maintenant quand on annonce un intellectuel juif on voit arriver un vieux type de droite alors est-ce qu'ils ont changé ou c'est les mêmes qui ont vieilli ?

16:06
Invité

non mais je le dis en riant mais moi j'ai toujours voté communiste pour embêter mon père mon papa est plus là donc je continue à le faire plus pour embêter papa que par idéologie tout de même la plupart des juifs de France c'est pas qu'ils vont quitter la France c'est que dans leur imaginaire ils se voient pas dans l'avenir ici donc cet investissement idéologique cet investissement progressiste il est en jachère alors il y a il y a un mouvement intellectuel juif progressiste mais il est universitaire il est dans des revues comme la revue Cam et qui sont très avant-gardistes bon c'est vrai il y a une part de moi qui regrette mais j'en ferai peut-être bientôt partie qu'un intellectuel juif ce soit un vieux mec de droite donc je deviens un vieux mec je vais essayer de pas trop de devenir de droite mais ça me préoccupe

16:44
Présentateur

vous pensez à l'avenir pour vous par exemple quitter la France ça vous semble une possibilité ?

16:52
Invité

non moi je suis français moi je suis français parce qu'il y a toujours ce truc de double allégeance moi ma famille paternelle est israélienne pourquoi je suis angoissé quand je quitte Tel Aviv et je reviens en France parce qu'Israël c'est pas mon pays donc je suis observateur la France c'est mon pays et il y a des choses mais c'est ici que je me bagarre c'est ici que je parle non non moi je je quitterai pas ce navire

17:12
Auditeur

vous restez en France

17:14
Invité

oui

17:15
Présentateur

vous vous posez la question de ce que peut faire un artiste face à la guerre face à la montée de l'antisémitisme vous écrivez je sais qu'un dessin ne peut rien faire face à la haine et pourtant vous dessinez on en parle ce matin quel peut être malgré tout le rôle des artistes dans ce conflit là un conflit compliqué passionnel existentiel

17:36
Invité

on ne peut pas évacuer la question non c'est Hicham Souleyman ce grand comédien et dramaturge palestinien qui m'en parle dans le livre il me dit on ne peut pas parler des choses frontalement on ne sera pas entendu mais il dit un artiste trouve toujours le chemin c'est à dire sans faire exprès on va faire semblant de parler d'autre chose et il y a quelque chose qui passe et moi il m'a toujours semblé que manger ensemble c'est plus il dit un truc très beau Hicham Souleyman il organise des déjeuners avec toutes sortes de musulmans et de juifs qui vivent en Israël y compris des colons et au début il y en a un qui commence à lui expliquer que les palestiniens n'existent pas et lui répond il lui dit mais attends les épices que je mets sur ma viande elles sont jordaniennes elles sont agistiennes non elles sont palestiniennes la musique que j'écoute elle est libanaise ah non elle est palestinienne donc il dit bah tu vois j'existe et ce petit chemin s'apercevoir que le gars avec qui on a mangé il existe et son identité est légitime c'est un travail qu'on doit faire mais pardon je vais être provoquant ça me semble plus simple depuis Tel Aviv que depuis Paris et c'est ça qui m'inquiète

18:31
Présentateur

Marie sur l'appli d'Inter je suis prof je suis professeur d'histoire géo les élèves que j'ai en classe sont sidérés par la violence et veulent aider les autres enfants peu importe leur croyance être prof en ce moment c'est dur parce que comme vous avez dit je vois la terreur aussi dans certains yeux soyons soudés comme m'a dit un élève on n'a qu'à envoyer les rageux dans le désert et puis se rassembler ils sont nombreux les rageux vous parlez notamment des réseaux sociaux et vous rappelez vous avez cette phrase tous les gens qui s'expriment sur le sujet qu'ils soient pro-palestiniens ou pro-israéliens se prennent des tombeaux d'injures de l'autre camp de manière hallucinante ouvrir sa bouche aujourd'hui sur le conflit du Proche-Orient dans un sens ou dans un autre c'est vous exposer de toutes les manières des insultes

19:16
Invité

moi j'ai beaucoup fait rire des responsables communautaires juifs parce qu'après le 7 octobre je recevais des insultes j'allais dire uniquement des islamistes ou je ne sais pas comment on appelle ça et là depuis peu je me fais insulter aussi par des juifs parce que vous n'êtes pas

19:30
Présentateur

assez pro-israélien c'est ça ?

19:32
Invité

non parce que je crois qu'il y a une frustration terrible de la part de la population qui est blessée par ce conflit qui a envie de participer qui a envie de dire quelque chose et c'est très compliqué de dire aux gens que militer c'est parfois ouvrir un livre bien plus que d'affirmer des opinions sur Twitter en général qui ne vont pas régler grand chose

19:46
Présentateur

on recevait il y a 10 jours le metteur en scène libanais Wajdi Mouawad qui s'interrogeait la question suivante c'est la même question que vous posez la question qui n'arrête pas de me hanter c'est qu'est-ce qui devient un obstacle à l'empathie qu'est-ce qui fait que quand un type à la radio dit simplement que les bombardements sur la population palestinienne c'est pour lui une douleur immense il y a des gens qui prennent ça malgré eux pour une agression à l'inverse pour le 7 octobre cette question me hante

20:07
Invité

ça me semble très simple parce que vous savez après le massacre du 7 octobre les gens disent mais ces gens qui sont allés tuer dans les kiboutts ils ne sont pas humains c'est l'inverse ils sont très très humains mais ils ont déshumanisé le camp d'en face ils se sont mis en tête qu'en face il y avait des équations il y avait des choses non en face il y a des humains qui se racontent leur histoire à leur façon ils ont raison ils ont tort mais c'est la déshumanisation du camp d'en face c'est comme ça dans toutes les guerres c'est un vieux sujet dès qu'on définit l'ennemi

20:32
Présentateur

elle existe aussi en Israël quand on entend un ministre dire les palestiniens sont des animaux il y a une vraie désanimation

20:38
Invité

là on parle d'un ministre qui est à l'extrême qui est au gouvernement bien sûr qui est à l'extrême extrême droite qui ne représente rien du tout mais effectivement ces voix sont entendues rien du tout vous dites

20:49
Présentateur

il ne représente rien du tout

20:52
Invité

il représente une force de déstabilisation dont Netanyahou est obligé de tenir compte parce qu'il a une proportionnelle intégrale dans son gouvernement ce qui est un héritage anglais dont on se passerait bien mais oui c'est une catastrophe bien sûr que la déshumanisation de l'autre c'est une catastrophe

21:06
Présentateur

Sabrina sur l'application d'Inter les Israéliens votent encore et encore pour Netanyahou donc ils représentent la majorité

21:12
Invité

non les Israéliens votent pour des partis qui ont parfois 3 ou 4% et comme il y a un parlement à l'anglaise il y a des négociations sans fin pour faire des gouvernements en union nationale et ce que dit Netanyahou qui est une espèce de Berlusconi israélien il dit toujours je suis obligé de m'allier avec l'extrême droite parce que la gauche ne veut pas s'allier avec moi voilà ce que c'est qu'Israël

21:31
Présentateur

vous disiez récemment sur Instagram en anticipant l'apparution de ce livre j'appréhende la sortie de mon livre et le vacarme auquel je rêve de ne pas ajouter bon voilà il est là en librairie dans quel état d'esprit êtes-vous qu'est-ce qui vous traverse

21:48
Invité

non je suis embêté par les spécialistes tranquilles dans les émissions qui disent toujours le même credo depuis 15 ans ils ont peut-être raison mais ça ne m'intéresse pas ce qui m'intéresse c'est de faire de transmettre l'égarement des gens dont j'ai fait le portrait et des gens que j'ai fait parler donc si mon livre permettait qu'on entende toutes les voix que j'ai fait parler avec les individus on va s'en sortir avec les groupes on ne s'en sortira pas

22:09
Présentateur

les voix qui doutent en fait à votre livre c'est ceux qui doutent c'est ceux qui ne sont pas sûrs

22:13
Invité

ceux qui osent dire qu'ils sont paumés ceux qui osent dire qu'ils sont malheureux ceux qui osent dire qu'ils n'avaient pas signé pour ça moi j'ai parlé avec beaucoup de jeunes soldats dans le livre j'en ai pas vu un qui était génocidaire ou vatanguère ou quoi que ce soit mais quand le 7 octobre est arrivé et qu'ils se sont retrouvés dans des situations atroces

22:34
Présentateur

Vous avez peur des réactions sur votre livre là vous allez le présenter sur les réseaux

22:40
Invité

Je nous trouve quand même beaucoup plus intelligents en France qu'on le dit lors des rencontres en librairie ou en université c'est pas aussi atroce qu'on le dit malheureusement on retient toujours les quelques voix qui ont dit des horreurs mais la population est beaucoup plus mûre qu'on le croit je pense qu'en France les maghrébins qu'ils soient juifs ou musulmans ont gardé l'habitude de se parler j'ai beaucoup plus d'espoir que je le dis quand même

23:01
Présentateur

Oui c'est ça c'est ce que j'allais vous dire ça va à l'encontre de ce que vous avez dit au début Finalement c'est pas si dur d'être un juif en France

23:07
Invité

C'est-à-dire quand on voit des individus moi j'ai toujours plein d'espoir et quand je vois des responsables politiques j'ai honte parfois Merci

23:14
Présentateur

Eh bien merci Johan Spahr Nous vivrons en quête sur l'avenir des juifs et publiée aux éditions Les Arènes Merci encore Merci beaucoup

"Ce qui m'intéresse, c'est transmettre l'égarement des gens dont j'ai fait le portrait", raconte Joann Sfar · Pourquijevote