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videoyoutube.com· 10 juillet 2026

Venezuela : "La situation sur place est totalement dramatique" (Mathieu Jolivet)

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour Mathieu, je l'ai dit, on va aborder le Venezuela, on a eu un double tremblement de terre, ça date d'à peu près il y a 15 jours, 24 juin, merci, qui a eu lieu, qui a dévasté une grande partie du pays. On a un peu l'impression que ce pays qui a connu potentiellement un début de transition démocratique connaît une myriade finalement de problématiques qui ne cessent de s'accentuer. Est-ce que c'est un pays qui est un peu maudit ?

Quelle est la situation aujourd'hui du côté du Venezuela ? Alors la situation déjà, juste pour commencer sur le côté factuel post-séisme, la situation sur place est totalement dramatique et avec le sentiment qui viennent de toutes les ONG et aides des différents états qui viennent sur place, que vous avez toute une structure étatique qui n'est absolument pas calibrée pour gérer une catastrophe de cette ampleur. Au moment où je vous parle, au Venezuela, on parle de plus de 3 800 morts, plus de 17 000 blessés, 18 000 sans-abris.

Les dégâts sont évalués pour l'instant à un peu plus de 37 milliards de dollars. Tous les besoins humanitaires concernent plus d'un million de personnes. Il faut voir que là-bas au Venezuela, et c'est un pays que vous connaissez mieux que personne ici, certaines des communautés touchées n'étaient approvisionnées en eau potable qu'une fois par mois ou une fois tous les deux mois.

Et ça, c'était avant le séisme. Donc vous imaginez aujourd'hui les dégâts d'ordre sanitaire que ce double séisme peut provoquer. À Maïketia, qui est une ville qui abrite le principal aéroport du pays, on a vu les images d'habitants qui faisaient la queue pour recevoir un colis, où il y avait dessus imprimé un drapeau américain qui contenait de la nourriture, de l'eau, un kit d'hygiène avec du savon, une brosse à dents et des lingettes nettoyantes.

Voilà, donc ça c'est pour l'état de situation humanitaire et sanitaire en ce moment. Et la question que vous souleviez, Christopher, c'est finalement la question de la gestion de l'après-séisme qui est devenue un véritable test pour le nouveau pouvoir par intérim. Et là-dessus, il y a deux questions qui se posent.

Déjà, c'est est-ce que ce gouvernement par intérim présidé par Delcy Rodriguez est capable de protéger la population ? Et la deuxième question, c'est est-ce qu'il est capable de reconstruire un état après des décennies de chavisme ? Et là-dessus, je me suis procuré un rapport que vient de publier la FDD, c'est un think tank, la Foundation for Defense of Democracies.

C'est un think tank américain qui a été créé juste après le 11 septembre 2001 et dont les chercheurs sont régulièrement auditionnés par le Congrès. Ce rapport est assez accablant. Il nous dit que l'appareil d'État vénézuélien est totalement vérolé par des décennies de corruption et qu'en fait, la plupart des contrats de construction ont été attribués à ceux qui payaient le plus de pots de vin et non à ceux qui respectaient les normes de construction.

Et donc à l'arrivée, on se rend compte qu'après ce double séisme, parmi les 58 000 bâtiments recensés qui ont été détruits, eh bien beaucoup d'entre eux étaient déjà fragilisés au niveau structurel par des décennies de malversations. Et le problème, ça c'est ce qu'alerte aussi ce rapport du think tank FDD, c'est que cette corruption ne s'est absolument pas arrêtée avec la capture et l'exfiltration de Nicolas Maduro par les forces spéciales américaines. Nancy Rodriguez, aujourd'hui la présidente par intérim, a maintenu en place la plupart des fonctionnaires qui étaient corrompus sous l'air Maduro.

Et beaucoup d'entre eux entretiennent, vous connaissez très bien le pays aussi Christopher, mais beaucoup d'entre eux qui sont des hauts fonctionnaires ou des personnes haut placées dans la sphère étatique vénézuélienne, entretiennent des liens très étroits avec des cartels et avec des groupes terroristes qui s'enrichissent à travers l'exploitation illégale d'or, à travers le trafic de drogue et d'êtres humains. Et là-dessus il y a une scène que je voulais aussi vous raconter qui est visuellement très éloquente, c'est quand Delcy Rodriguez a fait, juste après le double séisme, un discours à la nation pour annoncer le plan d'intervention suite au séisme. Et bien juste à côté d'elle se tenait Diosdéo Cabello qui est le ministre de la justice.

Et en fait Diosdéo Cabello elle l'a maintenu en place, alors qu'il a sur le front une prime de 25 millions de dollars offerte par les Etats-Unis pour trafic de cocaïne et vente de lance-roquettes à une organisation terroriste désignée par les Etats-Unis. Voilà donc...

Et c'était le vrai bras droit de Maduro et même de Chavez, donc c'est lui qui tient vraiment le régime plus qu'elle encore. Exactement. Et c'est lui qui s'affiche visuellement à côté d'elle pour dire à la nation voilà quel va être le plan de reconstruction.

Et on voit bien que pour piloter cette reconstruction, eh bien Delcy Rodriguez, au-delà de ce ministre de la justice, elle s'est entourée de figures qui sont très controversées. Elle a notamment nommé le gouverneur Rafael Lacava qui est au sein de la commission chargée de reconstruire toutes les régions sinistrées. Lui est toujours aussi sous sanctions américaines.

Washington l'accuse d'avoir participé à un vaste système de corruption et d'avoir dissimulé énormément d'argent sur des comptes en Suisse et en Andorre. Une autre nomination assez sensible récente de Delcy Rodriguez, c'est son propre frère, Georges Rodriguez, qui est le président de l'Assemblée nationale. Eh bien lui est chargé de superviser la construction des camps et des logements destinés aux milliers de déplacés.

Et lui aussi est visé par des sanctions américaines. On a justement, les États-Unis, depuis la capture de Nicolas Maduro, ont travaillé un peu plus étroitement avec le nouveau régime, en tout cas le régime en place. Pour autant, il y avait eu janvier, février, il y avait un peu une vague d'espoir, c'est-à-dire il y aura des élections démocratiques qui seraient éventuellement mises en place à un certain stade avec l'opposition.

Mais finalement, la popularité de l'administration Trump a largement chuté, parce que concrètement, qu'est-ce qu'ils font aujourd'hui ? C'est qu'ils s'assurent une collaboration avec le régime. Alors certes, ils aident financièrement, du fait de la reconstruction, ils ont envoyé des troupes sur place.

Mais fondamentalement, les États-Unis sont plutôt en train de sécuriser un approvisionnement au pétrole, obtenir des licences d'exploitation qu'autre chose. Donc la popularité même de Trump chute aussi. Oui, et en fait, c'est ce que vous dites très bien à l'instant, Christophe, en fait, ce n'était pas du tout dans les plans de Donald Trump.

Quand fin décembre, il a envoyé les Delta Force dans le palais présidentiel à Caracas chercher de manière spectaculaire Nicolas Maduro pour le faire juger à New York, lui, son plan, c'était finalement de reprendre possession sur cet état clé de l'hémisphère occidental, dont il s'est nommé un peu le shérif de tout le continent américain, de l'Alaska à la terre de feu. En fait, disons que la séquence vénézuélienne est vraiment la tête de gondole de la doctrine Dunro de Donald Trump. Mais son plan, en le prenant, c'est non pas de dire que le Venezuela est maintenant américain, mais que le Venezuela est presque sous tutelle, ou en tout cas est un satellite, est un satellite américain.

Et son plan était vraiment de pouvoir investir fortement pour moderniser et booster les capacités de production, notamment de toute la ceinture de Lorénoc, que vous connaissez bien aussi au Venezuela, qui est un endroit qui est gorgé de...

De pétrole, première réserve de pétrole mondiale de mémoire prouvée. Mais la difficulté, c'est que c'est un pétrole très visqueux, donc il doit être traité, il est traité à Houston, notamment aux Etats-Unis. Et il faut qu'il y ait un prix du baril qui soit largement là des 100 dollars.

Il y a des études, mais bon, on est entre 120-160 dollars. Si vous n'avez pas regardé le prix du baril, on est autour de 60-70 à l'heure actuelle, donc on en est très très loin. Mais disons que c'est vous jouez le temps long, entre guillemets.

Vous vous dites, en plus avec le gain de productivité, que potentiellement, ça va être un pétrole qui va pouvoir être exploitable, peut-être un niveau de prix un peu plus inférieur. C'est ça. Donc là, vous avez...

Et puis c'est vrai que sur le plan, voilà, à l'heure des replis protectionnistes mondiaux, à l'heure où tout le monde essaye de réduire un petit peu les chaînes de valeur, ou en tout cas les chaînes logistiques pour sécuriser ces approvisionnements, l'énergie, ça devient, avec l'IA et la puissance de calcul, l'énergie devient le nerf de la guerre. On voit que lui, sur son pays, les Etats-Unis d'Amérique, c'est le roi du schiste, mais sur son hémisphère occidental, un peu au-dessus, il a l'Alberta. Donc il a l'Alberta canadien qui est aussi, alors là, lui a un pétrole qui n'est pas visqueux en plus.

Un visqueux, qui est très rentable. Très bon pétrole, très bonne qualité. Et donc là, quand il dit le Canada, ça peut être aussi le 52e Etat américain, voilà, en fait, il a l'Alberta en tête.

Et donc ça, c'est l'Alberta au nord. Et puis au sud, voilà, au sud, il a aussi le Venezuela. Ça lui permet d'avoir, comme dire, une mainmise énergétique absolument phénoménale.

Sur le plan géopolitique, ça lui permet aussi de reprendre la main et le contrôle sur un bout de territoire où l'influence russe et chinoise était quand même très forte. Donc on voit bien que là-dessus, côté russe, Vladimir Poutine, qui voulait faire une guerre, opération spéciale, comme il dit, éclair, en février 2022, en Ukraine, il a empêtré depuis 4 ans. Son économie vacille.

Donc il n'a plus le temps, les moyens, l'argent de voler au secours de son ami vénézuélien. D'ailleurs, il n'était pas là pour Nicolas Maduro. Quant à la Chine, il y a une emprise moins stratégique que commerciale, une emprise commerciale qui est extrêmement forte sur place dans toute l'Amérique latine.

Donc là aussi, c'est un signal envoyé à la Chine sur, attention, c'est un satellite américain. Tout ce qui peut toucher à la sécurité des États-Unis, dont l'économie fait partie, ça me regarde. Donc c'est aussi ce signal.

Et donc c'était dans tout cet état d'esprit que Donald Trump était parti au Venezuela. Il n'avait pas forcément en tête d'avoir la gestion d'une catastrophe naturelle qui, pour le coup, rebat les cartes. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, la priorité, c'est de redresser le pays, d'investir des centaines et des centaines de milliards de dollars dans un pays qui a déjà une dette.

Autour des 250 milliards à peu près, en tout cas la dette connue. C'est un peu comme des entreprises qui s'endettent, qui mettent dans leur bilan. Et les États-Unis, c'est à peu près la même chose.

On est sur 250 milliards, a priori, d'après les dernières estimations, ce qui est massif. Et il y aurait peut-être encore de la dette cachée. Donc ça peut être notamment à cause de leur entreprise pétrolière nationale qui a servi beaucoup pour la corruption.

Donc ça peut être même beaucoup plus massif que ça. Et donc vous vous mettez à la place d'un Vénézuélien dont une partie d'entre eux ne voyait pas forcément d'un mauvais œil l'opération de force des Américains si, à partir du moment, elle pouvait provoquer un véritable changement de régime. Sauf que là, qu'est-ce qu'il voit ?

Il voit que, un, le changement de régime, il n'a pas lieu. Que Delcy Rodriguez, elle a gardé la plupart de l'appareil étatique et des hauts fonctionnaires qui étaient corrompus pendant des décennies sous l'ère chaviste. Et que, deux, tous les errements de cet État se révèlent au grand jour dans cette gestion de l'après-séisme.

Et que finalement, Donald Trump, il n'y peut pas forcément grand-chose. Et donc, vous avez un sondage qui a été réalisé par la firme Meganalysis de Caracas qui montre que près de 90% des personnes interrogées désapprouvent le soutien apporté par Trump à Rodriguez. 90% !

Et donc, sur place, ce n'est pas très fluide encore ce qui se passe entre les Américains et le Vénézuélien. Et d'ailleurs, il y a une enquête publiée aujourd'hui par le Wall Street Journal qui nous montre que sur le terrain, la réalité est beaucoup plus chaotique. Il y a des équipes de secours américaines, nous raconte le Wall Street Journal, qui ont perdu des heures et des jours à cause de la bureaucratie vénézuélienne.

En fait, toute cette équipe de sauveteurs américains n'ont pas eu le droit d'atterrir. Les contrôleurs aériens leur ont demandé de faire deux demi-tours. Certains affirment même avoir été, de ces secouristes américains, avoir été sollicités pour des demandes de pot de vin par les autorités vénézuéliennes.

Résultat, ils sont arrivés trop tard pour sauver des survivants qui étaient encore piégés sous les décombres. Voilà, donc on a quand même une...

Une situation complexe. Une situation complexe et une opinion vénézuélienne qui est à cran et peut-être un terreau qui devient assez fertile, en tout cas pour voir émerger une crise politique d'une autre ampleur. Merci.