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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 17 mai 2022 66 minContradictoireActualité / polémiqueTravail & emploiSolidarités & familleCulture, médias & sportÉconomie & entreprises

Contre-Matinale #141 | Elisabeth Borne à Matignon ; Grève à la BNF : l'actu du jour

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 5 %Attaque 70 %Défensif 25 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 16:07OuverteRéponse partielle

    Quel regard portes-tu sur la nomination d'Elisabeth Borne comme première ministre ?

  • 19:59RelanceRéponse directe

    Pourquoi dis-tu qu'Elisabeth Borne n'est pas une femme de gauche ?

  • 20:52OuverteRéponse directe

    Pourquoi accus-tu Elisabeth Borne d'être coupable de la dégradation des conditions de travail ?

  • 27:36OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on nous ment en disant que le droit du travail en France est très protecteur ?

  • 30:09OuverteRéponse directe

    Pourquoi parles-tu d'individualisation de la souffrance psychique au travail ?

  • 38:57OuverteRéponse directe

    Quelles sont les revendications des salariés de la BNF ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 28:35InvitéChiffre
    « Il y a un inspecteur du travail pour 10 000 salariés à peu près. »
  • 34:42InvitéFait
    « Cette politique qu'il a menée a favorisé l'extrême droite. »
  • 35:47PrésentateurFait
    « nos finances vont mal. Très mal. »
  • 35:48InvitéChiffre
    « Les abonnements rapportent à peu près 60 000 euros et on en dépense 100 000 tous les mois. »
  • 45:17InvitéFait
    « les personnels qui sont le plus touchés par la baisse d'effectifs »
  • 57:45PrésentateurFait
    « le pass annuel on le paye 50 euros quand vous allez aux archives nationales à Paris ou à Pierrefitte vous ne payez rien »
  • 1:01:08InvitéFait
    « il y a une démultiplication des missions et qu'ils n'ont pas assez de personnel pour faire face »
  • 1:01:13PrésentateurFait
    « le problème il est budgétaire »
  • 1:01:56PrésentateurFait
    « on va avoir un recul forcé des pratiques de recherche »
  • 1:02:10PrésentateurFait
    « c'est et ça doit rester une bibliothèque accessible à des gens quel que soit leur point de vie au quotidien »
  • 1:03:16InvitéFait
    « c'est de la poudre aux yeux ça va être une usine à gaz atroce »
  • 1:03:22InvitéFait
    « les conséquences vont en être payées en termes de dégradation encore des conditions de travail »
  • 1:04:40InvitéFait
    « on envisage une journée bibliothèque morte puisque on veut tuer la recherche »

Temps de parole

  • Présentateur44 %
  • Invité25 %
  • Invité 215 %
  • Invité 310 %
  • Élisabeth Borne2 %

1,1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:03
Présentateur

Bonjour à vous chers matinaux, on se réjouit comme toujours de vous retrouver pour un nouvel épisode de la Contre-Matinale. Si l'on peut tourner le 140e numéro de la Contre-Matinale, c'est parce que vous participez au collecte de dons et que vous adhérez à la campagne d'abonnement qui est toujours en cours. En effet, les idées ne manquent pas et la volonté de renforcer notre équipe est un souci au quotidien. La campagne d'abonnement se poursuivra donc toute l'année et vous pourrez toujours nous soutenir à travers un don de 5 euros par mois, voire plus. Pour souscrire, vous trouverez le lien en description de la vidéo.

Elisabeth Borne arrivait à Matignon après être passée par le ministère du Travail, un ministère où elle a appliqué sans état d'âme le cœur de la politique macroniste, c'est-à-dire le détricotage des protections sociales et dans le cas d'Espèce, la fragilisation de l'assurance chômage. On parlera de cette nomination si prévisible avec Nicolas Framont, co-rédacteur en chef de Frustration magazine. Les agents de la BNF, François Mitterrand, sont en grève. Ils dénoncent la détérioration de leurs conditions de travail et la précarisation des salariés.

Ils pointent également la dégradation sans précédent des conditions de lecture et de recherche pour les usagers, autrement dit la fragilisation du service public. C'est mon collègue et camarade Julien Théry qui parlera de cette mobilisation en seconde partie d'émission, en compagnie de Lucie Provera, bibliothécaire représentante du syndicat CGT à la BNF et Nathalie Sage-Prancher, co-fondatrice et présidente de l'association des lecteurs de la BNF qui est aussi chercheuse, historienne au CNRS. Nous sommes le 17 mai 2022 et il est 8h07.

Vous regardez ou écoutez la contre-matinale du Média en direct de nos studios qui accueille aujourd'hui de fidèles soutiens du Média Genomé, Raphaël et Patrick qui sont juste derrière. Sans plus attendre, place à la titrologie. Sans surprise, la nomination d'Elisabeth Borne au poste de première ministre est l'actualité qui domine les unes de la presse. On vous propose aussi de parler d'autres sujets et on commence avec cette une du monde qui revient sur la tuerie raciste de Buffalo que le quotidien aurait volontiers qualifié d'attentats terroristes dans d'autres circonstances.

Peyton Gendron, un suprémaciste blanc de 18 ans, a tué 10 personnes dans un quartier noir de la ville de l'État de New York après avoir rédigé un manifeste complotiste, raciste et antisémite de 180 pages. Le Monde nous fait le récit glaçant de cet énième crime de haine diffusé en direct sur la plateforme Twitch qui coupera la diffusion au bout de deux minutes. Tops Friendly Markets était le lieu où tout le quartier se retrouvait parce que c'était le seul supermarché alentour dans ce quartier noir le plus pauvre de la ville de Buffalo. C'est dans ce lieu que représente le cœur de la vie afro-américaine de Buffalo dans un quartier oublié que Peyton Gendron a choisi de commettre son massacre.

Ce suprémaciste blanc de 18 ans avait volontairement choisi le code postal de l'État de New York où la densité d'afro-américains était la plus élevée pour tuer des Noirs. Samedi 14 mai, il a roulé plus de trois heures depuis son village, Conklin, une bourgade rurale perdue de l'État de New York pour rejoindre Buffalo. Peyton Gendron a assassiné dix personnes, dont six employés du magasin et en a blessé trois autres. Onze des victimes sont noires. Le tueur est ensuite sorti du magasin. Deux policiers étaient là, hurlant de déposer son arme. Ils n'ont pas tiré. Gendron a entempéré. La police l'a arrêtée. Peyton Gendron a été inculpé d'assassinat dans la foulée.

Placé en prison sans caution, il a plaidé non-coupable. Il risque la perpétuité. L'État de New York ayant aboli la peine de mort, à moins qu'il ne soit jugé au niveau fédéral pour crime dit de haine, rappelle Le Monde. Nouveau camouflet pour Darmanin, le Conseil d'État a suspendu lundi 16 mai le décret de dissolution du groupe antifasciste lyonnais Gall. Lors de l'audience, les avocats ont démontré le flou des accusations et l'atteinte aux libertés fondamentales que cette dissolution gendrerait, résume Basta.

C'est sur le fondement de l'article L212-1 du Code de la sécurité intérieure qui prévoit des motifs de dissolution administrative, d'association et de groupement de faits, modifiés par la loi séparatisme promulguée en août 2021, que Gérald Darmanin a menacé de dissolution légale. Dans sa version antérieure, le texte de loi permettait de dissoudre les groupes qui, je cite, provoquent à des manifestations armées dans la rue. Désormais, il est possible pour le ministère de l'appliquer pour ceux qui provoquent à des manifestations armées ou à des agissements violents à l'encontre des personnes ou des biens.

En décidant de dissoudre le GAL le 30 mars dernier, le gouvernement s'est uniquement basé sur cette modification, une première depuis le passage de la loi. C'est aussi la première fois depuis 40 ans qu'un groupe d'extrême droite serait dissous pour contester cette décision légale. Par l'intermédiaire de ses avocats, a déposé début avril un référé liberté près du Conseil d'État le but, suspendre ce décret et créer un précédent pour éviter à l'avenir un usage jugé excessif de cet article.

L'avis des défenseurs du GAL a été suivi par le Conseil d'État qui a estimé dans une décision rendue le 16 mai que, je cite, « les éléments avancés par le ministère de l'Intérieur ne permettent pas de démontrer que le GAL a incité à commettre des actions violentes et troubler gravement l'ordre public. » Elisabeth Borne à Matignon, la deuxième première. L'ancienne ministre du Travail remplace Jean Castex à Matignon. Si l'on peut se réjouir enfin de la nomination d'une femme à Matignon, le signal envoyé par Emmanuel Macron témoigne surtout de sa volonté de continuer sur la lancée de son premier quinquennat. Fait remarquer Libé.

Elisabeth Borne est en effet la deuxième femme, a occupé le poste de première ministre. Sa nomination à Matignon est donc un événement. Le choix d'Emmanuel Macron rappelle en creux que la classe politique reste plus misogyne que les Français. Parole d'experte, puisque c'était dite Cresson, nommée par François Mitterrand en mai 1991, première ministre, qui s'en est aussitôt étonnée sur BFM. L'ancienne ministre des Transports, puis de la Transition écologique et enfin du Travail, nommée lundi à Matignon, est un profil techno plus que politique qui ne risque pas de faire de l'ombre à Emmanuel Macron, écrit Libé. L'humanité ne mâche pas ses mots et parle de casse sociale à Matignon.

Après deux chefs de gouvernement issus des Républicains, Édouard Philippe et Jean Castex, Elisabeth Borne est supposée incarner une légère inclinaison à gauche. Pourtant, la première ministre s'est engagée à poursuivre l'action du gouvernement en faveur du pouvoir d'achat lors de la passation des pouvoirs. Ce n'est pas un signal positif, juge le politologue Luc Rouban. Macron s'était positionné sur l'idée de renouveau. Au final, il prend quelqu'un de son équipe précédente avec un profil de technocrate proche de celui de Castex. Elle ne risque pas non plus de lui faire de l'ombre.

L'humain rappelle qu'Elisabeth Borne a porté l'ouverture à la concurrence de la CNCF, puis à la réforme de l'assurance chômage qui a rogné sur les indemnités de plus d'un million de chômeurs au prétexte d'une incitation forte à retourner vers l'emploi. La première ministre devrait hériter du portefeuille de la planification écologique selon la promesse de campagne d'Emmanuel Macron, d'où peut-être le choix porté sur Elisabeth Borne qui a été directrice de cabinet de Ségolène Royal lorsque celle-ci était ministre de l'écologie entre 2014 et 2015.

Sauf que son bilan, c'est la double condamnation de la France pour inaction climatique, rappelle Julien Bayou, secrétaire national du parti Europe Écologie Les Verts. Un bilan dans le domaine pas convaincant martèle le quotidien de l'écologie reporter pour qui Elisabeth Borne est surtout la première ministre des autoroutes.

Son rapide passage au ministère de l'écologie n'a pas marqué les esprits pour ce reporter qui rappelle que Elisabeth Borne a surtout acté des projets législatifs initiés avant son arrivée par ses prédécesseurs Nicolas Hulot et François de Rugy comme la loi énergie-climat, la loi d'orientation des mobilités ou encore la loi contre le gaspillage lors de la passation de pouvoir. Elle a cité la situation internationale et le défi climatique et écologique comme ses priorités. La nomination du gouvernement et donc de personnalités qui seront chargées de l'épauler à mener la planification écologique et énergétique devrait se tenir dans la semaine conclue reporter. C'est fait.

Elisabeth Borne est notre première ministre. Si vous avez raté la cérémonie de la passation de pouvoir entre Jean Castex et sa successeuse comme on dit au Québec, on vous propose de regarder quelques images de ce moment hautement symbolique et solennel.

8:49
Élisabeth Borne

Madame la Première ministre, chère Elisabeth, mes chers concitoyens, mesdames et messieurs, je suis, chère Elisabeth, particulièrement heureux de t'accueillir ici à l'hôtel Matignon, siège de la chefferie du gouvernement dans un moment toujours solennel et je tiens à le dire d'emblée particulièrement émouvant pour moi.

Je voudrais d'emblée, si tu me le permets, exprimer toute ma gratitude et ma reconnaissance après ces mois qui, depuis juillet 2020, m'ont conduit à la tête du gouvernement de la République à faire face avec le peuple français à une série d'événements tout à fait exceptionnels, difficiles, douloureux et je voudrais d'abord exprimer évidemment ma reconnaissance au président de la République de m'avoir fait l'honneur et donner la possibilité d'exercer cette très haute fonction et j'allais dire tout simplement de servir mon pays.

10:14
Présentateur

Ce n'est pas vraiment une surprise. Son nom circulait dans les chanclistes qui faisaient le tour du tout Paris et si son visage n'est pas inconnu d'un grand nombre de Français, elle n'est pas non plus une star de la politique. Mais cette polytechnicienne, ingénieure des ponts et chaussées, est une femme du sérail, au moins depuis les années Hollande, celle-ci est aujourd'hui notre seconde première ministre après Edith Cresson, arpente les coulisses du pouvoir. Elle a été préfète du Poitou-Charentes, directrice de cabinet de Tégolène Royal au ministère de l'Écologie.

Sous les gouvernements de Macron saison 1, elle a été ministre sans interruption, ministre des Transports, puis de la Transition écologique et enfin ministre du Travail. Et partout, elle a suivi le doigt sur la couture du pantalon, la plus pure orthodoxie macroniste. Au service des lobbies, du monde de l'argent, une DRH avec une Kalachnikov, selon l'expression de Paul Elec, intervenant régulier de la matinale du Média.

En 2014, Elisabeth Borne est avec Alexis Collaire, le fameux Alexis Collaire, l'actuel secrétaire général de l'Élysée, au cœur d'une opération consistant à faire semblant de remettre en cause les concessions des autoroutes au secteur privé, un poker menteur raconté en 2019 par l'émission Secrets d'info de la cellule d'investigation de Radio France.

11:30
Invité

En 2014, 152 députés socialistes réclament au Premier ministre, Manuel Valls, le rachat des concessions d'autoroutes par l'État. Un groupe de travail sur les autoroutes est mis en place avec deux représentants de l'État qui sont principalement chargés de mener les discussions. Il y a Elisabeth Borne, l'actuelle ministre des Transports, qui était à l'époque directrice de cabinet de la ministre de l'Écologie, Ségolène Royal, et puis Alexis Collère, l'actuel secrétaire général de l'Élysée, qui est alors directeur de cabinet du ministre de l'Économie, Emmanuel Macron. Officiellement, il étudie toutes les options possibles, à commencer par la résiliation des contrats.

Mais Jean-Paul Chanteguet, qui est alors député socialiste, se rend vite compte que ce n'est pas le cas. Il s'aperçoit que pendant que ce groupe discute, de véritables négociations sur les contrats se déroulent parallèlement, directement avec les sociétés d'autoroutes, où il n'est plus du tout question de résilier les contrats, et c'est pour ça qu'il démissionne. L'objectif, c'était de nous faire accepter les termes du protocole d'accord que l'on négociait dans notre dos, de nous conduire à cautionner ce protocole d'accord avec les sociétés d'autoroutes. C'était ça l'objectif. L'idée était pipée.

12:47
Présentateur

C'est du joli tout ça. Ministre des Transports, Elisabeth Borne, impose une réforme du ferroviaire qui prévoit l'ouverture du secteur à la concurrence et met fin au statut de cheminot, ce qui occasionne ce qu'on appelle à l'époque la grève perlée qui dure plusieurs mois. Elisabeth Borne ne cède rien, bien entendu. Elle est toujours là lors de la grande grève contre les réformes des retraites en 2019-2020, une grève dans laquelle les cheminots jouent un rôle essentiel. Mais elle est inflexible. Droite dans ses bottes, protectrice de l'orthodoxie néolibérale du pouvoir Macron, sa stratégie consiste à épuiser les grévistes à la Margaret Thatcher et à les opposer à l'opinion publique.

13:30
Invité

Les Français, ils aspirent à retrouver un peu de sérénité, en particulier pour les vacances de Noël. Ceux qui ont appelé la CGT SNCF à gâcher les vacances des Français, ça c'est clairement irresponsable. Et moi je note que ce même syndicat nous dit défendre le service public, défendre le service public c'est d'abord penser à ceux qui veulent se déplacer. Ils vous retournent

13:53
Auditeur

le compliment en disant Français qui êtes en colère, retournez-vous vers le gouvernement, le problème c'est ce projet de loi, on demande le retrait.

14:00
Invité

Écoutez, je vous dis, moi faire grève c'est effectivement légitime, mais on peut aussi respecter des moments comme les fêtes de fin d'année où chacun veut retourner dans sa famille.

14:12
Présentateur

Ministre de la transition écologique entre 2019 et 2020, Elisabeth Borne ne laisse pas de souvenirs impérissables aller aux affaires lorsque se déroule la Convention citoyenne pour le climat qui tourne vite à la mascarade sabotée par Emmanuel Macron lui-même qui n'appliquera pas grand-chose de ses recommandations. Et au ministère du Travail, Elisabeth Borne a fait passer dans un contexte de grande incertitude économique la réforme de l'assurance chômage. Alors qu'il suffisait d'avoir travaillé quatre mois sur les deux années précédentes pour en profiter, il faut désormais accumuler six mois d'emploi salarié pour être indemnisé.

Et la dégressivité s'applique dès le septième mois pour les nouveaux allocataires et non dès le neuvième comme par le passé. La réforme de l'assurance chômage c'est un milliard d'économies sur le dos des plus précaires estiment plusieurs observateurs. C'est un durcissement tellement violent que les salariés de Pôle emploi se disent littéralement horrifiés parce qu'ils sont obligés d'appliquer. Bref, c'est suite à ce bilan qu'Elisabeth Borne elle-même et les grands médias la qualifient tous en chœur de femme de gauche. Mieux vaut entendre ça qu'être sourd. Mais tout de même.

Elisabeth Borne arrive à Matignon après être pressée, on l'a déjà dit, par le ministère du Travail, un ministère où elle a appliqué sans état d'âme le chœur de la politique macroniste, c'est-à-dire le détricotage des protections sociales et dans le cas d'Espèce, la fragilisation de l'assurance chômage, lutter contre les droits des demandeurs d'emploi, c'est aussi lutter pour que les travailleurs soient obligés d'accepter à peu près tout et n'importe quoi.

Dans un pays, la France, qui est devenue une championne européenne de la souffrance au travail, ces chiffres ont été révélés par Eurostat et notre camarade Nicolas Framont, rédacteur en chef de Frustration Magazine, s'est saisi de cette actualité pour rédiger un article très fouillé sur la question. Bonjour Nicolas.

16:09
Invité

Bonjour.

16:10
Présentateur

Alors nous, on se demande quel regard tu portes sur la nomination d'Elisabeth Borne, ancienne ministre du Travail, comme première ministre.

16:18
Invité

Je pense que, bon, déjà, ce n'était pas vraiment une surprise, mais ça, bon, on ne va pas faire de commentaires sur la politique politicienne. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que c'est une femme politique qui est très compatible avec la pensée macroniste. Bon, je vois un peu, j'ai essayé de regarder un peu les analyses ce matin, on dit qu'elle serait de gauche et que ce serait une techno. En fait, bon, évidemment, elle n'est pas de gauche parce que, comme tu viens de montrer, toute sa politique n'a servi qu'à provoquer l'accaparement des richesses vers le haut, que ce soit vers les sociétés privées d'autoroutes, vers le patronat.

Il n'y a pas vraiment de doute là-dessus, il n'y a rien de gauche dans son bilan. Ce qui est intéressant, c'est que tout le monde insiste sur la dimension techno. Et là, je pense qu'on est vraiment au cœur de la pensée macroniste, c'est-à-dire que Elisabeth Borne, c'est quelqu'un qui a fait Polytechnique, qui est une très grande école dont on parle peu, mais qui est vraiment, je pense, qui explique autant, on va dire, la forme de notre classe politique actuelle que l'ENA, dont on parle plus. Polytechnique, c'est aussi une école qui est très, très largement, cette fois-ci, encore plus que les autres, monopolisée par les enfants de la classe bourgeoise.

Et on y apprend une vision de la politique, notamment, et de la gestion du bien commun, qui est une vision très élitiste. En fait, ce sont aux plus compétents, ou en tout cas dit compétents, de décider pour les autres. Souvent, les polytechniciens, donc, ils sont effectivement dans la haute fonction publique où ils dirigent les grandes entreprises privées ou publiques. Et ce sont des gens qui ne sont pas du tout, on va dire, dans le dialogue, comme on dit souvent, qui sont des gens qui pensent qu'il faut une élite qui impose aux autres leurs décisions. Et ça, c'est vraiment la pensée macroniste qu'on trouve dans le bilan d'Elisabeth Borne.

C'est quelqu'un qui a toujours tenté de faire passer des choix politiques pour des choix techniques. Je regardais ce qu'elle avait dit lors de la réforme de l'assurance chômage, dont on a parlé tout à l'heure. La réforme de l'assurance chômage, elle a été votée en 2018 par le Parlement, donc, quand Elisabeth Borne n'était pas ministre du Travail. Mais, en revanche, ses dégrés d'application et, en fait, les contours réels qu'elle a eus, par contre, ont été faits sous le mandat d'Elisabeth Borne.

Et c'est une réforme, comme tu l'as dit, qui, sous couvert, en fait, de faire des économies pour l'assurance chômage, a mis davantage sous pression les chômeurs, en fait, en faisant en sorte qu'il soit beaucoup plus difficile de recharger ses droits, de cumuler des activités professionnelles et l'allocation de retour à l'emploi. Bref, c'est vraiment une réforme qui pénalise, qui sanctionne le fait d'être au chômage. Donc, c'est très idéologique, c'est très politique de faire ça.

Et pourtant, quand je regardais les interventions d'Elisabeth Borne à l'époque, elle, elle assure que c'est une réforme technique qui vise, en fait, à, notamment, lutter contre la prolifération des contrats courts, comme si les contrats courts, c'était la faute des chômeurs qui adoraient en avoir et pas la faute du patronat. Donc, en fait, cette capacité à transformer ce qui est politique en quelque chose de technique, c'est vraiment quelque chose qui est au cœur du macronisme. Les macronistes, c'est des gens qui nient en permanence qu'ils sont en train de faire des choix politiques.

Ils prétendent toujours faire des choix techniques qui servent juste à assurer, par exemple, la pérennité de notre système de protection sociale, la pérennité de notre régime de retraite. C'est ce qu'ils nous disent encore sur la nécessaire réforme de l'âge de départ à la retraite, qui est, en fait, une réforme très, très politique de réduction de la protection sociale et pas du tout une réforme technique puisqu'on voit qu'on pourrait très bien financer notre système de retraite autrement. Donc, pour moi, elle est vraiment en cohérence fondamentale avec la pensée macroniste.

Elle a le même profil sociologique que les macronistes, le même profil sociologique que Macron, c'est-à-dire comme elle, c'est une haute fonctionnaire qui, donc, a un rapport très distant à la réalité sociale. C'est des gens, je pense, qui mettent un point d'honneur à ne pas se mêler à la populace, tu vois. Donc, en fait, je trouve ça tout à fait cohérent.

20:09
Présentateur

Ce n'est pas du tout une femme de gauche.

20:11
Invité

J'aimerais bien savoir quelle est la définition de gauche qui est convoquée par nos différents grands médias pour arriver à affirmer ça. J'aimerais bien qu'il nous fasse la démonstration parce que si c'est juste son appartenance au Parti Socialiste à l'époque où le Parti Socialiste était le plus néolibéral de son histoire, je ne vois pas en quoi c'est un indice.

20:31
Présentateur

Donc, Elisabeth Borne, c'est la précarisation des chômeurs, c'est aussi la dégradation des conditions de travail. On l'a dit, la France est une championne de la mortalité au travail avec un taux deux fois supérieur à la moyenne européenne et la responsabilité première est celle des gouvernements qui se sont succédés, ceux de Sarkozy, Hollande et Macron. Elisabeth Borne est aussi coupable. Pourquoi ? Tu le soutiens.

20:53
Invité

Parce que, en fait, l'ensemble des ministres du travail, comme je disais, depuis Sarkozy, ont contribué, enfin, depuis les ministres de Sarkozy, dont j'ai oublié les noms, désolé pour eux, ont contribué à la dégradation des conditions de travail parce qu'ils ont contribué à la dégradation des pouvoirs des salariés, des contre-pouvoirs des salariés. Ce que vraiment j'essaie de montrer dans l'article, c'est que la santé au travail, ce n'est pas faire des bons exercices de respiration, faire attention à sa posture du dos, etc. C'est quel pouvoir on a sur son outil de travail.

Et historiquement, le combat pour la santé au travail, le combat pour faire en sorte que les gens ne meurent plus au travail est passé par donner plus de pouvoir aux salariés et à leurs représentants pour qu'ils puissent tirer la sonnette d'alarme ou ne pas aller, ne pas travailler dans des conditions qui leur nuisent. Donc ça, ça a été l'objet de nombreuses luttes depuis le début du XXe siècle, depuis notamment, j'en parle, la catastrophe de Courrières, c'est la plus grande catastrophe minière d'Europe en 1906, où c'est une mine qui s'effondre suite à un incendie sur lequel pourtant les représentants de salariés avaient alerté la direction sur les risques qu'ils pourraient.

Mais à l'époque, il n'y avait pas de pouvoir des représentants de salariés, des syndicats en réalité sur les conditions de travail et sur la santé au travail. Donc, ce fut un long combat, ce fut une suite d'évolutions positives qui ont fait en sorte qu'en fait, on meurt moins au travail évidemment qu'au début du XXe siècle, mais ce combat-là, il est considérablement remis en cause depuis le début des années 2000. Et notamment, il est remis en cause parce que les syndicats ont moins de pouvoir. Donc, on dit, oui, mais il y a moins de syndicats par ailleurs, les syndicats sont moins forts, les syndicats sont moins appréciés.

Oui, mais ils sont moins forts, ils sont moins appréciés parce qu'ils ont moins de pouvoir et qu'ils peuvent faire moins de choses. Et en fait, le fait qu'ils aient moins de pouvoir, ça a été le rôle des syndicats, des ministres du travail successifs qui sont tous allés dans ce paradigme. Et la mention spéciale pour Elisabeth Borne, je pense que c'est beaucoup pendant la pandémie parce que ça a été la ministre qui a géré notamment le Covid côté travail. Il faut vraiment garder la suite de ces décisions. Elisabeth Borne a toujours pris des décisions qui allaient dans le sens des intérêts du patronat pendant cette pandémie.

Il suffit de voir comment, par exemple, elle n'a jamais rendu obligatoire le télétravail dans les entreprises où il était possible et dans les postes de travail où il était possible. Ça, ça a été… Enfin, moi, ça m'a rendu un peu fou pendant toute cette période. Nos médias disaient dans les différentes mesures gouvernementales que le télétravail est obligatoire. Mais non, jamais, il n'y a eu légalement d'obligation de télétravailler. Ça a toujours été à la discrétion des employeurs. Donc, en fait, Elisabeth Borne, elle a toujours laissé les employeurs décider un petit peu comment faire pour gérer cette pandémie. Donc, ce faisant, elle a quand même exposé…

Enfin, elle a carrément fait passer les profits avant la santé. J'ajouterais une affaire qui est quand même importante, que c'est sous son mandat qu'Anthony Smith, inspecteur du travail qui avait alerté sa hiérarchie sur les pratiques d'une entreprise d'aide à domicile qui ne protégeait pas assez ses salariés. Cet inspecteur du travail-là a été mis à pied par sa hiérarchie. Donc, je crois que c'était pile entre la transition entre Béalette Pénicaud et Elisabeth Borne, mais elle a forcément eu aussi à gérer ce dossier. Et donc, ce n'est pas une ministre qui a fait en sorte que son inspection du travail soit en capacité de veiller à la santé et de ses salariés.

Et j'ajouterais une chose, c'est que, donc là, je parlais de son attitude pendant la pandémie, mais la réforme de l'assurance chômage, c'est quelque chose qui va créer davantage de mauvaise santé au travail. Parce qu'en fait, ce qui fait que dans un job qui nous fait souffrir, on peut s'en tirer, en fait, parfois, c'est de partir. Or, ça va être de plus en plus difficile de quitter son job à l'heure actuelle, étant donné que nos protections au niveau du chômage sont de plus en plus compliquées, de moins en moins favorables. Donc, en fait, moins on a de protection sociale, plus on est enchaîné à son travail. Et Elisabeth Borne aura clairement contribué à ça.

25:00
Présentateur

Elisabeth Borne et avant elle aussi, bien avant elle, Myriam El Khomri, la ministre qui, on va dire, officier sous le gouvernement Hollande, que tu accuses en particulier.

25:12
Invité

Oui, la loi El Khomri, c'est un des principaux reculs dans nos droits sociaux au travail ces 20 dernières années. parce que la loi El Khomri, elle réduit considérablement le pouvoir des syndicats. Elle permet aux employeurs de négocier sans syndicat, de négocier directement au sein de leur entreprise et de faire en sorte que du coup, il y ait, comme on disait à l'époque, un code du travail par entreprise. Donc, en fait, il a rendu le code du travail moins présent. Il a donné plus de pouvoir aux employeurs.

Et puis ensuite, il y a une série de mesures qui portent spécifiquement sur la santé au travail dans cette loi dont on a peu parlé à l'époque, mais c'est une loi qui facilite le travail de nuit, par exemple, qui fait en sorte qu'il soit davantage possible d'aménager des accords pour le travail de nuit. Or, le travail de nuit, on le sait avec une certitude scientifique depuis 2016, d'ailleurs l'année même où cette loi a été faite, c'est quelque chose qui accélère la mortalité en général et la mortalité au travail en particulier. Le travail de nuit, c'est quelque chose qui vous dérégule de votre cycle de sommeil, de votre cycle d'alimentation et qui donc provoque des maladies cardiaques.

Le travail de nuit, c'est un problème de santé publique et pourtant, voilà les deux réformes du code du travail qu'il y a eu récemment, donc la loi El Khomri puis ensuite les ordonnances travail ou c'est-à-dire la loi travail d'Emmanuel Macron dès 2017, donc juste un an après, c'est des lois qui ont amélioré et qui ont permis de faire en sorte que le travail de nuit soit plus courant.

Et dans la loi El Khomri également, on a en fait une baisse des possibilités du pouvoir de la médecine du travail qui est l'instance historiquement chargée de veiller à la bonne santé au travail et de la surveiller puisque la loi El Khomri a espacé les visites médicales obligatoires, c'est-à-dire qui sont passées de tous les deux ans à tous les quatre ans et puis a supprimé la visite médicale d'embauche, c'est-à-dire le fait de devoir à chaque fois passer une visite médicale quand on aborde un poste de travail.

Ce qui évidemment, quand on fait un métier dans le tertiaire, de bureau, etc., semble être une formalité tout à fait banale, mais quand on va occuper un poste physique qui nécessite l'emploi de son corps, qui nécessite le travail dans des conditions pénibles, de froid, de chaud, d'air vicié, d'exposition au bruit, etc., est tout à fait essentiel parce que c'est ce qu'il va avoir si on est apte ou pas à occuper ce poste. Et ça, finalement, en fait, l'état de santé, on a l'impression que l'état de santé des travailleurs, c'est quelque chose que le patronat ne veut pas voir et on voit bien pourquoi.

27:36
Présentateur

Et on dit pourtant que le droit du travail en France est très protecteur. Est-ce qu'on nous ment ?

27:42
Invité

Oui, en fait, c'est un peu la conclusion à laquelle je suis arrivé. Dans l'article, je parle beaucoup de mon expérience d'experts en santé au travail pour les comités sociaux et économiques. Donc, les représentants de salariés, ils ont un droit à l'expertise dans les entreprises de plus de 50 salariés. Donc, moi, c'est un métier que j'ai fait pendant longtemps et que je continue à faire en france. Ce qu'on constate avec mes collègues de cette profession, c'est que le droit du travail, il existe, certes. Il reste encore plus protecteur que dans d'autres pays. Il ne faut pas négliger ça. Mais déjà, il est mal connu et puis, il n'est pas appliqué, forcément, voire à des endroits quasi pas.

Parce qu'encore une fois, pour que le droit existe, il faut que quelqu'un soit là pour le faire appliquer. Or, ce qu'on décrit dans l'article, c'est que les instances chargées de le faire appliquer du côté de l'administration par exemple, l'inspection du travail, c'est des gens qui sont de plus en plus débordés de moins en moins nombreux. Il y a un inspecteur du travail pour 10 000 salariés à peu près. Donc, ce ne sont pas des gens qui peuvent être derrière chaque employeur pour vérifier qu'ils respectent le droit. Et puis ensuite, on l'a vu, la baisse de la syndicalisation fait qu'il y a beaucoup moins de gens vigilants dans une entreprise donnée pour faire appliquer les règles.

Et donc, du coup, les règles ne sont plus appliquées. En particulier, les règles sur le temps de travail, c'est flagrant comment dans de nombreuses entreprises, on peut avoir des contrats à 35 heures et des gens qui travaillent 40, 45 heures. Et ça ne pose problème à personne. Une partie de la législation sur les congés n'est pas non plus appliquée. Enfin, il y a beaucoup de choses qui, en fait, n'existent, existent dans le code en théorie, mais en l'absence de personnes qui sont capables de contraindre l'employeur à le faire appliquer, ce droit-là, il n'est plus si protecteur que ça. Donc, ça, c'est quand même une chose qu'il faut garder en tête.

Et ce que je dis dans l'article, c'est qu'en fait, ce discours-là est devenu contre-productif. À force de répéter en France le code du travail est très protecteur, on a une sorte d'illusion de protection qui s'effondre quand on est confronté à l'adversité et à des mauvaises conditions de travail. Et vraiment, moi, ce que j'ai vu dans ce métier d'expertise, c'est que j'ai beaucoup d'élus du personnel le même qui pensent que le droit va les sauver en quelque sorte. Sauf que non, en fait.

Si personne n'est là derrière vous ou si vous ne le faites pas appliquer, si vous n'engagez pas un rapport de force avec votre employeur pour obtenir l'application du droit, il pourra continuer à rester en infraction pendant des années et des années sans que rien ne se passe.

29:59
Présentateur

Tu parles aussi dans ton article de l'individualisation, pardon, de la souffrance psychique au travail, nécessairement, la dégradation des conditions de travail provoque cette souffrance psychique. Pourquoi tu parles d'individualisation ?

30:12
Invité

Je pense que c'est une expérience qui parlera un petit peu à tout le monde. Peut-être que vous avez déjà vécu ça aussi, c'est-à-dire que quand vous avez des difficultés au travail, il va y avoir des répercussions sur l'ensemble de votre vie, que ce soit rien que de faire des insomnies ou rien que le fait de penser à son chef le soir, c'est déjà des répercussions. Or, en général, ces répercussions, quand elles deviennent plus graves, par exemple, le fait de faire un burn-out, c'est plutôt vécu comme quelque chose d'individuel. En tout cas, les solutions qu'on va essayer d'activer vont être individuelles.

Donc, lutter contre l'insomnie, je ne sais pas, installer une appli de sommeil, aller voir un médecin qui va vous prescrire des anxiolytiques parce que ça reste le premier réflexe dans la médecine généraliste en France. Et donc, quelque part, on va vous dire de prendre du recul, de prendre du temps pour vous, d'essayer de se calmer ou au contraire de travailler sur sa confiance en soi. En fait, il y a tout un tas de réponses psychologiques qui ne sont pas dénuées d'intérêt, mais qui ont pour point commun de ne jamais prendre en compte la dimension collective du problème, la dimension spécifique au monde du travail.

Et ce qu'on constate dans les entreprises où on intervient pour le compte des CSE, des comités socio-économiques, c'est que les entreprises constatent effectivement que, en fait, leur méthode de management provoque de la souffrance, les méthodes de management qui intensifient le travail, qui fait qu'on travaille avec moins de moyens, qu'on est constamment évalué, constamment surveillé.

Et ça, de plus en plus de travailleurs en font l'expérience, pas seulement dans le secteur privé, mais aussi, par exemple, dans le secteur associatif ou dans le secteur public, eh bien, les directions d'entreprises vont mettre en place des sortes de palliatifs pour montrer qu'elles se soucient tout de même de la santé de leurs salariés. Donc, ça va être des stages, comment mieux organiser son travail, comment apprendre à dire non, comment même, je le dis dans l'article, des entreprises qui mettent en place des stages, comment faire un bon petit déjeuner le matin, autant de sujets qui ne sont pas inintéressants, mais qui, en fait, décalent complètement le problème.

Le problème du burn-out, c'est l'intensification du travail, c'est le fait de travailler dans un contexte tendu, le fait de devoir en permanence justifier de ce qu'on fait, le fait qu'on ne nous fasse pas confiance, c'est ça qui crée du burn-out. Et le burn-out crée de la dépression. Et sauf que, en traitant la dépression, par exemple, uniquement comme un problème individuel, c'est-à-dire, c'est quelqu'un qui n'a pas su gérer la pression, c'est quelqu'un qui a trop pris sur lui, sur elle, c'est quelqu'un qui n'a pas pris assez de recul par rapport à son travail, qui prend trop les choses à cœur.

Voilà, toutes ces choses-là, toutes ces analyses du travail qu'on active tout le temps, elles sont individualisantes, c'est-à-dire qu'elles nous font passer à côté de l'essentiel. L'essentiel, c'est comment le travail est organisé.

32:51
Présentateur

Merci beaucoup, Nicolas Framont. On vous invite vraiment à lire cet article, Nicolas Framont, qui est le co-rédacteur, le rédacteur en chef, co-rédacteur en chef de Frustration Magazine. Et on va continuer à parler des conditions de travail qui se sont dégradées à la BNF, François Mitterrand. C'est le second plateau de cette contre-matinale qui sera animé par mon camarade et collègue Julien Théry. Et afin d'accueillir nos invités, on vous propose un petit clip de campagne qui fera aussi office de pause. A tout de suite.

33:25
Élisabeth Borne

Le média disparaît. Vous le savez,

33:27
Invité

nous venons de clore une cagnotte destinée au pôle enquête. Cela ne suffira pas à assurer aux médias sa survie.

33:33
Présentateur

aux médias, depuis sa naissance, nous avons fait le choix de vous proposer une chaîne d'information, une web télé indépendante, libre, et surtout en libre accès.

33:43
Invité

Les médias ont déjà réélu Macron. Ils ont inventé le mandat de 10 ans. Philippe David, elle est finie cette campagne ? Gratuitement, nous vous avons proposé des talkshows politiques, des interviews long format où on peut s'exprimer militants associatifs, syndicalistes et intellectuels, dans des conditions que l'on ne retrouve nulle part ailleurs.

34:02
Auditeur

On a le droit de dire stop, de dire non dans la rue. C'est un droit, c'est légal et voici la réponse.

34:07
Élisabeth Borne

On est dans une situation assez dingue où un gouvernement, du coup, vote une loi sur le secret des affaires pour arranger ses potes et après se cache derrière cette loi au moment où ça peut être déterminant.

34:17
Invité

Quand on contacte l'Elysée en disant il y a quelque chose de grave, de l'argent investit dans un trust, on n'a pas le début d'une réponse. Et puis quand on réinsiste sur mais il a touché combien à Macron, il n'y a plus aucune réponse. Donc s'ils sont de bonne foi, pourquoi ils ne parlent pas à ces gens-là ? Nous vous avons proposé des reportages, des enquêtes, des chroniques. Nous avons couvert les luttes comme aucun média mainstream ne le fait. Thomas, selon toi, Emmanuel Macron est-il un rempart comme il l'affirme contre l'extrême droite ? Pas du tout. Cette politique qu'il a menée a favorisé l'extrême droite.

On a des gens qui sont des copains de longue date, qui sont passés par les mêmes écoles et qui se retrouvent dans un conseil d'administration parce que ce gouvernement n'est pas autre chose. à être responsable de rien devant personne. Les citoyens n'ont jamais leur mot à dire.

34:59
Présentateur

Cette gratuité, c'est un choix politique et idéologique assumé depuis toujours. Mais c'est aussi un pari risqué. Risqué parce que c'est vrai, payer pour un média dans le contenu est gratuit, ça ne va pas de soi.

35:10
Invité

Mais c'est un pari que nous avons jugé nécessaire, indispensable même. D'ailleurs, la preuve, nos vidéos cumulent 8 millions de vues par mois. Preuve que vous souhaitez une autre information. Vous avez échoué finalement à mettre à l'ordre du jour cette question.

35:23
Présentateur

Je pense qu'il y a une responsabilité qui est quand même et avant tout celle des gens qui nous dirigent et notamment depuis 5 ans celle de Macron.

35:32
Élisabeth Borne

Loin des médias surconcentrés où seuls les libéraux et les fascistes ont le droit de s'exprimer dans de bonnes conditions.

35:37
Présentateur

Malgré ça, vous n'êtes que 6 400 à nous soutenir par un abonnement et ce chiffre continue de baisser. La conséquence, c'est que nos finances vont mal. Très mal.

35:47
Invité

Les abonnements rapportent à peu près 60 000 euros et on en dépense 100 000 tous les mois. Ce qui nous fait un déficit de 40 000 euros chaque mois.

35:55
Présentateur

Le média, c'est 30 travailleuses et travailleurs qui se dévouent pour vous offrir une autre hiérarchie de l'information et des contenus de la meilleure qualité possible.

36:03
Invité

Ces sommes dont on parle, elles servent à rémunérer ces travailleurs et à produire les émissions que vous aimez.

36:08
Présentateur

Aujourd'hui, l'enjeu, plus que jamais, faire vivre le média et lui assurer sa pérennité.

36:14
Invité

Nous avons besoin d'atteindre 10 000 abonnés pour que le média continue d'exister, continue de vous proposer ces formats et ces émissions gratuitement. Abonnez-vous, devenez sociaux de la coopérative Le Média. Plus que jamais, le média a besoin de vous.

36:29
Présentateur

Ce média, il est à vous, vous qui le financez. L'indépendance éditoriale et l'information libre ont un prix.

36:35
Invité

Comme nous avons fait le choix de la gratuité pour tous, 100 milliardaires, 100 richissimes mécènes. Cette gratuité et cette liberté, vous seuls, en êtes les garants. A toutes et tous, aujourd'hui, mardi 17 mai, est un jour de grève à la Bibliothèque Nationale de France. La BNF, comme on l'appelle, c'est un joyau du patrimoine culturel français. Si vous n'avez pas eu l'occasion d'y aller, vous avez peut-être en tête les quatre grandes tours des Bordes Seines à Paris sur l'un des deux sites principaux, le site de Tolbiac ou François Mitterrand.

Et c'est là, dans des bâtiments qui ont été dessinés par l'architecte Jean Nouvel, que se trouve le plus grand département de la BNF, le département des imprimés, avec son autre site, rue Richelieu, à Paris, où se trouvent conservés les manuscrits anciens ou plus récents, comme les papiers laissés par les grands écrivains. La BNF, c'est à la fois un lieu de conservation et de recherche. L'une de ses fonctions, c'est d'accueillir le dépôt légal, c'est-à-dire que l'on doit pouvoir y consulter n'importe quel livre publié en France. Des chercheurs de tous les champs du savoir, bien sûr des Français et des étrangers, ils travaillent au quotidien.

Depuis début mai, donc, est en cours un conflit social dans cette BNF qui est lié, d'une part, aux conditions de travail, au temps de travail, à la précarité des salariés, mais aussi à une réforme des modalités de communication des documents. La grève d'aujourd'hui, donc, ce mardi, elle est organisée par les personnels, les magasiniers, les bibliothécaires, mais elle est aussi soutenue fermement par de nombreux usagers, lecteurs, lectrices, chercheurs, chercheurs, qui ont de leur côté lancé une pétition contre les mesures annoncées récemment par la présidente de la bibliothèque, Laurence Angel.

Ces mesures, elles poursuivent d'un côté la dégradation des conditions de travail, la précarisation des salariés, tout en imposant donc une dégradation sans précédent des conditions de lecture et de recherche pour les usagers, autrement dit, en faisant très fortement reculer le service public. Décidément, c'est une constante dans cet établissement qui est pourtant très prestigieux. Alors, pour en parler, je remercie beaucoup d'être avec nous ce matin, d'une part, Lucie Provera, qui est représentante syndicale à la BNF de la CGT et qui est bibliothécaire. Et puis, d'un autre côté, Nathalie Sage-Prancher.

39:11
Présentateur

Bonjour.

39:12
Invité

Qui est cofondatrice de l'Association des lecteurs de la Bibliothèque nationale de France et qui va donc représenter les usagers, les lecteurs, les chercheurs et qui a été présidente aussi de cette association. Alors, si on commence par le commencement, on peut peut-être d'abord revenir sur les revendications des salariés, des magasiniers, des bibliothécaires, notamment, sur la dégradation de leurs conditions de travail, sur les raisons pour lesquelles, de leur côté, ils ont lancé ce mouvement de grève, je crois, ce mouvement social et avec préavis de grève depuis début mai. C'est ça, depuis le 2 mai.

Donc, on a déjà eu une journée de grève la semaine dernière, mardi, mais des collègues ont commencé à faire grève en reconductible depuis le 2 mai. c'est-à-dire qu'ils sont absents de leur poste depuis le 2 mai. Donc, nos revendications, principalement, ce sont le retrait de ce projet, qui n'est plus un projet puisque ça a été mis en place depuis début mai, de l'arrêt de la communication directe le matin dans les salles de lecture. Ensuite, on a aussi l'arrêt de recrutement en contrat très précaire, donc des CDD renouvelables une seule fois, des CDD de un an. Et c'était un engagement qu'avait pris la direction en 2016 de ne plus recruter en CDD. Et ils reviennent sur leur engagement.

Donc, on est fermement opposés à ce type de recrutement qui crée de la précarité auprès des collègues. Et du turnover, j'imagine donc, puisque... Du turnover permanent. On ne peut pas rester à sa tâche d'un coup ? Absolument pas. Et puis, il faut, du côté des personnes permanentes, on va dire, il faut former les collègues qui arrivent à chaque fois. Donc, c'est vrai que c'est un vrai problème. Et sous prétexte que ce sont des étudiants, on leur propose des CDD, mais un étudiant comme toute autre personne a besoin d'un CDI pour vivre. Tout simplement, par exemple, pour accéder à un logement. Je comprends bien.

Des deux côtés, en fait, et même des trois côtés, c'est-à-dire du point de vue du travail qui est fait, de la formation par les permanents, et puis du point de vue de la vie, de ceux qui sont ainsi embauchés de manière précaire, on est perdant de tous les côtés. Simplement, ça diminue les coûts. C'est toujours la même chose. Évidemment.

Cette réforme qui est entrée en vigueur, si j'ai bien compris, la perspective en avait été rejetée, enfin, le principe, vous le disiez, en 2016, quand Laurence Angel a pris les rênes de la Bibliothèque nationale, mais ça a été relancé récemment parce que, d'une part, Laurence Angel, la présidente qui avait été nommée par le gouvernement François Hollande, c'est quelqu'un qui vient des milieux socialistes de la Hollandie, en gros, a été reconduite dans ses fonctions par la Macronie. C'est un cas parmi de nombreux autres, un peu le même que celui de la Première ministre, en quelque sorte, de passage d'un groupe à l'autre, de reconduction.

Et avec cette reconduction, donc, en 2021, a été lancée, peu après, une réforme par un nouveau directeur général, c'est ça, qui s'appelle Kevin Riffaut, et c'est une réforme plus que jamais à New Public Management, si j'ai bien compris. C'est exactement ça. Par rapport au retour sur les CDD, c'était un protocole de fin de grève qui a été signé de la main de Mme Angèle, en 2016, parce qu'il y avait eu des grèves pour obtenir des CDI pour les vacataires. Les vacataires, ce sont les personnes qui effectuent du service public, notamment les week-ends, parce que la BNF est ouverte les samedis et les dimanches.

Ces personnes-là viennent en particulier les week-ends et on a réclamé que ces personnes-là soient CDISées. On ne voit pas bien pourquoi elles ne le seraient pas, étant donné que c'est une ouverture qui n'est pas appelée à cesser. C'est ça, tout à fait. Et c'est un besoin permanent, comme on dit. Le couvrir avec des contrats précaires, c'est un choix de management, mais ça ne correspond pas à une nécessité du point de vue du service rendu. Et l'autre question que vous aviez, c'était par rapport à M. Réflé.

Je pensais à cette réforme de laquelle on a été averti aussi quand on est chercheur, comme c'est mon cas par ailleurs, notamment par le réseau ROG ESR, qui est un réseau d'enseignants-chercheurs qui se penche sur le démantèlement des services publics d'enseignement et de la recherche. Et ça fait partie, avec le démantèlement des universités qui est en cours, cette dégradation des conditions de la recherche à la BNF. Cette réforme de la communication, elle est mise en œuvre pour pallier au manque d'effectifs, tout simplement. C'est encore un problème comptable.

Parce que l'organisation du travail fait qu'il y a moins de personnes postées, qui vont être moins de personnes en magasin, pour faire cette communication en différé, parce que les commandes auraient été faites en avance, donc traitées par l'eau, alors qu'une communication directe, ça va être traité au fil de l'eau. Donc ça nécessite une permanence, une présence permanente, pardon. Donc effectivement, une communication différée, ça nécessite moins de personnes postées. Donc ça correspond au fait qu'il y ait moins d'agents à la BNF, c'est-à-dire 300 personnes en moins depuis 10 ans.

et en particulier des collègues magasiniers qui s'occupent des prélèvements, de récupérer les livres dans les magasins de stockage pour les communiquer aux lecteurs. Et c'est les personnels qui sont le plus touchés par la baisse d'effectifs, mais aussi par cette réforme qui dégrade considérablement leurs conditions de travail. C'est-à-dire qu'ils vont avoir des flots très, très importants à des moments donnés, donc ce qui va les mettre vraiment, comme on dit, sous l'eau, alors qu'avant, c'était toujours un peu lissé sur la semaine, sur les jours. Là, c'est à des moments précis où il va y avoir des stocks très importants de documents.

Et puis, ça nécessite une manutention, une cadence beaucoup plus intense. Et voilà, c'est une dégradation des conditions de travail. On parlait de souffrance au travail tout à l'heure avec Nicolas de Framont. On est en plein dedans. C'est ça. Et donc, c'est pour ça que les organisations syndicales de ces travailleurs, donc la CGT que vous représentez, mais aussi Sud et la FSU, qui malheureusement ne peuvent pas être présentées ici parce que notre plateau est trop petit, mais donc sont en pleine convergence pour mener ce mouvement. Oui, bien sûr.

Et puis, il y a autre chose que j'aimerais dire, c'est que les personnels de la BNF, comme beaucoup de personnes dans le secteur public, sont très impliqués dans leur travail et ont un grand sens du service public. Et pour eux, dégrader comme ça les conditions de communication, eh bien, ça pèse malgré tout de se dire que les lecteurs, ils n'auront pas leurs documents à temps, ils n'auront pas leurs documents quand ils en auront besoin parce que ça nous tient à cœur de rendre service au public. Et pour nous, c'est aussi une reconnaissance. Quand un lecteur est satisfait, ça nous fait plaisir, tout simplement.

Et là, du coup, on se retrouve dans la situation inverse où les lecteurs ne sont pas contents, où les lecteurs font des remarques et ce qui est tout à fait compréhensible, ça crée un très mauvais climat. Donc, voilà, ça aussi, en termes de conditions de travail, c'est très compliqué. Ça, c'est très important parce que les métiers que vous faites, ce sont des métiers qui ont encore du sens, une épaisseur de sens. C'est l'inverse de ce que l'anthropologue David Graeber a appelé les bullshit jobs qui sont caractéristiques du néolibéralisme. Faire de la com' pour un intérêt ou un autre, c'est complètement autre chose.

Là, ça a du sens et c'est finalement le plaisir et le sens qu'il y a à faire ces métiers qui se trouvent aussi attaqués. Complètement. Complètement. On perd le sens de nos missions principales, à savoir récolter les documents de le patrimoine français, les signaler dans un catalogue et les conserver pour pouvoir ensuite les communiquer au plus grand nombre. Et ces missions, elles sont attaquées de plein fouet, mais dans tous les domaines. Parce que là, on parle de la communication, mais dans tous les domaines, la conservation, les moyens ne sont plus là.

J'ai d'ailleurs une collègue d'un atelier de restauration hier avec qui j'ai déjeuné qui me disait que sa spatule chauffante qui lui sert quotidiennement, qu'elle a depuis peut-être 20 ans est tombée en panne, on ne lui a même pas proposé, elle a voulu en commander une autre et c'est pour l'instant pas possible. Donc, les moyens ne sont plus mis pour bien conserver les documents, qui est aussi une mission principale. donc c'est vraiment une globalité. C'est une logique d'ensemble. Et celle-là, on la connaît d'ailleurs dans tous les secteurs du patrimoine et de sa conservation.

Tous les acteurs du secteur, notamment pour les monuments, confirment qu'il y a un désinvestissement, une diminution des budgets qui aboutit à une dégradation de ce patrimoine. Donc, c'est toujours une logique comptable. Je me tourne vers Nathalie Sage-Pranchère, donc Sage-Pranchère, pardon, c'est pas facile là, qui est donc historienne, chercheuse au CNRS, qui représente les usagers de la BNF. Alors, ce que vous nous disiez, Lucie Provera, c'est que là, il y a vraiment une convergence complète entre dégradation des conditions de travail des salariés et dégradation des conditions d'usage du service public qui est rendue aux usagers.

Vous y faisiez la vision, mais vous allez pouvoir nous en parler peut-être un petit peu plus précisément. Ça veut dire que pour les étudiants, pour les enseignants, pour les chercheurs qui souvent viennent de l'étranger ou qui viennent de province, c'est quelque chose sur quoi Rogue ESR a beaucoup mis l'accent aussi, le fait que les conditions de travail vont se dégrader, en particulier pour ceux qui ne sont pas à Paris. Ces mesures prises, donc, dégradent la situation et font décliner le service public, le service rendu.

49:49
Présentateur

Je pense qu'effectivement, il faut rappeler déjà au départ que quand on parle de service public, il y a toujours deux côtés. Il y a les personnels qui assurent ce service public et les usagers qui en bénéficient. et dès lors qu'on entre dans une logique managériale, une logique comptable, tout le monde y perd. C'est-à-dire qu'on a véritablement un désinvestissement de sens du point de vue du service public. Sauf ceux qui payent

50:09
Invité

moins d'impôts

50:10
Présentateur

ou qui envoient

50:11
Invité

dans les paradis fiscaux leur bénéficie.

50:13
Présentateur

Ceux qui pourraient en bénéficier, oui. Ils en bénéficient. Tout à fait. Mais c'est vrai que pour la masse de ceux qui en bénéficient, c'est évidemment une dégradation sans retour pour le coup. Ce qui se passe actuellement à la Bibliothèque nationale de France est une remise en cause effectivement des conditions de travail du personnel. C'est une remise en cause des communications directes.

Pour préciser vraiment de façon technique à quoi correspond cette réforme, auparavant, jusqu'au début de l'épidémie de Covid, la communication directe des documents en bibliothèque de recherche, c'est-à-dire cette bibliothèque qui est en bas du jardin sur le site de Tolbiac, était possible de l'ouverture à 9h jusqu'à la fin de l'après-midi, 17h.

50:58
Invité

On demandait un livre et on l'attendait. On demandait un livre

51:00
Présentateur

et en demi-heure, grosso modo, on obtenait ce livre et on pouvait le demander tout au fil de la journée. Comme ça, c'est normal. Voilà, exactement. À partir du 2 mai, on a eu une restriction considérable. Il y a eu les deux ans de mesures exceptionnelles pour raisons sanitaires et puis on imaginait un retour à la normale. Et ce qui a été annoncé et mis en œuvre, c'est une réduction des communications directes à 3h dans la journée, pas un prélèvement le matin, un en milieu de journée, un l'après-midi. Non, 3h de 13h30 à 17h. Donc, 13h30, vous pouvez commencer à commander. Vous n'avez pas vos livres avant 2h, 2h15, et vous n'avez que jusqu'à 17h pour en obtenir.

D'un point de vue de chercheur, d'un point de vue de lecteur, lectrice, c'est inimaginable. C'est-à-dire qu'on est dans une situation où vous arrivez le matin, vous n'avez pas pu anticiper parce que vous avez un travail qui est très prenant, donc vous n'avez pas pu commander. Par exemple, la veille avant 17h. Vous arrivez à 9h, vous ne pouvez consulter aucun ouvrage en magasin jusqu'à 14h. Donc, on est vraiment dans une configuration où c'est du temps de travail, de recherche qu'on fait perdre au lecteur.

C'est un mépris complet des réalités du travail de la recherche et on a parfois l'impression que la direction de la Bibliothèque nationale de France voit les lectrices et les lecteurs comme d'aimables érudits du 19e siècle, rentiers, qui une fois de temps en temps dans la journée, entre finalement un lever très tardif le matin et puis un salon en fin d'après-midi, viennent regarder deux ouvrages à la Bibliothèque nationale de France.

52:42
Invité

C'est un manque d'estime mais aussi de connaissance de ce que c'est que le travail de recherche.

52:46
Présentateur

Alors, les deux fonctionnent vraiment ensemble. C'est-à-dire qu'on ne peut pas considérer que, par exemple, la présidente Laurence Angèle qui est à la tête de la Bibliothèque nationale de France depuis 2016 peut ne pas connaître la réalité du travail des chercheurs parce que si elle ne la connaît pas, c'est qu'elle n'a pas cherché à la connaître. Donc, voilà, on parle de méconnaissance mais de fait, il y a aussi une mésestime puisque les deux fonctionnent ensemble.

53:10
Invité

Et ça, ce sont des gens qui ont été formés en New Public Management précisément. À l'ENA, on est formés à gérer ces services comme les entreprises qui doivent faire du bénéfice.

53:19
Présentateur

Exactement. On a vraiment dans l'idée que la Bibliothèque nationale de France doit devenir un lieu de rentabilité comme tous les grands établissements publics de la culture. C'est d'ailleurs même la forme qui est donnée finalement d'un point de vue statutaire pour pousser à ces dimensions de rentabilité. Or, la culture, ça n'est pas rentable. Le patrimoine, ça n'est pas rentable parce que ça ne doit pas l'être.

53:44
Invité

Pas en termes sonnants et tribuchons.

53:46
Présentateur

On ne peut pas partir du principe que ce qui fonde finalement la culture d'un pays, que ce qui fonde la pérennisation des savoirs doit être quelque chose qui doit à tout prix rapporter. Parce que quand on part dans ces logiques-là, on en arrive beaucoup plus largement à de la recherche uniquement sur projet, ce qu'on connaît énormément dans l'enseignement supérieur et la recherche, de la recherche où il faudrait quasiment savoir déjà ce qu'on cherche et ce qu'on trouve avant même d'avoir commencé à chercher.

54:14
Invité

Et avoir eu la validation d'un jury nommé politiquement en général.

54:17
Présentateur

D'une certaine manière, ce qui se passe à la BNF renvoie à ça puisqu'il faudrait savoir la veille avant 17h ce qu'on est susceptible de consulter puisqu'on devrait savoir à l'avance ce qu'on va y trouver. Donc finalement, la vraie question, c'est à quoi sert de se déplacer puisqu'on est censé tout savoir avant même d'avoir mis les pieds à la Bibliothèque Nationale de France. Donc on est véritablement là dans une remise en cause fondamentale des pratiques des lectrices et des lecteurs dans une approche des publics. Alors le terme est volontairement mis au pluriel qui est très générique et très distante.

Le public étant censé être finalement un ensemble, un agrégat de personnes tout à fait passives qui va venir voir une exposition, une masterclass littéraire et éventuellement qui va descendre en salle de lecture mais il n'y a aucune prise en compte des spécificités respectives et l'enjeu évidemment c'est de mettre le moins d'argent possible sur ceux qui traditionnellement font le moins de bruit et qu'on voit le moins ceux qui sont en bas dans le trou sur les bords du jardin ceux qui travaillent. Et donc on a là une remise en cause du travail vraiment des deux côtés de la banque de salles usagers d'un côté et personnels de l'autre.

55:26
Invité

Quand on vous écoute ça donne vraiment le sentiment que ce qui est recherché c'est des effets de com des effets d'image. Ce qu'il faut c'est que la BNF soit connue comme une marque que telle exposition retentissante en fasse parler si j'ai bien compris que finalement des gens qui ne sont pas spécialement des chercheurs une opinion comme ça en général soit au courant que la BNF fait ses initiatives prestigieuses et puis que finalement on affiche les choses.

55:55
Présentateur

Tout à fait il y a l'impression que la BNF devient d'abord deux lieux qui visuellement effectivement sont très frappants que ce soit les tours de Tolbiac ou le bâtiment Richelieu dans le centre de Paris le bâtiment historique qui a été restauré et qui va rouvrir au mois de septembre mais tu parlais de communication c'est extrêmement frappant ces jours-ci c'est-à-dire qu'on est au mois de mai il y a depuis le début du mois une énorme campagne de communication dans les médias autour de la réouverture en septembre donc dans quatre mois pas dans 15 jours dans quatre mois du site de Richelieu il y a eu une énorme communication autour de la superbe par ailleurs exposition Champollion et il ne faut vraiment pas imaginer que les lectrices et les lecteurs mais estiment pour le coup l'énorme travail de valorisation patrimoniale et scientifique qui est mené par les équipes il n'y a aucune remise en cause de ça simplement ça ne peut pas effacer tout le reste et on ne peut pas privilégier une mission au dépend de toutes les autres donc oui effectivement il y a une logique de communication et c'est vrai qu'objectivement des gens assis à une table pour consulter des ouvrages toute la journée c'est moins glamour

57:03
Invité

là on parle de com et non pas de la communication des documents pour qu'il n'y ait pas de confusion par comparaison avec les autres grandes bibliothèques patrimoniales connues des chercheurs qui rayonnent au plan international les horaires nouveaux les conditions de communication sont des documents qui sont imposés par cette réforme néolibérale vont faire de la BNNF finalement le mauvais élève et la bonne dernière elle ne va plus tenir son nom clairement

57:35
Présentateur

la bibliothèque nationale de France va devenir la voiture balai des bibliothèques nationales européennes déjà pour une raison très concrète et matérielle puisque quand on est chercheur à temps plein qu'on ne bénéficie pas d'exonération de quelque nature que ce soit le pass annuel on le paye 50 euros quand vous allez aux archives nationales à Paris ou à Pierrefitte vous ne payez rien puisque l'accès il est naturel aux archives c'est un droit d'avoir accès

58:06
Invité

à ce que l'Etat a conservé du côté

58:08
Présentateur

de la Bibliothèque nationale de France ça a été rappelé tout à l'heure parmi les missions il y a la communication au plus grand nombre mais le plus grand nombre est d'emblée restreint à ceux qui vont pouvoir payer effectivement l'accès à cette bibliothèque dans le cas de la bibliothèque de recherche on était à 50 euros annuels 35 euros pour les étudiants les gens pouvant bénéficier d'une exonération partielle on va passer à partir du mois de septembre et il y a là une concomitance des réformes qui à mon avis est très très mal calculée du point de vue de la com on va dire on va passer à 55 euros donc 10% d'augmentation et on va passer à 38 euros du côté donc des gens soi-disant exonérés et on ne parle même pas évidemment des passes journaliers dont le prix va exploser des passes culture journaliers dont le prix explose on se demande d'ailleurs effectivement à quoi a pensé la direction de la bibliothèque nationale de France pour annoncer de manière totalement concomitante l'augmentation des tarifs et la dégradation des services

59:04
Invité

c'est pour passer en force sans doute il y a des techniques pour ça on est vraiment

59:08
Présentateur

dans une logique de passage en force depuis désormais plusieurs semaines la direction de la bibliothèque nationale de France utilise des éléments de langage extrêmement codifiés extrêmement fixes

59:19
Invité

peut-être qu'elles sous-traident la com de crise à un cabinet

59:22
Présentateur

probablement ou en tout cas ils ont à l'intérieur des gens qui ont une certaine technique là-dedans le principal argument qui revient dans toute la communication de la BNF c'est les lecteurs ne demandent plus de documents en magasin et alors on part pour expliquer ça d'un artefact statistique puisqu'on part de l'année 2010 en gros de la période 2010-2013 où il y a eu une augmentation considérable des communications à la bibliothèque nationale de France et de la fréquentation en lien avec la fermeture concomitante de la bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne qui est un autre gros pôle qui draine finalement énormément de chercheurs de doctorants d'étudiants elle était fermée pour travaux à l'époque les représentants des lecteurs ont alerté en disant attention 2014 réouverture vous allez avoir une baisse et de la fréquentation et des communications mais ça ne justifiera absolument pas une remise en cause des conditions pour ceux qui vont continuer à travailler à la BNF en 2013 il y a déjà eu une tentative de remise en cause des communications directes à l'époque on n'était pas sur une restriction horaire on était sur une restriction numérique la mobilisation des lecteurs a réussi à la faire reculer et puis on la voit revenir finalement à part la fenêtre dans un contexte de réduction du nombre de postes et de démultiplication des missions puisque et c'est ce qu'a fini par reconnaître finalement monsieur Kevin Riffaud au micro de France Culture il y a quelques jours

1:00:48
Invité

c'est lui l'artisan le nouveau venu à cette direction là

1:00:51
Présentateur

on est vraiment dans une collaboration entre la présidente et le directeur général le directeur général étant la voilà la dimension exécutive véritablement de l'affaire Kevin Riffaud a finalement lâché l'argument de l'électeur ne demande plus de communication pour reconnaître qu'il y a une démultiplication des missions et qu'ils n'ont pas assez de personnel pour faire face

1:01:12
Invité

donc c'est un problème budgétaire

1:01:13
Présentateur

le problème il est budgétaire il est dans l'importance qu'on accorde aujourd'hui à la culture et plus largement à tous ces services publics qui sont des biens immatériels mais qui évidemment ne rapportent pas forcément d'un point de vue pécuniaire

1:01:28
Invité

à Londres quand on entre à la British Library si on passe devant on peut s'installer c'est gratuit et demander un ouvrage qui va être récupéré c'est pareil à la Public Library de New York c'est pareil à la Libriérie du Congrès c'est un des dégâts de plus de cette idéologie néolibérale de ces réductions budgétaires qui est en train de se profiler sérieusement concrètement et contre lequel vous luttez

1:01:56
Présentateur

on va avoir un recul forcé des pratiques de recherche la Bibliothèque Nationale de France est la bibliothèque de référence pour des centaines des milliers de chercheurs à la fois français mais aussi étrangers c'est et ça doit rester une bibliothèque accessible à des gens quel que soit leur point de vie au quotidien moi je fréquente la Bibliothèque Nationale de France et au quotidien je vis en Corrèze donc il n'y a pas de raison qu'on vienne m'expliquer que finalement je serai restreinte dans mes capacités de communication je serai punie parce que je ne vis pas dans Paris intramuros il y a des tentatives on va dire de comment dire de déstabilisation de la contestation des lecteurs par la direction actuellement avec l'idée qu'on va créer des exceptions il suffira d'expliquer quand on arrive le matin qu'on est dans une situation très particulière qu'on est un chercheur étranger ou qu'on a acheté un pass à la journée pour que éventuellement on puisse mettre en place des dérogations mais vous imaginez un système où comme ça a été expliqué on a des agents postés en magasin s'ils n'y sont pas de 9h30 à 14h on ne va pas aller en courant les chercher pour leur dire attention on a deux exceptions dans la bibliothèque de recherche et donc il faut s'installer dans les magasins pour deux personnes ça n'a aucun sens c'est de la poudre aux yeux ça va être une usine à gaz atroce qui va retomber sur les personnels c'est ça

1:03:22
Invité

les conséquences vont en être payées en termes de dégradation encore des conditions de travail alors quelle est la suite quel programme pour essayer de défendre ce service public qui est menacé lui aussi on va avoir un rendez-vous avec la présidente jeudi donc on attend beaucoup de ce rendez-vous on espère avoir des réponses positives à nos revendications et on pense éventuellement à une journée commune avec les usagers les lecteurs et les lectrices pour marquer encore plus le coup si jeudi ça ne donne rien continuer la lutte

1:04:02
Présentateur

du côté effectivement des lectrices et des lecteurs on va continuer à maintenir une pression d'abord en écrivant à toutes les instances de direction de la bibliothèque nationale de France mais aussi aux tutelles et on attend de voir qui sera à la tutelle au ministère de la culture ce qu'on saura probablement dans quelques jours

1:04:23
Invité

et ça peut changer et il pourra y avoir

1:04:26
Présentateur

effectivement encore des modifications en juin mais on espère que la réforme sera retirée avant parce que chaque jour finalement est un jour de souffrance supplémentaire pour les personnels et de dégradation des conditions de travail pour les lectrices et les lecteurs et plus largement on envisage une journée bibliothèque morte puisque on veut tuer la recherche on veut tuer finalement les conditions de travail des lectrices et des lecteurs on va leur montrer effectivement et on prévoit ça pour le 27 mai ce que ça signifie quand on ne descend pas en rez-de-jardin quand on n'est pas là et c'est un moyen de converger vraiment avec les personnels parce qu'il est hors de question de créer une situation où finalement les personnels porteraient le poids de la grève avec tout ce que ça implique d'un point de vue matériel c'est extrêmement lourd et où finalement les chercheurs continueraient à descendre tranquillement en rez-de-jardin pour essayer de sauver les meubles il faut que les meubles et la maison on la sauve ensemble

1:05:26
Invité

Merci beaucoup à l'une et l'autre il n'y a pas que l'hôpital il n'y a pas que l'éducation nationale il n'y a pas que l'université il y a aussi le patrimoine et la culture qui sont remises en cause comme service public actuellement bonne chance bon courage pour cette lutte Merci beaucoup

1:05:41
Locuteur

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